Edgar DE LARMINAT (1895-1962)

Compagnon de la Libération

Edgard de Larminat est l’une des figures les plus singulières de la France Libre.

On serait volontiers aujourd’hui tenté de voir en lui une espèce de marginal. Disons que c’est une très forte personnalité, avec une aptitude au franc-parler et aux foucades qui lui vaudra des inimitiés féroces au plus haut niveau du commandement. Cela dit, d’une fidélité à toute épreuve envers le général de Gaulle. Comme Legentilhomme, de onze ans son aîné, Larminat est un ancien de la Grande Guerre : engagé comme simple soldat à 19 ans en 1914, alors qu’il vient à peine d’entrer à Saint-Cyr, dans la promotion dite de la Grande Revanche, il termine la guerre avec le grade de capitaine, obtenu à 23 ans, quelques blessures et quatre citations. Comme Legentilhomme, il opte pour la Coloniale : il est successivement affecté au Maroc, en Mauritanie, en Indochine, enfin au Levant. Lieutenant-colonel en 1935, il est, au moment où éclate la guerre, chef d’état-major du commandant supérieur des troupes du Levant, qui n’est autre que le général Weygand, nommé à ce poste en août 1939. Colonel en mars 1940, Larminat approuve la volonté de Mittelhauser – qui a remplacé Weygand rappelé en métropole le 17 mai - de poursuivre la guerre aux côtés des Britanniques. Mais cette volonté ne se mue pas en décision : Mittelhauser décide finalement de rester fidèle à Vichy.

Pour Larminat, c’est l’heure de vérité et aussi celle de l’action. Dans ses Chroniques irrévérencieuses, il a retracé le déroulement des journées des 26, 27 et 28 juin, au cours desquelles Mittelhauser et ses collaborateurs retournèrent leur veste de façon peu glorieuse, tandis qu’il tentait de faire basculer l’armée du Levant vers la France Libre à ses débuts. Mis aux arrêts de forteresse le 29 juin, il s’évade dès le lendemain et passe en Palestine. Il se rallie à de Gaulle ; organise aussitôt un centre de renseignement et de propagande, qu’il confie au capitaine Paul Repiton-Préneuf, futur adjoint de Leclerc à la 2e DB ; est reçu par Wavell, commandant en chef britannique au Moyen-Orient ; puis se met immédiatement à la disposition de Legentilhomme. De retour au Caire le 28 juillet, il rend compte à de Gaulle de l’échec du ralliement de Djibouti ; de Gaulle lui demande de le rejoindre à Londres. Par bateau, c’était une affaire de deux mois – en doublant le cap de Bonne-Espérance. Heureusement, ses bonnes relations avec l’état-major britannique du Caire lui permettent de prendre place à bord d’un avion en partance pour Lagos (Nigeria), d’où un hydravion l’acheminera en Angleterre.

En cours de route, le scénario est modifié : à Lagos, il rencontre René Pleven, chargé par de Gaulle de préparer le ralliement du Tchad. Larminat supervise rondement le déroulement des opérations au Tchad, au Congo, au Cameroun et en Oubangui-Chari - en étroite coordination avec le gouverneur Éboué, les colonels Marchand et Leclerc et le commandant Claude Hettier de Boislambert. En trois jours (les Trois Glorieuses ), tout est bouclé. De Gaulle apprécie vivement ce brillant succès : dès le 27 août, il nomme Larminat général de brigade et, le lendemain, haut-commissaire de la France Libre pour l’Afrique équatoriale, en lui déléguant non seulement tous les pouvoirs administratifs mais aussi le commandement de l’ensemble des forces terrestres, navales et aériennes de la région. Dans ces fonctions, l’une des premières tâches de Larminat sera d’organiser les bataillons africains qui seront ensuite appelés à faire partie de la colonne Leclerc et de la 1e DFL

