1943- Tunisie- Zoom : la DFL, d’El Alamein à Naples par Guy Crissin

LA DFL D’EL ALAMEIN A NAPLES

Les Allemands perdent l’Afrique

La grande vague du reflux de la Panzerarmée Afrika est venue s’écraser sur la presqu’île du Cap Bon en Tunisie après une retraite de presque 6 mois, soit 3024 kilomètres depuis la défaite d’El Alamein en novembre 1942. Ce parcours harassant dans le désert, talonné par la DFL manœuvrant au sein de la VIIIe armée britannique, se termine le 13 mai 1943 ; le groupe d’armées germano-italien de Von Arnim se rend, véritablement exsangue et à bout de souffle.

Rommel malade a quitté l’Afrique le 9 mars. Les Services Secrets alliés avaient estimé que son besoin en ravitaillement divers s’élevait à 150 000 tonnes par mois environ. On était loin du compte au moment où il partait définitivement ; la fortification de la zone d’Enfidaville préparée dès l’approche alliée sur la Ligne Mareth s’était arrêtée par manques multiples, la marine italienne torpillée et bombardée ne pouvait plus fournir. Les marins de Mussolini baptisaient désormais la route maritime d’approvisionnement de la Tunisie du nom sinistre mais évocateur de la rota della morte.

Dorénavant, il ne reste plus en Tunisie que des prisonniers ennemis et des morts.

Les FFL ne boudent pas leur plaisir en regardant d’interminables colonnes de prisonniers, soldats en déroute pris dans le triangle Enfidaville-Zaghouan-Hammamet ; devant eux, ils voient s’égrener le fruit de leur victoire, obtenue après deux années de combats et de misères.

Des côtes tunisiennes aux côtes françaises il n’y a pas loin, chacun se prend à rêver à la joie que procurera le premier pas sur le sol de la France après tant de péripéties et d’incertitudes.

Las ! La jonction avec l’Armée d’Afrique ne se passe pas bien du tout. La réconciliation aimable reste de façade. A Djeradou, premier lieu de rencontre, avec le groupement blindé de la division d’Oran, son colonel commandant se trouve être celui qui a mené contre la 1e DLFL, la contre attaque de Kuneitra en Syrie. Hasard des combats ou provocation ? Voilà deux armées françaises qui se rencontrent, l’une imprégnée d’une façon de penser porteuse d’une propagande anti gaulliste, l’autre qui sait bien pourquoi elle a choisi de continuer la guerre contre l’Allemand et qui a sauvegardé l’état d’esprit Free French , forgé jour après jour.

L’arrivée des FFL en Tunisie suscite un courant de ralliements à Koenig et à Leclerc même au prix de désertions de groupe. L’engouement d’abord timide puis franchement volontaire amène la création de Centres d’accueil, pour ne pas dire de lieux non conformistes de ralliement pour civils et militaires.

Le défilé de la Victoire à Tunis le 20 mai est la mise sur la voie publique des dissensions entre Français. Le groupement Larminat composé des deux divisions – la 1e de Koenig, la 2e de Leclerc – ne participe pas défilé voulu unitaire entre l’armée de Koeltz, les Alliés et les FFL ; Larminat ne veut pas laisser à penser que l’harmonie franco-française existe. Les temps ne sont pas venus pour qu’il puisse y avoir le moindre rapprochement. Il est hors de question de parader avec ceux qui partage le discours pacifique de Pétain, et qui portent une tête de vaincu.

Cependant que le général de Gaulle reste persona non grata en Afrique du Nord, la DFL, du moins une délégation de ceux qui en étaient , complète les rangs du défilé de la VIIIe armée britannique, compagnons de combat dans le désert.

Avec leur casque plat à l’anglaise, les Français Libres s’en tire plutôt bien sur le plan notoriété, le parcours sur l’Avenue, ponctué par des applaudissements et des Vive de Gaulle , réchauffent les cœurs des participants soutenus par les généraux FFL, présents parmi les autorités.

Le lendemain, le Centre d’accueil de Kairouan ne désemplit pas de volontaires.

Ce qui naturellement fait augmenter la tension entre les deux camps.

Le 30 mai, De Gaulle arrive à Alger.

La DFL garde un camp de 32 000 prisonniers au nord de Sousse.

La pénitence

De graves incidents accentuent le divorce entre Français hostiles, Les Centres d’accueil FFL à Sousse, Monastir et Kairouan n’ont pas obtempéré à l’ordre de fermeture donné par les autorités militaires territoriales vichystes, malgré l’accord du 8 juin qui entérinait les pratiques de recrutement précédentes mais en interdisait de nouvelles par le truchement de Centres d’accueil FFL.

