Services de santé

Ambulance Hadfield Spears


Voir la fiche

Ambulance Chirurgicale Légère


Voir la fiche

LADY SPEARS. Hommage du Médecin Général JF. VERNIER à LADY SPEARS, dans la Revue de la France Libre n°178, Janvier-février 1969. (extraits)

Le 2 décembre 1968, sans souffrances, Lady SPEARS est morte dans son appartement de LONDRES.

Pour les anciens personnels de son ambulance, mais aussi pour tous les Français Libres qui, avec la Brigade d’Orient, puis la 1e D.F.L, ont arpenté les pistes, les sables, les routes du Moyen-Orient, d’Italie et de France, de 1941 à 1945, une page d’histoire se fige dans le passé avec cette disparition.

Je ne voudrais pas en la saluant encore une fois dans notre "Revue", écrire à son sujet quoi que ce soit de pompier ou de bêtement pleurnichard. Elle n’aurait pas aimé ça.

Il n’entre pas non plus dans mon dessein de rappeler ici que Lady SPEARS, Américaine de Chicago par la naissance, est très connue comme écrivain sous le nom de Mary BORDEN , dans le monde anglophone, ni qu’elle a lié sa vie à celle du Général SIR LOUIS SPEARS.

Non, je préfère rappeler quelques souvenirs concernant notre Lady SPEARS à nous,

FREE FRENCH, et particulièrement depuis la Palestine jusqu’au défilé de Juin 1945 sur les Champs-Elysées à nous anciens de la Première Division Française Libre.

Statistiquement parlant, chaque homme de la DFL a passé trois fois pendant cette période dans un lit de l’ambulance Spears, cette ambulance qu’avec Lady HADFIELD, Lady SPEARS avait apportée à la France dès 1940, cette ambulance qui malgré le nom règlementaire d’HOPITAL CHIRUGICAL MOBILE N°3 que les Etats-majors voulurent lui imposer à partir de la Campagne d’Italie resta d’un bout à l’autre l’Ambulance Spears, pour le combattant.

Ce nom était tellement familier qu’on ne savait plus toujours si ce n’était pas finalement plus la directrice qui avait pris le nom de la formation que le contraire, un peu comme ces villages des bords de la Saône, dont les soldats américains, au passage, s’étonnaient qu’ile eussent pris les noms de crus célèbres.

Qui ne se souvient de sa silhouette, de son allure au désert ? Aucune recherche d’élégance dans son battle-dress ou son béret : son maquillage consistait en une extraordinaire couche de fard brun sur ses paupières supérieures, appliquée à la va-vite. On aurait dit qu’elle s’en foutait. Et sa voix ! Rouillée, rocailleuse, cassée, trébuchante, mais extraordinairement pénétrante.

On ne perdait pas une seule de ses paroles. Et son français ! Elle savait merveilleusement utiliser notre langue. Les ressources de son intelligence et de son talent d’écrivain, suppléant immédiatement aux mots qui manquaient à son vocabulaire, lui en apportaient tellement mieux que ce qu’ils avaient à dire qu’on ne se lassait pas de l’écouter parler rien que pour le plaisir de la surprise, sans compter qu’elle ne parlait jamais pour ne rien dire .

Quand l’ambulance était déployée, les blessés bien bordés dans leurs draps blancs, alors pour eux, elle s’habillait. En blouse blanche, très courte, talons hauts, voile blanc, elle passait souriante de lit en lit utilisant avec talent son imagination de grande romancière pour leur ouvrir un moment les portes de l’évasion et leur insuffler son incomparable énergie.

Cette énergie, son exemple ne l’insufflait d’ailleurs pas qu’aux blessés.

Chaque fois que Lady Spears revenait à la formation après une absence de quelque durée, chaque fois q’un déplacement ou qu’une attaque étaient prévus (et c’était d’ailleurs à ce moment là qu’on était sur de la voir apparaître), Lady Spears réunissait tout le monde dans la grande "tente-mess" et tenait là pendant vingt minutes ce que nous appelions un "pep-talk", sorte de séance à la fois d’information et de regonflage : c’est dans ces semblables occasions que l’on prenait la mesure de ses qualités de chef. Sur les visages, à la sortie de la tente, se lisait la même détermination que la sienne, la détermination de tous les Britanniques qui en 1940, seules devant Hitler, avaient refusé de courber le front.

