Bataillon de Marche n°4

Bataillon de Marche n°4


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L’EMBLEME DU B.M. 4

Insigne du BM 4 en bois

Vers juillet 1942 à Tripoli (Liban), où était stationné le B.M. 4, le colonel Bourgeois faisait passer une note dans toutes les compagnies demandant que soit exécuté un modèle d’insigne pour le bataillon. Le projet retenu fut celui du sergent Birden, de la Compagnie d’Accompagnement n°4 (capitaine Brisbarre). L’emblème métallique fut réalisé peu de temps après à Damas, en argent doré. Il sera repris par Augis en 1944, en métal léger peint, puis émaillé ; enfin avec quelques modifications, par Drago (écu plus petit, ancre doré).

( Les français Libres et leurs emblèmes, par B. Le Marec. Ed. Lavauzelle).

L’HISTORIQUE DU B.M. 4

ORIGINE

Le Bataillon de Marche n°4 a été formé au Cameroun avec des cadres dont la majorité, officiers et sous-officiers venaient de la Côte d’Ivoire et du Dahomey. Tels étaient par exemple parmi les officiers : les Capitaines BOUILLON, FOUGERAT, Lieutenants DESPIAN, BRISBARRE, GEOFFROY, JEANPERRIN, BERUYER, CHABERT, REVAULT D’ALLONNES, COURANT, IBRAHIMA DIALLO, Médecin-Capitaine ROBIN, Médecin-Lieutenant CHARMOT. Et parmi les sous-officiers : PLANTEVIN, LE FORESTIER, GENOSEAU, PAYET, LECLERC, VICTORIN, PENFORMIS, ANTONINI, PROVOST, DUBOIS, BIRDEN, ESCARGUEL, PIAUD, GENICOUD, etc...

Ces cadres, accompagnés de Tirailleurs (Mossis et Bobos en majorité), se retrouvèrent en Gold Coast en juillet-août 1940, à TAMALE puis KUMASI, et enfin sur la côte à WINEBA. Beaucoup de ces Africains devaient retourner en A.O.F., sauf un certain nombre, sous-officiers pour la pluppart, qui choisirent de suivre leurs officiers. Ensemble, ils rejoignirent le Cameroun par voie maritime après le ralliement de ce territoire sous l’impulsion du Lieutenant-Colonel LECLERC , et débarquèrent à DOUALA, dans les premiers jours de 1940.

C’est là que se forme le 3e Bataillon du 1e Régiment de Tirailleurs du Cameroun, à partir :

Cantonné dans une école du quartier d’Akwa Bell, le bataillon s’arme, s’équipe et s’instruit progressivement.

Début novembre, une grosse compagnie, avec un encadrement européen très renforcé était constitué, acheminé par mer vers LIBREVILLE , et débarquée à l’embouchure de la Tsini. Cette unité devait remonter la rivière sur des embarcations : un mitraillage par deux Glenn-Martin vichystes devait faire quelques victimes, dont le Sous-Lieutenant REMOVILLE , tué.

Après une marche dans les palétuviers et un bivouac dans une clairière, la compagnie et un Bataillon de Légion étrangère ( Commandant KOENIG ) attaquèrent le terrain d’aviation de LIBREVILLE , qui devait être occupé après de violents tirs d’armes automatiques (mort du Lieutenant DESPIAN). Les combats se terminaient dans la nuit avec la reddition de la capitale du GABON et la Compagnie du Cameroun était peu après rembarquée pour DOUALA.

Fin décembre 1940 , ce 3e Bataillon gagne MAROUA, dans le Nord-Cameroun, et installe son camp aux portes de la ville. C’est là qu’il prend le nom de Bataillon de Marche n°4, en exécution de l’ordre n°40 du 28 décembre 1940.