Onze mois plus tard, de Gaulle l’envoie en Syrie, comme adjoint de Catroux, et le nomme Compagnon de la Libération (1e août 1941). Il sera promu général de division l’année suivante, mais cette promotion prendra effet à compter du 1e juillet 1941. Commandant la 1e BFL, complètement mise sur pied en décembre 1941, il l’emmène au combat le mois suivant. C’est lui qui, à partir de la mi-février 1942, entreprend d’organiser la position de Bir Hakeim, dont nul ne devine encore qu’elle sera l’enjeu d’un combat décisif trois mois plus tard. Au moment où les choses se préciseront, à la mi-mai, Larminat ne commande plus directement la Brigade : en avril, il a passé le commandement à Kœnig et lui-même assure désormais le commandement des Forces françaises du Western Desert – c’est-à-dire : la Libye et l’Égypte. Larminat rêvait de grands commandements, qu’il était d’ailleurs très qualifié pour exercer, me dira plus tard le général Kœnig. Le résultat, c’est que c’est moi et non lui qui ai récolté la gloire à Bir Hakeim ! Il lui faudra patienter deux ans et demi pour recevoir enfin un commandement important, sinon un grand commandement. En octobre 1944, de Gaulle le nommera commandant du Détachement d’armée de l’Atlantique, chargé de réduire les dernières poches de résistance allemandes.

Encore faut-il rappeler qu’entre temps, les deux brigades ou divisions légères , très éprouvées par les campagnes de Libye et les combats de l’Himeimat-El Alamein, ont été retirées du front et placées en réserve d’armée au camp égyptien de Gambut. Elles vont s’y morfondre pendant cinq mois. A la fin de décembre 1942, de Gaulle décide que la Force L (comme Larminat) doit devenir une belle et forte division.

Le grand tournant est pris le 17 janvier 1943 : ce jour-là, une Instruction personnelle et secrète dispose que les FFL qui prendront part à la campagne de Tunisie seront placées sous le commandement de Larminat et organisées en deux grandes divisions :

► une division d’infanterie, commandée par Larminat avec Kœnig comme adjoint ;

► une division légère mécanique, confiée à Leclerc.

Cette IPS est l’acte de naissance des deux divisions emblématiques de la France Combattante : la 1e DFL et la 2e DB.

Officiellement créée à Gambut le 1e février 1943, commandée par Larminat, avec Koenig comme adjoint, la DFL comprend deux brigades : l’une, commandée d’abord par Koenig, puis par Pierre Lelong, l’autre par Diego Brosset. Elle ne sera engagée en Tunisie qu’à la fin de la campagne. Après quoi, Larminat et Kœnig la quitteront : l’un – promu général de corps d’armée le 25 mai - pour être nommé chef d’état-major général des FFL auprès du CFLN ; l’autre – promu général de division – pour superviser la fusion des FFL et de l’armée d’Afrique à Alger. Nommé général de brigade le 1e juin 1943, Brosset devient deux mois plus tard commandant de la 1e DFL.

Sur le général de Larminat, je ne peux, en terminant, que vous renvoyer au dossier très complet préparé et dirigé par Philippe Oulmont et qui fera prochainement l’objet d’un très volumineux Cahier de la Fondation Charles de Gaulle.

J’ai, comme vous venez de le constater, dépassé assez largement la feuille de route fixée par le général de Gaulle dans son texte du 27 février 1946. Mais il ne pouvait être question d’évoquer la 1e DFL sans ce salut aux deux pères fondateurs.

Extrait de la conférence de François Broche sur les généraux de la DFL

En savoir plus

BIBLIOGRAPHIE

LARMINAT, un fidèle hors série. Philippe OULMONT (dir).

"Il manquait un ouvrage consacré à l’un des grands généraux de la France Libre, qui mit son talent et sa combativité au service du Général, mais dont le non-conformisme allant parfois jusqu’à la provocation, lui valut de solides inimitiés. Sa fin tragique avait sans doute occulté la vie et la carrière de ce personnage complexe et déroutant.

Cet ouvrage collectif, dirigé par notre ami Philippe OULMONT, directeur des Etudes de la Fondation Charles de Gaulle, répare une injustice à l’égard de celui qui demeure, comme l’écrivait De Gaulle, un "grand chef" et aussi "un Français de la plus haute qualité et un homme de coeur". Editions LBM, Paris, 390 pages.

Source de la présentation : Bulletin de l’Association des Familles de Compagnon de la Libération n°4 15 juin 2010.

Publications du Général De Larminat

L‘Armée dans la Nation , Office français d’édition, Paris 1945
Bertie Albrecht, Pierre Arrighi, Général Brosset, D. Corticchiato, Jean Prévost, 5 parmi

d’autres , Les Editions de Minuit, Paris 1947
Q ue sera la France de demain , Edition France, sl, sd
L’Armée européenne , Berger-Levrault, Paris 1952
Chroniques irrévérencieuses , Plon, Paris 1962

Biographie sur le site de l’Ordre de la Libération