Pour le médecin-chef de la formation, enfin, ce que je fûts pendant un peu plus de trois ans, d’avril 1942 jusqu’à juin 1945, Lady Spears était une belle personnalité, une telle individualité, que les conflits pouvaient apparaître comme inévitables. Parmi les trois médecins-chefs qu’elle eut à la tête de sa formation, Jean GOSSET en France jusqu’en 1940, Henri FRUCHAUD de 40 à 42 et moi même jusqu’à la fin, on peut se dire, pour FRUCHAUD en tout cas, qu’elle eut affaire à des caractères aussi affirmés que le sien. Il n’y eut cependant jamais aucun conflit sérieux.

Tous les trois, nous sûmes reconnaître en Lady Spears, une femme supérieurement intelligente, qui savait très bien où s’arrêtait sa compétence et savait faire confiance à son médecin-chef pour tout ce qu’il estimait être de la sienne.

Dans cette formation où le personnel était absoument polyracial, polyconfessionnel, polynational, où Argentins, Tchadiens, Malgaches, Irlandais, Libanais, objecteurs de conscience, militaires de carrière, conductrices de la gentry britannique et français coureurs de brousse africaine formaient une tour de Babel horriblement disparate sur ce terrain aux étranges composantes, une fleur vivace, éclatante, a poussé celle d’un esprit d’équipe !

Cet esprit d’équipe, c’était l’oeuvre de Lady Spears.

On mettait tout en commun, habitudes, moeurs, langage. Les Français se mettaient au porridge et aux quaker-oats, les Anglais se convertissaient au saucisson-vin rouge, on envoyait sérieusment " a lorry to touche the ravitaillement" et, modèle d’équipe dans l’équipe, en plein désert, le quaker Ralph DAVIS, futur professeur à Oxford, et six tirailleurs noirs d’Afrique Equatoriale, plongeaient ensemble le linge et les draps de la formation dans la lessive, sans négliger à 10 heures et à 16 heures la sacrée pause du tea-time...

Combien avons nous Lady Spears et moi, conscients des possibilités de l’équipe, été toujours en accord étroit pour promouvoir les tactiques de notre formation qui sut avec souplesse, malgré son volume, malgré ses 80 véhicules, s’adapter aux conditions d’emploi que nous citaient le terrain, les avances et les reculs et l’éparpillement des unités.

L’ambulance avait la possibilité d’éclater en antennes, en postes avancés, plus ou moins étoffés en matériel et en techniciens, postes avancés qui, s’enjambant les uns les autres pouvaient coller à l’action, avançant ou se repliant en évacuant ses blessés sur le gros de la formation restée sur le point de départ, mais capable aussi de plier bagage en quelques heures.

Je pense aussi à l’antenne chirurgicale légère qui fut demandée à Spears pour accompagner le 14 août 1944, le débarquement nocturne au Canadel, par surprise, des Commandos d’Afrique du Lieutenant Colonel BOUVET.

Nous étions 7 : 2 médecins, 1 pharmacien, 2 infirmières, 2 infirmiers (4 français et 3 britanniques). Nous avions 5 paniers contenant tout ce qu’il fallait pour 5 interventions chirugicales, 20 kilos chacun. On pouvait en perdre sans que l’utilité des autres s’en ressente.

Quatre jours après, nous avions monté un hôpital de deux cent lits dans un hôtel du LAVADOU et nous pouvions fièrement le faire visiter à Lady Spears.

Que dire pour terminer qui illustre davantage cette épopée, auprès de cette femme hors-série, qu’une réflexion de Davir Rowlands, le soir du 8 mai 1945 ?

Davir Rowlands, pacifiste convaincu, versé par l’armée britannique dans le Service de Santé, parce qu’objecteur de conscience, merveilleux infirmier de salle d’opéraion mobile, à travers tous les champs de batialle, en français, le soir de la victoire, il eut ce cri du coeur

"Merde ! la guerre est finie !"

LADY SPEARS ! ... si terrible qu’ait été cette guerre, nous lui devons le privilège de vous avoir rencontrée, respectée, admirée, aimée.

Fontenay-sous-Bois, le 21 décembre 1968.
Médecin Général J-F. VERNIER

Vidéo suprimée

Film muet sur le Hadfield Spears Hospital, un hôpital militaire de campagne fondé par Lady Spears, au service des Forces Françaises Libres pendant la deuxième guerre mondiale.Lors du tournage de ce film, l’hôpital ambulant est installé en plein désert. De grandes tentes abritent les dortoirs des blessés, l’infirmerie, le bloc opératoire (où a lieu une opération). Des camions-ambulances transportent personnels et blessés sur les différents fronts de guerre.

EN SAVOIR PLUS

Navigation