1er regiment d’artillerie

Le Régiment Artillerie


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L’insigne du 1er Régiment d’Artillerie fut dessiné au quartier Soudier à Damas par le commandant Laurent-Champrosay puis peint et numéroté, il fut réalisé à très peu d’exemplaires dans cette même ville à la fin de 1941. Il représentait le symbole de l’artillerie coloniale (canon et ancre de marine) sur un fond rouge et bleu, couleur de l’artillerie. Le motif central était garni de deux épées croisées, symbole de l’épée de Jeanne d’Arc, et dont la garde formait une croix de Lorraine, ce qui semble avoir été une idée du Commandant Laurent-Champrosay lui même. Sur ce premier modèle, l’emblème était non pas sur un fond doré mais argenté. Un second type émaillé cette fois, fut frappé après Bir Hakeim, mais chez un fabricant du Caire en 1942. Au début de 1945, on voulut une nouvelle provision d’insignes, mais la commande passée chez Drago fut mal précisée et cette dernière maison livra un insigne non plus carré mais rectangulaire, où l’épée était devenue méconnaissable.

(Les Français Libres et leurs emblèmes, B. Le Marec, Ed. Lavauzelle.)

D’AOUT 1940 A L’ERYTHREE

Dès le mois d’août 1940, un corps expéditionnaire est constitué en Angleterre.

L’artillerie fournit une section de deux canons de 75 avec personnel, commandée par le lieutenant QUIROT et l’aspirant PETITJEAN , une batterie de quatre canons de 75 avec quelques hommes commandée par le lieutenant CHAVANAC , le complément de personnel devant être trouvé en Afrique noire. Le matériel, canons et tracteurs, est français et revient de Norvège.

Le personnel se compose de gradés d’active ou de réserve, de trois ou quatre cannoniers ayant déjà fait du service et d’une cinquantaine de jeunes recrues, étudiants, agriculteurs, employés, qui se sont échappés de France.

L’aîné le cannonier PAULET , 48 ans, licencié es sciences a cinq enfants : il sera un père pour tous ces jeunes recrue et guidera leurs premiers pas dans la vie militaire en leur donnant à chaque instant l’exemple d’une valeur morale exceptionnelle. Le benjamin, SYLVA à 16 ans. Tous deux trouveront la mort sur le bateau Nino Bixio qui les emmenait en captivité après Bir-Hacheim.

Le 31 août, le corps expéditionnaire des FFL quitte l’Angleterre et après une courte escale à Freetown, se trouve devant Dakar. Suite à l’échec de Dakar, il se rend à DOUALA, au Cameroun qui vient de rallier la France libre. C’est là que les artilleurs font connaissance avec celui sui sera leur chef : le capitaine Jean-Claude LAURENT CHAMPROSAY qui commandait la 31e batterie d’artillerie au moment de l’armistice et qui est passé à la tête de cette unité au Cameroun.

DE LA SYRIE A BIR HACHEIM

Il fallait absolument ramener la Syrie dans le camp des alliés : cette nécessité sera confirmée par la suite des évènements.

En juin 1941, les F.F.L sous le commandement du général LE GENTILHOMME pénètrent en Syrie ; la 1e Batterie se distingue tout le long de la route de Damas. La 2e Batterie partie sans matériel a récupéré au fur et à meusire des canons de 75 qu’elle utilise pour la défense antichars.

Le 16 juillet après l’armistice, l’artillerie s’installe à DAMAS au quartier Soudois, avec des artilleurs nouvellement ralliés dont un grand nombre de sénagalais, de malgaches et de cambodgiens.

Quatre batteries identiques à quatre pièces de 155 court Schneider et deux pièces de 75 antichars sont formées et subissent un entrainement intensif ; le régiment se transforme en unité motorisée moderne et acquiert une technique qui lui permettra de réaliser la tâche immense qui reste à accomplir.

Là prendra officiellement naissance le 1e Régiment d’Artillerie des Forces Françaises Libres, par décision du Général CATROUX, commandant en chef des troupes du Levant, en date du 19 décembre 1941.

Le chef d’escadron Laurent-Champrosay est à sa tête . La carrière du Régiment commence et, en même temps que les noms les plus illustres s’inscrivent sur son étendard, il connaîtra les pertes les plus cruelles.

Avec ses quatre batteries équipées au dernier moment de six pièces de 75, il constitue l’artillerie de la 1e Brigade française indépendante, qui, principal élément des Forces Françaises du Western Desert commandées par le Général LARMINAT , se couvrira de gloire sous les ordres du général KOENIG dans le cadre de la VIIe Armée britannique.

