8e régiment de Chasseurs d’Afrique

8e Régiment de Chasseurs d’Afrique


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Historique

Le 8e RCA, régiment de cavalerie de l’armée française a été créé en 1915 et dissous en 1917, avant d’être recréé en 1941 au Maroc. Rappelé en 1943, il sera modernisé avec du matériel américain. Equipé de tank destroyers, il est utilisé pour la chasse aux chars, ou comme appui d’artillerie dans des engagements, ou encore pour la reconnaissance. Il été dissous en 1963.

Affecté au Corps expéditionnaire français en Italie où il s’illustre à la bataille du Garigliano, puis endivisionné à la 1e DFL après le débarquement de Provence, il ne la quittera qu’en Alsace.

A peine débarqué à Saint-Tropez le 15 août, le 8e RCA est immédiatement engagé pour la libération d’ Hyères et de Toulon où il participe à l’attaque du Fort de Sainte Marguerite.

Il libère ensuite successivement Arles et Montpellier, puis remonte la vallée du Rhône et de la Saône.

Dans sa remontée vers le Nord-Est, il contribuera au maintien de l’ordre aux environs de Lyon.

Il entre à Ronchamp et Belfort puis combat dans les Vosges et en Alsace (Giromagny).

Il joue un rôle important au cours de la bataille d’Alsace (défense de Strasbourg 1945 et bataille de Colmar).Une reconnaissance du 8e RCA libère le village alsacien de Sewen. Après Masevaux et Bitschwiller, le 8e R.C.A prend Thann.

Le 31 décembre 1944, il part pour Lure, Remiremont, Saint Dié, puis le sud de Strasbourg. Il soutient les maquisards après la libération de Strasbourg.

Le 22 janvier 1945, direction Neuf-Brisach, objectif le Rhin. Il se heurte violemment, avec la D.F.L, à une division de chasseurs de montagne. Dans la neige, les mines et les terrains inondés, ils sont bloqués à Illhauesern.

Il subit de lourdes pertes en Alsace et son mémorial est à Illhaeusern, près de Colmar.

Le 31 janvier Marckolsheim est conquis, et le 2 février est le dernier jour de combat pour le 8e R.C.A dans la campagne de France.

Journal de Marche (extraits)

Le Journal de Marche du 8e R.C.A a été publié sur le site internet CHARS FRANCAIS.NET.

Monsieur Antoine MISNER nous a aimablement autorisés à en reproduire des extraits.

Pour prendre connaissance de l’intégralité de ce document, consulter son site LIEN

LA FRANCE - LE DEBARQUEMENT

Le 10 Août 1944. La rade de TARENTE est couverte jusqu’à l’horizon de bateaux de transport, de navires de guerre de tout tonnage. On sait à bord que, ce jeudi, doit avoir lieu le départ. Depuis cinq jours on discute ferme. Que faire d’autre, en effet, à bord d’un bateau immobile ?... Le lieu de destination est l’objet de commentaires passionnés. On essaye de le déduire des indices les plus minces, de la situation internationale, du ravitaillement emporté. Celui-ci surtout laisse rêveur. A bord du "Fort Stager ", par exemple, où se trouve tout l’Escadron PERIQUET et une partie de l’Escadron LE HAGRE, le Lieutenant CHAUDEUR, responsable de but le chargement, a pris en compte quarante-cinq jours de vivres n’est-ce-pas l’indice d’une longue, très longue traversée ? Il a embarqué trois semaines de farine et d’eau potable qui ne doivent pas être entamées avant le débarquement, n’est-ce pas le signe que l’on doit nous diriger vers des contrées sans pain et sans eau ? Les pronostics vont leur train... ALBANIE, DALMATIE, BIRMANIE, tout est envisagé et tout se termine toujours par ce souhait si seulement cela pouvait être la FRANCE !... Tout à cette pensée, personne ne songe que peut-être un sous-marin ou un avion ennemi pourrait interrompre la croisière qui va commencer.

A 15 heures, le convoi de quarante navires auquel nous appartenons se forme et, encadré de ses chiens de garde, met le cap vers le Sud. Les cartes du débarquement ont été déposées en rouleau scellé, nous aurons le droit de l’ouvrir dans trois heures. A 18 heures, au milieu de nos hommes silencieux et graves, nous rompons les cachets et c’est tout à coup un hurlement de joie, les cartes et les plans comprennent la partie des côtes de FRANCE limitée entre CANNES et TOULON. Et très tard, ce soir-là, beaucoup d’entre nous restèrent seuls ou en petit groupe, accoudés au bastingage, rêvant au pays qui bientôt surgirait de l’horizon...

Et ce fut une traversée de rêve, sous un ciel sans nuages, sur une mer d’un bleu unique et sans une ride. Nous saluâmes au passage l’ETNA, MALTE, PANTELLARIA, la côte de TUNISIE, rappelant les souvenirs de Décembre précédent alors que nous suivions la route inverse. Le dimanche 13, au début de l’après-midi, dix porte-avions nous dépassent cinglant vers le Nord, nous les suivons d’un regard d’envie,... ils arriveront avant nous...

L’unique distraction est l’affichage, trois fois par jour, des dernières nouvelles reçues par radio. Nous suivons avec un intérêt compréhensible la percée américaine vers la BRETAGNE, son développement vers la LOIRE, le vaste mouvement tournant qui doit acculer les Allemands à la SEINE et ces nouvelles ne font que grandir notre impatience de prendre part tout de suite à la fête de la Libération de la Patrie.

15 Août. La première radio nous apprend que le débarquement a eu lieu à l’aube sur les côtes de PROVENCE avec un plein succès c’est bien, mais nous grognons parce que on ne nous a pas attendus. Il faudrait tout de même savoir si, oui ou non, nous sommes de la première vague. Par contre, la date semble bien choisie. Quelque trois siècles plus tôt, le roi LOUIS XIII faisait donation à la Vierge Marie de son royaume envahi sur toutes ses frontières et ordonnait de fêter solennellement le 15 du mois d’Août... et ce fut la fameuse année de CORBIE qui vit l’étonnant redressement des Armées Françaises et l’aube de nouvelles victoires. N’est-ce pas cette fois encore présage de libération prochaine ? Et il nous semble que jamais ce jour ne finira, que jamais nous n’atteindrons les côtes de FRANCE qui sont pourtant si proches. L’on dormit très peu à bord cette nuit-là !

L’aube du lendemain voit tout le personnel embarqué groupé à la pointe avant du bateau.

Le flot nous apporte assourdi le grondement puissant des lourds canons de marine. Avant de voir quoi que ce soit, nous percevons de plus en plus nettement le fracas de la bataille vers laquelle nous voguons. C’est vraiment de la fièvre, à tel point que nul ne prêtera attention à nos patrouilleurs grenadant la mer où est apparu, sur les flancs du convoi, un sous-marin ennemi. Enfin, une ligne plus sombre apparaît au-dessus de l’horizon et chacun contemple cette sorte de brume qui matérialise pour lui le Pays. On ne raconte pas des heures semblables, on se souvient et l’on se tait.

Et voici que nous passons entre les navires de guerre, ancrés de flanc, dont les bordées ébranlent l’air elles s’en vont porter, hélas la ruine et la mort sur un sol auquel nous voudrions tant voir épargner ces épreuves. Et à nos yeux grandit la côte où nous distinguons maintenant SAINT-RAPHAEL qu’empanachent de lourdes fumées. Puis, cap au Sud, nous longeons à courte distance une côte dont nous nommons tous les points SAINT-AYGULF, VAL d’ESQUIERES, La NARTELLE... et voici s’ouvrir le golfe de SAINT-TROPEZ. A perte de vue des bateaux couvrent la mer.., on s’interpelle de transport a transport... toute l’Armée Française est là, celle qui vient directement d’AFRIQUE du NORD, impatiente d’entrer dans la bataille, celle avec laquelle nous avons combattu en ITALIE. Mains en porte voix, on échange des numéros de Régiment, on se reconnaît parfois, on demande des nouvelles, pendant que nous doublons SAINTE-MAXIME et BEAUVALLON pour venir nous ancrer au fond de la baie. Sur les hauteurs, les forêts brûlent, au-dessus de nos têtes passent, avec un bruit d’express les obus de gros calibre de la marine alliée, des avions sillonnent le ciel, tandis que des centaines de camions amphibies font la navette entre les bateaux et la terre. Spectacle de force puissante et tranquille qu’il faut avoir vu pour s’en faire une idée. Et brusquement, alors que nous sommes tout à la contemplation d’une terre où il nous tarde de prendre pied, se déchaîne le tonnerre de centaines et de centaines de canons de D.C.A. au milieu desquels crépitent des milliers de mitrailleuses, tandis que d’innombrables trajectoires lumineuses se croisent dans le ciel et que s’élève le fracas brisant des chapelets de bombes s’écrasant entre les navires. Courte attaque des bombardiers ennemis dont deux s’engloutissent en flammes dans la mer.

Il n’est pas d’attente qui ne se voit enfin couronnée. Tour à tour, par va et vient de chalands, nous prenons contact avec la terre. Les illustrés, le cinéma ont donné des images de ces exilés risquant leur vie pour la reconquête de leur sol natal, images où l’émotion prend parfois des allures théâtrales. La réalité ne se confond pas toujours avec l’illusion facile qui enthousiasme la foule.., l’émotion fut sincère et très profonde, mais une pudeur virile la referma presque toujours au fond du cœur.

Au fur et à mesure que nos éléments débarquaient, ils allaient se grouper dans les bois entourant le petit village de La CROIX-VALMER. L’accueil des habitants est indescriptible. Le Colonel SIMON venu installer son P. C. au Mas de CHAUSSE, ne cache pas son émotion d’être embrassé de tout cœur par une femme charmante, venue de PARIS pour goûter, ô ironie, de calmes vacances sur la côte Provençale.

Mais il ne faut pas s’endormir dans les délices de l’arrivée. Les commandos ont créé la tête de pont et l’ont élargie rapidement, il va s’agir de passer à l’attaque de la position fortifiée de TOULON, un des gros môles défensifs de la XIXe Armée Allemande sur le littoral méditerranéen. Cette Armée, à laquelle nous allons nous heurter, nous la repousserons devant nous peu à peu dans une lutte farouche au long d’une route qui mènera poursuivants et poursuivis jusque dans les hautes vallées des ALPES autrichiennes. Poursuite prenant parfois l’allure d’une débâcle, mais coupée de redressements étonnants qui donneront leur nom aux batailles de la Trouée de BELFORT, d’ALSACE, du RHIN, de l’ENZ, du DANUBE.

Pour ce début de bataille, le 8e R.C.A. est à la disposition de la 1e D. F. L. du Général BROSSET, placée, avec la 9e Division d’infanterie coloniale et un groupement de commandos et de bataillons de choc, sous les ordres du Général de LARMINAT.

L’axe de la Division est représenté par la route St-RAPHAEL-TOULON au Nord de laquelle opérera le R.C.T. 2 du Colonel GARBAY à la disposition duquel sont mis deux pelotons du 4e Escadron, tandis que le R.C.T. 3 du Colonel RAYNAL agira entre cette route et la mer, il lui est adjoint le 3e peloton du 4e Escadron. L’attaque est fixée pour le 20 au matin.

La place de TOULON est garantie à l’Est par deux lignes de défenses extérieures concentriques. La plus éloignée est jalonnée par le Mont FENOUILLET 293m.), HYERES, le Mont REDON la plus rapprochée, par les collines de TOUAR, les villages de la GARDE et du PRADET, tout un système de casemates et de forts relie ces points.

Dès le 19 au soir, nos éléments du détachement Nord s’établissent à 1 kilomètre au Sud de PAS du CERF, tandis que le peloton LACASSIN se porte au GALOUPET. Le lendemain l’attaque démarre favorablement. Les Allemands ont été tellement surpris qu’ils n’ont pas eu le temps d’enlever les pancartes indiquant leurs champs de mines, et d’autre part on sent très bien que l’on a affaire à des détachements retardateurs et que le contact n’est pas pris encore avec la véritable position de résistance. Au cours de quelques escarmouches, le peloton DARD, au Nord, neutralise des nids de mitrailleuses et fait 7 prisonniers, il s’établit pour la nuit au château de SAUVEBONNE. Au Sud, le peloton LACASSIN appuie le B.M. 24 progressant sur HYERES et se trouve, au soir, à 800 mètres à l’Est du pont du GAPEAU.

Le 21 Août, alors qu’au Nord la ligne des défenses extérieures est complètement enfoncée, le détachement Sud est stoppé face à HYERES. Le passage du GAPEAU est interdit par la formidable position du Golf-Hôtel. Le Colonel SIMON, qui vient de prendre le commandement du R.E.C.C.E. devant le R.C.T 3, fait venir tout le 3e Escadron du Capitaine PERIQUET. Dans l’après-midi, le peloton TRUCHET, en soutien du peloton LACASSIN, force le passage du GAPEAU les deux pelotons réunis, tirant à bout portant sur les Allemands en retraite leur causent de lourdes pertes. La garnison du Golf-Hôtel, écrasée par l’artillerie, décimée par les destroyers tirant à vue directe dans les embrasures, cède et se rend. A huit heures du soir, HYERES est atteint et traversé sous les acclamations d’une foule en délire, s’exposant au feu ennemi pour applaudir les Français vainqueurs. Première victoire sur le sol de FRANCE, mais durement acquise cinq tués devant le Golf-Hôtel, deux à la sortie Ouest de HYERES ou le half-track du Lieutenant LACASSIN flambe au milieu de la rue, tandis qu’un destroyer du 3e Escadron est atteint de plein fouet. Enfin, au Nord, le Sous-Lieutenant DARD est tué d’une rafale de mitraillette au cours d’une reconnaissance à pied. DARD, nouvellement promu, magnifique de calme et d’assurance, débordant de joie à l’idée de revoir bientôt, après quatre années d’absence, sa femme habitant MONTELIMAR. Au total, nous avons perdu 8 tués, dont un officier et 14 blessés. Mais, personnellement, je compterai trente cadavres ennemis autour du lieu où gisent cinq des nôtres et les sous-sols de l’Hôtel-de-Ville de HYERES ne peuvent contenir la foule de prisonniers qui s’y entassent

Du Nord au Sud, toute la première position adverse a sauté. Sans désemparer, on s’attaque à la deuxième. Le 22 Août au petit jour, le Colonel SIMON pousse son P. C. à quelques centaines de mètres de la ligne où s’est établi le contact. Le 3e Escadron essaye de pousser de l’avant, stoppé par un feu nourri d’antichars, exposé au tir violent de l’artillerie lourde des forts, il ne peut, malgré ses efforts, déloger l’allemand cramponné solidement au remblai de la voie du chemin de fer. Le peloton de reconnaissance de l’Aspirant AZEMAR essaie de trouver un passage par une autre voie, il se heurte à de telles résistances et subit des tirs si violents qu’il est obligé de se replier. Cependant, au cours de la journée, nos hommes ont réussi à repérer à peu près toutes les résistances importantes et l’artillerie se déchaîne sur elles. La journée coûte au 9e, 2 tués et 10 blessés. Nous avons fait 23 prisonniers. Et, dans la soirée, le Sous-Lieutenant COSTER vient prendre liaison au P.C. du Colonel la deuxième vague du 8e R.C.A. a débarqué à BEAUVALLON. A la tombée de la nuit cependant, le Bataillon du Pacifique prend d’assaut le village de la GARDE où l’ennemi résiste farouchement délogé malgré tout, il interdit la progression vers l’Ouest et, ici encore, va intervenir un peloton du 3e Escadron en une de ces actions courtes et brutales dont nos gars avaient le secret et qui, si souvent, forcèrent la décision.

