1944 : De Toulon aux Vosges

MARCHE DE LA 1e DFL- V

"Voici Lyon, seconde capitale,
le pays du Général BROSSET.

Poursuivant notre marche infernale,
Sur les Vosg’s il fallut se placer ;

Et de là vers la plaine d’Alsace,
Que le boch’ aurait voulu garder,
On fonça dans ce désert de glace
Jusqu’au Rhin...encor ça bardait !"

DE TOULON AUX VOSGES

La Division a bien rempli sa mission : 200 tués, 650 blessés tirailleurs sénégalais eux-mêmes, pourtant peu faciles à émouvoir, exultent de tous leurs rires. Ils ne s’étonnent qu’au passage des premières femme tondues, dont la coiffure rappelle à certains d’entre eux leurs compagnes de la brousse. Les soldats français fraternisent immédiatement avec les premiers F.F.I rencontrés et surtout, avec tout le peuple toulonnais, qui manifeste sincèrement et sans arrière-pensée son enthousiasme et sa reconnaissance ; tandis que, rasant les murs et la figure crispée, les compromis -dont les anciens des Forces françaises libres ne soupçonnaient pas même l’existence- courent se dissimuler derrière les volets de leurs demeures bien closes. Puissent - ils ne ressortir jamais !

Le 24 au soir, on avance de plusieurs jours sur les prévisions, la 1e DFL a accompli sa mission. Le total des prisonniers capturés depuis le débarquement est déjà de 64 officiers et 3 600 hommes, nos pertes sont de 229 tués et 692 blessés.

LE FRANCHISSEMENT DU RHONE ET LYON

L’ennemi, en pleine retraite, a largement décroché, pourchassé et décimé par notre aviation. Contrairement aux prévisions, la décision est prise de franchir le Rhône dont tous les ponts sont détruits et de remonter le fleuve sur les deux rives.
Le détachement qui passera sur la rive droite est constitué sous les ordres du général de VIGIER ; il groupe les éléments de la 1e Division blindée et ceux de la 1e DFL. La pénurie d’essence est très grave, l’allure trop rapide a bouleversé tous les plans de ravitaillement. L’infanterie doit accomplir à pied plusieurs étapes ; le génie utilisant les moyens de fortune qu’il peut rassembler organise la traversée du Rhône à hauteur d’Avignon. De nombreux éléments ont déjà traversé lorsque le 30 août un pont de bateau est terminé et permet de reprendre le mouvement en avant.
La 4e Brigade a franchi elle aussi le Rhône et s’installe à NIMES pendant que des éléments motorisés partent en reconnaissance vers l’Ouest et atteignent MONTPELLIER.


Le reste de la Division, en soutien des deux groupements de la 1e Division blindée, remonte vers le Nord aussi rapidement que le ravitaillement en essence le permet. Il n’est plus possible d’attendre pour atteindre Lyon, tout est mis en œuvre pour que deux bataillons au moins y arrivent au plus vite.

Le 2 septembre, le 1e Bataillon de légion et la tête de la 1e DB, contournant Lyon par l’Ouest, coupent la route Lyon-Macon au début de l’après midi ; les moyens sont malheureusement insuffisants et il n’est pas possible de traverser la Saône et de couper les routes qui en suivent la rive gauche. Les derniers éléments allemands pourront s’échapper ainsi dans la nuit du 2 au 3 malgré de sévères engagements de leurs arrières-gardes.

Le 3 au petit jour une opération d’ensemble est menée par les F.F.I appuyés par notre 22e Bataillon nord-africain et notre 1e Régiment de Fusiliers-marins venant de l’Ouest, alors que les américains progressent, venant de l’Est.

LYON est occupé sans combat , trop tard pour sauver les ponts du Rhône et de la Saône que l’allemand a fait sauter à l’exception d’un seul ; pendant quarante huit heures, ce seront seulement des fusillades enragées entre F.F.I et miliciens dont quelques uns se sont réfugiés sur les toits.
Utilisant à plein tous les camions disponibles, la Division échelonnée de Lyon à AVIGNON se regroupe lentement. La pénurie d’essence est toujours tragique, impossible de talonner l’ennemi en retraite. Le général BROSSET désigné comme commandant d’armes de la ville de Lyon, s’installe à l’hôtel de ville, l’enthousiasme est à son comble , les lyonnais acclament leur libérateur : un lyonnais. Le 5 seprembre, un grandiose défilé se déroule de la Place Bellecour à l’Hôtel de ville. Le général DE LATTRE DE TASSIGNY y préside, le général de MONTSABERT qui vient de constituer le IIe Corps d’armée et le général BROSSET y arborent leurs nouvelles étoiles. La foule lyonnaise est sortie de sa réserve légendaire pour extérioriser sa joie.