Après des étapes rapides qui le conduisent de Damas à la frontière de Lybie, le Régiment ne tarde pas à recevoir le baptême du feu. A HALFAYA , les 23 - 24 janvier 1942, ses tirs accompagnent les concentrations britanniques et les bombardements du groupe d’aviation Lorraine amènent la reddition de la position le 17 à 13 heures.

La Brigade pousse vers l’Ouest, s’installe en point d’appui fermé à MECHILI.

Les britanniques décrochant de BENGAZI , elle se replie sur la ligne de GAZALA à ALEM-HAMZA ; le Régiment étale ses batteries pour couvir tout le front.

VIDEO : " FALL OF HALFAYA"

Video British Pathe


BIR HACHEIM

Le 14 février 1942, la brigade occupe la position de BIR HAKEIM, réduit sud de la ligne de résistance choisie par la VIIe Armée, môle adans le désert, aves ses champs et ses marais de mines.

Le Commandant LAURENT-CHAMPROSAY récupère 3 pièces de 25 pounders pour la défense de Bir Hakeim ; il surveille personnellement l’installation de ses batteries qui, aux quatre angles de la position, barrent tout l’horizon.

Les pièces sont enterrées profondément dans les périodes où elles ne sont pas en "JOCK COLUMNS", raids audacieux qu’elles exécutent à tour de rôle, en appui des bataillons d’infanterie, à travers la Cyrnaïque pour harceler l’ennemi et le tromper sur les intentions du commandement.

A la monotonie du "drill" au milieur du réduit où règne le vent de sable, succède la course épique dans le désert ; là, un état d’alerte constant, des engagements imprévus, courts, rapides, avec l’infanterie portée et les blindés ennemis constituent une excellente école de dynamisme et d’initiative, qualités qui marquent le Régiment de manière définitive.

Le Capitaine BRICOGNE est l’animateur de ces colonnes , participant à tous les engagements, sachant les créer au besoin par son audacieuse intelligence.

Checune à leur tour les batteries sont aux prises avec les chars ennemis ; le 14 mars, à Bir-el-Hamarin, la 1ère batterie serrée de très près, réussit à se dégager par une habile manoeuvre menée par le capitaine QUIROT et le lieutenant EMBERGER , immobilisant deux chars ennemis.

Le 16 mars, c’est au tour de la 2e batterie : pour la première fois, les Allemands utlisent le char Mark IV. Le 15 avril, une forte sortie de chars allemands oblige la 4e batterie à se replier après un vif engagement.

Les deux batteries qui sont de sortie le 26 mai replient devant la poussée de l’Afrika-Korps ; ROMMEL est décidé à atteindre le Nil et Suez.

Le 27 mai à 7 heures du matin, la légendaire Bataille de Bir-Hacheim, celle où "le monde a reconnu la France", se déclenche. La part du 1e Régiment d’Artillerie y fut glorieuse, sinon prépondérante.

Cent chars attaquent la position ; certains réussissent à traverser les champs de mines, contournenet nos lignes d’infanterie et sont arrêtés par les canons qui tirent à vue directe. A dix heures, le feu cesse : 33 chars restent sur le terrain. 1 colonel italien et 90 soldats sont faits prisonniers. Le Régiment n’a aucune perte mais la position est encerclée.

Les jours suivants, l’artillerie ne chôme pas : une section soutient au Nord, avec plein succès, une importante patrouille d’infanterie le long des champs de mines. La 1e Batterie pousse un raid audacieux vers ROTONDA SIGNALI.

Le 2 juin après l’insolent ultimatum de ROMMEL, fièrement repoussé par le général KOENIG, le combat devient plus dur et l’encerclement est resserré.

Rapidement, les ravitaillements en munitions deviennent impossibles : un dernier convoi réussit à passer devant des échelons qui, le 27 se sont repliés en hâte de BIR-BOU-MAAFES vers l’Est, devant la menace immédiate des blindés.

De jour en jour la pression ennemise s’accentue ; les attaques d’infanterie se renouvellent, incessantes, sur toutes les faces de la position cherchant le point faible. Les batteries lourdes ennemies se mettent en action, hors de portée de nos 75 et commencent une contre-batterie précise et meurtrière. Nos pièces sont particulièrement visées par l’aviation de bombardement ennemie.

Bientôt les mitrailleuses lourdes ennemies peuvent directement prendre à partie nos servants, nos ravitaillements en munitions, nos évacuations sanitaires.

Mais, aux pièces, officers et canonniers s’affairent, exécutant minutieusement tous les tirs demandés par les observatoires ou le P.C du Régiment.