" A notre tour maintenant, quatre destroyers, quatre chars légers des fusiliers marins et en avant.., deux claquement Les Boches nous tirent au perforant... on se planque en vitesse et, à pied, on va se rendre compte. Après le virage, sous les platanes, une auto-blindée nous a repérés, un peu à droite, deux canons de 88 interdisent la rouie... Des ordres brefs... 4 obus sifflent ensemble, en plein dans le mille une flamme a jailli. On a gagné... 4 obus encore et les 88 rendent leur âme. Ouf On a eu chaud. Un char léger s’approche, passe doucement le virage dangereux un boche planqué dans le fossé, saute sur le derrière du char, une grenade à la main il ouvre le volet de la tourelle, va lancer sa grenade... un gars de l’équipage sort son colt et d’une balle, sauve son char La route est libre maintenant nous rentrons à la GARDE où nous devons passer la nuit. Notre tâche n’est pas finie, demain TOULON s’offrira à nos coups ".

(Carnet du Maréchal des Logis LEFEBVRE).

Le lendemain 23 Août, la progression continue sur TOULON à l’Ouest de la GARDE, mais l’action principale a lieu sur l’axe Sud où le peloton La ROCHE du 3e Escadron opère avec le détachement SAVARY, des fusiliers marins. C’est l’affaire du CLOS-AUGUSTA que le Sous-Lieutenant de LA ROCHE a consignée sur ses tablettes.

" On signale un char ou un automoteur vers le Clos AUGUSTA ! Renseignement classique par son imprécision... Mon peloton, avec ses trois T.D., se glisse dans les bois de pins qui bordent la mer... l’infanterie n’a rien vu de précis, mais le Capitaine de la Compagnie stoppée est très heureux de voir arriver les destroyers qui vont l’aider à progresser vers le Clos AUGUSTA.

Ce fameux Clos se présente sous l’aspect inoffensif d’un bois de pins fermé de notre côté par un mur. Une section suffira.

Un Aspirant monte sur mon char de tête et nous partons avec les tirailleurs... en approchant, il apparaît que les Boches ont remué beaucoup de terre par ici.

Au bout du sentier, apparaît d’abord une petite casemate qui le commande... un obus explosif et la casemate grille avec son lance-flammes. A travers la fumée, le Brigadier-Chef PLONGERON, tireur aux yeux bleus infaillibles, distingue un PAK au ras du sol... un obus projette son tube à dix mètres il n’ennuiera plus les voitures qui ne pouvaient déboucher du PRADET.

Sur la droite, encore deux mitrailleuses qui sautent en l’air il reste le mur... trois coups de perforants y font de bonnes brèches. Rien ne bouge dans le Clos, mais les tirailleurs sont arrêtés par les barbelés et le champ de mines, Ils hésitent. Le T.D. de tête s’avance alors, tandis que l’Aspirant crie à ses hommes de marcher dans les traces des chenilles... ‘Un bond jusqu’au mur, un coup sur un tas de munitions, pendant qu’un deuxième T.D. se dirige sur la droite pour contourner le Clos. Les Boches alors n’insistent plus et c’est les bras tremblants qu’ils sautent le mur... 43 dont un officier sont pris. Le Clos, on le voit maintenant, est truffé d’abris bétonnés.

On ramasse 3 mortiers de 81 et plusieurs lance-grenades de 50. Chez nous, pas un blessé le coup est payant ".

La dernière ligne de défense de l’ennemi a sauté à son tour. TOULON est atteint. Dès l’aube du 24 Août, le peloton AZEMAR reconnaît le quartier AIGUILLON où il livre des combats de rues et a un blessé. De son côté, le détachement PERIQUET opère à l’intérieur de la ville il cause de lourdes pertes aux Allemands au fort de la MALGUE, détruit des casemates et des nids de mitrailleuses. Enfin, tout au Sud, le peloton de LA ROCHE, mis en goût sans doute par son exploit de la veille, anéantit le fort SAINTE-MARGUERITE

" Le fort de SAINTE-MARGUERITE se présente sous l’aspect d’un ouvrage dominant la mer avec 4 pièces de 155 tournées vers le large, 2 pièces de 88 D.C.A. et D.C.B., des pièces de 47 antichars en embrasures et de nombreux canons de 20 Bréda. Une tour bétonnée avec télémètre surmonte le tout.

Depuis deux jours, ces deux pièces de 88 ont fait un travail monstre, tirant partout sur les fantassins, démolissant nos voitures, tirant même au fusant sur nos avions d’observation.

L’artillerie, malgré plusieurs pilonnages, n’a pas réussi à les faire taire on distingue toujours de la cote 55 les artilleurs s’activer autour de leurs 88. C’est alors qu’un de mes T.D. se glisse dans les pins pour gagner une position acrobatique au bord de la falaise. Le fort se voit assez bien, se découpant sur le soleil à 1 500 mètres. Le tireur ouvre le feu sur la pièce de gauche qui est touchée au 3e coup, une salve de six coups et le tube est coupé. On passe à la suivante qui est traitée de la même manière, bien que le réglage soit assez difficile. car le sol, en aiguilles de pins, s’affaisse à chaque départ, sous les 30 tonnes du destroyer. Enfin, une courte flamme, et le long canon du 88 s’affaisse...

Au tour du télémètre maintenant.., quelques coups de perforant-explosifs en ont raison deux ou trois obus sur un tas de munitions, et le haut du fort est complètement dévasté nous pouvons nous retirer tranquilles...

L’infanterie s’est avancée à 300 mètres du fort les chars légers des fusiliers marins tâtent le terrain... un obus perforant atterrit à 20 mètres devant le premier !... Surprise le fort tire encore et l’on rappelle les T.D.

L’un d’eux est amené derrière une murette. Son tireur, qui avait eu chaud en ITALIE, lorsque son char avait grillé, examine attentivement le fort... Deux embrasures carrées regardent la routé, ce doit être là !...

A 300 mètres, le premier obus entre dans l’embrasure de gauche quatre obus le suivent et une énorme explosion entraîne une bonne partie du fort à la mer, tandis que les fusiliers marins poussent des cris d’enthousiasme, il peuvent avancer tranquilles. Il est 10 heures. Le Capitaine, commandant la Compagnie attaquante du B.M. 21, envoie deux sections en avant dont une sur le fort.., mais l’accrochage est sérieux, tout le bois entourant l’ouvrage est rempli de fusiliers marins boches.

A 13 heures, le Capitaine a l’idée d’envoyer un prisonnier allemand accompagné d’un Sergent français brandissant une serviette au bout d’un roseau. Il invite la garnison à se rendre, sinon tout le monde sera anéanti. Le coup réussi, un Colonel allemand sort accepte de se rendre à 14 heures. On cesse le feu et à 14h30 nous voyons sortir avec stupéfaction 700 hommes et 21 officiers dont 3 supérieurs 60 blessés sont encore dans les souterrains.

Je ramasse la casquette du Colonel allemand dans sa chambre, souvenir d’un joli coup de filet ".

(Carnet du S/Lieutenant de LA ROCHE).

Au soir du 24 Août, tous les éléments engagés du 8e Chasseurs sont regroupés à la GARDE et aux environs, ils ont été rejoints par le 2e Escadron et le reste du 1e débarqué le 22.

Les 26 et 27, tout le Régiment fait mouvement et, par AIX-en-PROVENCE, tout récemment délivré, va s’établir au Sud d’AVIGNON à MAILLANE patrie de MISTRAL, et à GRAVESON. Tout au long du parcours, la population ne sait comment manifester sa joie et son enthousiasme on nous comble de. fleurs et de fruits, nous faisons des orges de pêches, de poires, de melons et, après tant de semaines de conserves, nous apprécions tellement mieux la pulpe douce et fraîche des beaux fruits de FRANCE.

Le 28 Août , ordre arrive de constituer un groupement blindé SIMON comprenant les 1er et 2e Escadrons du 8e R.C.A., un Escadron du R.F.M., une Compagnie de Sénégalais et une section de génie, avec mission de pousser des reconnaissances sur l’axe LUNEL, MONTPELLIER, BEZIERS et NARBONNE. Le 29, ces éléments passent le RHONE à ARLES, sont reçus à LUNEL avec enthousiasme et vont cantonner pour la nuit à MONTPELLIER. Des pointes sont poussées le lendemain sur BEZIERS, SETE et NARBONNE la région est calme et définitivement abandonnée par les Allemands. Le 31, tous remontent sur NIMES où les rejoint le 3e Escadron. Le groupement SIMON a ordre de remonter la rive droite du RHONE en direction de GIVORS, LYON, en passant par Le PUY.

Mais hélas, le ravitaillement en carburant n’arrive pas. Pendant trois semaines, ce va être la question la plus angoissante. Nous avons été trop vite pour prendre TOULON, nous avons vingt jours d’avance sur l’horaire prévu, et les pétroliers, qui apportent l’aliment indispensable à nos moteurs, ne peuvent augmenter leur vitesse. Alors que nous voudrions talonner l’Allemand en pleine retraite, nous n’allons pouvoir avancer que par à coup. poussant les Escadrons vers le Nord, les uns après les autres, au fur et à mesure que nos camions amènent essence ou gas-oil des plages de débarquement. L’ordre reçu le 31 ne peut donc être exécuté. Le mouvement n’aura lieu que le Septembre et conduira le Régiment, moins le 4e Escadron resté au Sud d’UZES, au PRADEL à 13km au Nord d’ALES. Il faudrait pousser tout de suite vers le Nord, mais les réservoirs sont vides et le plein ne pourra être fait que le 2 Septembre au soir et immédiatement la marche reprend, il s’agit de rouler toute la nuit, l’objectif étant LYON dont le débordement doit commencer le lendemain et, tous phares allumés, pour pouvoir avancer plus vite, le 8e Chasseurs, en un immense convoi illuminé, fonce sur SAINT-AMBROIX, RUOMS, les gorges de l‘ARDECHE, VALS-les-BAINS, la vallée de la VOLANE, grimpe à MEZILHAC. descend sur Le CHEYLARD et aboutit enfin, à l’aube. à SAINT-AGREVE. Nous pourrions doubler LYON le même soir. mais, une fois de plus immobilisés faute de carburant, le mouvement ne pourra être repris que le 4 Septembre. Partout l’accueil est remarquable, mais nous gardons cependant la rage au cœur de nous trouver sans cesse arrêtés, alors qu’il serait si agréable de foncer sans trêve ni repos, derrière un adversaire qui se retire et qu’une poursuite énergique démoraliserait certainement davantage. Enfin, dans la journée du 4, le 1e Escadron et le P.C. du Colonel, par TENCE, MONTFAUCON, BOURG-ARGENTAL, atteignent la Nallée du RHONE en face de VIENNE, puis. par GIVORS, SAINT-GENIS-LAVAL, ECULLY, CHAMPAGNE-au-MONT-d’OR, débordent LYON par l’Ouest et aboutissent à LIMONEST. Une fois encore les réservoirs sont secs ou presque et les Escadrons de destroyers, qui, n’ont pu soutenir une marche aussi rapide, n’ont pas rejoint.

Dans LYON cependant, dont tous les ponts ont sauté, sauf un, la lutte se poursuit entre F.F.I. et miliciens une brève incursion dans les rues de la ville nous montre qu’il est malsain d’y séjourner au milieu des explications particulières et l’on remet au lendemain l’heure d’aller surprendre des parents ou des amis pourtant tout proches.

Le P.C. du Colonel s’installe au château de la BAROLIERE et le 1e Escadron au château de BOIS-DIEU. A l’un comme à l’autre endroit, l’accueil fut empreint d’un tel charme que, malgré notre déception de ne pouvoir continuer l’avance, nous avons conservé de notre séjour un souvenir inoubliable. Atmosphère essentiellement française, avec ce charme de la conversation, cette délicatesse dans l’attention, cette ironie dans l’émotion, cette élégance dans les moindres choses qui ont fait autrefois de la FRANCE la nation la plus enviée et la plus admirée de l‘EUROPE. C’est d’une douceur incomparable surtout lorsque après des années d’absence on retrouve sa patrie et que l’on fait halte au milieu des brutalités de la guerre ; Nos délicieuses hôtesses méritent bien de trouver ici, après trois ans passés, ce témoignage d’un des oiseaux de passage de l’époque.

Notre arrêt forcé va durer onze jours. Malgré l’enchantement du séjour, le temps nous paraîtra long, car chaque jour qui passe représente une chance de plus pour l’ennemi de pouvoir se ressaisir. Nous savons bien que la 1e D.B. est à se poursuite, mais il n’empêche que, si nous étions plus, ce serait mieux- et que nous rêvons sans cesse de nouvelles routes ouvertes vers le RHIN.

Le 5 Septembre a lieu une prise d’armes à LYON. L’étendard, le Colonel et le 1e Escadron y participent et défilent devant le Général de LATTRE de TASSIGNY. On a souvent dit et répété que les Lyonnais étaient des gens froids et peu expansifs... apparence trompeuse, ce fut un débordement d’enthousiasme inouï. Nous fûmes fêtés, acclamés, applaudis, entourés, bousculés, embrassés. Jamais, pour ma part, je ne fus et ne serai autant embrassé par autant de jolies filles en une seule après-midi... c’est un record imbattable.

Ce même jour, les 2e et 3e Escadrons rejoignent LIMONEST, mais sans pouvoir aller plus loin. Le 4e, lui, est toujours dans l’ARDECHE et n’arrivera que le Il. Entre temps, bénis par les habitants ou pays, nous y remettons un peu d’ordre. Nous nous opposons au pillage des fermes, nous faisons la police des routes où circulent trop de gens armés qui, sous prétexte de libération, alors que les Allemands sont à deux cents kilomètres au Nord, se livrent à des trafics peu réguliers. C’est ainsi que, le 7 Septembre, nous arrêtons une camionnette de F.T.P. transportant 650 kilos d’or volé dans une banque lyonnaise, ce qui nous permet de restituer le tout à la banque de France. C’est ainsi que, le 9 Septembre, nous arrêtons 3 Allemands cachés dans une propriété particulière avec la complicité du maître du logis qui se fait embarquer avec ses trois hôtes.

Enfin, le 12 Septembre, un premier ravitaillement en gas-oil permet de pousser sur VARENNES-le-GRAND les T. D. des 2e et 3e Escadrons. Le 15, un deuxième ravitaillement arrive et tout le Régiment remontant vers le Nord par MACON, CHALON et BEAUNE vient s’établir à AUBIGNY et BRAZEY-en-PLAINE où nous arrivons réservoirs vides mais coffres pleins de vieilles bouteilles de Bourgogne que les habitants nous ont offertes en cours de route.

Ce même jour, la 3e vague, comprenant tous les services, embarque à NAPLES à bord du COLOMBIA et débarquera à TOULON le 23 Septembre.

L’accueil de ces deux villages de BOURGOGNE fut parfait en tous points. Pas un homme qui ne couche dans un lit, qui ne mange à la table de ses hôtes, qui ne goûte une hospitalité plantureuse. Cinq jours de séjour suffiront à créer des liens tels que, tout au long de l’hiver, lettres et colis afflueront au 8e Chasseurs, que beaucoup s’ingénieront à revenir en ces lieux et que, maintenant encore, des relations subsistent entre anciens du 8e Chasseurs et leurs hôtes bourguignons.

