Transmissions

Les Transmissions


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C’est à Damas, après les opérations de Syrie en 1941, que le lieutenant Renard organisa un concours pour trouver un emblème à la compagnie. La maquette acceptée fut celle du sou-lieutenant Gaillard, et les insignes, réalisés à deux cents exemplaires, par un artisan indigène du souk Hamidès, furent distribués en août 1941. Un peu plus tard une reproduction en sera faite au Caire, enfin une nouvelle frappe a été réalisée par Augis à Lyon, à la Libération.

(Les français Libres et leurs emblèmes par B. Le Marec. Ed. Lavauzelle).

LES TRANSMISSIONS DE LA 1 ère DIVISION FRANÇAISE LIBRE

par le Colonel PIETTE

Le colonel PIETTE a bien voulu rédiger un historique rapide, mais complet des activités de la 1e DFL, en rappelant au massage le travail souvent obscur, mais néanmoins primordial de nos camarades des transmissions.

Écrire l’historique des transmissions de la 1e DFL., c’est reprendre à son origine l’odyssée de cette glorieuse phalange qui n’a pas connu les humiliations de la défaite et qui n’a jamais cessé le combat.

Il n’est pas possible de concevoir la vie d’une grande unité sans penser en même temps à ses transmissions qui en sont le système nerveux.

En fait, partout où il a fallu donner des ordres, envoyer des comptes rendus partout où des hommes ont combattu, progressé, stationné, il y avait là des transmissions.

Leur action, beaucoup moins spectaculaire ou bruyante que celle de certaines autres armes, n’a jamais faibli et, sans relâche, acceptant les plus obscurs sacrifices, conscientes de la nécessité de leur mission et de la confiance de leurs camarades et de leurs chefs, elles ont, côte à côte avec eux, combattu, souffert, espéré, vaincu.


La première unité de transmission des F.F.L est à l’origine composée de volontaires engagés dans la légion du Général de Gaulle, dès le 1e juillet 1940.

Elle est affectée, sous les ordres du Lieutenant RENARD, à la Brigade Française libre au MORVAL CAMP .

En Afrique, un détachement placé sous les ordres de l’adjudant MOETZU prend part à la campagne du GABON, accompagne la 1e Brigade dite Brigade d’ORIENT, prend part à la campagne d’ERYTHREE et devient, au camp de QUASTINA en mai 1941, la compagnie de Transmissions des Forces françaises libres.

C’est le 1e juillet 1943 qu’est créé en TUNISIE, le 1e Bataillon des transmissions divisionnaires.

Le 8 juin 1941, sous les ordres du général LEGENTILHOMME la 1e D.F.L. pénètre en territoire syrien, le 21 juin Damas est conquise, l’armistice de Saint-Jean-d’Acre est signé le 12 juillet.

Sous les ordres du général de LARMINAT, sont alors constitués, avec les éléments de la 1e division, les renforts venus de Syrie, d’A.E.F, les jeunes évadés de France formés en Angleterre : un régiment blindé et deux divisions légères : la 1e commandée par le général KOENIG, la 2e commandée par le général CAZAUD.

Chacune de ces divisions comprend cinq Bataillons d’infanterie, un régiment d’artillerie, une compagnie de défense antichars, une compagnie de défense aérienne, un groupe de reconnaissance, une compagnie et un parc du génie, une compagnie de transmissions, une compagnie de transport, une compagnie de quartier général, des services.

Le 20 septembre, le général de GAULLE approuve la composition des deux divisions légères, et rappelle au général Auchinleck, commandant en chef en Orient, son désir de les voir combattre en Libye.

Le 7 décembre seulement est décidé l’engagement d’une des deux divisions, et la 1ère division Légère du général Kœnig est acheminée vers la Libye, renforcée en engins antichars, pièces antiaériennes et moyens de transport.

Le premier contact avec l’Afrika-Korps a lieu le 17 janvier à HALFAYA , où l’ennemi se rend sans combat et laisse 5 000 prisonniers. Puis c’est MECHILI, GAZALA, où s’arrêtent les colonnes allemandes.