L’ordre de bataille est le suivant :

Le 17 février 1941 , le B.M. 4 quitte MAROUA et se regroupe à MASSAGEIT, campement situé à 80 km au Nord-Est de FORT-LAMY, où il reste pendant les opérations de KOUFFRA. Le 25 mars , arrive l’ordre de départ et le bataillon, transporté soit sur des camions militaires d’origine britannique, soit des camions civils réquisitionnés, fait mouvement vers l’Est. Il passe successivement par BOKORO, ATI, ABECHE, franchit la frontière entre ADRE et EL GENEINA et, dans le Soudan, gagne EL FASHER ; puis par des pistes de sable difficiles, EL OBEID où il est embarqué sur train le 14 mai 1941. Il atteint LE CAIRE, passe le Canal de suez à EL QUANTARA et débarque le 22 mai à QASTINA (Palestine) dans un camp où sont regroupées les Forces Françaises Libres.

Avec celles-ci, le B.M.4 participe à la campagne de SYRIE , franchissant la frontière le 11 juin, peu après bombardé et mitraillé par des avions, il attaque le 16 le village de KISSOUE où il subira des tirs d’artillerie, puis fait route vers DAMAS , qu’il atteint le 21 juin. Après la cessation des hostilités, soit le 12 juillet , le Bataillon s’installe à DAMAS dans la caserne HAMIDIEH où il se recomplète en personnel et matériel.

L’ETHIOPIE

Une nouvelle étape est marquée le 23 juillet par son départ pour l’Ethiopie où les forces anglaises et sud-africaines avaient infligé de sévères défaites aux italiens qui n’occupaient plus que quelques poches comme GONDAR. Le Lieutenant-Colonel G. PALEWSKI, envoyé par le Général DE GAULLE pour défendre les intérêts français (Djibouti n’était pas encore rallié) avait demandé l’envoi d’une force militaire pour mieux marquer la présence française, d’où la désignation du B.M.4, son embarquement à SUEZ, le 24 juillet à bord du Cap Saint Jacques, et son débarquement le 31 juillet à BERBERA. Le bataillon est regroupé à BURAMO , d’où un simple détachement commandé par le Lieutenant LECOURT, est admis par les autorités britanniques à participer à la prise de GONDAR, en décembre 1941. Il s’installe ensuite à DIRE-DAOUA , loin des combats qui se déroulent en Libye, sans mission bien définie, ce qui sera nuisible à l’habituel esprit de discipline des Tirailleurs. E nfin, le 22 avril 1942 arrive l’ordre de retour tant attendu, le bataillon embarque à BERBERA sur le sous-section Burma, débarque à SUEZ, puis arrive à BEYROUTH.

LE LIBAN

C’est l’époque où ROMMEL fonce à travers la Libye avec pour objectif la conquête de l’ÉGYPTE . Ceci explique que le B.M. 4, qui reçoit une dotation de canons de 75 mm et de brenn-carriers, se voit confier la mission d’établir une position défensive dans les montagnes du LIBAN entre le village d’ANTOURA-MTEIN et le col de ZAHLE : ces travaux seront inspectés par le Général de GAULLE, pendant le mois d’août. L’Afrika-Korps étant arrêté devant EL ALAMEIN , cette mission devient sans objet et le bataillon s’installe le 20 septembre dans une caserne de TRIPOLI, sous les ordres du Commandant BOURGEOIS qui a remplacé le Commandant BOUILLON, appelé à d’autres fonctions.

LA LIBYE

Cette vie de garnison ou presque cesse le 10 janvier 1943 lorsque le B.M. 4 est affecté à la 2e Brigade (Colonel GARBAY) de la 1e D.F.L (Général KOENIG) et part par voie ferrée pour TOBROUK, où il arrive quelques jours plus tard.

L’ordre de Bataille est le suivant :

Citons encore quelques noms, outre ceux mentionnés plus haut :

Le Bataillon est équipé en matériel britannique tant pour l’armement que les véhicules, conservant toutefois 8 canons de 75 mm, excellents pour la défense antichars. Après trois mois d’entraînement, il quitte TOBROUK et arrive en TUNISIE avec la 1e D.F.L. le 4 mai ; le transport avait été endeuillé par la noyade du Père POUILLE , le jour de Pâques, après la messe, sur la plage de MISURATA.