Le 19 Septembre, arrive l’ordre de mouvement avec le carburant nécessaire pour l’accomplir. Ce déplacement doit nous conduire dans la HAUTE-SAONE.. Nous ne sommes pas arrivés à temps pour forcer d’un seul élan la trouée de BELFORT et atteindre l’Est de BAUME-les-DAMES, ce qui tend à nous annoncer une campagne d’hiver sur le sol de FRANCE dans une région particulièrement favorable à la défensive. Et ce mouvement va être le point de départ d’une suite interminable d’autres mouvements qui, par allongements successifs, nous porteront de plus en plus vers le Nord. Et le temps, se mettant contre nous, va nous faire connaître une fois de plus, les souffrances de l’eau et de la boue, en attendant la neige et le gel.

VERS BELFORT

ET voilà le 8e Chasseurs quittant la plantureuse BOURGOGNE pour l’humide et triste FRANCHE-COMTE. Nous apprenons à faire connaissance avec les villages sans joie ni confort, où l’accueil est réservé, méfiant, dirait-on... ce n’est plus le rire clair et l’accent savoureux où chante un reflet de vie, de bon vin, de grand soleil, c’est un pays sérieux, où on se livre difficilement et qui ignore la douceur de vivre.

La mission primitive est de déboucher sur l’axe VILLERSEXEL, CHAMPAGNEY, GIROMAGNY, en se couvrant en direction d’HERICOURT. Le 21 Septembre, on aboutit au dispositif suivant : le P.C. est aux forges de MONTAGNEY, le 1e Escadron à MONTAGNEY, le 2e à GOUHELANS, le 3e à CUBRIAL, le 4e à Les MAGNY. Pays boisé, très coupé, favorable aux embuscades où les lignes très étirées permettent aux Allemands de faire des coups de main sur nos arrières pays de défilement où se cachent encore nombre de fuyards qui essaient de regagner ‘ALLEMAGNE. C’est ainsi que sur les bords de l‘OGNON sont surpris 5 ennemis, appartenant à l’artillerie de marine qui avaient retraité à pied depuis la BRETAGNE.

Jour après jour, nos éléments vont glisser de flanc vers le Nord. Le 4e Escadron, relayé par le 3e. se porte sur ATHESANS et le 2e, quittant GOUHELANS, s’installe dans la région de VILLAFANS puis, glissant lui aussi vers sa gauche, vient renforcer le 4e sur ses positions en même temps qu’une partie du 1e Escadron. Tous ces mouvements s’accompagnent d’escarmouches plus ou moins graves où, en quelques jours, nous perdons un tué et trois blessés. Enfin le 25, il est formé un groupement blindé aux ordres du Colonel SIMON, chargé de pousser sur CLAIREGOUTTE et RONCHAMP. Cet élément d’exploitation comporte l’Escadron de reconnaissance du 1e R.F.M., le 1e Escadron et le 3e Escadron du 8e R.C.A., 1 soutien d’infanterie portée (2 Cies du B.I.M.P.). Le 4e Escadron appuie ce jour-là le B.M. IV à l’attaque de LYOFFANS, tandis que le 2e Escadron avec l’Escadron KERMADEC du R.F.M. forment un groupement de poursuite aux ordres du Chef d’Escadrons du CORAIL. LYOFFANS est enlevé et l’attaque se poursuit sur ANDORNAY. Le 27, le 4e Escadron appuie le B.M. IV sur MAGNY-JOBERT et le B.M. 21 sur CLAIREGOUTTE. Dans la soirée CLAIREGOUTTE et FREDERIC-FONTAIN E sont enlevés de haute lutte. Ces quelques opérations nous coûtent 1 tué et 13 blessés. L’Allemand se défend avec un acharnement chaque jour accru et profite du terrain favorable avec une science qu’il nous a déjà fait voir en ITALIE. De plus, son artillerie est nombreuse et fort bien approvisionnée ses observatoires excellents. L’aviation fait sa réapparition, ce qui vaudra au e Escadron d’abattre un Messerschmitt à la mitrailleuse à CLAIREGOUTTE.

Suivant l’ordre reçu, il faudrait continuer de CLAIREGOUTTE sur RONCHAMP, mais la route en lacets qui, à travers bois, conduit à l’objectif est barrée de nombreux abatis minés qui, à l’aube du 28, stoppent le débouché. Un scout-car du peloton de pionniers saute sur une mine et le peloton CUROT part avec un autre groupe de pionniers pour assurer la sécurité du 2e Escadron et protéger le travail de déminage de la route par des patrouilles sous bois. L’Allemand, en effet, est embusqué partout, les tireurs d’élite dans les arbres abattent leur homme à coup sûr et leur artillerie pilonne avec une intensité accrue les villages, les carrefours, les routes, les bosquets. Pas de front continu de notre côté, la Division étant étirée sur un front trop considérable pour pouvoir le réaliser. Pendant 4 jours, sous la pluie incessante, ce sera entre CLAIREGOUTTE et EBOULET un terrible jeu de cache-cache, aggravé par la menace permanente des mines réapparues plus nombreuses que jamais.

Le 29 Septembre , l’avance réalisée est de 1 500 mètres. Ce jour-là, se constitue un sous-groupement du CORAIL comprenant le 3e Escadron et un peloton du 1e Escadron du 8e R.C.A., un Escadron de reconnaissance du 1e R.F.M. Il s’agit pour lui de s’étendre au Nord et de se porter au VOLVET. près de FRESSE. pour contre-attaquer les éléments ennemis qui ont repris à la 1e D.B. le col de la CHEVESTRAYE. Au soir, le sous-groupement a établi des bouchons antichars à la sortie Est de FRESSE et à la sortie Est de MONTANJEUX. Le lendemain, le 2e Escadron qui, sous la protection du peloton CUROT, s’est faufilé plus avant dans les bois de la NANNUL, détruit un canon antichar à la lisière de BOULET, mais le 22e B.M.N.A., chargé du débouché sur RONCHAMP, n’atteint pas son deuxième objectif et le 8e R.C.A. est obligé de stopper sur place. Le lendemain, la situation reste sans changement. l’artillerie ennemie s’acharne sur toutes nos positions et l’on attend l’arrivée du B.M. 24 pour ré-attaquer sur RONCHAMP.

L’assaut a lieu le 2 Octobre le B.M. 24, appuyé par le 4e Escadron, parvient d’un premier bond jusqu’à l‘Eglise de RONCHAMP. Le 2e Escadron en profite pour pousser sur EBOULET. Une fois de plus, il tombe sur des antichars mais réussit quand même à progresser à l’abri de fumigènes. Malgré les mines et surtout les concentrations massives d’artillerie allemande, l’avance se poursuit et, le 4e Escadron s’installe à la sortie Est de RONCHAMP. Il a un peloton engagé sur la route de CHAMPAGNEY. un autre sur la route de BELFORT. Il est stoppé par des abatis et l’Aspirant ROUX, qui vient de prendre à l’ennemi un camion chenillé intact, est mortellement blessé en allant les reconnaître à pied.

Et la guerre de mouvement se termine là, Dieu seul sait alors pour combien de temps. Après le manque d’essence, c’est le manque de munitions qui se fait sentir. Les retards du carburant, empêchant la poursuite, ont permis à l’ennemi de fortifier solidement les avancées de BELFORT, et, maintenant, nos transport ferroviaires déficients ne permettent pas d’acheminer vers la ligne de bataille trop lointaine assez de munitions pour entamer sérieusement cette ligne fortifiée. D’autre part, il y a crise d’effectifs. Notre passage à travers la FRANCE libérée a suscité un fol enthousiasme, mais cet enthousiasmé n’a pas été jusqu’à pousser beaucoup d’hommes à nous suivre au danger. Les quelques engagements volontaires recueillis ne peuvent boucher les trous, et, jeunes recrues ou F.F.I. intégrés, tous ont besoin d’un entraînement sérieux pour combattre utilement sans pertes trop fortes.

Pour le 8e R.C.A., ses pertes, du 28 Septembre au 5 Octobre, jour où se stabilise le front, s’élèvent à 8 tués dont un Aspirant et à 33 blessés.

Quant à cette stabilisation du front, elle se présente ainsi pour nous : le 1e Escadron est installé en point d’appui fermé à la scierie de RONCHAMP vers le carrefour CHAMPAGNEY-BELFORT. Le 2e Escadron est établi près d’EBOULET. La situation des défenseurs de RONCHAMP est un peu paradoxale. Ils sont sous les vues directes des observatoires ennemis qui. des hauteurs où passe la nationale 19 de PARIS à BELFORT, voient tout ce qui se passe dans les rues du bourg. Tout mouvement leur est donc interdit, chaque ravitaillement est sanctionné par une volée d’obus et tous leurs emplacements sont soumis à des tirs de harcèlement qui ne leur laissent aucun répit. On s’organise comme on peut, on se cache, on s’enterre en un sol boueux que détrempe une pluie continuelle. Le 3e Escadron, avec un peloton du 1e, se trouve toujours au débouché du col de la CHEVESTRAYE. Le 4e enfin, qui a subi les coups les plus durs, est envoyé au repos dans ta région de BESANÇON.

Cette situation va se prolonger pendant 8 jours sans aucun changement. Il y aura à déplorer cinq blessés par éclats d’obus. Les Escadrons de T.D., sur leurs positions, effectuent des tirs sur des emplacements de batteries, des automoteurs. Le 1e Escadron appuie de ses feux de mitrailleuses le coup ce main sur le carrefour RONCHAMP-Le PLAIN, effectue des patrouilles, prend à partie les résistances ennemies rapprochées et subit stoïquement le tir des mortiers et des canons adverses. Le 12 Octobre. un obus de 105 traverse ce qui reste du toit du P.C. du Capitaine LE HAGRE, casse, ô horreur, une bouteille de fine posée sur la table et s’enfonce à ses pieds dans le plancher sans éclater.

Le 13 Octobre , les éléments de la 1e D.B. qui étaient en position au Nord de la 1e D.F.L. se sont retirés du front, notre secteur voit sa limite Nord reportée jusqu’à la route SERVANCE-Le THILLOT. La Division n’ayant pas assez d’effectifs pour allonger ainsi son front confie au 8e R.C.A., en plus de ses missions normales, celle de prendre à se charge la défense antichars de l’axe SERVANCE-Le THILLOT. Cette mission est confiée au groupement du CORAIL qui détache à cet effet, à SERVANCE, un peloton de T.D. du 3e Escadron et des éléments de reconnaissance du 1e R.F.M. Nos hommes voient ainsi s’alourdir le travail qui leur incombe et, du reste, la fatigue se fait si durement sentir que le 1e Escadron est relevé le 14 pour aller au repos dans la région de BESANÇON où le rejoindra le lendemain le peloton AZEMAR détaché au groupement du CORAIL.

Jusqu’au 25 Octobre, la situation reste inchangée. Les deux Escadrons en lignes continuent leurs tirs et subissent chaque jour des ripostes sévères qui heureusement ne causeront que deux blessés, mais, le 25, le front de la 3e D.I.A., au Nord du secteur de la D.F.L. étant rétréci et une partie du terrain, tenu par elle, étant attribuée à celle-ci, nous voyons notre limite Nord reportée à l’axe RUPT-sur-MOSELLE-Le THILLOT inclus. Cette modification du front entraîne un remaniement dans le dispositif. Le 2e Escadron continue à tenir l’axe RONCHAMP-CHAMPAGNEY. le 3e conserve la défense de ses deux axes PRESSE-PLANCHER-les-MINES et SERVANCE-Le THILLOT, et le 4e Escadron, ramené au front, entre dans la composition d’un groupement aux ordres du Commandant de MORSIER du et R.F.M. et reçoit pour mission de constituer un bouchon antichars en profondeur sur la route RUPT-Le THILLOT, vers la sortie Ouest de RAMONCHAMP. Le 4e quittant la région de BESANÇON, gagne ses nouveaux emplacements et établit son P.C. à La ROCHE. Il sera rejoint le lendemain par le peloton MALAVOY du Escadron. La ligne des avant-postes n’étant pas continue, puisque les postes sont éloignés les uns des autres de plusieurs kilomètres, ce peloton sera chargé d’assurer par des patrouilles la liaison entre la Légion et le col de MORBIEUX tenu par 3e Spahis.

Cette situation se prolongera jusqu’au 14 Novembre. Le temps reste mauvais et se refroidit, la neige succède à la pluie et ne facilite pas la tâche des patrouilleurs ni celle du service du ravitaillement. Les gars des T.D., toujours immobilisés, maudissent leur métier d’artilleurs, maudissent l’ennemi dont les ripostes sont toujours sévères, le 3e Escadron perd un destroyer qui brûle atteint de plein fouet le 2e Escadron effectue, le 14 Novembre, un tir à vue directe sur les lisières Ouest du THILLOT et un civil. passé dans nos lignes le surlendemain, signale que ce tir a détruit 3 canons de 88 et 2 mitrailleuses lourdes. Le 2 et le 11 Novembre sont marqués par des cérémonies religieuses et patriotiques au P. C. du 8e établi à FAUCOGNEY. Le Escadron fournit chaque nuit des patrouilles ou des équipes de coups de main qui s’en vont dans la région des houillères de RONCHAMP.

Malgré le mauvais temps persistant, nombre d’indices semblent annoncer une offensive prochaine et, pourtant, des ordres ont été donnés pour une installation en quartiers d’hiver, les permissions ne sont pas suspendues à l’intérieur des corps, qui cherche-t-on à tromper ? Il y a quarante jours que le front s’est stabilisé, les parcs à munitions sont gonflés à bloc, des renforts sont arrivés et... une nouvelle fois nous nous étalons davantage sur le terrain. En effet, le 13 Novembre, ordre est donné au 8e Chasseurs de former un bouchon antichar sur l’axe SAULXURES-CORNIMONT avec un Escadron de T.D. du 7e R.C.A. La mission est confiée au 1e Escadron qui va s’installer à 1 kilomètre à l’Est de SAULXURES. à l’usine des BRUCHES, d’où il poussera des reconnaissances jusque sur CORNIMONT.

Cette dernière période de stabilisation nous a coûté cinq blessés. Une autre va-t-elle s’ouvrir encore 7. Le 14 Novembre, on apprend que la 2e D.I.M. qui tient le secteur au Sud du nôtre, a déclenché une offensive, mais, malgré la progression favorable de cette attaque qui affecte maintenant la 9e D.I.C., rien ne semble bouger dans notre secteur. Est-ce affaire locale ou début d’une opération généralisée ? En face de nous, l’ennemi accentue son activité, travaux et tirs d’artillerie et, de notre côté, sur tout notre front, les patrouilles resserrent le contact. Il se trame quelque chose, mais le secret est bien gardé.

BELFORT ET LA HAUTE-ALSACE

Le 18 Novembre ; notre front est brusquement raccourci et le Escadron rappelé de la vallée de la MOSELOTTE en HAUTE-SAONE. Dans la soirée, arrive un ordre d’opérations articulant les unités blindées de la 1e D.F.L. en trois groupements ainsi répartis :

Groupement de MORSIER : éléments du 1e R.A.M., 4e Escadron du 8e R.C.A. réparti entre FERDRUPT, La ROCHE, col de la FOURCHE, CHATEAU-LAMBERT. Doit être prêt à se regrouper en réserve dans la région de la LONGINE après relève par la 3e D.I.A.

Groupement de GASTINES : éléments du et R.F.M., peloton AZEMAR du 1/8e R.C.A., 2 Escadrons du 8e R.C.A., éléments du Ile Cuirassiers. Mission : suivre l’action de l’infanterie et travailler à son profit sur l’axe RONCHAMP-CHAMPAGNEY-PLANCHER-BAS se tenir prêt à devancer l’infanterie pour reconnaître et exploiter en direction de GIROMAGNY rechercher la liaison avec la 2e D.L.M. 

