4e BRIGADE - BM 24 : à OBENHEIM

INTERLUDE

Du 25 novembre au 30 décembre

L’ennemi a rompu le combat sur l’axe du BM 24 qui ne le trouve même plus à ETUEFFONT – PETIT MAGNY.

Après quelques jours en réserve des combats, le Bataillon se regroupe autour de VESOUL .

Le 11 décembre. par la route et le train, il est dirigé sur le front de la poche de Royan. Il cantonne dés le 15 à Blaye-Anglade-Libourne. L’accueil des populations est chaleureux. Avec le recul, ces dix jours, s’achevant sur le réveillon de Noël, apparaissent comme une délicatesse de la Providence avant la pire épreuve que le destin puisse imposer à des soldats.

Le 23  décembre , l’ordre est diffusé de se tenir prêt au départ sous préavis de six heures .

Le 26  décembre , retour vers l’Est. Débarquement du train à Lunéville, regroupement.

Le 30  décembre

Les commandants des Cies apprennent l’évacuation de l’Alsace par les Américains. L’Alsace et Strasbourg redeviennent une affaire franco-allemande. Le BM 24 relèvera au Sud de Strasbourg un groupement tactique de la 2e DB.

Le 31  décembre

Neige, verglas, moins 20 la nuit, par le col de Sainte-Marie-aux-Mines, les Commandants des Cies avec les détachements précurseurs glissent de BENFELD dans la plaine, puis sur OBENHEIM, où les attend le Commandant COFFINIER au P.C du Colonel DIO .

LA BATAILLE POUR STRASBOURG

Le 1e janvier 1945

Le BM 24 par OBERNAI, va prendre ses emplacements de 14h à 3 h dans la nuit, renforcé, en hommage à Von Runstedt, d’une section de canons de la CAC 4.

Le 2 janvier

La relève s’est effectuée sans incidents – secteur tranquille – le Commandant COFFINIER fait le bilan des faiblesses de son bataillon. Elles touchent aux encadrements, à l’instruction de jeunes volontaires, aux équipements, à aux armements, aux effectifs à force de payer comptant.

Il mesure le terrain couvert par la D.F.L étirée sur 50 km entre PLOBSHEIM et SELESTAT , prête à toute éventualité. Avec le Rhin, l’ILL forme par son canal de décharge un entonnoir d’accueil pour une offensive allemande venant du Sud et visant STRASBOURG.

Pour l’accueil, sur douze km. environ, le fond de l’entonnoir est bouclé par le BM 21 à KRAFT, et, cloisonnés en long par le Canal du Rhône au Rhin, le BM 24 et le BIMP.

Le reste de la DFL forme un mur de soutien et d’arrêt sur cinquante km, à l’Ouest de l’Ill, de son canal de décharge, digue d’orientation vers les brisants que sont la Nationale 68 d’accès à Strasbourg par KRAFT en venant de FRIESENHEIM, BOOFZHEIM, OBENHEIM et GERSTHEIM.

Le Commandant COFFINIER s’établit sur deux lignes de résistance : au Sud, à BOOFZHEIM ; à trois km au Nord d’ OBENHEIM .

1 - A BOOFZHEIM

La 3e Compagnie : Capitaine TENCE

Un gros point d’appui fermé avec :

La 1e Cie : Capitaine CHARLET renforcé par

Au sud, la 3e Compagnie fournit à trois ou quatre kilomètres, un éventail d’avant-postes d’Ouest en Est aux écluses 75 et 76, à FRIESENHEIM et à RHINAU.

2 - A OBENHEIM

Point d’appui formé par la 2e Compagnie ( Lieutenant POCHAT ) avec

Renforcé par :

Le point d’appui a détaché un poste au pont sur le canal de la route d’OBENHEIM à SAND, couvrant l’écluse 77 avec un groupe de combat pour protéger les éléments de Génie chargés des destructions éventuelles.

3 - Plus au Nord

A trois km. GERSTHEIM tenu par des éléments de la Brigade Alsace Lorraine avec ses avant-postes à l’Est sur les rives boisées du Rhin.