Le 14 février , la division commence l’organisation de la position de BIR HAKEIM, et c’est en même temps le règne des Jock-columns. Les patrouilles sont dotées de postes radios, qui maintiennent un contact permanent entre elles et la liaison avec le commandement à BIR HAKEIM.

Pendant ce temps, le général de GAULLE réussit à faire mettre à la disposition du général Auchinleck la 2e division qui, venant de Syrie, arrive en Libye fin mars et se place en réserve du groupement du général de LARMINAT.

Le régiment blindé reçoit à l’arrière du matériel neuf.

Une compagnie de parachutistes, venue d’Angleterre s’entraîne à Ismaïlia.

Le 27 mai , BIR HAKEIM est attaqué. Après 14 jours de combats héroïques, dans la nuit du 10 juin, la division réussit à sortir en force à travers les lignes ennemies qui l’encerclent ; elle est recueillie par la 2e brigade et se regroupe à Sidi-Barrani.

C’est ce même jour qu’avait été reçu le télégramme du général de Gaulle :

Général Kœnig, sachez et dites à vos troupes que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil.

Le groupement du général de LARMINAT se replie ensuite avec l’ensemble de la VIIIe armée, qui se rétablit à hauteur d ’EL ALAMEIN.

L’auteur de cet article est très modeste ; il passe trop rapidement sur cet épisode de Bir-Hakeim.

Tous ceux qui participèrent à ces combats se souviennent du dévouement, de l’abnégation, et de la patience avec lesquels les gens des transmissions réparaient en plein bombardement des lignes téléphoniques hachées par les obus à travers toute la position ; et suppléaient au téléphone en attendant ces réparations par des estafettes motocyclistes qui ne faillirent jamais à leur tâche. Certains payèrent cher ce dévouement, tel le capitaine Renard, grièvement blessé le jour de la sortie.

Le 23 octobre 1942 commence la contre-attaque Montgomery. Au cours des durs combats de l’HIMEIMAT, à la bataille d’EL ALAMEIN, les transmissions connaissent les pires difficultés pour assurer les liaisons entre les unités dispersées sur un terrain sablonneux, sous le feu des mortiers, de l’artillerie et des chars ennemis. Après 20 jours de bataille, le front allemand est défoncé ; mais les deux divisions ne participeront pas à la poursuite de l’Afrika-Korps, elles passent en réserve de la VIIIe armée.

Seuls le Bataillon d’Infanterie de Marine et du Pacifique et le 1e régiment motorisé de spahis marocains poursuivent l’offensive et le 28 janvier 1943 ils retrouvent, à Tripoli, la colonne Leclerc venue du Tchad à travers le Fezzan italien. Ils combattent ensemble en Tripolitaine et dans le Sud-Tunisien.

En février 1943, la 1e D.F.L. voit officiellement le jour. Le général de LARMINAT regroupe, entre BARDIA et TOBROUK, tous les éléments français et les organise en une grande unité comprenant la 1e brigade (général LELONG) et la 2e brigade (colonel BROSSET) .

TUNISIE

Le 1e bataillon de transmissions divisionnaire est créé. En avril, la division fait route vers TRIPOLI et, sur ordre, rejoint la TUNISIE à marches forcées.

Le 5 mai elle relève la 51e D.I. écossaise, le 11 mai elle attaque (en liaison sur sa gauche avec la colonne Leclerc), le 12 mai les Allemands capitulent, et le 20 mai des éléments de la division et de la colonne Leclerc défilent à Tunis.

La campagne de Tunisie est terminée. Là, comme ailleurs, les transmissions ont été intimement mêlées aux combats.

Quelques extraits du récit de cette bataille, par le lieutenant-colonel commandant alors le bataillon de marche n°5 nous montreront, entre autres, comment chacun vivait ses transmissions.

Le 11 mai au matin, c’est la 2e brigade des coloniaux qui attaque. Au P.C. du B.M.5 les officiers dorment encore... Le ronflement d’un dormeur à tout crin accompagne en sourdine les hoquets et les miaulements du poste radio, qui est à l’écoute, dans un trou faisant antichambre à notre citerne...