Groupement du CORAIL : éléments du 1e R.F.M., éléments du 2e Cuirassiers, 3e Escadron du 9e R.C.A. Mission : maintenir un bouchon anti-chars vers SERVANCE, être prêt à suivre l’action de l’infanterie sur l’axe FRESSE, La CHEVESTRAYE, PLANCHER-les-MINES, en aidant sa progression par le feu, en le devançant en cas de rupture de la défense ennemie, en constituant rapidement, le cas échéant une solide défense anti-chars.

Le Colonel SIMON, commandant le 8e R.C.A., assure le commandement de l’ensemble des groupements et l’heure de l‘attaque est fixée au 19 Novembre à 7h30.

Ces détails techniques sont indispensables pour permettre de suivre la série d’actions que va mener le Régiment sur des axes différents.

Le temps est épouvantable, les routes défoncées et très minées - on va s’en apercevoir - les prairies inondées et tous les cours d’eau an crue. La pluie continue à tomber épaisse et froide, les sommets sont sous la neige, tout promet beaucoup de plaisir.

Donc ce dimanche 19 Novembre , le groupement de GASTINES, en soutien de la 4e Brigade du Colonel RAYNAL, progresse sur l’axe RONCHAMP, la HOUILLIERE, la BOUVERIE, CHAMPAGNEY et sur l’axe RONCHAMP, SOUS-les-CHENES. Les seules difficultés proviennent du terrain détrempé et des mines fort nombreuses, l’ennemi ne semble pas vouloir réagir immédiatement. En fin de journée, il stationne, d’une part aux lisières Est de CHAMPAGNEY, d’autre part aux lisières S.-E. de SOUS-lesCHENES où le peloton AZEMAR est au contact.

Le groupement du CORAIL, en soutien de la 2e Brigade du Colonel BASTIDE, ne peut démarrer ce jour-là, malgré la prise en fin de journée du col de la CHEVESTRAYE, l’itinéraire est impraticable aux véhicules, il faut que le Génie l’aménage rapidement.

Quant au 4e Escadron, il détruit plusieurs observatoires ennemis dans la région Sud du THILLOT. La progression continue le lendemain toujours lente à cause des difficultés du terrain, des inondations, des destructions énormes et aussi de l’ennemi qui ne consent pas à se laisser bousculer sans réagir. Le groupement de GASTINES s’empare cependant de Le MAGNY, PLANCHER-BAS et AUXELLES-BAS, faisant 50 prisonniers, et parvient, sur la route de GIROMAGNY jusqu’à 2 kilomètres N.-E. d’AUXELLES, ou il est arrété par une coupure fortement battue des éléments sont alors détachés plus au Sud et s’emparent de haute lutte de Les GRANGES-GODES, ERREVET, EVETTE-HAUT et BAS, mais une résistance plus forte couverte par de grosses inondations ne leur permettent pas d’occuper La CHAPELLE-sous-CHAUX, ni de déboucher du passage à niveau d’EVETTE. Ils sont de plus sous le feu direct du fort du SALBERT qui est fortement tenu. Un simple fait suffira à montrer les difficultés du parcours : l’Aspirant AZEMAR, essayant de passer le RAHIN à gué, vit son scout-car complètement submergé, il fallut des heures l’effort pour le dégager, à la suite de quoi, il poursuivit sa route sans désemparer. En fin de journée, il prend liaison à FRAHIER avec le groupement MOLLE de la 2e D.I.M. 

Le groupement du CORAIL franchit le col de la CHEVESTRAYE à 12h30, dévale sur PLANCHER-les-MINES qu’il enlève à 14 heures en liaison avec l’infanterie et se trouve arrêté à un kilomètre au Sud du MONT par une coupure. Celle-ci est aménagée sur le champ, les abatis retirés et à 19 heures ses véhicules à roues entrent dans AUXELLES-HAUT. Il a perdu un T.D. sauté sur une mine.

Quant au 4e Escadron, relevé de sa mission, il se met en route sur FAUCOGNEY, mais, dans la nuit, il doit envoyer des éléments de T.D. et le peloton MALAVOY vers le col de la FOURCHE et CHATEAU-LAMBERT où les F.F.I., qui ont relevé la Légion, craignent une contre-attaque :

opérant dans la régon d’EVETTE. Le groupement enlève La CHAPELLE-sous-CHAUX dans la matinée. Puis le peloton AZEMAR, à pied, reconnaît les pentes boisées du SALBERT, il revient après avoir déterminé les emplacements de deux armes anti-chars qui seront détruites par les T.D. A 16 heures, il est envoyé à VALDOIE où il pénètre et essaie de prendre à revers le SALBERT dont la résistance arrête toujours les Fusiliers-marins. Surpris par la nuit, il s’y installe en point d’appui, sous un bombardement sévère.

Le groupement de GASTINES piétine toute la journée devant l’énorme coupure qu’il est impossible de déborder. Ses T.D. appuient la progression de l’infanterie, détruisent un observatoire, une arme anti-chars et font huit prisonniers.

Le groupement du CORAIL détache des patrouilles à pied sur LEPUIX-GY au Nord de GIROMAGNY. Il n’a d’autre route praticable que celle où est stoppé le groupement de GASTINES et doit, comme lui, attendre le rétablissement de la coupure.

Enfin le 4e Escadron arrive à son tour dans la région d’EVERET et détache aussitôt un peloton devant VALDOIE en soutien de l’infanterie et du peloton AZEMAR dont la situation n’est pas particulièrement solide.

Au matin du 22. le Commandant de GASTINES réussit à faire passer ses chars légers et ses T.D., il progresse sur GIROMAGNY qu’il enlève en liaison avec l’infanterie venant du Nord et du N.-O. Il envoie immédiatement sur VESCEMONT une patrouille de T.D. qui occupe le village, faisant prisonnier le sapeur allemand chargé de faire sauter le pont avant qu’il n’ait pu actionner sa mise à feu une autre patrouille de T.D. et de chars légers enlève ROUGEGOUTTE et s’installe aux lisières Sud et S.-E. du village, faisant des prisonniers, mais se trouve soumise à un bombardement très violent.

Le groupement du CORAIL établit la liaison avec de MORSIER à CHAUX et pousse des reconnaissances en direction du ballon d’ALSACE, mais, après MALVAUX, une importante destruction empêche toute progression. Il reçoit en renfort le peloton MALAVOY du 1e.

Au Sud, le groupement de MORSIER achève le nettoyage de la CHAPELLE-sous-CHAUX et par CHAUX s’empare de SERMAMAGNY. Le peloton AZEMAR aux lisières de BELFORT est toujours intensément bombardé. Ne possédant plus que deux véhicules aptes au combat, il est relevé par le peloton CUROT.

Le lendemain, le groupement du CORAIL reçoit l’ordre de prendre à son compte les bouchons à établir sur les axes du ballon d’ALSACE et de BRINVAL. En direction du Ballon d’ALSACE, il est impossible toujours de dépasser la coupure de MALVAUX. Le peloton MALAVOY, avec un groupe de T.D. du peloton TRUCHET est alors envoyé en reconnaissance.

Les carnets de route du Lieutenant MALAVOY renferment de cette action un récit qu’il faut reproduire en entier

" Dans la nuit du 22 au 23 Novembre, je reçois l’ordre de me rendre à VESCEMONT au petit jour et de me mettre aux ordres du Bataillon LANGLOIS, avec mon peloton de reconnaissance et un groupe de T.D.

Je pars de GIROMAGNY vers 6h45, sous une pluie torrentielle et glaciale qui rend à peu près inutilisables les moyens de liaison radio. Le Commandant LANGLOIS, toujours jovial m’accueille avec le sourire, me met rapidement au courant de la situation et me donne ma mission.

Son Bataillon tient VESCEMONT et PLANCHE-le-PRETRE A 800 mètres, les lisières des bois qui étaient encore tenues hier au soir, semblent abandonnées par l’ennemi. Les patrouilles d’infanterie n’ont plus trouvé de résistance au lever du jour. La Légion, attaquant le Ballon d’ALSACE à gauche, il faut essayer de couper les lignes de retraite de l’ennemi en atteignant la vallée de la DOLLER à SEWEN.

Ma mission est donc, aidé par deux sections d’infanterie, de reprendre le contact et de pousser au plus vite jusqu’à SEWEN. Le seul itinéraire possible, dans ce pays de montagnes aux forêts particulièrement denses, est une route forestière qui monte au col de la Grande ROCHE, frontière d’ALSACE, et redescend sur SEWEN par la vallée de la DOLLER. Mission simple : il faut rattraper le Boche et évaluer la valeur de ses résistances.

Moteurs en route ! En avant Le détachement démarre. La première difficulté ne devait pas se faire attendre : route en corniche sautée, impossible aux véhicules de passer, seules les sections d’infanterie peuvent continuer. Nous voilà partis à la recherche d’un débordement qui, à première vue, semble impossible mais seules les jeeps peuvent passer, et encore de justesse.

Les destroyers et les scout-cars attendent donc que le génie rétablisse le passage et je pars avec mes jeeps. Nous rattrapons rapidement l’infanterie qui progresse très lentement, car les hommes, en plus du poids de leur équipement, doivent supporte : celui de l’eau qui imbibe tous leurs vêtements.

Liaison avec l’Officier : R.A.S. - Je remonte en voiture et, sans attendre l’infanterie, nous poursuivons notre route vers le col. L’altitude s’élève rapidement et nous entrons dans la neige que la pluie n’a pas encore fait fondre. Mais voici le dernier tournant avant le col. Prudence Je vais le reconnaître à pied avec quelques hommes.., il n’y a que des traces isolées de pas dans la neige, les Allemands ont dû se replier à travers bois.

Nous sommes au col, personne ! Et c’est le cœur gonflé de joie et d’orgueil que, les premiers de la Division nous mettons le pied sur la terre d’ALSACE. Mais le temps n’est pas aux émotions, il faut continuer notre mission car il n’y a plus d’ennemis par ici (C’était une erreur et nous ne devions l’apprendre qu’à notre retour).

L’infanterie n’a pas encore eu le temps de nous rejoindre. Tant pis ! Je fais venir les voitures et nous commençons la descente dans 30 cm de neige fondante. A 500 mètres, nouvel arrêt, car la route est barrée par d’épais abatis que, seul, le Génie peut enlever. Tout débordement est impossible, les pentes boisées sont trop abruptes.

Je décide de pousser une petite patrouille avec trois hommes pour reconnaître le terrain. A peine avons-nous dépassé les abatis que j’aperçois dans la vallée qui prend naissance à 200 mètres en-dessous de nous, une voiture à cheval allemande avec deux hommes. Prenant en courant la pente à travers bois, ARNOULT, CARDOT et moi nous nous lançons à " l’attaque de la diligence ". Les deux Boches, surpris, sautent de la voiture, se couchent derrière elle et nous épaulent. A notre tour, cachés derrière des tas de bois qui bordent la rouie, nous ouvrons le feu. Après quelques salves peu meurtrières, les deux Allemands se rendent, et, dans l’interrogatoire rapide que je leur fais subir, ils m’expliquent qu’ils viennent de porter le ravitaillement au poste allemand (60 hommes) qui se trouve un peu plus haut, en arrière de nous, dans, la vallée où je viens d’aboutir, au refuge de FENNEMATT. Craignant que ce poste n’ait entendu nos coups de feu et ne me surprenne par derrière, je fais descendre de mes voitures trois hommes de plus avec une mitrailleuse légère. Nous nous installons dans la neige fondante sous la pluie qui continue à tomber sans arrêt. Au bout de quelques instants, voyant que le poste allemand semble ne pas m’avoir entendu, je décide de passer outre et de poursuivre avec mon sous-officier et mes six hommes, ma reconnaissance sur SEWEN.

Avec l’espoir que le poste ennemi de FENNEMAT ne m’avait pas vu et ne me couperait pas mon chemin de retour, je m’engage dans la vallée qui mène à SEWEN, premier village d’ALSACE, encore distant de 4 kilomètres. Vallée encaissée et sinueuse qui aurait été charmante en été, mais dangereuse et propice aux embuscades, avec les forêts sur toutes les pentes.

La patrouille progresse lentement mais sûrement, selon les plus belles méthodes du service en campagne. Nous avons déjà fait 3 kilomètres, j’ai l’impression de faire l’instruction des recrues.., jusqu’au moment où, la vallée s’élargissant, nous sommes plaqués à terre par une fusillade nourrie venant du chalet de LERCHENMATT, à 300 mètres de nous.

Le contact est pris, il s’agit maintenant d’évaluer la valeur de la résistance. ARNOULT et deux hommes un peu trop engagés. en terrain découvert ne peuvent se replier. J’amène tout de suite ma mitrailleuse dans un taillis pour contrebattre les tireurs ennemis. A ce moment, CARDOT, apercevant un boche, tire et le tue d’une balle an pleine tête (renseignement donné le lendemain par un prisonnier). C’était un des servants d’une pièce anti-char qui, du coup, se dévoile et nous tire à bout portant à explosifs. Ma décision est vite prise. J’ai le renseignement, je suis isolé à 4 kilomètres dans les lignes ennemies, notre infanterie est encore loin, nous ne sommes que huit, je dois me replier sans tarder. Nous nous regroupons dans les bois, personne n’est touché, mes hommes ont manœuvrer d’une façon splendide.

Mais ce n’est pas fini. Il faut rentrer chez nous. Je prends la tête et nous partons à l’abri des bois, pour éviter le canon qui prend la route d’enfilade. La pluie tombe de plus belle.. le brouillard se lève, le sous-bois est très sombre... Je n’ai pas fait 500 mètres que je m’arrête, le cœur serré : je viens d’apercevoir un groupe d’ Allemands à 50 mètres de moi ! Caché par un arbre, je fais signe à mes hommes de se camoufler rapidement derrière moi.

Les Boches m’ont vu, ils s’arrêtent. Je reste debout, sans galons, le col relevé, avec des bottes en caoutchouc noires, semblables aux bottes allemandes. Grâce à la mauvaise visibilité et se sachant dans leurs lignes, ils me prennent pour un des leurs. Mais apercevant le canon du fusil d’un de mes hommes, l’officier me crie : — Nicht schiessen, wir sind deutsch (Ne tirez pas, nous sommes allemands) — ich sehe, Sie können sich nähern (Je vois, vous pouvez vous approcher).

Lorsque l’officier n’est plus qu’à dix mètres de moi, je bondis de mon arbre, lui arrache ses grenades et son pistolet pendant que mes hommes sortent de leurs buissons et, après quelques coups de feu, s emparent des autres. Total : un Capitaine, 12 hommes.

Haut les mains, colonne par deux, et rapidement chez nous. Nous ne sommes encore qu’à 500 mètres du point d’appui auquel nous venons de nous heurter ils ont sûrement entendu les coups de feu, pas une minute à perdre. L’officier allemand, en tête, à côté de moi, est blême de rage.

Nous sommes trempés, fourbus, et c’est avec joie que nous retrouvons nos jeeps toujours an place. Une section d’infanterie vient d’arriver au col. Pendant que j’étais accroché devant SEWEN, une résistante allemande, qui m’avait laissé passer avant le sommet, s’est dévoilée et à fait prisonnier un officier et plusieurs hommes. Quelques instants après mon retour, la résistance de l’auberge de FENNEMATT arrête la 2e section et tue à la téte de leurs hommes, le Commandant LANGLOIS et le Lieutenant de FONTGALLAND

La mission est accomplie, toutes les résistances sont bien déterminées, seule la pluie glacée continue à nous transpercer jusqu’aux os...

(Extrait du journal de marche du Lieutenant MALAVOY).