A la demande du commandement allié d’Alger, les FFL trop turbulents se voient interdire le séjour en Tunisie. L’amertume se propage dans les rangs de la DFL que Koenig s’efforce d’atténuer en assurant de la part du Général qu’ils compteront parmi les libérateurs de la France. Le 12 juin au soir, la DFL repoussée par les Moustachis se retrouve en pénitence à Zuera. De Gaulle est scandalisé par le déplacement inique des deux DFL et dès le 27 juin au soir, il rend visite aux hommes pour atténuer l’incompréhension, La pénitence sera courte dit-t-il.

Quelle maladresse d’Alger ! Les souvenirs des exilés : Les affaires de Dakar, du Gabon et de la Syrie, redeviennent des plaies vives.

De loin en loin, les deux camps français se crispent sur leurs postures divergentes du qui rallie qui. C’est la lutte de suprématie du pot de fer ( 300 000 soldats légaux équipés) contre le pot de terre (60 000 soldats dissidents sous équipés).

Le 1e août, tous passent sous commandement unique, les FFL cessent d’exister sur le papier.

Koenig contient les rancœurs et bride l’impatience. De Gaulle harangue ses croisés. Les FFL reprennent la route de la Tunisie, l’espérance est émoussée par 4 mois d’inaction. La 1e DFL est dirigée vers le Cap Bon, la 2e DFL vers le Maroc. Chacune part s’équiper en matériels américains pour les prendre en main. Le 8 août, Koenig est remplacé par Brosset à l’enthousiasme communicatif. Le 20 septembre, l’armée française est regroupée dans la région de Nabeul. La vie se passe dans des campements de type nomade, inondés de pluie et recouvert de boue, avec une succession de petits matins marqués de mélancolie

C’est la fin d’une époque, l’épopée est terminée, c’est la fin d’une aventure prodigieuse.

L’inspection du général Giraud ne suffit pas à dérider les visages fermés, malgré l’uniforme cousu d’une Croix de Lorraine, portée sur la manche gauche, pour la première fois.

La fusion sur le papier est faite, reste à la construire sur le plan moral.

En novembre la 1e DFL est affectée à la Ie Armée sous le commandement du général Juin.

Elle est l’une des 11 divisions à équiper à l’américaine. Le temps de l’accoutumance aux nouveaux matériels, à l’entraînement et aux manœuvres est venu.

Quand l’occasion se présente, les croisés de Brosset et les naphtalinés du camp, voisinent mais sans se rapprocher faisant montre de mépris réciproque.

A partir du 19 novembre, les premières divisions françaises quitte le Maghreb pour aller vers la botte italienne. C’est l’instant de l’espoir vite déçu, la DFL n’est pas conviée. De Gaulle s’oppose fortement à ce nouveau retard d’entrée en scène. A la conférence interalliée de fin d’année, il fait admettre que la DFL ira en Italie sous condition qu’elle participe à l’Opération Anvil sur les côtes de Provence, le moment venu.

Prémices du départ

Le 7 janvier 1944, les forces expéditionnaires françaises sont structurées en deux groupes, le détachement d’Armée A commandé par Juin qui forme le Corps Expéditionnaire Français (CEF) d’Italie et le détachement B de De Lattre qui reste en attente en Afrique du nord.

Les intempéries de l’hiver 43 /44 recouvre le bivouac de Nabeul, les entraînements et les manœuvres divisionnaires n’arrivent plus à calmer l’impatience. Les nombreuses restructurations internes agacent ; seul le service de santé de la DFL garde ses unités traditionnelles.

Fin mars 1944, la DFL a mué, elle regroupe trois brigades d’infanterie, des unités d’appui et ses services. Elle est forte de 18 000 hommes. A côté des vétérans, beaucoup de nouvelles recrues certes formées, mais qui n’ont jamais fait le coup de feu face à l’ennemi.

Les vieux de 40, les anciens d’avant août 43 et les nouveaux forment un groupe spécifique, modelé et clos où la Croix de Lorraine et l’état d’esprit tiennent lieu d’insigne d’appartenance ; tous rejettent le coq au soleil levant marque des autres , qu’ils nomment par dérision Le poulet de Giraud. Le 26, la DFL est affectée au CEF en Italie.

La fièvre du départ et la promesse de proches combats brûlent les hommes. La division équipée et entraînée forme à nouveau la croisade des braves qui ne se sont jamais identifiés au désastre de 40 et convaincus d’avoir choisi la voie de l’honneur.

La participation maintenant assurée à la Campagne en Italie garantit aux hommes qu’après elle, il y aura le débarquement suivi de la Campagne de délivrance de la France. Le général de Gaulle l’a dit.

Guy CRISSIN
Bir Hakim l’Authion n0 21 - 2013

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