Les canonniers suivent l’évolution de la bataille par les compte-rendus des observatoires qui signalent les destructions ou le fauchage causés dans les rangs ennemis. La vie n’est pas facile pour les observateurs : tel celui du Nord (position du capitaine CHAVANAC) qui le 8 se voit entouré par l’ennemi.

Toute la journée il est considéré comme disparu. Le soir, son observatoire partiellement dégagé, il rétablit lui même la liaison venant à pied faire son rapport.

Les téléphonistes, toujours sur la brèche, réparent les lignes coupées constamment, en pleine vue de l’ennemi qui les pourchasse comme du gibier.

Les mouvements de munitions sont exécutés par les pouvoyeurs avec la même abnégation, mais rapidement les dépôts se vident : la partie devient inégale.

Le 9 au soir, les munitions, l’eau et les vivres sont pratiquement épuisés.

D’EL ALAMEIN A TUNIS

Ramené en colonne de Bir Hacheim dans le Delta du Nil , le Régiment se reforme. Sur 24 canons, il en reste 8 ! La 5ème Batterie du Capitaine MARSAULT, venant de DJERABOUB , oasis dépassée par les éléments ennemis, rejoint son corps après un parcours hérissé de mille difficultés.

Le 1e Régiment d’Artillerie, rééquipé en matériel anglais, les 4 premières batteries avec du 25-pounders (calibre 88mm), la 5e avec du 5,5 (calibre 140 mm), repart le 18 octobre 1942 pour les campagnes d’Egypte, de Libye, et de Tunisie, dirigées par le Général MONTGOMERY.

A EL HIMEIMAT et à MUNASSOB, malgré des mises en batterie pénibles dans un terrain chaotique, sous les bombardements à basse altitude des Messerchmidt 109, il soutient par un feu violent les opérations de diversion de l’infanterie, opérations qui contribuent à la victoire d’EL-ALAMEIN et à la déroute ennemie.

Après un séjour fastidieux à GAMBUT, le Régiment quitte cette région pour la Tunisie à la fin d’avril 1943, et le 7 mai, sous les ordres du chef d’escadron GAULARD qui le commande par interim, il prend position à BIR ALI-BEN-SLIMANE , devant le dernier verrou constitué par le rocher de TAKROUNA dans la région de Sousse.

Du 8 au 13 mai ses cinq batteries tirent 2 500 coups de canon, forçant la décision et la Division fait 26 000 prisonniers dont beaucoup avaient combattu contre nous au cours de l’année précédente.

L’ennemi est chassé d’Afrique.

Le 20 mai, la Batterie QUIROT représente le Régiment au défilé de la victoire à Tunis dans les rangs de la VIIE armée britannique.

Le 21 juin, la Batterie CHAVANAC le représente à Tripoli devant le Roi d’Angleterre .

En Tunisie, cérémonie de remise de fanion par le Général KOENIG au 1e Régiment d’Artillerie des Forces Françaises Libres commandé par le Colonel Laurent CHAMPROSAY. Le Général KOENIG passe les troupes en revue.Document muet

L’ITALIE

La campagne d’Afrique terminée, le Régiment passe l’été à ZOUARA en Tripolitaine , puis s’installe près de TUNIS où il s’entraîne sans relâche en vue des combats futurs.

Il est une fois de plus réorganisé : il fusionne avec le 2e RAC et est équipé avec du matériel américain ; il s’est peu à peu augmenté d’éléments venus de tous les coins du monde : Mauriciens, Réunionnais, Pondichériens, Arméniens et Français d’Amérique Centrale ou d’Amérique du SUd,sous les ordres du colonel LAURENT-CHAMPROSAY secondé par le Lieutenant MAUBERT, il se compose de trois groupes de 105mm., commandés par les chefs d’escadron MARSAULT, JONAS et BRUNETON et d’un groupe de 155 mm sous les ordres du chef d’escadron CRESPIN.

Un détachement de liaison avancé qui s’évèrera particulièrement efficace est placé sous les ordres du commandant RAVET .

A la fin d’avril,il embarque à BONE et à BIZERTE , faisant route vers l’ITALIE .

Le débarquement s’effectue à NAPLES , le regroupement à ALBANOVA et le Régiment est prêt à délencher avec le Corps Expéditionnaire Français du Général JUIN la formidable attaque qui, des rives du GARIGLIANO , va le porter à travers l’Italie, dans les plus rudes épreuves, sur un terrain hérissé d’obstacles.

Du 7 au 10 mai , le Régiment prend place derrière les premiers mamelons qui bordent la rivière ; le groupe lourd est à moins d’1 kilomètre de l’ennemi : l’installation a lieu de nuit dans un grand silence

Le 11 mai à 23 heures , une gigantesque préparation d’artillerie se déclenche de CASSINO à la mer : la grande offensive, prélude du débarquement en France, commence...