Pendant ce temps, au Sud, le groupement de GASTINES réussissait à déboucher de ROUGE-GOUTTE vers 12h30 après réparation de la coupure de la route, mais se trouvait arrêté à nouveau, 1 500 mètres plus loin, devant une nouvelle destruction très sérieusement défendue. Une fois de plus, le Génie se remet au travail sous les obus.

Enfin, le groupement de MORSIER est ralenti par des difficultés de franchissement de la SAVOUREUSE en crue. Un peloton du 4e Escadron réussit cependant à passer le torrent à gué et appuie vigoureusement une attaque d’Infanterie sur ELOIE. Lui aussi est bientôt contraint de stopper devant une nouvelle coupure protégée par des abatis et l’inondation.

Et cet après-midi là, à LURE, avait lieu les obsèques du Général BROSSET. Ce magnifique entraîneur d’hommes, ce lettré délicat, ce chef devenu légendaire, que l’on voyait toujours aux endroits les plus exposés, était mort d’un accident stupide le 20 au soir.

Malgré la mort du chef, l’offensive ne se ralentit pas, au contraire. Tout le monde sait qu’il faut passer coûte que coûte si l’on veut donner de l’air au mince couloir de ravitaillement qui le long de la frontière SUISSE, permet d’alimenter la 1e D.B. Celle-ci, en effet, se lançant à corps perdu dans la bataille, a occupé MULHOUSE, mais est contrainte de s’y retrancher pour y attendre, son essence et ses munitions. Le Boche. qui sent la gravité de la situation, attaque sans répit du Nord au Sud, pour arriver à asphyxier la grande unité aventurée, il ne faut pas qu’ils y parviennent. Et malgré d’épouvantables conditions atmosphériques, partout on travaille d’arrache-pied et l’on se bat avec fureur pour avancer malgré tout. Le groupement de GASTINES réussit à franchir la coupure qui l’avait stoppé la veille, entre dans GROSMAGNY dont le nettoyage est terminé en fin de journée et il se prépare à attaquer violemment dès l’aube la position devant laquelle il s’arrête.

Le groupement du CORAIL envoie un détachement sur le Ballon d’ALSACE. Il est très durement accroché (4 tués et 17 blessés au R.F.M.) et les T.D., dans le brouillard qui noie tout, ne peuvent intervenir efficacement. Un autre détachement part sur SEWEN. La résistance reconnue la veille par e Lieutenant MALAVOY tombe à 12 heures ; elle laisse entre nos mains un 75 antichar intact et 15 prisonniers, mais il est impossible à la nuit de pénétrer dans le village dont les lisières sont garnies d’antichars. A l’aube du 25, l’attaque reprend et après trois heures de durs combats de rue, les Allemands abandonnent SEWEN. Sans perdre de temps, on pousse de tous côtés. Le peloton MALAVOY réussit la liaison au Ballon d’ALSACE avec le 1e Bataillon de Légion qui y livre de durs combats il ramène un prisonnier. Pendant ce temps un détachement de T.D. enlève DOLLEREN à 15 heures et atteint OBERBRUCK à 17 heures. Impossible d’aller plus loin, pour l’instant, la route est coupée.

Le groupement de GASTINES, lui, doit préparer le débouché du C.C. 6 sur ROUGEMONT-leCHATEAU, il devra donc pousser des pointes sur tout l’itinéraire et assurer la sécurité du flanc Sud par la reconnaissance et le nettoyage des axes ETUEFFONT - ANJOUTEY - ROUGEMONT - ST-GERMAIN. Dans un élan magnifique. le groupement débouche de GROSMAGNY, enlève l’un après l’autre, sous un feu intense les abatis minés qui lui barrent la route, s’empare de ETUEFFONT-HAUT, ETUEFFONT-BAS, ANJOUTEY, ROUGEMONT et SAINT-GERMAIN. Puis, après avoir assuré la sécurité de son flanc en établissant un bouchon antichar sur la route de BELFORT-Les ERRUES. dépasse son objectif, pousse jusqu’à BETHONVILLIERS où il fait 80 prisonniers, envoie un élément de reconnaissance avec des T.D. à La CHAPEtLE-sous-ROUGEMONT où s’engage un très violent combat de rues les T.D. détruisent un 88 et mettent de nombreux Allemands hors de combat. Vers le Nord-Est une reconnaissance atteint les lisières de LAUW, en aval de MASEVAUX, mais, trop faible, elle doit rejoindre ROMAGNY. Si le C.C. 6 n’a pu déboucher sur ROUGEMONT, le travail a été fait quand même et c’est un incontestable succès.

Le 4e Escadron, qui, la veille, n’a pu bouger de ses emplacements, quitte alors le groupement de MORSIER et se trouve placé à la disposition du groupement du CORAIL pour exploiter dans la vallée de la DOLLER... il laisse cependant un peloton à SERMAMAGNY.

Dans la nuit, arrive un ordre particulier constituant, sous les ordres du Colonel SIMON, un groupement de poursuite comprenant le groupement du CORAIL, la brigade de choc du Lieutenant-Colonel GAMBIEZ, un Bataillon de Légion, un groupe d’artillerie, des éléments du Génie. Il s’agit pour lui de se porter sur l’axe MASEVAUX, BOURBACH-le-HAUT, BISCHWILLER pour s’emparer au plus tôt des ponts de THANN en constituant de solides bouchons à MASEVAUX et à BOURBACH-le-HAUT.

A l’aube, le 4e Escadron en entier se porte à SEWEN, prêt à intervenir. Devant OBERBRUCK le Génie travaille au rétablissement de la coupure sous des feux ennemis qui nécessitent l’intervention de l’Infanterie et des T.D. du 3e Escadron qui détruisent un nid de mitrailleuses. OBERBRUCK est enfin occupé et dépassé et le peloton MALAVOY soutenu par un groupe de T.D. de l’Aspirant BORDIER, progresse vers RIMBACH qu’il attaque à 8h30. Le combat dure trois heures, il faut enlever les maisons une à une à un ennemi qui se défend pied à pied. tout en perdant beaucoup de monde en tués, blessés et prisonniers. Mais le passage d’OBERBRUCK n’a pu être rétabli que provisoirement, le Génie qui y travaillait a perdu tous ses officiers et sous-officiers les éléments qui tiennent RIMBACH sont obligés de se replier sur DOLLEREN. La brigade GAMBIEZ atteint MASEVAUX.

La journée du 27 est extrêmement confuse. La résistance allemande ne faiblit en aucun point, la densité de son artillerie, de ses mortiers et de ses armes lourdes est plus forte que jamais, partout on se heurte à d’infranchissables coupures, le groupement SIMON est trop lourd pour pouvoir s’articuler efficacement en des vallées étroites, sur des routes de montagne. Resteront seuls engagés ce jour-là le 3e Escadron arrêté devant WEGSCHEID et le 2e qui appuie l’action des fusiliers-marins ‘sur MASEVAUX et participe au nettoyage difficile de la ville. Il s’établira pour la nuit à NIEDERBRUCK.

Le 28 , la situation s’éclaire un peu. Le 3e Escadron franchit la coupure de WEGSCHEID à 8h. sous un feu violent et précis de minen et de balles explosives. Le village est pris et occupé, mais la progression est de nouveau stoppée devant KIRCHBERG. Les T.D., intervenant à nouveau, détruisent un antichar, une mitrailleuse lourde, prennent 3 Allemands et anéantissant les restes de la résistance ennemie, entrent dans le village. Pendant ce temps, les 1e, 2e et 4e Escadrons participent au nettoyage de la partie Nord de MASEVAUX où les Allemands, retranchés dans le château et la chapelle, résistent opiniâtrement. Finalement, le château tombe à 10h30 et l’on y ramasse 50 prisonniers un canon antichar a été détruit. Et tandis que l’artillerie ennemie réagit violemment, le 2e Escadron appuie le débouché de l’Infanterie sur EICHEN BOURG, détruisant un mortier.

Le lendemain, après une nouvelle répartition des Escadrons, la lutte reprend. Le 3e Escadron, parti de KIRCHBERG à 8 heures, parvient à NIEDERBRUCK, achevant ainsi le nettoyage de toute la haute vallée de la DOLLER qui est entre nos mains jusqu’en aval de MASEVAUX. Le et le 4e Escadron attaquant vers le N.-E. s’emparent de HOUPPACH, du col de SCHIRM, et atteignent BOURBACH-le-HAUT à 16h30. il s’agit, en progressant sur une route étroite, montante, sans aucune possibilité de débordement, d’enlever le col du HUNDSRUCK pour descendre ensuite sur la vallée de la THUR et THANN. Plus à l’Est, le 2e Escadron, appuyant le mouvement du 1e R.F.M. sur BOURBACH-le-BAS, y détruit 3 mitrailleuses lourdes, puis s’avance sur RODEREN qui est si fortement tenu qu’il est obligé de se replier pour la nuit sur BOURBACH. Dans l’après-midi, afin d’être au plus près, le Colonel SIMON porte son P.C. à MASEVAUX il y sera durement secoué par un tir de harcèlement aussi violent que précis.

Le 30 Novembre, le peloton MALAVOY est envoyé en reconnaissance vers le col du HUNDSRUCK. Il se heurte dans les lacets de la montée à une forte résistance allemande disposant d’un canon antichar. Le scout-car du Lieutenant MALAVOY reçoit trois perforants et prend feu les deux jeeps de tête, trop engagées, réussissent quand même à se replier sous la protection d’un tir de T.D. et rapportent de précieux renseignements sur la position ennemie, ce qui permet au 4e Escadron de détruire l’arme antichar, ouvrant le passage à la Compagnie de choc MISSOF. Celle-ci, soutenue par le peloton AZEMARI attaque le col qui est occupé à 17 heures.

Plus à l’Est, le 2e Escadron reprend l’attaque de RODEREN. Cette fois encore il est stoppé à 1 200 mètres du village, et, pour ne has rester en une position par trop dangereuse, revient s’installer en point d’appui autour de BOURBACH-le-BAS. A 17 heures, une violente contre-attaque ennemie, appuyée par des chars est déclenchée sur le village. La situation est rapidement très critique, mais elle est redressée et sauvée par le Lieutenant AYOUN qui, avec son seul peloton, détruit deux Jagdpanther et un Panther, brisant l’élan ennemi et le faisant refluer sur ses positions de départ. Je tiens à citer ici le rapport aussi précis que modeste que fit de l’action le Lieutenant AYOUN sur l’ordre du Colonel SIMON.

Le peloton a été engagé pour appuyer une reconnaissance sur l’axe BOURBACH-le-BAS, RODEREN, éventuellement VIEUX-THANN. A la sortie Est de BOURBACH-le-BAS, la reconnaissance se heurtait à la ligne de résistance ennemie, protégeant RODEREN et interdisant le débouché sur la plaine de LEIMBACH-CERNAY.

Une opération devait dès lors être montée l’infanterie dut occuper la crête à l’Ouest de 475 pendant que les T.D. se mettaient à l’affût, en défilement, au carrefour Est de BOURBACH (cote 435) et en lisière du bois. La surveillance pour tous était la cote 475.

Dans l’après-midi du 30 Novembre , une opération de débordement était prévue par le groupement voisin sur le BRUCKLENWALD avec appui de Sherman, la position de départ étant sur l’EICHWALD dès le débouché, les chars apparurent sur la crête, bien en vue de la cote 475 il était tentant pour des Jagdpanther (chasseurs de chars du type Panther) de mettre leur canon à l’épreuve, mais on nous savait sur 435.

Pendant que les chars ennemis se postaient avec un bruit de chenilles qui a été perçu des fantassins, une violente et très précise préparation d’artillerie avait lieu en direction de nos T.D., encadrant ceux-ci d’extrêmement près.

Fort heureusement, une équipe de guetteurs avait été installée à proximité. Le dernier obus tombé, un char, du type Jagdpanther, faisait son apparition sur la crête, bientôt suivi de deux autres. Les T.D. n’avaient plus qu’à tirer, mettant rapidement en flammes deux des Jagdpanther le troisième se repliait aussitôt et disparaissait.

Le Commandant d’Escadron était là et put rameuter l’Infanterie qui, attaquée pour la première fois par des chars, s’était repliée avec un certain désarroi sur BOURBACH, en même temps qu’il faisait venir sur le terrain, aux lisières Sud-Est et Nord du village, les deux autres pelotons de T.D. en vue de parer au débordement de la position. Le désarroi a d’ailleurs été aggravé par le passage d’un peloton de Sherman qui, traversant a zone de combat à toute vitesse, se dirigeait par la route, sans précautions, vers la cote 475 qu’il prenait par erreur pour l’EICHWALD.

Mais alors que tous les regards étaient dirigés vers la cote 475, un char du type Panther par conséquent le char de commandement, débouchait des bois dans notre flanc Nord et tirait à perforant sur un T.D. sans l’atteindre. Le tireur, s’en étant aperçu à temps, put manœuvrer et mettre rapidement le Panther en flammes il s’en fallut de peu que nos éléments ne fussent eux-mêmes mis hors de combat par ce char apparaissant dans un secteur dont la surveillance n’était plus assurée par l’infanterie, qui avait abandonné ses positions.

En attendant que les éléments à pied qui s’étaient repliés, tranquillisés par l’arrêt brutal de la contre-attaque des chars, puissent reprendre leurs emplacements, les groupes de protection des T.D. et un peloton à pied de fusiliers-marins assurèrent l’occupation de la position.

Les éléments qui, la veille au soir, avaient pris le col de HUNDSRUCK, en débouchent au jour, peloton AZEMAR en tête. Ce dernier, après 200 mètres environ, est arrêté par de très gros abatis qui atteignent 800 mètres de profondeur. Tous ces abatis sont minés ainsi que les bords de la route d’autre part, ils sont défendus par des tireurs d’élite installés dans les bois qui dominent la route. Les pionniers du Régiment enlèvent de nombreuses schuhmines et le Génie qui travaille, protégé par les T.D.. sous la direction personnelle du Capitaine LE HAGRE. subit de grosses pertes. Il faut en effet tirer un à un les arbres piégés à l’aide du treuil d’un half-track, pendant que l’Infanterie livre dans les bois une vert-table guérilla. En plus, l’artillerie allemande réagit violemment sur le col. De même, impossible de déboucher de BOURBACH-le-BAS. Une nouvelle tentative de contre attaque ennemie est stoppée par les T.D. du 2e Escadron : l’ennemi se venge de ce nouvel échec en pilonnant le village. On a l’impression que le Boche s’accroche désespérément à ce terrain si propice à la défensive, il veut à tout prix nous empêcher de descendre vers COLMAR et de border le RHiN de STRASBOURG à la frontière SUISSE. Sa tenacité, nos pertes et notre fatigue l’aideront à y parvenir pour un temps.

Les 2 et 3 Décembre. sur le col du HUNDSRUCK. on continue le déblaiement des abattis. Des hommes continuent à tomber en plein effort au long de la route, des pieds, arrachés par les mines témoignent des souffrances endurées pour gagner quelques centaines de mètres. Et quand, le 3 Décembre es derniers arbres abattus roulent dans la précipice, ils découvrent une énorme coupure barrant le passage. Le lendemain seulement, la route JOFFRE réparée permet la reprise du mouvement en avant. Le Capitaine LE HAGRE prenant la tête de l’avant-garde réussit à la tombée de la nuit un coup de main sur l’auberge de RUTHENSTALL à 2 kilomètres au S.-O. de BITSCHWILLER et s’y enferme pour la nuit avec un groupe du Bataillon de choc. Cependant un des chars de soutien a été atteint par une arme antichar, qu’un T.D. détruit. Quant au 2e Escadron, il appuie une attaque d’infanterie sur RAMMERSMATT, mais l’attaque échoue devant la violente réaction ennemie. Un de ses pelotons est alors envoyé au repos à MELISEY.