LA TUNISIE

En Tunisie, la 1e D.F.L relève la 51e Division Britannique et le B.M 4 prend position, au cours de la nuit du 6 au 7 mai dans un bois d’oliviers, à l’Ouest et au Sud du Djebel TAKROUNA, solidement tenu par les Allemands.

L’attaque est menée le 12 mai par la Compagnie DEFOSSE qui, dans la nuit, s’était installée sur un éperon rocheux, avec le P.C avancé du bataillon : après la préparation d’artillerie, les hommes quittent leurs trous individuels et foncent vers le piton ennemi. Le Capitaine DEFOSSE - qui devait être le 1er Compagnon de la Libération du Bataillon – est gravement blessé en franchissant le violent barrage allemand. L’assaut est très dur, des combats individuels sont livrés à la mitraillette et à la grenade et les pertes sont assez élevées. De nombreux prisonniers sont faits et les tirs cessent le 13 mai 1943.

Après un bref retour en Libye, à ZUARA , le B.M. 4 revient en TUNISIE et s’installe dans une oliveraie entre Nabeul et Hammamet . Le Capitaine FOUGERAT, promu Chef de Bataillon, remplace le Lieutenant-Colonel BOURGEOIS et prend le commandement ; il a pour adjoint le Capitaine PAINCHAUD, le Capitaine GUILLAUMET, commandant la Compagnie Hors-rang.

Les Tirailleurs les plus anciens (Camerounais, Mossis, Bobos) sont renvoyés dans leurs pays d’origine et remplacés par des Tchadiens qui étaient arrivés avec le Général LECLERC (partant lui-même former sa D.B. au Maroc). Par ailleurs, l’équipement britannique sera ultérieurement remplacé par du matériel réglementaire américain : les hommes se familiarisent avec celui-ci et une période intense d’instruction, de tirs, de manœuvre, occupera ces mois jusqu’au printemps 1944.

L’ITALIE

Le 12 avril 1944, tout le monde reprend à TUNIS le train pour BONE et s’embarque le 17 sur le s/s Durban Castle, pendant que les véhicules sont chargés sur le s/s Roselinde. Les hommes débarquent le 20 au port de NAPLES encore ravagé par les bombardements de l’aviation alliée et sont transportés d’abord à FRIGANO MAGGIORE , puis à MONTEMARANO et CASTELVEDERE DI CALORE, en attendant la proche offensive contre la ligne Gustav.

La grande offensive du forcement de la ligne Gustav partit le 10 mai. D’abord en réserve de division, le Bataillon de Marche n°4 fut engagé le 16 mai sur les hauteurs du RIO FORMA QUESA avec mission de nettoyer la vallée. Il se heurte là à des résistances acharnées et ne réussit à franchir le fleuve que le 20. Le lendemain, il atteint la route PICO-PONTECORVO et occupe la cote 160. La bretelle Hitler de la ligne Gustav est crevée. L’âpreté des combats peut se mesurer à la distance parcourue : 15 kilomètres en 5 jours ! L’Allemand se replie et l’exploitation commence le 30 mai. Le soir même le Bataillon de Marche n°4 est à 40 kilomètres au Nord de PONTECORVO . Le 6 juin, ses éléments sont devant TIVOLI où la 2e Brigade pénètre le 7 juin.

Après la traversée de ROME, la poursuite s’accélère. Le contact n’est repris qu’au Nord de VITERBO, devant MONTEFIASCONE . C’est le Bataillon de Marche n°4 qui s’empare de la ville, le 10 juin , après un assaut de deux Compagnies appuyées par les chars. Malheureusement, une contre-attaque de nuit pénètre jusqu’au P.C de la 2e Compagnie et tue le Capitaine DANIEL. Mais le terrain conquis est néanmoins conservé. Le 11 juin, la marche en avant reprend sur la route MONTEFIASCONE-BOLSENA sans rencontrer de sérieuses résistances. Le 12 vers 8 heures, le Bataillon de Marche n°4 est arrêté par des feux nourris au début du fossé d’ARLENA. Le Commandant FOUGERAT qui s’était porté aux premières lignes est tué d’une rafale de mitraillette. Grâce à des tirs de soutien d’artillerie et à l’arrivée des chars, l’ennemi se replie et l’avance se poursuit jusqu’ au fossé MELANO. Pour progresser de 1 500 mètres dans la journée, le B.M.4 a perdu son Chef de Bataillon, un Commandant de Compagnie, le Lieutenant AUDE, 16 tués et 40 blessés. Le lendemain, BOLSENA est atteint. La Légion Etrangère relève le B.M 4 dans la nuit du 13 au 14. Les opérations d’Italie sont terminées pour lui. Depuis le 16 mai, il était sur la brèche.