De leur tête sur l’embouchure du GARIGLINAO, les fantassins remontent péniblement la rive nord dominée par de très hauts sommets : MAIO, FAITO, GIROFANO , qui, pilonnés par l’artillerie, s’embrassent la nuit comme de véritables volcans couronnés de fumée rougeoyante.

Le 14, la rive opposée est enfin nettoyée : SAN ANDREA, SAN AMBORGIO, SAN APPOLINARE sont successivement enlevés par l’infanterie.

En trois jours 50.000 coups de canon ont été tirés. Le Régiment traverse le GARIGLIANO sur un pont de bateaux et commence sa glorieuse progression.
Pendant toute cette période, l’activité des groupes est extraordinaire ; ils se déplacent au cours de la nuit, s’installent à l’aube, règlent leurs tirs dès les premières lueurs du jour, souvent par avion, et son prêts en quelques instants à appuyer l’attaque quotidienne.
Ils repartent parfois dans la même journée pour se déployer à nouveau, pour tirer à peine prêts et repartir encore.

Les officiers de liaison vivent en première ligne avec leurs camarades d’infanterie, menant la vie âpre et dangereuse des observateurs avancés.
Un grand enthousiasme anime le Régiment malgré les pertes et les fatigues.

Du 15 au 19 mai, quatre positions principales sont occupées ; le 20, les groupes sont aux environs de PONTECORVO, cœur de la ligne Hitler . L’attaque est menée en coopération avec les Canadiens qui sont à droite de la Division et la bataille est sévère ; l’ennemi contre-attaque avec des chars.
Les observateurs du monastère de CAPPUCINI (où le Capitaine RIVIE est gravement blessé), puis du MONTE LEUCIO, jouent un rôle décisif par l’intervention de feux renouvelés et meurtriers.
Le 25 mai, grâce à la poussée irrésistible de nos troupes, la jonction est faite avec l’armée américaine d’Anzio, et le général commandant l’artillerie du Corps expéditionnaire, télégraphie les félicitations du Général CLARKE , commandant la Ve Armée, conçues en ces termes :

Dans les phases initiales de l’offensive actuelle, le Corps Expéditionnaire Français a combattu avec un tel courage et s’est emparé avec une telle rapidité des objectifs qui lui étaient assignés qu’il a conquis non seulement l’admiration de ses compagnons d’armes de la Ve Armée, mais encore celle de l’ensemble des Nations alliées .

Les artilleurs de la Ve Armée , par le canal de ce bulletin d’information, félicitent l’artillerie du Général CHAILLET pour l’appui énergique et efficace donné à la magnifique infanterie française dans son avance réussie à travers des positions défensives allemandes solidement fortifiées. Il saluent leurs camarades : les RED LEGS françaises.

Le régiment est envoyé le 28 mai au sud-ouest de FROSINONE , en appui de la 4e Division Marocaine de Montagne, tandis que l’infanterie divisionnaire se regroupe.
Le 5 juin, la lutte se poursuite à TIVOLI où le lieutenant-colonel MAUBERT commande un groupement important et particulièrement dans la vallée ADRIANA, où les allemands s’accrochent.

La division fait face au nord, protégeant le flanc des blindés de la Ve Armée qui entrent le 4 juin dans ROME.

Le Régiment traverse cette capitale le 10 juin, au milieu d’une foule enthousiaste. C’est un double anniversaire : celui de la déclaration de guerre de l’Italie en 1940 et celui de la sortie de Bir-Hacheim.

Le 2e Groupe commandé par le chef d’escadron JONAS soutenant la 2e Brigade, part à la poursuite de l’ennemi ; le Régiment regroupé dépasse VITERBO, puis avance vers VETRELLA. MONTEFIASCONE est pris le 11, le lac de BOLSENA atteint le 12 .
La bataille atteint son paroxysme : l’infanterie ne progresse plus qu’au prix de pertes sévères. Le Régiment tire plus de 20 000 obus en vingt-quatre heures.

Le 15 juin, le Régiment est à ACQUAPENDENTE, le 18 juin, devant RADICOFANI . De nouveau l’ennemi s’acrroche ; il faut briser sa résisance acharnée.
En raison de l’avance rapide, les liaisons avec les éléments voisins se font mal : le colonel LAURENT-CHAMPROSAY part lui-même reconnaître une route vers SCOTTE MORTE, pour assurer le contact avec la Division qui se trouve à gauche du Régiment : il saute sur une mine.
Transporté à l’hôpital divisionnaire, il meurt dans la nuit de ses blessures.
Le 19 juin, le Régiment apprend qu’il vient de perdre le chef qui l’avait non seulement formé, mais qui l’avait si fortement marqué de sa personnalité.