Le 5, l’adversaire réagit sur tout le front avec une force inouïe. Nos éléments, à bout de souffle, sont obligés de se cantonner dans la défensive, mais réussissent à garder tous les points a teints, notamment l’auberge de RUTHENSTALL qui nous donne vue et accès sur la valtée de la THUR. Dans l’aprèsmidi, le 1e Escadron en entier et un peloton du 4e sont, à leur tour, envoyés au repos. la limite d’épuisement étant atteinte. Le 6 Décembre, du reste, voit la relève d’une partie des éléments de la 1e D.F.L. engagés dans le secteur, par des unités de la 2e D.I.M. il ne demeure plus en lignes que 2 pelotons du 4e Escadron face à BISTCHWILLER et 2 pelotons du 2, face à RAMMERSMATT.

Le 7, le Colonel SIMON, qui dispose d’un Bataillon du 8e R.T.M., d’un peloton de médium, du 4e Escadron et d’une Compagnie du Génie, attaque sur BITSCHWILLER après une préparation d’artillerie de 20 minutes. Les T.D. et les Sherman appuient la progression de l’Infanterie qui entre dans le village vers 11 heures, malgré une résistance désespérée et le nettoie avec l’aide des T.D. Un half-track du 4e Escadron saute alors sur une mine. Un peloton du 4e Escadron remontant la vallée s’avance sur WILLER, tandis qu’un deuxième peloton procède au nettoyage de la fabrique située à la sortie Sud de BITSCHWILLER. s’emparant d’un canon antichar avec son tracteur et faisant 20 prisonniers. Quant au 2e Escadron, formant la deuxième branche de la tenaille qui se resserre sur THANN, il aide l’Infanterie à attaquer RAMMERSMATT qui, cette fois, est enlevé dans la matinée.

Le lendemain 8 Décembre. c’est l’attaque de THANN. Le peloton LANIEL le FRANÇOIS perd son Lieutenant qui est remplacé par l’Aspirant de VILLEPLEE. La progression est difficile, mais les T.D., appuyant vigoureusement l’infanterie, entrent dans la ville où les Allemands opposent une farouche résistance. Des Tiger et des Jagdpanther interviennent dans les combats de rue. C’est, autour de la cathédrale, une chasse terrible où les lourds blindés se cherchent et se canonnent à bout portant. Un T.D. est atteint par un Tiger, mais un autre détruit un Jagdpanther. L’Aspirant de VILLEPLEE est mortellement atteint. mais, au soir, THANN est presque entièrement conquise. Nos hommes passent la nuit aux aguets. tandis que les rafales de mitraillettes claquent au détour des rues. Au matin du 9, le 4e Escadron est relevé par des éléments du 6e R.C.A. et descend au repos. Les deux pelotons du 2e Escadron encore engagés ont participé la veille à l’élargissement du terrain conquis autour de RAMMERSMATT. Ils sont intervenus efficacement pour enrayer une forte contre-attaque allemande, détruisant un Jagdpanther et très problablement un deuxième, mais n’ont pu empêcher l’ennemi de réoccuper la fabrique. Après avoir harcelé l’adversaire au canon, toute la nuit, ils jouent leur rôle, ce matin-là, dans la reprise de l’usine. Le 10 enfin, ces deux pelotons, envoyés en liaison à la préfecture de THANN, sont arrêtés par des antichars à quelques kilomètres au Nord ce RAMMERSMATT. C’est à ce moment que leur parvient l’ordre de relève.

Le 8e Chasseurs n’a plus un seul élément en lignes et se trouve le 11 Décembre tout entier regroupé autour de MELISEY. Il profite de ces quelques jours de repos pour refaire ses effectifs et son matériel. Les pertes ont été lourdes en cette offensive qui de RONCHAMP nous a menés à THANN. Le régiment a perdu 7 tués dont 1 officier et 41 blessés dont 5 officiers. Et surtout la fatigue a été terrible. Froid, pluie, neige, boue, inondations, tout s’est conjugué pour faire de ces trois semaines une période extrêmement pénible. Et pourtant nos gars furent admirables, toujours décidés, pleins d’allant et souriants même en des cas tragiques, tel le Brigadier MAITTE du 1e Escadron, qui, le bas de la jambe arraché par un perforant, disait à son Lieutenant en train de lui faire un garrot " Ce coup-ci, mon Lieutenant, je peux dire que cela va me faire une belle jambe ". Tel, le Lieutenant AYOUN qui, blessé par un éclat d’obus dans le dos, évacué sur BELFORT, se fait panser et soigner sans même vouloir s’asseoir et, quelques heures après, bardé de pansements, rejoint son peloton engagé devant ROUGEGOUTTE.

Après dix jours de repos à MELISEY, le Régiment fait mouvement pour aller s’installer dans la région d’HERICOURT où il assure une mission défensive dans le secteur compris entre la voie ferrée BELFORT-ALTKIRCH et le canal du RHONE au RHIN. Mais il a à peine le temps de reconnaître ses emplacements et de fêter Noël. La mission défensive sera confiée à d’autres. Quand il y a du danger quelque part, on songe toujours à ceux qui furent de tous les coups durs et se font gloire d’en être sortis avec honneur. A nouveau rattaché à la glorieuse 1e D.F.L., le 8e Chasseurs, brusquement alerté, part, au matin du 31 Décembre, pour un nouveau champ de bataille, à la conquête d’une nouvelle gloire.

DEFENSE DE STRASBOURG

Le 31 Décembre est un dimanche et il neige. Les conditions habituelles sont réunies pour que le Régiment fasse mouvement. Depuis quinze jours, la température oscille entre 15 et 20 degrés au dessous de zéro, le voyage en voiture découverte s’annonce charmant sur une route brillante de verglas est ce que l’on appelle du tourisme militaire. Mais, nous en avons vu d’autres, et, malgré tout, la gaieté régnera au long de l’étape qui, par LURE, PLOMBIERES, REMIREMONT, SAINT-DIE, le col de SAALES, nous amènera, à la nuit tombée, dans un black-out total, à la recherche de nos positions, au Sud de STRASBOURG. La situation à laquelle nous allions avoir à faire face, mérite une mention spéciale et quelques explications.

Le 16 Décembre, la fameuse offensive, déclenchée par Von RUNDSTEDT dans les ARDENNES, enfonce le front allié et pénètre très profondément en BELGIQUE. La nécessité de colmater la poche qui se forme et de préparer des points forts qui tiendront et en permettront la réduction oblige le commandement suprême à prélever des unités sur des fronts calmes. C’est ainsi que la 2e D.B. du Général LECLERC est retirée du secteur qu’elle tient au Sud de STRASBOURG. Pour la remplacer, il n’y a rien. rien d’actuellement disponible et l’on rappelle aussitôt la 1e D.F.L. désignée fin Novembre pour l‘opération ROYAN-POINTE de GRAVES et qui, depuis le 15 Décembre, a commencé à s’installer dans la région N.-E. de BORDEAUX. Donc, dans les derniers jours du mois, la Division va traverser la FRANCE à toute allure, pour venir prendre la nouvelle place qui lui est assignée. Et, en attendant on arrive, le 8e Chasseurs qui, une fois de plus, lui est rattaché, monte en lignes pour relever déjà certains éléments de la 2e D.B.

Le front à tenir s’étend sur 40 kilomètres, ce qui est énorme pour une Division. Longeant le bord du RHIN de PLOBSHEIM à RHINAU, il s’infléchit ensuite presque à angle droit, traversant entre RHINAU et EBERSMUNSTER cette partie marécageuse de la plaine et coupant perpendiculairement le canal du RHONE au RHIN, l’ILL et toutes les lignes d’eau secondaires : nouvel angle à EBERSMUNSTER pour rejoindre SELESTAT, mais sans border l’ILL : si bien que, de cette dernière ville à RHINAU, il ne se trouve aucun point d’appui naturel à quoi s’accrocher. En ce cas, la vraie solution tactique consisterait à établir partout la ligne de résistance sur la rive gauche de l’ILL, ce qui raccourcirait le front et permettrait de tenir solidement une ligne naturelle du terrain, mais ceci obligerait, en cas d’attaque ennemie, à abandonner, sans combat, des villages alsaciens libérés qui ont tout à craindre des représailles ennemies. L’ordre est donc formel tout faire pour conserver la totalité du territoire libéré.

Le 1e Janvier, le Général commandant la 1e D.F.L. fixe la répartition de ses forces qui donne au 8e R.C.A. la place suivante Le Colonel SIMON est désigné pour commander le sous-secteur centre il dispose du 8e moins deux Escadrons de T.D., du IIe Cuir., du 3e Bataillon de Légion et d’une Compagnie Nord-Africaine. Sa mission est de tenir sans esprit de recul les villages de KOGENHEIM, SEMERSHEIM, HUTTENHEIM avec des éléments de surveillance à la lisière Sud du bois de SEMERSHEIM. Le 2e Escadron est mis à la disposition du Colonel GARDET, commandant le sous-secteur Sud qui va de EBERSMUNSTER à SELESTAT le 4e Escadron rentre dans la composition de la réserve blindée de la Division aux ordres du Commandant de GASTINES qui dispose en outre de 2 Escadrons du 1e R.F.M. à NIEDERNAI.

Le 3 Janvier, la mise en place est terminée. Le Colonel SIMON a établi son P. C. au bord de l’ILL à HUTTENHEIM. Le 1e Escadron est à HUTTENHEIM avec 1 peloton de T. D. du 3e Escadron

le 2e Escadron s’installe autour de EBERSHEIM et DAMBACH, le 3e à KOGENHEIM et le 4e à NIEDERNAI.

Mais, après l’arrêt de l’offensive des ARDENNES qui, néanmoins, a absorbé toutes les disponibilités alliées, voici que les Allemands attaquent en LORRAINE. Il n’y a plus de réserves à leur opposer, aussi les Américains décident-ils de raccourcir leur front en repliant en trois échelons la droite de la 7e Armée jusqu’au pied des VOSGES. Cette manœuvre équivaut à l’abandon de STRASBOURG et de tout le Nord de l’ALSACE. STRASBOURG doit être évacué le 4 Janvier. Mais le Général de GAULLE intervient alors vigoureusement pour sauver la capitale de l’ALSACE. Au cours d’une réunion tragique au G.Q.G. allié, en présence de Monsieur CHURCHILL, venu spécialement de LONDRES, après un entretien téléphonique avec Monsieur ROOSEVELT, il obtient du Général EISENHOVER d’arrêter le repli américain, déjà commencé, à hauteur d’HAGUENAU. Mais en contrepartie, l’Armée française devra prendre immédiatement à son compte tout le secteur de STRASBOURG. Or, toutes les unités françaises sont déjà engagées. Pour s’étendre sur trente kilomètres de front supplémentaires, il faudra donc retirer une Division en lignes et demander aux autres de s’étirer davantage pour combler le vide ainsi créé. La 3e D.I.A. qui combat sur les sommets vosgiens est donc transportée sur STRASBOURG, la 3e Division U.S. appuiera vers l’Ouest et la 1e D.F.L. s’étendra sur la partie Est du secteur actuel de cette dernière,

C’est sur plus de 50 kilomètres que s’étend maintenant la 1e D.F.L. Cette modification n’atteint pas le dispositif du 8e R.C.A., mais les dernières réserves d’Infanterie ont disparu dans cette extension. il n’y a plus qu’un Escadron de T.D. et 2 Escadrons du 1e R.F.M. comme ultime ressource en cas de nécessité. Or, tout fait prévoir un mouvement offensif de l’ennemi. Les 4, 5 et 6 Janvier, tandis que fiévreusement, sur notre rive de l’ILL, nous organisons des points d’appui, les Allemands multiplient les tirs de harcèlement sur KOGENHEIM et SEMERSHEIM, et tentent de forts coups de main. Heureusement, nous ignorons l’importance de ce qui se prépare en face de nous il vaut mieux ne mesurer qu’après coup l’étendue du danger couru. Mais quelques mots en feront voir la gravité. Le repli américain dans l’ALSACE du Nord a permis aux Allemands de se rapprocher de STRASBOURG d’autre part, le saillant français, englobant la ville, se termine le long du RHIN, à 30 kilomètres au Sud. Une attaque en tenaille avec des moyens puissants, contre une ligne française désespérément mince paraît avoir toutes les chances de réussir.

Elle est décidée le 5 Janvier. L’ennemi dispose de troupes fraîches, de plusieurs Divisions d’élite comprenant des S.S., d’une brigade de chars équipée en Tiger et Jagdpanther, en tout une centaine de blindés lourds. Il y a, en face, une Division d’Infanterie et les trente-six T.D. du 8e Chasseurs. On comprend alors facilement l’ordre du jour que le Général allemand, commandant le secteur, adresse à ses troupes avant l’attaque "Je compte sur vous pour pouvoir annoncer dans quelques jours à notre Führer que le drapeau à croix gammée flotte à nouveau sur la cathédrale de STRASBOURG".

L’attaque attendue débouche le dimanche 7 Janvier à 6h45. Une forte préparation d’artillerie s’abat sur les avant-postes et sur la ligne de résistance et deux colonnes ennemies foncent sur les Français. Une massive colonne blindée, suivie d’Infanterie portée, se lance en direction HERBSHEIM-ROSSFELD. En peu de temps, les postes éloignés les uns des autres, sont submergés par les infiltrations allemandes : mais chacun, encerclé, résiste avec acharnement, tandis que notre artillerie, entrée en action déverse des tonnes d’obus sur l’adversaire. Le 1e Escadron garde les barrages sur l’ILL à la sortie Sud de HUTTENHEIM, et, à 12 heures, il doit détacher le peloton GERBAULT, accompagné d’un groupe de T.D., pour essayer de dégager un poste du IIe Cuir, encerclé dans la forêt de SEMERSHEIM. Le peloton rééditant en voitures, les charges des anciens cavaliers, se jette sur l’ennemi qui plie sous le choc et s’enfuit laissant de nombreux cadavres sur le terrain et des prisonniers entre nos mains. C’est là que l’on put voir le chasseur DUFOUR, seul à bord de son scout-car conduire d’une main et servir sa mitrailleuse lourde de l’autre. A 13h30, le poste est dégagé et l’Infanterie voisine qui avait dû se replier, reprend ses positions, mais à 17 heures, la poussée allemande, très forte sur la gauche, ne permet pas de passer la nuit en pointe. Le peloton du 8e un peloton du IIe Cuir, et une section d’infanterie du B.M. 11 se replient de 800 mètres et s’installent en point d’appui cerclé : la nuit, par ce froid, sera rude pour les hommes sans abris.

Pendant ce temps, dès 9 heures du matin, le peloton DUPRAT du 3e Escadron est envoyé sur HERBSHEIM pour renforcer la garnison et il y détruit deux chars ennemis : le contact est étroit puisque les Allemands ont réussi à un moment à s’emparer des premières maisons du village d’où ils sont difficilement chassés.

Le peloton TRUCHET du 3e Escadron est envoyé, lui, à KOGENHEIM et un groupe du peloton LA ROCHE à ROSSFELD. Il faudrait être partout à la fois et parer à tous les coups en trop d’endroits différents. La situation est grave : A 13 heures, les premiers chars ennemis sont à KRAFT devant le canal de décharge de l’ILL, dernier obstacle avant STRASBOURG distant de 15 kilomètres : mais les ponts sautent et les chars sont cloués sur place au canon.