Les 2, 3 et 4 janvier

Aménagement des positions. Patrouilles de part et d’autre. Les journées sont calmes, quelques arrivées d’obus qui ont I’ air perdus. La nuit, les tirs sont concentrés sur BOOFZHEIM et FRIESENHEIM . Environ six cents coups par nuit sur BOOFZHEIM.

Dans la nuit du 4 au 5 l’ennemi manifeste de nouvelles intentions par de fortes patrouilles cherchant les renseignements aux avant-postes Sud des deux bataillons. Il attaque jusqu’à l’encerclement les postes de RHINAU et FRIESENHEIM au BM. 24.

Pour dégager le Sergent-Chef PINGUET serré a RHINAU un fort appui sous éclairants est nécessaire.

L’ennemi n’obtient aucun autre résultat que celui d’apprendre que le passage entre le Rhin et le canal n’est pas libre.

Les 5 et 6 janvier

On note une accentuation des tirs d’artillerie au Nord d’OBENHEIM . Au B.M 24, les esprits sont en alerte.

Le 7 janvier

Dès sept heures, de violentes concentrations d’artillerie prennent a parti les relèves a RHINAU et FRIESENHEIM . L’ennemi attaque à l’Ouest du canal avec bruits de chars. Il emprunte un large couloir sans obstacle entre le BM 24 et le BIMP . Il longe le canal, berge Ouest.

Sur ordre, l’écluse 75 est évacuée sur le groupe de l’écluse 76. L’ennemi attaque vite et très violemment Le Sergent perd la tête, abandonne l’écluse 76, les hommes du Génie ne peuvent faire les destructions. Avec les deux groupes renforcés, l’aspirant ARRIGHI contre-attaque mais les Allemands interdisent l’écluse 76 à coups de 08 et de mitrailleuses, tuant quatre hommes, en blessant sept dont l’ aspirant ARRIGHI . Les Allemands progressent à l’Ouest rapidement, précédés de tirs d’artillerie.

Au Nord d’OBENHEIM , la 2e Cie reçoit maintenant des obus qui viennent, pour la première fois, de l’Est. Elle dépêche le Caporal-Chef SCIURELLA et quatre hommes en reconnaissance au pont de la route de SAND. A peine le pont franchi, la petite troupe est prise à partie par les mitrailleuses des chars et de l’infanterie ennemie qui lui interdisent le retour. Malgré les T.D., le groupe doit se replier, les maisons flambent mais le pont saute. SCIURELLA pouce emporté, rejoint ERSTEIN avec ses hommes et les T.D.

Les communications téléphoniques sont dès lors coupées entre le BM. 24 et le sous-secteur.

Le Commandant COFFINIER fait replier les avant-postes de RHINAU et FRIESENHEIM. Il prélève une section pour OBENHEIM .

Les bruits à l’Ouest du canal ne cessent de s’amplifier.

A 10 heures

Le Commandant envoie à Kraft le Lieutenant Grenier vers le Colonel RAYNAL, commandant le sous-secteur.

En fin de matinée, une ambulance peut encore évacuer par Kraft les blessés, dont LAFUENTE et ARRIGHI.

Au retour, elle sera capturée entre KRAFT et GERSTHEIM. Entre temps, GRANIER passera de justesse en revenant.

A midi

La bataille est forte à l’Ouest du canal, où on voit des chars au Nord de GERSTHEIM ; la Nationale 68 est coupée à !’Est du canal à la sucrerie de KRAFT .

Le B.M. 24 est isolé et il mesure les distances

Vers 14 heures

Le Commandant COFFINIER est informé qu’une contre-attaque transversale va découcher de l’ ILL vers le B.M. 24. Pas de répercussion.

En réalité les Allemands, entre l’Ill et le canal avec 7 bataillons appuyés de la Panzer Brigade Feldernhalle sont dans la partie Ouest de l’entonnoir, vont buter sur KRAFT , tâter l’ILL, se jeter sur les points d’appui, s’acharner sur HERBSHEIM qui peut bénéficier à la nuit tombante d’une audacieuse contre-attaque venant de l’ILL à trois kilomètres seulement.

Le 8 janvier

Toute la nuit, des bruits d’activité ennemie sont enregistrés. Au Sud-Est. bruit de construction d’un pont. Les patrouilles prennent contact dans toutes les directions Au petit jour, une petite patrouille reconnaît le Sud de Rhinau : son Caporal-Chef FOURREAU est tué.