Le Lieutenant colonel MAUBERT prend le commandement du Régiment.
La dépouille mortelle du colonel LAURENT-CHAMPROSAY est conduite au cimetière de la Division, à la sortie de SAN-LORENZO : il pleut.

Le général BROSSET, commandant de la 1e DFL prend la parole, mais étranglé par l’émotion, peut à peine s’exprimer.

Le général de LARMINAT , en un bref discours, cite le colonel LAURENT-CHAMPROSAY en exemple de bravoure et de devoir, assurant que la France libérée glorifiera sa mémoire. Les derniers honneurs sont rendus. Ce sont des obsèques comme ce chef qui les aurait souhaitées : simples, militaires, avec peu d’hommes du Régiment, la bataille les retenant à leurs postes de combat. La canonnade se poursuit, mêlant son grondement aux prières liturgiques.
RADICOFANI est dépassé, la division, durement éprouvée, est relevée.

Après les combat ininterrompus qui l’ont conduite des rives du GARIGLINAO à RADICOFANI, soit 350 kilomètres en quarante jours, le régiment prend quelques jours de repos sur les rives de lac de BOLSENA et se retrouve le 27 juin à ALBANOVA , d’où il était parti avec tant d’enthousiasme et d’élan vers cette glorieuse campagne d’Italie, maintenant terminée.
C’est le dernier repos avant la France.

Au début de juillet, le Régiment est passé en revue sur l’aérodrome de CASERTA, par le général de Gaulle qui arrive de Normandie.
Chacun en son cœur pense à de nouvelles opérations.

Chef d’escadron Paul JONAS

Sous les ordres de son nouveau chef, le colonel BERT, le régiment part le 17 juillet pour TARENTE et BRINDISI où vont avoir lieu des opérations d’embarquement, après deux semaines passées au milieu d’une population hostile ; c’est le départ, entre le 8 et le 13 août, de ce pays où la guerre a été menée à toute allure, sous un soleil éclatant parmi les paysages admirables et variés dont les tableaux colorés sont liés dans la mémoire de chacun aux souvenirs des combats. Et il reste à ceux qui ont fait campagne, un arrière-goût de cette poussière impalpable, suffocante, qui les a partout suivis.

On a aussi le sentiment d’avoir exercé ses talents sur un instrument neuf ; la gamme du matériel motorisé américain s’est prêtée magnifiquement à tous les efforts, à toutes les intentions. Que dire en particulier de l’observation aérienne, menée de bout en bout avec une souplesse et une hardiesse étonnantes par la section de piper-cubs commandés par le lieutenant LAPORTE ; constamment en l’air, elle découvre des objectifs, renseigne sur les mouvements de l’ennemi et sert en même temps la volonté tendue du chef du Régiment qui garde avec elle un contact personnel de tous les instants.

Mais cette expérience, ces souvenirs, le Régiment ne les a acquis qu’au prix d’un lourd tribut.

Parmi ses pertes, outre son chef, il compte cinq commandants de batterie, tous tués en liaison avec l’infanterie ou à leurs observatoires : les capitaines SOULEAU (9e batterie), DUPRAZ (11e Batterie), BRIARD (8e batterie), MERCIER (12e Batterie), et le lieutenant QUINSAC, nouveau commandant de la 9e Batterie , enterré auprès du colonel Laurent-Champrosay et associé à lui dans les derniers hommages.

LA FRANCE

Les navires de matériel, puis l’escadre, enfin les transports de troupes quittent BRINDISI et TARENTE. Cet énorme convoi défile devant MALTE et PANTELLERIA, passe en vue du Cap BON, pointe extrême de la Tunisie, longe la Sardaigne et la Corse : le temps est splendide et le 16 août, le débarquement s’effectue rapidement en landing-craft, dans la baie de CAVALAIRE .
La 1e D.F.L relève face à TOULON les commandos français et les unités américaines. Le 19, le Régiment prend position devant HYERES . L’ennemi résiste : il dispose des forts qui entourent la ville, de nombreuses batteries et d’une garnison considérable.
Pendant une semaine, de durs combats se déroulent : les batteries interviennent sans cesse pour anéantir les organisations ennemies.
Le 21 août, le mont REDON tombe , après une lutte particulièrement sanglante. Le même jour, après une concentration exécutée par tous les groupes, sur le Golf-Hôtel d’Hyères , où se trouvaient retranchés d’importants éléments adverses, l’infanterie et les fusiliers-marins précèdent le Régiment dans la plaine de la CRAU, puis le 22, sur la crête du TOUAR , où les batteries ennemies de 88 tirent à bout portant : elles sont réduites au silence.