Il pleure cependant son Chef, le Commandant FOUGERAT. Ce jeune Chef de Bataillon était adoré de ses hommes pour son humanité, sa justice et sa bravoure. C’était un chef promis au plus brillant avenir par l’étendue de son savoir et son intelligence lucide. Il n’a pu réaliser son plus ardent désir qui était de revoir la France. Du moins ses camarades et ses subordonnés qui ont pu le faire, ont tenu à aller dire à sa famille l’admiration qu’ils avaient pour lui. Une rue de Barbezieux, sa ville natale, porte son nom.

Le 7 juillet 1944 , le B.M.4 est rassemblé à 40 kilomètres de NAPLES, dans la région d’ALBANOVA . Il panse ses plaies, se recomplète et se prépare à ce qu’il sait imminent : le débarquement en France.

Du 16 au 27 juillet, en trois détachements, le B.M. 4 est acheminé soit sur BRINDISI où sera embarqué le matériel lourd, soit sur TARENTE, où se retrouve le gros du bataillon.

Le 7 août , à l’effectif des 25 Officiers, 706 sous-Officiers et hommes de troupe, il embarque sur le Durban Castle pour une destination inconnue. Pour des raisons de secret, elle ne sera dévoilée qu’en mer. L’enthousiasme est à son comble et les M.P britanniques perdent leur flegme en voulant mettre de l’ordre chez ces Damned Frenchies. Pendant 8 jours, le Durban Castle fait le bouchon en rade de Tarente. Enfin, le 15 août, il prend sa place dans le convoi. Les enveloppes de mission sont ouvertes. Le sort en est jeté : on débarquera dans la baie de CAVALAIRE, à quelques kilomètres de HYERES.

LA FRANCE

Le 17 août, dans la rade de HYERES, après une alerte aux avions qui a confiné tout le monde dans les cales, toutes écoutilles et ouvertures fermées, l’ordre de débarquement est donné et chacun se presse aux échelles qui pendent le long des flancs du navire pour gagner les barges de débarquement. C’est la nuit et de la terre tiède parvient une odeur pénétrante de pin. Que c’est bon la France ! Tout se passe sans incident et grâce au GENIE de plage qui a balisé parfaitement la zone de débarquement, le regroupement se fait sans encombre à LA CROIX VALMER. Le lendemain, le B.M 4 qui est en réserve de brigade traverse COGOLIN . Le 21, il reçoit l’ordre de pousser sur la CRAU pour déborder par le Nord les résistances de HYERES. Mais tandis qu’il exécute son mouvement et qu’il a déjà occupé quelques hauteurs importantes, le Général BROSSET tombe au P.C. comme une météorite, à son habitude, et change la mission du Bataillon. Il s’agit d’enlever HYERESla 4e Brigade , arrêtée par les formidables défenses du GOLF HOTEL et de l’ORATOIRE , n’a pu pénétrer. Le B.M. 4 attaquera Hyères par le Nord. La direction est immédiatement modifiée et le bataillon s’engage dans l es MAURETTES où, crêtes après crêtes, par une chaleur torride, alors que les bidons sont vides, il arrive en fin d’après-midi aux lisières Nord d’Hyères. Seules quelques maisons où se sont repliés quelques allemands doivent être nettoyées. Dans la soirée, le Château d’Hyères est occupé et le bataillon fait la liaison avec les unités de la 4e Brigade qui ont finalement brisé les résistances du Golf Hôtel.

Le lendemain, il se porte sur la CRAU qui a été enlevée par le BM XI et subit à 23 heures un terrible bombardement par obus fusants qui lui causent quelques blessés.