Je m’apprête à descendre l’échelle de TAKROUNA à 5 heures, suivi de ma liaison...l’adjudant de bataillon,

Je compte ma liaison du regard les deux radios portant le poste...

Les obus commencent à tomber dru sur la route à 50 mètres en avant. Aucun renseignement par T.S.F., d’ailleurs mon opérateur prétend que son poste est en difficulté.

La position est copieusement arrosée par l’artillerie et les mortiers boches...

Je retourne au P.C. de la 2e compagnie pour y téléphoner. Le P.C. est bouleversé et le téléphone a disparu...

Après avoir lutté, souffert et combattu pendant trois ans pour la libération de leur pays, les hommes de la 1e D.F.L. et du détachement Leclerc sont refoulés en Tripolitaine, ils stationnent à ZOUARA et à SABRATA jusqu’au début de septembre.

Ceux de la 1e D.F.L. reviendront ensuite dans la région Hammamet, Nabeul, Beni-Khiar, sous les ordres du général BROSSET et ceux de Leclerc regagneront la frontière algéro-marocaine pour y former la 2e D.B.

La 1e D.F.L., sous les ordres du général BROSSET s’organise en division motorisée d’infanterie, elle est recomplétée en hommes et en matériel dans le cadre du corps expéditionnaire français ; l’armement, les véhicules, les matériels de toutes armes, y compris ceux des transmissions, sont remplacés par des matériels américains.

Le 1e bataillon de transmission divisionnaire (1e B.T.D.) renforcé en cadres et en hommes de troupe, pour la plupart volontaires d’Afrique du Nord ou évadés de France qui veulent servir sous le signe de la croix de Lorraine, est organisé en trois compagnies, une compagnie d’exploitation, une compagnie des unités d’infanterie, une compagnie des services, celle-ci assurera l’administration des deux premières, l’approvisionnement et l’entretien du matériel technique et des véhicules.

Sous l’impulsion dynamique de l’explosif général BROSSET , l’entraînement intensif-, la même foi commune des premiers et des nouveaux ralliés, créent une unité solidement soudée, impatiente de combattre. Le matériel américain est rapidement connu et mis en œuvre, mais il arrive trop lentement ; il ne sera pas au complet au moment de l’embarquement, et ce n’est que sur le bateau et en Italie que l’entraînement sera achevé.

ITALIE

23-27 avril . - Rassemblement des unités sous la pluie et dans la boue du camp de Sidi-Ahmed, près de Bizerte.

27-29 avril. - Embarquement en rade de Bizerte. 3 mai. - Débarquement à Naples.

Du 3 au 6 mai, à Albanova, le 1e B.T.D. met au point son équipement, fait ses réglages radios (dans les limites compatibles avec le secret des opérations), répartit le câble téléphonique, distribue les derniers matériels, pendant que ses équipes de construction de lignes participent déjà à ’organisation des liaisons téléphoniques qui prolongent et complètent l’axe des transmissions du C.E.F.

Le 10 mai , à 23 heures, c’est l’heure tant attendue ! Elle va nous venger de celle qui, il y a quatre ans, jour pour jour, bousculait nos armées et se terminait par l’invasion de la France. Un formidable bombardement donne le signal.

Dans le tonnerre effroyable de l’artillerie enfin déchaînée, qui se répercute aux échos des montagnes, chacun est à son poste.

Comment va fonctionner cet admirable mais délicat mécanisme des transmissions ? Le matériel pourra-t-il tenir tout ce qu’il promet ? Les liaisons radios seront-elles efficaces dans ces massifs montagneux, les lignes téléphoniques qui courent le long des sentiers rocailleux résisteront-elles au sage des hommes et des véhicules ? Oui. Tout va bien : la sonnerie du central téléphonique mêle sa petite voix au grondement formidable du dehors, les appels radios arrivent normalement.