Le 23, LA GARDE, le 24, SAINT JEAN DU VAR, le 25, le CAP BRUN, sont occupés après maints épisodes glorieux.

L’aspirant PHILIPPE , un des premiers ralliés de 40, est tué alors qu’il se rendait à l’Observatoire.
La bataille se fait dure. Aux bords de la ville, l’ennemi encerclé résiste avec acharnement ; l’artillerie tire sans cesse pour appuyer les attaques et pilonner les batteries du Cap Brun, de SAINTE MARGUERITE , du fort de LAMALGUE qui se rendent tour à tour.
Enfin, le Régiment secondé par la marine alliée écrase les tourelles de SAINT MANDRIER. La bataille de TOULON est terminée.

La Division reçoit alors la mission de poursuivre l’ennemi en retraite sur la rive droite du Rhône, mais il faut attendre que des ponts temporaires soient lancés. Le 29 août, le RHONE est franchi, près d’AVIGNON . Après un regroupement dans la région de REMOULINS et d’UZES, c’est sous la pluie, par une étape éclair de vint-quatre-heures sans interruption, par les hauts cols des CEVENNES vers Saint Etienne , au milieu des populations enthousiastes qui saluent les premières troupes françaises.
Le 2 septembre au soir, les batteries arrivant sur LYON par l’ouest sont prêtes à tirer : la ville est libérée dans la journée du 3, et le 5 septembre, le Régiment défile dans la ville, acclamé par une foule délirante. Le 15, son Etendard est présenté au défilé des troupes à DIJON.
Puis la 1e Batterie, appuyant le 1e Bataillon de Légion Etrangère pousse jusqu’à AUTUN
. Plus de 3 000 prisonniers sont faits dans cette opération.

Le contact est repris avec l’ennemi entre VILLERSEXEL et BAUME LES DAMES ; le 19 septembre le Régiment se retrouve en ligne. La division progresse vers l’est : plusieurs positions sont occupées successivement aux environs d’ ATHESANS , de la VERGENNE , puis la résistance ennemie s’accroît, et les tirs des groupes d’appui direct, sous les ordres du lieutenant colonel MAUBERT, permettent la conquête des MOFFANS, LYOFFANS, ANDORNAY, MAGNY-JOBERT, FREDERIC-FONTAINE, CLAIREGOUTTE, LOMONTOT et des bois touffus qui entourent ces localités.
Le Régiment se déplace le 30 septembre vers le nord entre la COTE et le THILLOT.

Après une lutte ardente et des pertes sévères, RONCHAMP est pris le 2 octobre.

Dans le courant de ce mois, aucun grand mouvement n’a lieu : c’est une guerre de position dure pour les hommes, car il pleut sans cesse : pièces et véhicules s’enfoncent dans la boue, et la neige fait sa première apparition.
CHAMPAGNEY, AUXELLE BAS où sont retranchés de nombreux éléments ennemis et les observatoires placés sur les crêtes dominant la vallée de PLANCHER LES MINES sont pilonnés sans cesse. L’offensive sur BELFORT ET MULHOUSE se prépare.

Elle a lieu dans un terrain difficile, dans la boue et la neige. Une grande quantité de mines et de pières accumulés par l’ennemi pendant un mois rend la tâche aussi hasardeuse que pénible. Le 19 novembre, le front est enfoncé : CHAMPAGNEY dépassé dans un premier bond, le Régiment se déploie dans la vallée de PLANCERAS.


Le 20 novembre,
en pleine action offensive, la division perd son chef, le Général BROSSET.

Le Régiment en deuil défile au crépuscule à l’endroit même où vient de tomber le fougueux animateur qui, depuis la Tunisie, a conduit la 1e DFL à la victoire.

C’est une nouvelle épopée qui vient de s’inscrire au tableau du Régiment.

Sous des pluies glaciales et continuelles, dans une boue montant jusqu’aux essieux des camions, il a manœuvré aussi vite que sous le soleil d’Italie.

Le 1e RA a perdu maintenant tous ses éléments noirs et vient de donner le baptême du feu aux jeunes français qui de Toulon à Lure se sont précipités dans ses rangs et se montrent dignes de leurs anciens.
Trempé, transi, meurtri aussi, le Régiment est mis au repos par fractions.

Le 11 décembre, à LUXEUIL, le Régiment est représenté par deux de ses groupes à la prise d’armes des adieux de la Division au général de LATTRE de TASSIGNY, commandant la 1e Armée française.

Rattaché aux Forces Françaises de l’Ouest du général de LARMINAT, il se dirige sur la Gironde où une offensive contre les ports de l’Atlantique est envisagée.