Vers 11 heures

Une patrouille allemande de déminage laisse huit hommes sur douze au Sud du cimetière de BOOFZHEIM .

Vers 16 heures

Une patrouille de cinquante Allemands apparait au Sud d’OBENHEIM, au Nord de BOOFZHEIM dans la bretelle la bretelle boisée ce DAUBENSAND , à l’Est couvrant la route qui va au carrefour central d’Obenheim. Daubensand est fortement occupé.

L’encerclement se resserre Toute la fournée, d’importants mouvements d’infanterie allemande font rideau sur les berges du canal. Au Nord-Est de GERSTHEIM, infanterie et chars sont à ’a transversale de la n°426.

Le Commandant COFFINIER sait que de nouvelles contre-attaques amies venant de l’Ill par SAND et OSTHOUSE vont tenter la liaison Au soir, il sait quelles n’ont pu qu’éprouver la force offensive allemande qui continue

sa pression, et la renforce sur le BM 24 à l’Ouest, au Nord où la liaison téléphonique avec Gerstheim s’efface, à l’Est où Daubensand forme un éperon menaçant et au Sud. Les patrouilles ennemies s’activent de partout malgré la vigilance des réceptions.

Vers 20 heures

Le Commandant COFFINIER qui a rendu compte par la radio des artilleurs, seul moyen de liaison encore possible, reçoit l’ordre de replier la garnison de BOOFZHEIM sur OBENHEIM en vue de préparer le repli sur GERSTHEIM. Le bataillon y serait plus à même d’être aidé et de rétablir liaisons et ravitaillements par KRAFT.

La situation fera annuler ce repli et commandera de résister sans esprit de recul.

Dans la nuit du 8 au 9 janvier

La 3e Compagnie décroche magistralement de BOOFZHEIM entre 22 heures et 2 heures sans le moindre accroc. Le pont entre Boofzheim et Obenheim saute, achevant le repli sur OBENHEIM à 2 h. 30.

TENCE rend compte. Le contre-ordre annulant le repli sur Gerstheim est arrivé.

Dans la matinée, une forte contre-attaque venant de l’ILL conjuguée avec celle du B.M. 24 vers l’écluse 77 doit tenter la jonction et placer au carrefour un fort point d’appui.

Les sections FIORENTINI et GISQUET avec C.A et antichar 57 sont désignées pour ce point d’appui.

Le 9 janvier, heure H : -10

La Compagnie avec CHARLET qui commande l’opération débouche d’ OBENHEIM par les vergers bordant la route vers l’Ouest. Elle est appuyée, à la corne Nord-Ouest du bois sur sa gauche, par la section F.V. VILAIN et la section mitrailleuses 12.7 du Lieutenant VINCENT et à sa droite, par une section de mitrailleuses 7.62.

Le tir d’artillerie préparatoire sera prolongé d’encadrements aux mortiers 81 du Lieutenant CUNIN.

Repéré, Jean (Hans) ROSEMBERG est tué . CUNIN blessé . Dès le débouché, la réaction ennemie est intense par l’artillerie et toutes les armes des chars en appui et de l’infanterie, étirées sur les berges Ouest du canal. Ces berges sont en surplomb. La Compagnie procède par bonds, l’appareil radio est brisé. Les pertes sont élevées, mais à midi le kilomètre est parcouru et la1ère colle au remblai du canal tandis que les Allemands sont dans la même situation au remblai opposé. Eux, disposent de chars qui font éclater leurs obus dans les arbres pour atteindre les hommes par la dispersion des éclats.

La section VILAIN qui protège les 12.7 est au contact de l’infanterie allemande, en éventail sur les arrières. Au rockett, par deux fois, des volontaires tentent de décheniller un char à défilement de tourelle sur la berge Ouest.

A la troisième, le soldat GARCIA réussit. Le chef de char sort la tête, il est abattu à la carabine. Un autre char vient remorquer celui-ci tandis que le troisième prend sa place. GUERIN lui place une torpille de bazooka. La réaction est violente.