Les équipes de réparations sont échelonnées e parcours des circuits téléphoniques et n’ont que rarement à intervenir.

L’attaque de la 4e brigade progresse lentement, gênée sur sa e par la position du GIROFANO demeurée entre les mains de l’ennemi.

Au cours de son avance, le colonel Pitonne , le poste de radio à ondes moyennes, ne peut que rester dans les vallées ; et le contact est perdu avec le PC. de la division. Mais le poste du détachement de liaison d’artillerie divisionnaire, plus portatif, fonctionnant en ondes courtes à modulation de fréquence, continue d’assurer la liaison avec le PC. de l’artillerie divisionnaire, c’est par son canal que l’état-major de la division conserve le contact avec le commandement de la 4e brigade.

Le 13 mai, à 8 heures, le GIROFANO est pris par la 2e D.I.M. 

L’attaque reprend. SAN ANDREA est enlevé - la ligne Gustav est rompue. La première bataille est gagnée.

L’exploitation commence, la division progresse. La liaison s : établie par radio avec les Canadiens qui attaquent le Mont-Cassin.

L’axe des transmissions se matérialise par un enchevêtrement de câbles hâtivement déroulés sur les chemins hâtivement déroulés sur les chemins qui passent par SAN AMBROGGIO, chemins bordés de champs de mines, où les équipes de monteurs, gênés par la circulation des véhicules et des engins, posent, élèvent, réparent sans repos les lignes téléphoniques entre les PC. qui changent d’emplacement jusqu’à trois fois par jour.

Les hommes sont épuisés, l’énergie des chefs d’équipe se fait admirablement sentir. Et que dire des motards, au prix de quelles acrobaties, dans cette nuée de camions, de chars, de Jeep, de jour et de nuit, sortant des chemins au risque de sauter sur les mines, à la recherche d’un P.C. de bataillon dont ils ne reconnaissent qu’approximativement l’axe de marche.

Métier ingrat, périlleux, où seuls la foi et l’amour de vaincre peuvent animer et soutenir ceux qui, pour accomplir leur Mission, savent parfois mourir sans témoins et sans éclat.

Tels ces deux agents de liaison, partis dans la nuit du 21 mai pour atteindre la 13e demi-brigade de Légion étrangère au MONTE LEUCIO, voulant passer malgré la contre-attaque ennemie, et dont on ne retrouvera plus, dans la ferraille calcinée de la Jeep qu’un amas de chair sans nom.

Un seul des deux était là, et nous ne sûmes son nom qu’en recevant plus tard la lettre du survivant :

Je n’ai plus qu’un œil et qu’un bras, mais ils sont encore bons et venez vite me chercher pour que je continue avec vous.. .

PONTE CORVO est enlevée après cinq jours d’une rude bataille ensanglantée par les rafales des 88 et des nebelwerfer, l’avance reprend sur des routes très étroites, encombrées de matériel abandonné, parmi les décombres et les ruines fumantes, dans une poussière épaisse et étouffante, se collant aux visages en sueur pour en faire des masques hallucinants.

Il n’est plus question de dérouler du fil. La radio porte à elle seule la lourde responsabilité d’assurer la liaison avec toutes les unités éparpillées le long des nombreux petits chemins bordés de haies.

Le 30 mai, arrêt à CASTRO DEL VOLSCI , petite localité perchée tout au sommet d’un énorme piton.

Le 4 juin, l’allure folle reprend : 70 kilomètres en une étape, par CECCANO-VALMONTONE, ZAGARELLO , vieux château féodal où le bataillon de transmissions se regroupe.

Le contact avec l’ennemi est repris par la 2e brigade de la VILLA ADRIANA, région de Tivoli.

L’ennemi décroche le 8 juin. La poursuite reprend le 9. Traversée de Rome. La 2e brigade atteint le lac de Bolsena, enlève MONTEFIASCONE, atteint BOLSENA.

La 1e compagnie du 1e B.T.D. subit, sur le plateau nord de MONTEFIASCONE, dans la nuit du 11 juin, une violente attaque aérienne.