La lutte redevient ardente devant GIROMAGNY, dont la prise ouvrirait la voie vers THANN et balaierait la menace qui pèse sur l’axe de marche des divisons blindées en route vers MULHOUSE. Dans une phase de ce coup de butoir, le Capitaine MESSAGER , en liaison avec les éléments avancés d’infanterie du BM 24 est tué.

Le 24 cependant, GIROMAGNY tombe, puis dans une dernière ruée, la Division, sous les ordres de son nouveau chef, le général GARBAY libère GROSMAGNY, ETUEFFONT, ROUGEMONT, atteint MASSEVAUX et THANN : la plaine d’Alsace est atteinte.

Les batteries à peine installées, la Division est brusquement rappelée en Alsace le 26 décembre pour relever la 2e Division blindée du général LECLERC qui doit se rendre dans la région de BITCHE , en appui des Américains qui subissent dans les Ardennes l’offensive du Maréchal VON RUNSTEDT. Le retour est effectué à la même vitesse que l’aller : par un froid terrible, les colonnes traversent l’ouest et le Centre gelés, puis arrivant aux VOSGES, y trouvent la neige et l’hiver déjà solidement installés.

Les 1e et 2 janvier 1945, le Régiment s’établit entre SELESTAT et ERSTEIN . Le secteur est soumis de tous côtés à la pression allemande et le front tenu par la Division est très tendu.
Cependant, dans la nuit du 6 au 7 janvier , éclate une très violente canonnade ; c’est une attaque allemande de grande envergure qui se déclenche et dont le but est de reprendre STRASBOURG , capitale politique et géographique de l’Alsace ; la 4e Brigade d’infanterie, appuyée par le groupement JONAS, composé de huit groupes d’artillerie supporte le choc. L’ennemi a massé ses troupes et des engins blindés dans la poche de Colmar ; il porte son effort vers le nord entre le Rhin et l’Ill. La situation est critique dès le début de l’action. Les points avancés sont submergés et se replient sur la garnison d’OBENHEIM ; un autre point fort est constitué par les deux villages voisins de HERBSHEIM et de ROSSFLED . Les observatoires isolés signalent par radio dans la matinée du 7, la manœuvre de chars allemands de 60 tonnes appelés Königistiger (Tigres royaux) armés de canon de 88, dernière création et orgueil du corps blindé allemand.

Pendant quatre jours, la lutte est ardente et sans répit pour les troupes encerclées et pour les groupes d’artillerie qui, par leurs tirs massifs, infligent de grosse pertes aux assaillants d’OBENHEIM et sauvent les garnisons de ROSSFELD et d’HERBSHEIM. Dans ce dernier village, se trouve une batterie du Régiment ; elle perd trois de ses pièces au début de l’attaque, avec 4 tués et 17 blessés, mais sous l’énergique impulsion du Capitaine RAVIX , elle détruit un char allemand, des transports d’infanterie chenillés à quatre-vingt mètres, combat avec ses armes portatives dans les rangs des fantassins tandis que la section antichars du Régiment se distingue en stoppant net par des tirs à vue, toutes les attaques allemandes de blindés.

Une autre battterie située à HEURSSEN est également attaquée par des chars.

A OBENHEIM, pendant quatre jours également, les troupes encerclées se battent pied à pied ; tous les observateurs d’artillerie disséminés dans la plaine se replient dans le village encerclé, et communiquent au commandement, les renseignements sur les mouvements ennemis : mais le 10 au soir, une attaque convergente d’infanterie appuyée par des chars pénètre jusqu’au cœur du village, et c’est enfin le silence sur les maisons en flammes où gisent plus de 200 tués et blessés dans la neige, tandis que les dernières munitions sautent et que brûlent les véhicules incendiés par leurs chauffeurs. Cette défense héroïque a brisé l’élan de l’ennemi qui s’arrête devant KRAFT et BENFELD, après avoir subi des pertes très lourdes.

Au cours des jours suivants, les attaques reprennent et des agents ennemis, que l’on ne décèlera jamais malgré des rondes et des patrouilles, coupent sans cesse les fils téléphoniques entre les batteries ; ils aident même au réglage des tirs ennemis, et c’est ainsi que dans la brume, certaines batteries du Régiment sont pilonnées sans cesse alors qu’elles occupaient des positions d’où elles n’avaient jamais tiré.
Le lieutenant Michel FAUL est tué à son poste de commandement au cours d’un de ces bombardements ; il était également de ces jeunes qui avaient rejoint le général de GAULLE en Angleterre dès le mois de juin 1940.
Malgré ses attaques, malgré les agissements des ses partisans, l’armée allemande restera sur les rives de l’Ill, qu’elle ne pourra franchir. La menace sur Strasbourg est écartée .
Enfin, le 23, après un remaniement de dispositif et de considérables renforts d’artillerie, le 2e Corps d’Armée attaque en direction de MARCKOLSHEIM ; successivement ILLHAEUSERN, ELSENEHEIM et l’ILLWALD sont pris.