Dès 10 heures du matin, le 4e Escadron, dernière réserve, a été alerté et a rejoint BENFELD. Un de ses pelotons, avec des éléments du 1e, R.F.M., tente de donner la main à la garnison d’OBENHEIM en difficulté. Il parvient jusqu’à la rivière ZEMBS, mais est contraint de se replier sur SAND à la nuit, après avoir détruit 2 chars Panther. Un autre de ses groupes et des chars légers du 1e R.F.M. sont envoyés à l6 heures sur HERBSHEIM complètement encerclé. Ils y parviennent à 17 heures, mais le Capitaine LACASSIN, nouvellement promu, qui commande le 4e Escadron, est mortellement blessé par un éclat d’obus dans HERBSHEIM. 

En fin de journée le 8e R.C.A., toutes ses missions remplies tient partout ses positions qui lui ont été assignées et les coups de boutoir qu’il a portés à l’ennemi ont efficacement aidé la Division à maintenir intacte la ligne de I’ILL. Le peloton LA ROCHE se trouve lui, partie dans HERBSHEIM, partie dans ROSSFELD et se situation est précaire car l’ennemi circule entre ces villages et l’ILL, mais la consigne est maintenue, il faut résister sur place partout où l’on est, sans esprit de recul et contre-attaquer pour reprendre le terrain perdu. Seule cette dernière partie de l’ordre est inexécutable, faute de moyens disponibles.

Dans la matinée du 8 , la pression allemande s’accentue et le bois de SEMERSHEIM est occupé. Les T.D. du peloton DUPRAT assurent la défense antichars de l’ILL, vers BENFELD, puis sur SAND un moment menacé et reviennent à HUTTENHEIM pour la nuit. Le 4e Escadron appuie les opérations sur les axes BENFELD-ROSSFELD et BENFELD-HERBSHElM, ces opérations soulagent les garnisons de ces deux points d’appui qui ne sont pas attaqués dans l’après-midi. En même temps, le peloton GERBAULT du 1e Escadron vient s’établir au carrefour de ROSSFELD avec ordre de le tenir coûte que coûte puisque c’est le seul passage qui permette de rester en liaison avec les éléments tenant le village. Et, cependant, à HUTTENHEIM, le peloton de pionniers travaille sans arrêt à poser des mines, sous un déluge d’obus qui lui cause des pertes.

Dans la nuit, l’ennemi lance contre ROSSFELD une première attaque qui est repoussée, mais une deuxième l’amène, vers 4h30, aux lisières du village et dans le cimetière. A 5h30 une dizaine d’hommes du B.I.M.P. avec un T.D. du 3e Escadron réussissent, dans une folle ruée, à l’en déloger. Il fait si froid que les mitrailleuses à eau gèlent sur place. Dans la matinée, la route est coupée entre le peloton GERBAULT et ROSSFELD : aussitôt un groupement de chars légers du 1e R.F.M., accompagné du peloton de T.D. DUPRAT et du peloton GERBAULT. contre-attaque pour dégager le village. Le bois de BENFELD est nettoyé. 60 prisonniers ramassés et 2 chars détruits. A 15h30. la liaison est faite à ROSSFELD même, avec les T.D. du Sous-Lieutenant de LA ROCHE qui soutiennent au plus près l’Infanterie, enfermés avec elle dans le village. Vers 17 heures, le peloton AZEMAR vient relever le peloton GERBAULT épuisé. A la sortie du pont de BENFELD, seul encore utilisable, il est pris à partie par des automoteurs qui lui détruisent une jeep.

D’autre part, la liaison est prise vers 16 heures entre le 1e R.F.M. et la garnison encerclée de HERBSHEIM où le groupe de T.D. du Maréchal des Logis DUQUESNE a détruit 2 chars et fait des prisonniers. Les T.D. du 4e Escadron appuient, eux, l’infanterie et les chars du C.C. 5 sur l’axe SAND-OBENHEIM, en vue de réaliser la liaison avec le B.M. 24, enfermé dans le village et qui manque de vivres et de munitions. Ce groupement parvient jusqu’à la ZEMBS dans l’après-midi, mais il est obligé de se replier sur la rive Ouest de l’ILL, devant une puissante contre-attaque allemande qui, soutenue par 20 chars lourds, menace le pont de SAND. Les T.D. détruisent 1 Ferdinand et 1 canon antichar, mais nos pertes sont lourdes.

La nuit, glaciale, n’amène pas le calme : l’artillerie continue son vacarme : dans la neige, les blessés allemands hurlent, des infiltrations se tentent : il faut sans cesse être aux aguets pour ne pas se laisser surprendre. Et, sur les routes, les hommes, les femmes, les enfants s’en vont dans la nuit, sous la neige, fuyant les bombardements, fuyant surtout l’Allemand qui semble vouloir revenir ils ne savent pas bien sûr que nous avons ordre de nous faire tuer tous jusqu’au dernier, que nous avons ordre d’empêcher le passage de l’ILL et que nous entendons bien exécuter l’ordre.

La matinée du 10 est relativement calme devant le Régiment. L’ennemi veut en finir ce jour-là avec le B.M. 24 encerclé depuis 4 jours dans OBENHEIM sans vivres et sans munitions : l’aviation française, malgré un brouillard épais, exécute un parachutage, mais il est trop tard dans la soirée le B.M. 24 aura été anéanti, fidèle à l’ordre de tenir jusqu’au dernier homme les emplacements confiés. Tous les efforts ont été tentés pour éviter ce désastre, mais en vain. Du moins le sacrifice du B.M. 24 va-t-il permettre l’opération audacieuse qui consiste à relever par le 1e Bataillon de Légion le B.I.M.P. qui tient depuis 4 jours dans HERBSHEIM et ROSSFELD avec le peloton LA ROCHE. Le départ a lieu à 16 heures. Le Bataillon relevant est protégé par un Bataillon de Parachutistes prêté par le 2e C.A., des éléments du 1e R.F.M. et tous les T.D. disponibles des 3e et 4e Escadrons du 8e R.C.A. Fonçant à travers le bois de BENFELD infesté d’Allemands que les parachutistes nettoient derrière eux, les éléments blindés atteignent, à 17h45 HERBSHEIM où DUQUESNE vient de détruire un Ferdinand, et, à 18 heures, ROSSFELD. La relève d’Infanterie se fait et le peloton LA ROCHE peut rentrer à BENFELD, mais il a fallu laisser sur place un T.D. en panne de batterie. Les éléments portés du 4e Escadron qui participent à l‘opération font 28 prisonniers et tuent plusieurs ennemis dans les bois de BENFELD pendant que les T.D. détruisent un Panther et un canon antichar. Le peloton AZEMAR s’est lui aussi, replié sur ordre sur la rive Ouest de l’ILL et vient renforcer le point d’appui de HUTTENHEIM. 

Après cette journée mouvementée, la matinée du 11 est beaucoup plus calme, l’ennemi se ressent très certainement des pertes sévères qui lui ont été infligées sans qu’il puisse obtenir un résultat appréciable. Mais vers 14h30, l’Infanterie ennemie, qui s’est infiltrée dans les bois de SEMERSHEIM et de BENFELD. attaque HERBSHEIM et ROSSFELD. Tandis que les chars allemands s’avancent vers les ponts de BENFELD. Il se produit alors un très violent engagement avec les T.D. et le peloton porté du 4e Escadron. Les blindés adverses réussissent à franchir le premier pont de l’ILL, détruisant 2 jeeps et 2 T.D. du 4e Escadron qui perd d’un coup 23 blessés, mais sont stoppés et contraints de se replier devant la résistance farouche du reste de l’Escadron qui inscrit 3 Panther à son tableau de chasse.

A partir de 19 heures, une opération est montée pour dégager le 1e Bataillon de Légion, toujours encerclé à HERBSHEIM et ROSSFELD, et dont le maintien sur place ne s’avère plus nécessaire. Il s’agit de réaliser la liaison et de permettre le repli à l’Ouest de l’ILL. L’opération exécutée au cours de la nuit réussit sans aucun incident grave : le 3e Escadron récupère le T.D. en panne laissé à HERBSHEIM, mais il est obligé de détruire avant de l’abandonner celui qui restait à ROSSFELD. L’équipage perd un disparu, au retour, sous un tir de mortiers. C’est la première fois que le 8e R.C.A. a dû abandonner du matériel sur le terrain. Tout est terminé le 12 à 7 heures. Au cours de cette journée, plus calme que la précédente, les T.D. assurent la défense antichars de BENFELD et de HUTTENHEIM d’une part, du nouveau point d’appui de KERTZFELD d’autre part. Dans la soirée le 1e Escadron est relevé et regroupé à ZELLWILLER en réserve mobile de Division.

Le front semble se stabiliser. Pour se venger de n’avoir pu percer, les Allemands écrasent sous leurs obus la partie centrale de BENFELD, de HUTTENHEIM et arrosent tous les villages environnants L’artillerie française, qui a été encore renforcée, répond de telle façon que les batteries ennemies se taisent vers 18 heures le 13 Janvier. Elles recommencent le lendemain matin pour couvrir une attaque brusque sur HUTTENHEIM où l’ennemi réussit à s’emparer de la scierie, il en est chassé par un tir rapide et brutal de nos T.D. déclenché presque à bout portant. Les 15, 16 et 17 Janvier la situation reste inchangée : cette fois, c’est la fin, l’ennemi a perdu la partie dans ce secteur. Et, le 18 Janvier, la 1e D.F.L. étant relevée sur la gauche, le 8e R.C.A. est envoyé se regrouper dans la région de NOTHALTEN-BLIENSCHWILLER.

Il est maintenant possible de faire le bilan de ces jours tragiques. Comment l’ennemi attaquant avec des moyens bien supérieurs à ceux de la défense n’est-il point parvenu à réaliser la percée qui devait obligatoirement lui livrer STRASBOURG ? Son échec est dû, sans doute, à la très judicieuse répartition de nos points forts, mais aussi et surtout au moral, au cran admirable, pourquoi ne pas dire ce mot, à l’héroïsme de toutes les unités engagées. Et le 8e Chasseurs y a sa belle part. Toujours sur la brèche, de jour et de nuit, dans la neige, par des températures extrêmement basses, luttant en kaki visible contre les fantômes blancs des Divisions de montagne, les destroyers gris, cibles trop faciles pour les Jagdpanther et les Tigers peints en blanc, recherchant le combat et brisant partout la ruée des blindés lourds allemands, l’Escadron de reconnaissance chargeant en jeep comme leurs aînés à cheval, tous, du Colonel au dernier secrétaire, payèrent de leur personne et risquèrent leur vie pour " qu’ils ne passent pas ".

Le chiffre des pertes est éloquent du 7 au 14 Janvier, le 8e Chasseurs a perdu 3 tués dont le Capitaine LACASSIN, commandant le 4e Escadron. 5 disparus, 51 blessés. Au point de vue matériel, 5 jeeps, 1 half-track, 3 T.D. ont été détruits et une grande partie des véhicules endommagés par éclats d’obus, ou balles. Par contre, s’il est impossible de chiffrer les pertes humaines infligées aux Allemands, il est facile de compter celles qui furent causées à son matériel. Le 8e Chasseurs, en ces 7 jours, inscrivit à son palmarès 2 chars Mark IV, 11 Panther, 2 Ferdinand, 1 Tiger, 1 Jagdpanther, 1 automoteur, 1 canon antichar. Il est inutile d’insister sur l’importance tactique d’un tel résultat et sur l’influence morale de ces destructions sur l’ennemi.

Enfin, il faut rendre hommage aux oubliés de toujours, dépanneurs et ravitailleurs qui se dépensèrent de jour et de nuit pour réparer les radiateurs crevés, les roues abîmées, les postes de radio traversés, pour rendre la vie aux moteurs défaillants, à l’atelier comme en pleine bagarre, avec en plus, sur le terrain, l’angoisse et la rage de recevoir des coups sans pouvoir rien faire pour les rendre. Et le transport des carburants, des obus, des mines, des cartouches, des grenades, du barbelé, de la nourriture, si le combattant est souvent tenté de penser que c’est une place de tout repos, il n’en est rien dans la réalité : il faut tout de même que ceux qui, par ordre, tenaient leur place en ces services, sachent la grandeur, de leur rôle obscur, ingrat mais indispensable.

Et peu à peu, le sourire revient sur les visages des habitants des villages sauvés et qui avaient eu si peur. Ils préféraient accepter la ruine de leurs biens au retour de l’esclavage. En tout cas, l’Allemand, une fois de plus, avait essuyé une de ces défaites partielles, prélude de la défaite totale mais la plus belle récompense de tous, ce fut peut-être ce mot envoyé par le Général LECLERC au Général GARBAY, commandant la 1e D.F.L. " Bravo mon vieux ". En somme, la 1e D.F.L. aura probablement sauvé STRASBOURG après que la 2e D.B. l’a pris. J’espère que cela ne t’a pas coûté trop cher. Félicite tout le monde de ma part ".

LA POCHE DE COLMAR

Après la dure bataille qui vient de sauver STRASBOURG, le Régiment est bien retiré du front, mais ce n’est pas pour se reposer, c’est simplement pour gagner de nouveaux emplacements de départ. Sans laisser de répit à l’adversaire, avant même que se soit apaisé le fracas de la canonnade dans le secteur de BENFELD, l’ordre d’offensive pour la prise de COLMAR et la libération de toute l’ALSACE centrale est arrivé. Cet ordre général N°6 peut se résumer ainsi

Le 1e C.A. vient de déclencher une offensive en direction générale de NEUF-BRISACH. Le 2e C.A. avec, au Nord, la 1e D.F.L., au Sud, la 3e D.I.U.S. doit attaquer en direction générale de MARCKOLSHEIM, JEBSHEIM. 

Mission de la 1e D.F.L.

  1. Rompre le dispositif ennemi sur l’axe GUEMAR-ILLHAEUSERN-MARCKOLSHEIM, s’emparer au plus vite du passage de l’ILL à ILLHAEUSERN et couvrir ce passage vers l’Est et le Nord.
  2. Pousser en force sur MARCKOLSHEIM et s’établir solidement face au Nord, puis faciliter et couvrir l’action de la 5e D.B. sur NEUF-BRISACH.

Deux groupements sont constitués au Nord R.C.T. 2 axe SAINT-HIPPOLYTE-OHNENHEIM au Sud R.C.T.I axe GUEMAR-ILLHAEUSERN-ELSENHEIM. Les éléments du 8e R.C.A. sont répartis ainsi qu’il suit avec le R.C.T. 2 du Colonel GARDET : le 2e Escadron (BOUCHARD) moins un peloton, un peloton de reconnaissance du 1e et une équipe de déminage du 1e : avec le R.C.T. 1, du Colonel DELANGE, le 3e Escadron (PERIQUET), le 1e Escadron LE HAGRE) moins un peloton, le 4e Escadron (SOULE).

La journée du 22 Janvier est employée par les Escadrons et détachements à gagner les emplacements initiaux qui leur ont été fixés par leurs commandants de groupement respectifs.

Chacun contemple le terrain sur lequel il va falloir se battre. Jusqu’à l’horizon, il est tout blanc sous une épaisse couche de neige et le thermomètre est à moins 15. Cette plaine sur laquelle on va s’engager est sillonnée du Sud au Nord par toute une série de cours d’eau, autant de lignes de défense ou, sans aucun doute, l’ennemi s’accrochera avec sa ténacité habituelle ILL, NEUGRABEN, BENWASSER, etc.. Partout, des bois, des boqueteaux, des marécages, autant de points favorables à la défense qui devront probablement être enlevés les uns après les autres avec les difficultés que l’on devine. Une seule consolation : tous les véhicules ont été passés à la peinture blanche pour être moins visibles : sur l’étendue neigeuse, mais les équipages n’ont pas été recomplétés et la saignée du début de Janvier a été sévère. Malgré tout, on a confiance et l’on blague, il n’y a pas de raison pour qu’on n’enlève pas le morceau cette fois encore.