Deux vagues successives déversent des grenades qui font de nombreux blessés et tués, parmi lesquels le sous-lieutenant ENSUQUE , ce colosse athlétique au cœur d’enfant, mort en quelques secondes, la gorge tranchée par un éclat, le caporal infirmier, retrouvé mort d’un éclat à la tempe, agenouillé auprès du blessé, qu’il était en train de soigner.

Les blessés sont nombreux, parmi lesquels le capitaine HAUET , échappé miraculeusement, un éclat s’était logé derrière la colonne vertébrale, et le sergent infirmier posant lui-même un garrot à sa cuisse à moitié arrachée, refusant les soins du toubib avec ces mots : Laisse-moi, toubib, occupe-toi plutôt des autres...

Au poste radio du P.C., l’opérateur est retrouvé mort devant son appareil. Nuit tragique, qui n’altère pas l’entrain, car il faut se remettre en route, l’avance continue.

La division, progressant sur deux axes, rencontre, dans un pays accidenté et semé de destructions, une résistance opiniâtre ; elle enlève SAN LORENZO, CASTEL GIORGIO, ACQUAPENDENTE ; à travers les monts et les ravins, les transmissions se heurtent à d’innombrables difficultés : l’unique route vers RADICOFANI , coupée en plusieurs endroits, est bombardée par l’ennemi.

Le général BROSSET, de sa Jeep-radio qui l’accompagne toujours, règle lui-même les mouvements des convois et des blindés. Le B.M.21, sur le CALCINAJO, subit le choc d’une contre-attaque extrêmement violente de parachutistes surgis du brouillard épais. Les pertes sont graves, il ne reste que deux sous-officiers européens à la compagnie COUTIN. Cependant, seul à son poste, le radio ne perd pas son sang-froid : la mitraillette dans une main, le combiné dans l’autre, il demande des tirs d’artillerie, ne s’arrêtant de préciser la situation que pour faire le coup de feu sur les ennemis à 20 pas de lui ; il contribue pour beaucoup à rétablir la situation.

Décimé par nos obus, l’ennemi perd pied et reflue vers la pente nord du CALCINAJO,

Le 21 juin, après la prise de RADICOFANI, de FONTE VETRIANA, de PIAGGIO - VILLANOVA, l’ultime objectif de la division est atteint.

Elle est relevée du front italien et se regroupe pour regagner TARENTE et BRINDISI d’où elle partira pour la France.

Le 13 août, la division embarquée quitte la rade de Tarente.

Le 15 août, des messages mystérieux parcourent les ondes : Nancy a le torticolis - Gaby va se coucher dans l’herbe .

Les chefs de la clandestinité dans le Midi apprennent ainsi que le débarquement est pour le lendemain.

Le 16, les côtes de France apparaissent. Émotion profonde, faite de joie intense et de recueillement ; chacun songe aux quatre années qui viennent de s’écouler, et aux camarades qui ne connaîtrons pas cette minute si ardemment espérée.

Puis, déjà, c’est le tonnerre de la D.C.A. contre des avions ennemis dont les bombes ne font pas de victimes sur notre plage de débarquement (il n’en sera pas de même, hélas, sur la plage voisine, dans la baie de Saint-Tropez où gisent 80 tués et blessés).

À 23 heures, le général BROSSET, débarqué du vapeur Sobieski avec son état-major, nous dit, après une heure de marche :

Ce soir, nous coucherons sur la terre de France, elle est si douce .

Nous nous installons de notre mieux dans un champ de vignes qui borde la route... pour apercevoir à l’aube les pancartes Achtung-Minen - qui interdisent l’accès du champ - mais était-il vraiment miné ?

Le 20, commence l’attaque de la position avancée de Toulon, l’avance est très difficile, les combats acharnés, l’ennemi fait sauter les dépôts de munitions et le 24, Toulon est nettoyée de ses dernières résistances.