Quoique le froid soit intense, l’activité dépasse celle du début du mois et les piper-clubs volent sans interruption : batteries, colonnes en marche, chars, ouvrages, rien ne leur échappe. La résistance de l’ennemi est opiniâtre, mais notre infanterie avance pas à pas ; elle combat devant chaque bois, chaque boqueteau, chaque haie. Un mouvement tournant effectué au nord pas un combat-command blindé achève la déroute allemande. Finalement, grâce à un tir fusant d’une précision extrême, soutenu pendant des heures, le pont de MARCKOLSHEIM, clé de la ville, tombe intact entre les mains des Fusiliers-marins . Les blindés s’y engouffrent, marchant vers NEUFBRISACH.

Le 3 Février, la DFL est sur le RHIN.
Pendant quelques semaines encore, le Régiment monte la garde sur le fleuve effectuant des tirs de représailles en terre allemande pour répondre aux bombardements de Sélestat.

Le 11 février à SAVERNE, l’étendard victorieux est présenté une nouvelle fois au général de Gaulle.

C’est maintenant aux environs de SAINTE MARIE AUX MINES que le Régiment se porte, par fractions, pour y goûter quelques jours de repos ; et dès le 7 mars, le voilà de nouveau en route pour LES ALPES cette fois, avec la Division toute entière.
Plus que jamais, il va s’y articuler en groupements séparés et qui comprendront parfois des éléments étrangers et jusqu’à des canons pris à l’ennemi.
Ce sont des opérations de caractère local qui sont entreprises sur les crêtes, dans les forts et dans les hautes vallées qui bordent la frontière de l’Italie.
Au Nord, le groupement du Commandant CRESPIN opère en HAUTE TARENTAISE à la fin de mars par mauvais temps, puis se porte en MAURIENNE pour soutenir une demi-brigade de chasseurs, enfin, en UBAYE , contribue à repousser l’ennemi jusqu’au Col de LARCHE .
Le 10 avril, le lieutenant colonel MAUBERT Soutient l’attaque de la 4e Brigade pour prendre le massif de l’AUTHION avec en position à PEYRECAVE le groupement MARSAULT (3e groupe renforcé de batteries de tous les autres groupes) tandis qu’au Nord, le groupement MORLON appuyant des éclaireurs skieurs fait diversion par ses tirs en HAUTE TINEE et en HAUTE VESUBIE et qu’au Sud, le groupement CHAVANAC opère sur la Riviera italienne.


Tour à tour les forts de l’Authion : LA FORCA, MILLE FOURCHES, PLAN CAVAL, LA REOLE,
tombent sous les tirs massifs d’obus explosifs et de fumigènes.
Puis les batteries sont déplacées sur l’Authion même, occupent des positions acrobatiques et dangereuses, l’une d’elles à moins de mille mètres des Allemands ; elles tirent sur TENDE et SAN DALMAZZO en Italie.

La Vallée de la ROYA est conquise.
Le 25 avril,
c’est une dernière relève, par des éléments de montagne. Le Régiment est au repos dans la plaine où le trouve la capitulation de l’Allemagne.

Deux pièces du Régiment en batterie sur la place Masséna à NICE, tirent les 101 coups de canon de la Victoire.

La campagne du 1e Régiment d’Artillerie est terminée.

Devenant le 1e Régiment d’Artillerie Coloniale, il prend jusqu’au 30 mai un repos mérité, puis fait mouvement vers la région parisienne.

Le 18 juin 1945, avec ses quatre groupes et tout son matériel, guidé par le Colonel BERT qui l’a commandé pendant toute la campagne de France, il passe sous l’Arc de Triomphe de l’Etoile et défile devant le général de GAULLE à qui, pendant cinq ans ; dans les pires moments de la tourment, il a toujours répondu Présent !

Chef d’escadron Jacques CRESPIN

EN SAVOIR PLUS

Musée virtuel/livres anciens :

Honneur au Premier Régiment d’Artillerie

La photo choisie pour illustrer la couverture du Dictionnaire des Compagnons de la Libération paru en mai 2010 n’est autre que la remise de la Croix de la Libération par le Général de Gaulle, le 2 septembre 1945 à Chelles (Seine et Marne) au premier Régiment d’Artillerie de la 1e D.F.L !

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