Et l’attaque de la Division démarre le 23 Janvier à 7 heures. L’épaisse couche de neige où s’enfoncent les fantassins rend les mines pratiquement indétectables, mais aussi les empêche de fonctionner ce qui, malgré les souffrances du froid, sauvera nombre de vies humaines seules les routes seront vraiment dangereuses à ce point de vue.

Début d’offensive favorable sur tout son front la Division parvient assez rapidement à franchir l’ILL. Mais la nécessité de rétablir les ponts sur la rivière - seul subsiste celui d’ILLHAEUSERN - ne permet pas aux unités du 8e Chasseurs d’entrer en action Leur activité se limitera ce jour-là au déminage des axes par les pionniers du Escadron et, dans la soirée, à la défense antichars aux abords de l’ILL et du pont d’ILLHAEUSERN, cependant que le Génie rétablit les coupures.

Dans la nuit, le pont sur l’ILL est rendu praticable aux blindés et, dès 4 heures, au matin du 24, le peloton de reconnaissance CUROT, le peloton de T. D. TRUCHET, le peloton porté du 3e Escadron et un détachement du 1e B.L.E, attaquent le Moulin du RIED qui, la veille, à résisté aux assauts de l’Infanterie. Le Moulin est atteint, enlevé et occupé pour 10 heures, mais le peloton qui s’y installe est en butte à de gros bombardements.

A 12 heures, le bois d’ERLEN - 1 km Est d’ILLHAEUSERN - est attaqué par l’Infanterie et enlevé à 14h30. Mais la progression par la route d’ELSENHEIM est interdite par de grosses résistances ennemies et des chars semblant tirer des lisières Sud du bois d’ELSENHEIM. Appel au 8e Chasseurs. Vers 15 heures, une patrouille composée de 2 jeeps (M.d.L. BRECHELIERE - M.d.L. GERBAULT) du peloton de T.D. TRUCHET et du groupe de pionniers DUFRESNAY est chargé de tâter la résistance ennemie, de la reconnaître et situer, les T.D. étant à pour la détruire.

Le Maréchal des Logis BRECHELIERE, en tête, roule trop vite. Le maréchal des Logis GERBAULT, dans la deuxième, essaie de le rattraper, mais il stoppe brutalement en apercevant, à 50 mètres, un char ennemi (Hornisse) embossé à gauche de la route dans des boqueteaux assez denses. BRECHELIERE qui a continué, arrive presque aussitôt au contact avec l’Infanterie allemande. Il ouvre !e feu, mais sa mitrailleuse s’enraye rapidement. L’ennemi, espérant le faire prisonnier s’approche et commence à l’encercler. A ce moment, GERBAULT ouvre le feu à son tour, mais sa mitrailleuse, elle aussi s’enraye. Cependant, ses premières rafales ont fait hésiter les Allemands et BRECHELIERE, suivi de son conducteur, en profite pour se jeter dans la petite rivière qui, en contrebas, borde le côté droit de la route. Le conducteur de la 2e jeep, tandis que le char ennemi tourne sa tourelle et l’ajuste, bondit à son volant et recule sa voiture à la hauteur du char de l’Aspirant TRUCHET qui vient de s’embosser au tournant. Il était temps, le premier obus touche la jeep qui flambe. Il y a là aussi, le Sous-Lieutenant CUROT, venu en liaison avec la jeep de l’Aspirant TRUCHET. Pendant que ce dernier recule son T.D. de 50 mètres, GERBAULT et son conducteur, émergent de la rivière, trempés et glacés jusqu’aux os. Cependant, le Sous-Lieutenant CUROT est resté sur place, accroupi au pied d’un arbre, cherchant avec ses jumelles à repérer exactement le Hornisse qui continue à tirer sans arrêt sur la route, Il est tué net d’un éclat à la tempe, le T.D., atteint coup sur coup de trois perforants, prend feu et flambe avec son conducteur, l’Adjudant-Chef CHAUVIN est tué à la tête de son peloton porté qui perd 10 blessés, la situation est intenable, la patrouille se retire sans pouvoir ramener les jeeps de l’Aspirant TRUCHET et du Maréchal des Logis BRECHELIERE.

Quelques instants après, le Maréchal des Logis DUFRESNAY, qui veut aller rechercher le corps du Sous-Lieutenant CUROT. est refoulé par un Capitaine d’infanterie qui lui interdit de passer. Mais, à la Légion comme dans la Cavalerie, on a pour règle de ne jamais laisser la dépouille d’un camarade à l’ennemi aussi, un peu plus lard, un Capitaine de la Légion et un de ses hommes accompagnant le Brigadier HUSTACHE s’en vont pour remplir ce devoir impérieux, Ils sont obligés de progresser dans la rivière avec de l’eau jusqu’au cou par un froid de moins 20, mais, au prix d’efforts surhumains, ils ramènent le cadavre au Moulin du RIED.

Pendant ce temps, sur l’axe Nord confié au R.C.T. 2, un peloton de T.D., en soutien d’Infanterie, traverse l’ILL à 15 heures et parvient aux Iisières Est du bois, appuyé par le peloton porté. A 16 heures, un groupe de ce peloton part avec l’Infanterie qui attaque les résistances ennemies accrochées en abris sous rondins dans les bois de la maison forestière GEMEINMARCK. Le bois est occupé et nettoyé pour 19 heures 35 prisonniers dont 1 Chef de Bataillon ont été capturés ainsi que 2 mortiers de 81, tandis que les T.D. détruisent deux blockhaus.

Le lendemain 25 . si la mission de la Division reste inchangée, par contre tous les moyens, y compris le Combat-Command de la 2e D.B., doivent être concentrés sur l’axe ILLHAEUSERN-ELSENHEIM. Mais la résistance allemande est si farouche que l’infanterie ne peut progresser dans les bois d’ELSENHEIM et son artillerie si active que le C.C. de la 2e D.B. ne peut déboucher. De même, une action montée sur la cote 177 avec coopération du 3e Escadron est arrêtée : sur tout le front, c’est l’échec et les pertes de la Division pour la seule journée s’élèvent à près de 10% de l’effectif engagé. La situation ne peut pas s’éterniser, les unités sont squelettiques, le nombre de pieds gelés augmente dans des proportions effrayantes : si l’on n’obtient pas promptement une décision, on risque de courir à un échec total et fort sanglant. Aussi est-il décidé de faire accomplir le lendemain par le C.C. de la 2e D.B. (renforcé d’un peloton de T.D. du 8e R.C.A.) un vaste mouvement enveloppant passant par le secteur de la 3e D.I.U.S. Ce mouvement a pour but de tourner les résistances des bois d’ELSENHEIM, en liant ce débordement à une attaque frontale du R.C.T.I.

Cette attaque démarre le 26 au matin mais l’Infanterie qu’appuie le peloton TRUCHET ne peut forcer les résistances du bois d’ELSENHEIM. Combattant sur l’axe, nos T.D. échangent des coups de canon avec un "Rhinocéros " : un de nos destroyers, atteint brûle avec 3 hommes de l’équipage, mais presque aussitôt le char allemand flambe à son tour. L’arrêt imposé sur le front du R.C.T.I ne permet pas de prendre la liaison avec le groupement de la 2e D.B. qui a atteint à midi le carrefour 177, appuyé par les T.D. de LA ROCHE. Ceux-ci détruisent un char allemand à 2km à l’Ouest de GRUSSENHEIM, mais l’un des nôtres brûle avec 2 membres de l’équipage dont le Chef de char.

L’effort continue sans se ralentir dans la journée du 27, mais, en raison des pertes élevées et la fatigue des Escadrons du 8e R.C.A, une nouvelle répartition est faite. Les 3e et 1e Escadrons moins le peloton MALAVOY sont renvoyés en réserve à BERGHEIM : les pelotons des 2e et 4e Escadrons reprennent à leur compte les missions des Escadrons relevés. Mais c’est le lendemain que la violence du combat semble atteindre son maximum, c’est aussi ce jour-là que, sans aucun doute, a été obtenu la décision qui n’aura son plein effet que le 1e Février. La Légion ne pouvant enlever GRUSSENHEIM de front, soumise à une contre-attaque sérieuse sur les bords de la BLIND et pilonnée par l’artillerie, on alerte le 3e Escadron, passé la veille en réserve Il s’agit pour lui d’aller s’installer au carrefour 177 pour se tenir prêt à appuyer le sous-groupement PUTZ de la 2e D.B. dans son mouvement vers le Moulin de JEBSHEIM. 

Vers 13h30, le Capitaine PERIQUET, qui prend liaison au carrefour (1 500 mêtres au Sud du bois d’ELSENHEIM) avec le Colonel PUTZ, est tué par un éclat d’obus ainsi que ce dernier et son Chef d’Etat-Major. Aucun des trois n’avait voulu se coucher. Ainsi disparaissait une figure devenue célèbre au Régiment et un officier légendaire à la 2e D.B. Mais ce jour-là GRUSSENHEIM est enlevé, il faudrait dire arraché à l’ennemi, maison par maison et le bois d’ELSENHEIM complètement nettoyé par le peloton MICHELET.

Cependant, malgré l’acharnement de sa résistance, l’ennemi donne des signes de fatigue et même d’épuisement. Il faut donc poursuivre l’effort avec toute l’intensité possible et tenir, malgré tout plus longtemps que l’adversaire. Pour le 8e Chasseurs la mission, ce jour-là consistera à tenir les positions conquises à tout prix, tout en gardant une attitude offensive en direction du bois d’OHNENHEIM, où l’Infanterie n’a pu pénétrer, et face à ELSENHEIM. Dans la soirée, le 3e Escadron, qui a perdu la veille son Capitaine, passe définitivement en réserve.

Le 30, le peloton MICHELET du 2e Escadron, participe au nettoyage du bois d’OHNENHEIM où il rencontre de grosses difficultés ; il ne parvient pas à déboucher sur la lisière Nord. Dans la soirée, le Général commandant la 1e D.F.L. demande au Colonel SIMON de porter tout ce qu’il a disponible sur le front d’attaque du R.C.T. 1 La mise en place est terminée pour le matin du 31 Janvier. Pendant qu’au Nord, un peloton achève le nettoyage du bois d’OHNENHEIM et s’installe, le soir, en point d’appui, à la lisière Est, tout ce qui reste du 2e Escadron, partant du Moulin d’ELSENHEIM, participe à l’attaque et au nettoyage des sorties Est du bois de WUSMATTEN, puis assure pour la nuit la défense du village d’ELSENHEIM occupé par l’Infanterie. C’est ce jour-là, à 15 heures, que, pour la première fois, les T.D. du 8e R.C.A. atteignirent le territoire allemand en tirant sur le viilage de SALZBACH.

Au cours de la nuit suivante, le peloton de T.D. AYOUN participe à l’attaque du pont de MARCKOLSHEIM avec des éléments du 1e R.F.M. et s’en empare intact. Il détruit ensuite plusieurs nids de mitrailleuses dans la partie Sud du village où la bataille fait rage. Dans la matinée, toujours avec le 1e R.F.M., il pousse sur ARTZENHEIM où il engage le combat avec les chars ennemis et a un T.D. déchenillé par un coup direct. Néanmoins le village est enlevé. Rayonnant autour de MARCKOLSHEIM, le 2e Escadron est de toutes les affaires de la journée ; le peloton MICHELET avec le peloton porté BORNE occupe la ferme HULLE, puis patrouille dans le bois de la HARDT jusqu’à l’écluse N°64, faisant 70 prisonniers. D’autres T.D. reconnaissent la zone entre le canal du RHONE au RHIN et le fleuve jusqu’aux abords du pont sauté de SALZBACH. En fin de journée, la Division a atteint tous ses objectifs, elle borde le RHIN sur tout le front de son secteur ; le 2e Escadron se regroupe à MARCKOLSHEIM, le 4e s’établit à GRUSSENHEIM où il a été envoyé pour parer à toute menace pouvant venir de la HARDT.

Il reste au 8e R.C.A. 18 T.D. disponibles sur 36.

Le 2 Février , stationnement sur place. La 1e D.F.L. monte la garde au RHIN entre RHINAU et ARTZENHEIM. Les Allemands n’ont pas renoncé à toute activité et lancent patrouilles et coups de main à travers le fleuve. Le 8e Chasseurs est en réserve de Division avec un Escadron de T.D. dans chacun des deux sous-secteurs de Brigade. De nouveaux emplacements lui sont assignés qu’il doit occuper pour le 5 Février. P.C. : ITTENWILLER et EICHLOFFEN, 1e : ANDLAU, 2e : MUSSIG, 3e : STOTZHEIM 4e : WESTHOUSE, E.H.R. : SAINT-PIERRE.

Pour le Régiment, pratiquement la campagne de FRANCE est terminée. Il l’a menée avec son entrain habituel et, parti des rives du golfe de SAINT-TROPEZ le 16 Août, il atteint le RHIN dans Je dernier secteur Alsacien tenu par l’ennemi le 1e Février. Il a galonné sa route de hauts faits et de victoires, le GOLF-HOTEL, le fort SAINTE-MARGUERITE, GIROMAGNY, SEWEN, MASEVAUX, THANN, HUTTENHEIM et tant d’autres. Il a aussi semé le long chemin parcouru des tombes de ses morts, il a rougi du sang de ses blessés tous les lieux où il s’est illustré.

Le 9 Février, l’ordre du jour suivant du Général de LATTRE témoigne de la victoire : " Au vingt-et-unième jour d’une âpre bataille au cours de laquelle les troupes américaines et françaises ont rivalisé d’ardeur, de ténacité et de sens manœuvrier, ’l’ennemi a été chassé de la plaine d ALSACE et a dû repasser le RHIN. Les forces alliées de la première Armée Française bordent le fleuve sur toute l’étendue de leur secteur. Elles ont tenu la parole de TURENNE : " II ne doit pas y avoir d’hommes de guerre en repos en FRANCE tant qu’il restera un Allemand en deçà du RHIN ".

Pendant le reste du mois de Février et tout le mois de Mars, ce va être la vie de cantonnement dans les villages accueillants blottis au pied des VOSGES, perdus dans leurs vignobles. Il y aura des prises d’armes : à SAINTE-ODILE, en présence du Général de MONTSABERT, à COLMAR en présence du Général de GAULLE ; on déménagera même, pour ne pas perdre l’habitude du changement ; ce sera l’occasion de faire de nouvelles connaissances, de troubler de jeunes cœurs, de comparer les crus différents. Les plans de l’Etat-Major modifieront également le rattachement du Régiment. La 1e D.F.L., retirée du 2e C.A., est envoyée sur le front des ALPES et le 8e R.C.A. passe en réserve d’Armée. C’est avec peine et regret que nous quitterons la grande Unité avec laquelle tant de fois nous avons fait de si bon travail ; il y avait entre elle et nous tant de points de contact, tant de souvenirs communs, tant de liens tissés par les souffrances supportées ensemble, les hauts faits accomplis en étroite coopération, la similitude de l’esprit, de l’entrain, de vaillance, de l’esprit de revanche, de la haine du Boche, de l’amour simple et profond de la terre natale. Nous passerons administrativement à la 2e D.I.M., puis sous les ordres de l’artillerie de la 1e D.B., puis sous les ordres de l’artillerie divisionnaire de la 14e D.I.

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