Pendant cette bataille de TOULON les coups d’audace sont nombreux : citons simplement l’action d’un jeune radio, volontaire de Lauterbourg, qui, alors qu’il répare un poste, entend sur sa fréquence des appels en allemand. Il a bientôt, identifié un réseau d’artillerie, il en suit le trafic et, à un certain moment, constatant le silence du poste directeur, il répond à sa place aux appels d’une batterie. Pendant trois heures il reste en réseau, quand vers 19 heures la batterie signale qu’elle n’a plus que pour une heure de munitions et demande des ordres : Faites sauter et rendez-vous ordonne notre jeune radio. Et la batterie a sauté, et les 80 hommes se sont rendus.

Ce coup d’audace a été éventé et n’a pas pu, malheureusement, être renouvelé.

Puis, après Toulon et Marseille, c’est LYON, où le général BROSSET reçoit sa troisième étoile et fait tisser l’insigne de la DFL., AUTUN, ANDORNAY et, pendant deux mois, des combats de détail souvent meurtriers au cours desquels la division se déplace dans la pluie, la boue, la neige, pour atteindre, vers la mi-novembre, le front des Vosges, où l’ennemi a établi de solides retranchements.

Le 19 novembre arrive l’ordre d’attaquer CHAMPAGNEY et GIROMAGNY.

Le général BROSSET est partout, avec les unités engagées, qu’il stimule de toute son ardeur.

Le 20 au matin, il envoie le message suivant :

La droite de la 1e armée française vient d’atteindre le Rhin au sud de Mulhouse.

Comme en Italie, comme à Toulon, les boches n’ont pas pu se rétablir sur leurs lignes de défense aux noms pompeux.

Dans les jours qui suivront on compte sur vous, les plus vieilles et les plus jeunes troupes de la nouvelle armée fran-çaise, pour enlever Giromagny et atteindre le Rhin au Nord de Mulhouse.

Ce sera, hélas, le dernier. Vers 16 heures, le général, dans une embardée de sa Jeep, est précipité dans le Rahin, torrent grossi par les pluies et le dégel.

Au P.C. de RONCHAMP, envahi par les eaux des inondations, où l’on s’émeut d’être sans nouvelles, arrive Jean-Pierre Aumont, trempé et transi, qui a pu se dégager de la Jeep avant qu’elle ne soit complètement submergée et participer aux efforts infructueux des sapeurs pour saisir le corps du général emporté par le courant très violent.

Dans la consternation générale, le colonel GARBAY prend le commandement. Il faut continuer l’attaque déclenchée. Les transmissions fonctionnent difficilement. Certes la radio a conservé le contact avec les unités, mais toutes les lignes téléphoniques sont coupées : dans la boue gluante et les champs de mines les supports ont été renversés par des camions et des chars, les câbles coupés et déchiquetés. Toutes les équipes de construction peineront dans la nuit, embourbées sous la pluie dans un terrain détrempé et infesté de mines.

Après plusieurs heures d’efforts surhumains, les liaisons avec toutes les brigades sont rétablies, et ce n’est que le 22, après la prise de GIROMAGNY par le B.M.5, que nos équipes épuisées peuvent enfin se reconstituer. Puis les événements se précipitent et, après avoir enlevé SERVEN , DOLLEREN, ROUGEMONT-le-CHATEAU , la division est dépassée sur ses positions par la 5e D.B. qui doit exploiter le succès.

Elle quitte le front d’Alsace pour se porter dans la région de Bordeaux et faire l’opération de ROYAN-Pointe de Graves.

Son PC. s’installe à Jonzac le 14 décembre.

Mais le 16 décembre Von Runstaedt enfonce le front des Ardennes, la 2e D.B. est retirée de Strasbourg, la 1e D.F.L. doit la relever dans son secteur. L’ordre de mouvement arrive le 26 décembre et le 2 janvier, à 8 heures, les transmissions de la 2e D.B. sont relevées à Obernai par les nôtres. Le front de la division s’étend sur 40 kilomètres, puis bientôt sur 52. Pas de réserves. Les carrières sont infestées d’agents nazis.