L’ Adjudant-Chef FIORENTINI est blessé, le Sous-Lieutenant CHABAUX, en liaison, a la poitrine traversée par une balle et ira ainsi rendre compte au Commandant.

Chez VILAIN, les Soldats BEL et BOUTIN rampent pour grenader un nid de mitrailleuses.

BOUTIN a d’abord le bras coupé puis la tête tranchée, tandis que BEL trouve un trou où il sera capturé de vive force la nuit.

Toute la journée, la 1e Compagnie se fait décimer tandis que la contre-attaque amie, forte du B.M. 11 et du C.C. 5 de la 5e D.B. progresse vers elle malgré les pertes et viendra à 1km et 500m. Mis prise de face puis à revers par les blindés, elle doit se replier.

Les positions de la 1e Cie et des sections d’appui sont intenables et le Commandant COFFINIER saisit la nuit pour se replier non sans de nouvelles pertes.

Dans la matinée, des tracts invitant à la reddition les soldats inondent OBENHEIM.

Inquiet pour GERSTHEIM, le Commandant COFFINIER y envoie deux patrouilles successives. Il apprendra que le P.A est effacé, occupé par les chars et l’infanterie depuis 16 heures. Les éléments de la Brigade Alsace-Lorraine ont tenté de regagner les lignes amies par les bords du Rhin, où deux officiers et le médecin sont capturés.

10 janvier

Les bombardements de harcèlement durent toute la nuit sur les lisières, le P.C et l’observatoire. Dès 7h30 ; ils deviennent violents, les autocanons s’y mettent ainsi que les rugissements des nebelwerfers.

Vers 9 heures, tracts à nouveau.

Vers 10 heures, trois parlementaires venant du Sud ne peuvent approcher. Refoulés.

Peu après, le bombardement qui avait cessé reprend de plus belle, cassant toutes les maisons d’ OBENHEIM comme au marteau . Il met hors d’usage de nombreux véhicules, mais surtout des F.M, huit mitrailleuses 7.6, six mitrailleuses 12.7 et deux canons 57.

Dans la matinée, des jalonnements sont effectués au centre du village pour des parachutages de vivres, munitions et médicaments.

Effectués à 13 et 15 heures, les vivres s’écrasent par paquets de 100 kilos sans parachute alors que les munitions avec parachute dérivent en grande partie vers l’ennemi. Malgré tout le stockage est entrepris : trois jours de vivres. On récupérera seulement 3 000 cartouches de 7.62, des cartouches pour carabines, et un ballot de médicaments en bon état. Mais à 16 heures, après un pilonnage intense et continu depuis treize heures, l’alerte est donnée par la 2e Cie au Nord et rapidement de tous côtés.

16 heures

Le BM 24 est disposé ainsi :

  1. Aux lisières Nord d’Obenheim, à cheval sur la route Sud du cimetière, la 2e Cie et ses appuis : Lieutenant POCHAT.
  2. A l’Est, face aux bois de Daubensand, la 1e Cie : Capitaine CHARLET
  3. Au Sud, face à Boofzheim, la 3e Cie : Capitaine TENCE.

Les éléments ce la C.A et les 57 sont répartis dans les P.A.

Le Lieutenant COUPIGNY , artilleur déjà descendu avec les cloches à Ronchamp, observe encore à OBENHEIM.

Les liaisons radio ne fonctionnent plus qu’avec la 1e.

18 heures est l’heure H

Au Nord, dans la courbe légère de la route, on voit dans les fossés en contre-bas l’infanterie allemande apparaître et progresser sur deux colonnes. Au delà du virage, de la barricade de vieilles voitures, de poutres et de barbelés derrière laquelle est tapi l’antichar du Sergent-Chef GISCARD, on distingue vaguement de gros chars. L’infanterie se fait facilement contenir par nos mitrailleurs qui se déplacent dans les maisons allant de trous dans le toit aux fenêtres des étages. Les Allemands se font clouer notamment au cimetière dont les murs les protègent. Ceux qui passent les murs s’écroulent sur place. Les chars viennent a la rescousse.

Le premier à portée de tir voit sa chenille sauter. La barricade est prise à partie au canon, mais réussit à immobiliser un 2e char en même temps qu’une roue du 57 vole en éclat, tuant et blessant les servants.