Le 23 août, le B.M. 4 reçoit l’ordre de dépasser le BM 11 et de s’emparer des hauteurs du THOUARS qui dominent TOULON, et devant lesquelles le BM XI a été arrêté. L’attaque part à 9 heures. La 2e Compagnie parvient sans trop de difficulté à occuper la cote 132. Mais à peine arrivée, elle est prise à partie par un formidable tir d’arrêt où les obus fusants qui éclatent dans les arbres, mêlés aux obus explosifs lui causent des pertes très sérieuses tandis que les autres compagnies piétinent sur les pentes Nord et Sud. Malgré une contre-attaque, la 2e Compagnie tient bon. La 1e Compagnie au Nord prend pied à son tour sur les hauteurs et la progression peut reprendre. En fait le THOUARS était une position d’artillerie sous casemate. Débordés de toutes parts, les Allemands l’ont abandonnée, mais ils savaient au cours de cette rude journée fait payer cher son succès au B.M. 4. Huit Officiers étaient tués ou blessés, entre autres, le Sous-Lieutenant PIAUD dont le corps avait été volatilisé par un obus reçu de plein fouet.

Le 24, le B.M. 4 progresse dans TOULON et occupe la gare des tramways.

Les Allemands ont décroché et se replient à grandes foulées vers le Nord. Mais l’exploitation est freinée par le manque d’essence. Les déplacements se font, tantôt à pied, tantôt en camion, lorsqu’il y a du carburant. Le B.M 4 gagne AVIGNON et franchit le RHONE, le 29 en camions amphibies. Remontant la vallée de l’Ardèche, il est à CHAMBOIRIGAUD, où il est bloqué par le manque d’essence, du 31 août au 8 septembre.

Enfin ravitaillé, il atteint FLACE-LES-MACON où l’ordre lui est donné le 10 septembre de foncer sur AUTUN pour y relever un bataillon de Légion qui vient d’infliger à une colonne allemande en retraite une sanglante leçon. Continuant sa marche avec comme objectif lointain la trouée de BELFORT, il atteint BEAUNE , puis VILLERSEXEL , le 18 septembre. Le 19, il relève dans la région de VILLAFANS , le 180 RI US. Mais les Américains ont perdu le contact. Les patrouilles trouvent le lendemain les Allemands à MOFFANS et à la VACHERESSE . Les patrouilles se suivent en liaison avec les autres unités, sans qu’on puisse, dans ce pays très couvert et vallonné par une température exécrable, situer le contour exact des positions ennemies. Le 25 cependant, le B.M 4 reçoit l’ordre de s’emparer du village de LYOFFANS et de pousser sur ANDORNAY . Il faudra toute la journée et des prodiges de courage pour s’emparer de LYOFFANS , défendu maison par maison par des SS. Six fois l’assaut sera donné au cimetière dont les tombes sont éventrées par les obus. L’affaire ne se terminera qu’à la nuit. Le lendemain la prise d’ANDORNAY sera tout aussi dure. Le village n’est conquis qu’à 18 heures. Le B.M. 4 est alors relevé par le B.I.M.P, il est épuisé.

Non seulement les pertes subies étaient importantes, mais les Sénégalais très éprouvés par le froid humide ne tenaient plus que par leur inépuisable esprit de dévouement et par leur conscience de vieux soldats. Beaucoup avaient « les pieds de tranchée » et leurs doigts gonflés d’engelures ne leur permettaient plus d’utiliser correctement leurs armes. On en voyait arriver au poste de secours, au petit matin, qui s’écroulaient où ils pouvaient par terre, ou sur un banc, demandant à se réchauffer. Au bout d’un moment, ils se relevaient, saisissaient leur arme et s’en allaient en disant : Maintenant, on va retrouver les camarades . Il était temps de les ramener dans des régions plus clémentes.

Déjà, depuis le débarquement, sans cesse des volontaires s’étaient présentés pour s’engager : des Sous-Officiers, des soldats qui avaient pu obtenir une permission ne revenaient jamais seuls. Mais ce recrutement épisodique et un peu anarchique ne résolvait pas le problème.