Entre temps, toutes les troupes allemandes du midi, de l’Ouest et du Sud-Ouest de la France se dirigent à marches forcées vers la trouée de Belfort pour éviter d’être coupées de leurs bases par les deux armées alliées, celle de Normandie et celle de Provence, qui cherchent à se rejoindre.

Plus de 60 000 Allemands sont signalés dans le Massif Central ; très désorganisés, ils constituent cependant une menace contre laquelle le 11e Corps d’armée se couvre en envoyant un régiment de tank-destroyers, le 2e dragon vers Montceau-les Mines et le Creusot. Un groupement temporaire de la 1e DFL vient le renforcer le 7 septembre. Faute d’essence, il n’a été possible de mettre sur pied qu’un escadron de reconnaissance, un bataillon de légion et une batterie d’artillerie.

Le 8 septembre, les reconnaissances de ce groupement se heurtent à AUTUN à d’importantes forces ennemies, l’attaque déclenchée tardivement est suspendue à la nuit. Après de violentes escarmouches nocturnes, l’ennemi évacue la ville qui sera occupée le lendemain matin en liaison avec de nombreux F.F.I. Les renseignements qont rares et souvent erronés. Le 10 au matin, une importante colonne allemande venant de MOULINS se heurte à la compagnie qui garde l’issue est d’Autun ; le combat engagé à bout portant est un désastre pour l’ennemi qui perd 450 hommes et nous laisse 3 000 prisonniers.

Il faut avouer que ses troupes sont médiocres et fatiguées, en majorité composées de marins de la garnison de Bayonne qui marchent depuis 19 jours consécutifs. D’autres colonnes se heurtent à la Loire, dont les ponts sont coupés, mitraillés sans cesse par l’aviation, elles se rendent aux autorités locales, la menace que constituaient les 60 000 hommes signalés naguère s’évanouit d’elle-même.

La 1e DB a continué son mouvement vers le Nord, elle occupe DIJON et pousse vers LANGRES et CHAUMONT, tandis qu’une patrouille de nos fusiliers marins réalise la première liaison avec une unité de l’armée de Normandie.

Le hasard veut que ce soit la division sœur ; la 2e DB du général LECLERC que les Mathurins trouvent à CHATILLON le 13 septembre, moins d’un mois après le débarquement de Cavalaire.

Liaison de la 1e DFL et de la 2e DB.

Le 12 septembre 1944 la 2e Division Blindée du Général LECLERC et la 1e Division Française Libre du Général DE LATTRE DE TASSIGNY font leur jonction à Chatillon Sur Seine.Ce document muet nous offre des images de ce moment historique où les forces armées débarquées en Normandie ont rencontré celles venant du Sud.


Sans munition, sans essence, à court d’effectifs, les troupes essoufflées mais enthousiastes au possible, ne pourront pas percer à temps la ligne continue que l’ennemi a le temps de rétablir à l’est de VILLERSEXEL et BAUME LES DAMES.

La campagne d’hiver sur le sol de France est désormais inévitable.

Le 17 septembre, la Division qui est libérée de sa mission de flanc-garde gauche vient prendre sa place dans la ligne déjà stabilisée à hauteur de l’ISLE sur le DOUBS.

Les bataillons arrivant l’un après l’autre relevant les unités de la 45e Division américaine ; progressivement le front s’allonge vers le Nord tandis que d’autres divisions françaises nous relèvent dans le sud ; c’est le début d’une interminable succession de mouvements en tiroir qui porteront bientôt la limite gauche de la 1e DFL au Nord de la vallée de la Haute Moselle ; les fronts toujours très grands, 20 à 30 kilomètres, seront d’autant plus difficiles à tenir que le temps est généralement exécrable et gêne les déplacements.

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