Tout le monde sait que l’ennemi veut reprendre Strasbourg et que l’attaque est imminente. Les lignes téléphoniques sont déroulées en hâte, les circuits aériens qui subsistent sont utilisés avec l’aide des spécialistes alsaciens, mais toutes les nuits les lignes sont coupées ou sabotées : on finit par découvrir, grâce à la gelée, des bouclages par des fils extrêmement fins (cheveux d’anges) invisibles du sol et qui provoquent des mélanges de tous les circuits.

Nuit et jour les lignes sont réparées, l’activité des saboteurs s’accroît encore au moment de l’attaque. L’alerte est donnée le 7 janvier au matin, chars-tigres et chars-panthères suivis d’infanterie, déclenchent un feu violent sur nos points d’appui. Bientôt OBENHEIM et BOOFZHEIM, ROOSFLED et HERBSHEIM sont isolés. Les liaisons radios, seules, conservent le contact. Le 10, elles assurent la coordination des opérations de relève par le 1e B.L.E., du B.I.M.R, attaqué depuis trois jours dans ROSSFELD et HERBSHEIM.

La liaison radio aussi est assurée avec le B.M.24 regroupé et encerclé dans OBENHEIM. Le 9, il demande qu’on lui parachute des vivres et des munitions. Mais, après une défense héroïque et après avoir repoussé plusieurs assauts, la garnison est anéantie, et à 23 heures le poste radio se tait...

Grâce à la résistance héroïque de ses unités décimées, la 1e D.F.L. brise l’attaque ennemie, Strasbourg est sauvée.

Cependant il faut encore attaquer, cette fois sur Colmar, et malgré ses pertes, la 1e D.F.L., le soir du 1e février, atteint sur tout son front les rives du Rhin.

Le 28 février, elle reçoit l’ordre de se rendre dans les Alpes-Maritimes, elle y occupe le secteur sud du front des Alpes.

Le 10 avril, l’attaque sur l’Authion est déclenchée, et après 12 jours de durs combats dans la neige et les rochers, où les transmissions sont des plus pénibles, l’ennemi est battu, la frontière est atteinte. Mais la deuxième partie du programme reste à exécuter : il faut franchir les hautes cimes pour atteindre la vallée de la STURA.

Les transmissions doivent assurer le contact permanent avec les bataillons qui franchissent la frontière à 1 250 mètres d’altitude, grimpent le col de la Lombarde obstrué par plus de 2 mètres de neige fraîche, tâche exténuante et dangereuse, l’ennemi ayant détruit toutes les balises de la route. Après une nuit de lutte acharnée et de fatigue, la vallée de la STURA est atteinte.

Le 28 avril, BORGO SAN DALMAZZO est atteinte par le B.M.XI . C’est là que nous avons retrouvé les corps d’un caporal et de l’aspirant PAUL, de la 1e compagnie du bataillon de transmissions, qui, prisonniers au cours d’une reconnaissance au nord du plateau de MILLEFOURCHES, avaient été laissés par les Allemands à la prison de Borgo-San-Dalmazzo, et traîtreusement assassinés par un officier italien.

Le 29 avril, nos troupes, qui foncent vers Turin, sont stoppées par ordre de ne pas dépasser BORGO SAN DALMAZZO et CONI.

Le 5 mai, les populations de la BRIGUE et de TENDE , libérées, reçoivent la visite du général commandant le front des Alpes et du préfet des Alpes-Maritimes.

Le 8 mai, l’Allemagne capitule.

Les transmissions de la 1e D.F.L. ont, elles aussi, payé un lourd tribut à la victoire.

À tous nos camarades tués et blessés, à tous ceux qui ont souffert, peiné et tout sacrifié, que soit dédiée cette belle citation à l’ordre de l’armée, juste récompense de leurs mérites :

EXTRAIT DU JOURNAL OFFICIEL DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE DU 16 SEPTEMBRE 1945 (PAGE 723)

Décision n°886 en date du 28 juin 1945.

Sur la proposition du ministre de la Guerre, le président du gouvernement provisoire de la République française, chef des armées,

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