Du 30 septembre au 7 octobre, tandis que le Bataillon était au repos à ATHESANS, puis à MOFFANS, un maquis de l’Isère, le maquis de CHAMBARAN lui est affecté en renfort sur la demande même des maquisards qui avaient choisi le B.M.4. Des recrues en provenance des centres d’instruction arrivent en même temps.

Il faut, tout en évacuant les tirailleurs vers le Sud refondre complètement le Bataillon. Le maquis de Chambaran constituera une compagnie homogène, la Compagnie de Chambaran sous le commandement d’un de ses rares officiers, le Capitaine de Gendarmerie MOREL. Les autres maquisards sont répartis dans les compagnies. Le Commandant MARIOTTE qui commandait les Chambaran deviendra l’adjoint du chef de Bataillon, le Colonel BUTTIN. Les recrues seront groupées à la 3e Compagnie où leur instruction militaire sera autant que possible, poursuivie, avant de les engager.

Ce n’est pas sans un serrement de cœur que nous vîmes partir nos Sénégalais, nos vieux compagnons de misère dont certains nous suivaient depuis 1940. C’étaient des soldats magnifiques, terribles au combat, parfois d’un maniement difficile au repos, mais toujours fidèles et prêts à tous les sacrifices. Ils avaient eux aussi l’orgueil d’appartenir aux Forces Françaises Libres et ils le faisaient bien sentir à leurs camarades des autres divisions. Nous les aimions et ils le savaient. Ils nous rendaient notre affection par un dévouement sans borne. Ils avaient toute notre confiance.

Avec les Chambaran, le contact est immédiatement bon. Vieux baroudeurs, Free French et maquisards s’entendent. D’ailleurs les Chambaran ont leur lettre de noblesse. Ils ont à leur actif quantité de coups de main sur les convois allemands. Ils ont aidé, dans la mesure du possible, les rescapés du Vercors et participé en unité constituée à la prise de LYON, où le Général de GAULLE a décoré lui-même leur fanion de la Croix de Guerre, et aux combats de l’ISLE SUR LE DOUBS. Les hommes sont des montagnards solides et les chefs des médecins, des gendarmes en rupture de gendarmerie, des commerçants, tous résistants authentiques. Parmi eux, un maquisard du nom de JACQUIER Marie-Jeanne, Chevalier de la Légion d’Honneur pour faits de résistance. Toute jeune, à peine plus de 20 ans, toute mince et timide, mais têtue et volontaire. Rien ne put la dissuader de quitter ses camarades du maquis. Elle refusa un poste au P.C. arrière, au poste médical, au P.C. du bataillon. Comme elle était une jeune fille d’une valeur morale irréprochable, on se résigna à l’inscrire comme soldat engagé pour la durée de la guerre et on l’affecta à la Compagnie des Chambaran. Qu’il pleuve ou qu’il vente, qu’il neige ou qu’il gèle, on verra chaque jour Marie-Jeanne aux premières lignes, se moquant du danger, visiter, réconforter et encourager ses camarades. Lorsqu’après la Campagne d’Alsace, le Commandant apprit que le B.M. 4 avait une femme soldat, ce qui est tout de même assez inhabituel dans une armée régulière, il la convoqua. Et au Colonel GARDET, Commandant de la Brigade, qui l’invitait à rejoindre sa famille en lui faisant remarquer qu’elle avait déjà fait beaucoup plus qu’elle devait, elle fit cette réponse magnifique : Mon Colonel, quand on n’a pas tout donné, on n’a rien donné. . Après cela, elle fut adoptée par tout le monde. Au B.M. 4, c’était fait depuis longtemps.

En 12 jours, du 30 septembre au 12 octobre 1944 , toutes les opérations d’incorporation, d’habillement, d’armement sont expédiées. Le 13 octobre, le front de la Division s’étendant le long des Vosges, de plus en plus vers le Nord, le B.M. 4 fait mouvement en direction du Ballon de SERVANCE. Il relève, aux EVAUDOIS, dans la soirée, un Bataillon de la 1e D.B. et jusqu’au 24 ce sera une continuelle activité de patrouilles et d’embuscades du haut du THEM vers la vallée où la Chambarands fait merveille, capturant journellement des prisonniers, malgré des conditions détestables et des nuits glaciales.

Le 26, il relève le 2e Bataillon de Légion dans la région de FRESSE-LARMET, au pied du Col de LA CHEVESTRAYE, dernier col dominant au Nord la trouée de BELFORT . Le secteur est relativement calme. Cela permet de faire permuter l’une après l’autre les unités de 1e lignes vers l’arrière et d’aguerrir la 3e Compagnie de recrues par des patrouilles. L’Allemand n’est d’ailleurs pas très actif. Par des prisonniers, on s’aperçoit qu’on a affaire à une unité de récupération, « le Bataillon des sourds ».

Le 20 novembre, dans la matinée, le Chef de bataillon reçoit l’ordre de s’emparer du Col de CHEVESTRAYE, de descendre sur PLANCHER-LES-MINES avec comme objectif final AUXELLE-HAUT et le MONT SAINT JEAN.

L’attaque démarre à 16 heures sans préparation d’artillerie. Le soir même le Col de CHEVESTRAYE est enlevé et une grande partie du bataillon des sourds est fait prisonnier.

Dès le lendemain matin PLANCHER LES MINES est occupé. AUXELLE-HAUT l’est à 15 heures et la 1e Compagnie coiffe le MONT SAINT JEAN le 22 au petit jour, capturant une section de mortiers qui se repliait. Le gros du Bataillon se regroupe à AUXELLE-HAUT et les jours suivants des patrouilles sont envoyées vers le MONT ORDON et la PLANCHE DES BELLES FEUILLES .

Pendant que le B.M 4 débordait la trouée de BELFORT par le Nord, la ville de BELFORT était elle-même enlevée et un Bataillon de Légion coiffait le Ballon d’Alsace. Les divisions blindées pouvaient fonder vers le RHIN.

Le B.M. 4 reste à AUXELLE-HAUT jusqu’au 2 décembre. Le 3, il fait mouvement vers ECHENOZ-LA-MELINE, près de Vesoul, où il reste au repos jusqu’au 12.

Aucune opération d’envergure n’étant prévisible avant un certain temps sur le front d’Alsace, la 1e D.F.L devenue disponible, est désignée pour aller réduire la poche de ROYAN.

Le 13 décembre 1944 , par voie ferrée et par route le B.M.4 fait mouvement vers le Sud-Ouest. Le 15, il s’installe à SAINT CIERS SUR GIRONDE . Le 22 , il est dans la région de COGNAC, à PERIGNAC. Mais la situation s’aggravant brusquement en Alsace, où les Allemands font peser une lourde menace sur STRASBOURG, la 1e D.F.L quitte le Sud-Ouest et retraverse à toute vitesse la France en diagonale.

Parti le 28 , le B.M. 4 se retrouve le 1er  à SELESTAT où il relève des éléments de la 5e D.B. La mission est de défendre la ville coûte que coûte. De part et d’autre les activités des patrouille sont intenses et les duels de mortier continus. La ville est déserte bien que dix mille habitants y vivent, terrés dans les caves.

Le 18 janvier 1945 , le B.M. 4 est relevé par le B.M 21 et va vers le Sud, d’abord à KINTZHEIM , où il relève le 2e B.L.E, puis le 23, il se regroupe à Saint-Hippolyte, au pied du HAUT KOENIGSBOURG . Le lendemain, faisant face à l’Est, il borde la rive Ouest de l’ILL , à la corne Sud-Est de la forêt de l’ILLWALD de façon à contrôler les mouvements ennemis qui pourraient être masqués par elle. Le mouvement s’effectue sans encombre, trois prisonniers sont faits.

A 17 h 50, alors qu’il fait nuit noire, une intense fusillade éclate, les tirs d’arrêts partent mais la radio fonctionne mal, on ne peut les régler à la demande, et il n’est pas possible d’envoyer des renforts à l’aveuglette. Le crépitement des armes automatiques dure environ une heure, puis c’est le silence. De 20 h 30 à 23 heures, des éléments de la 2e Compagnie rejoignent isolément ou par petits groupes, le Capitaine arrive un des derniers. La Compagnie avait été brutalement submergée par une attaque d’environ trois Compagnies allemandes. Malgré une défense énergique, la 2e Compagnie avait été vaincue par le nombre et avait laissé sur le terrain la moitié de son effectif.

Le lendemain, les autres compagnies du bataillon s’installent sur la rive Ouest de l’ILL et aux lisières Sud de la Forêt de l’ILLWALD , tandis que la 2e Compagnie, réduite à deux sections, se reforme à Saint Hyppolyte.

Jusqu’au 31 janvier , rien de notable ne se passe. Ce jour là vers 9h 30, un message de la Brigade signale que l’ennemi a décroché depuis KRAFT jusqu’à SELESTAT . LE B.M. 4 part immédiatement et occupe son objectif qui était le village d’ OBENHEIM . Du 4 au 15, il monte la garde du RHIN, à DIEBOLSHEIM, FISENHEIM, ZELSHEIM, puis, relevé par le BM 11, il fait mouvement vers KOGENHEIM et SAINT HIPPOLYTE, où il cantonne jusqu’au 8 mars.

Le 26 février, un nouveau renfort arrive au Bataillon ; c’est un maquis du Midi, le maquis de la Marseillaise . Moins aguerris que les Chambarand et pour ne pas bousculer de nouveau des liens qui s’étaient créés, le chef de Bataillon décide que les hommes et les cadres de ce maquis seront répartis dans les Compagnies en recomplétant des pertes. Cela ne fait aucune difficulté et l’amalgame commence par des séances d’instruction car la guerre n’est pas finie et on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve.

Evidemment, ce que tout le monde désirait, maintenant que le territoire national était à peu près complètement libéré, c’était d’aller faire payer aux Allemands, chez eux, le mal qu’ils avaient fait en France. Hélas, ce n’était pas l’Allemagne qui nous était réservée, mais les Alpes-Maritimes où les Allemands tenaient encore.

Le 8 mars, par voie routière et le 10 par voie ferrée, le B.M. 4 fait mouvement vers SOSPEL où il arrive le 11 et le 12 mars. Le 14 m ars , il relève le 442e RI US à CASTILLON dans les ouvrages de MONTE GROSSO et à la TESTA DU PAOLA . Les Allemands occupent l’ouvrage de BROUIS, dominé par le MONTE GROSSO, la cime du BOSC qui domine BREIL . Il s’agit de les en déloger et de gagner la route TENDE-VINTIMILLE.

Le 10 avril, une première attaque sur le col de BROUIS et la cime du BOSC est lancée. Les deux objectifs sont atteints mais aussi bien sur le Brouis que sur la cime du BOSC, les réactions ennemies sont extrêmement vives et nos éléments sont obligés de regagner leur base de départ.

Le 15, l’attaque est reprise avec des effectifs plus importants avec décalage dans le temps pour faire bénéficier du maximum d’appui de feux chaque groupement d’attaque. L’attaque de la cime du BOSC part la première à 6 h 30. A 13 h 30, l’objectif est occupé. A 13 h 30, une patrouille envoyée sur le col de BROUIS trouve l’ouvrage abandonné. Une section l’occupe pendant que de la cime du BOSC et par la route, le bataillon se porte sur BREIL. La ville a été abandonnée mais elle est truffée de mines qui nous causent quelques blessés. Poussant vers le Col de TENDE la 3e Compagnie occupe la GIANDOLA et CACCIAROLI.

C’est à BREIL, au cours d’un violent bombardement d’artillerie qu’est tué un tout jeune Lieutenant de la Marseillaise , qui meurt d’un éclat d’obus à la gorge alors qu’il était sur la table d’opération. Ce sera la dernière victime de la guerre du B.M. 4.

Le 26, le Bataillon est relevé et fait mouvement sur SOSPEL , puis vers ANTIBES où il s’installe au repos à la caserne GAZAN.

Pour lui, la guerre est finie et c’est à ANTIBES qu’il fêtera le 8 mai, la nouvelle de la capitulation.

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