GISCARD blessé à la tête, d’une grenade tire son canon.

Le Sous-Lieutenant GARNIER cherche de droite et de gauche un objectif à son bazooka, se défile derrière la barricade en flammes et attend un char qui contourne le mur à l’Est du cimetière.

Au 2e coup, un nuage de fumée sur le char, mais il fait demi-tour. Les mortiers arrosent derrière le cimetière.

Sur la gauche, la section de l’ Aspirant DEBIEZ-DEPLAT subit de lourdes pertes par les tirs de grenades à fusil et de mitrailleuses venant de l’écluse 77, mais l’espace reste interdit. Peu avant 18 heures, l’ennemi n’a pu entamer le dispositif et il n’y a pas de chars nouveaux, autres que les deux immobilisés, le troisième ayant disparu. Des fumigènes viennent assombrir le jour déclinant.

A l’Est, pas de char. La 1e Cie contient l’ennemi qui se fait pressant. Les mortiers 81 ralentissent l’infiltration.

Au Sud, l’attaque est appuyée par deux chars. Le P.A. au Moulin de l’ Aspirant MUNOZ évite le débordement tandis que, au carrefour, le P.A. de l ’Aspirant VOURCH est attaqué en force. Ces deux sections ont subi de lourdes pertes par les bombardements.

Le Commandant COFFINIER leur envoie peux groupes de la section CAILLIAU et fait déclencher un tir de mortier. La situation se rétablit malgré les tirs des chars qui paraissent attendre la nuit derrière la coupure.

A partir de 18 heures

La situation se dégrade au Nord où l’infanterie ennemie reçoit sans cesse des renforts. Un canon 57 est mis hors de combat en venant en renfort. Son camion brille, ses munitions explosent, tout le carrefour au Sud du cimetière flambe.

Vers 18h30, le Lieutenant POCHAT signale que ses munitions vont faire défaut, que deux sections sont littéralement décimées.

Des renforts lui sont envoyés par la section VILAIN prélevée au Sud et la section de l’Adjudant GOURGUILLON (deux groupes) prélevée sur le personnel des PC et du Bataillon.

A l’Est, la section de l’ Adjudant FAIVRE est encore encerclée.

Il réussit le dégagement en force, mais doit se former en repli.

Au Sud le contact est de plus en plus serré, les combats prennent un caractère acharné, la plupart des groupes ont éclaté en combats isolés organisant pour tous la plus aronde confusion.

Un peu partout les maisons brûlent, le bétail jonche les rues.

Les éléments envoyés en bouchon à la hauteur de l’église n’ont pu empêcher un char de se mettre en batterie à deux cents mètres du P.C. à l’Hôtel de Ville ou arrivent dans le hall et à l’étage éclats et obus.

A l’Est, l’infanterie allemande a réussi à s’infiltrer entre la 1e Cie et le P.C, mais d’une manière encore fluctuante.

Au Sud, la situation est alarmante. La section MUNOZ ne tient plus que par des corps à corps.

Le P.A. VOURCH et les hommes de la section VINCENT sont encerclés par petits paquets dont certains sont sur les toits qui s’effondrent.

Le Capitaine TENCE colmate, prélevant sur une section pour une autre.

Le Commandant COFFINIER rend compte au colonel du sous-secteur Infanterie et chars ennemis ont pénétré dans le village. Situation critique .

A 20 heures

Le Commandant est décidé à lutter jusqu’a l’extrême limite. Il n’y a plus d’obus de mortiers. Dès 18 heures il ne disposait plus que de quarante coups et à du faire organiser par le Capitaine JOUBE des tirs ce dix obus au plus juste.

Il cherche à réunir les commandants des Compagnies. Seuls TENCE et CHARLET peuvent atteindre le P.C. Les officiers présents consultés pensent que la poursuite du combat est vouée à l’inefficacité et conduit au massacre des derniers survivants.

Ordre est donne de procéder aux destructions de ce qui est encore utilisable. Véhicules, appareils radio-téléphoniques, armement lourd sans munitions. Dans la mesure du possible, l’armement individuel. Toutes ces destructions se font avec sang-froid.

A la suite de quoi chacun épuise les munitions qui restent avec rage.

Par exemple, le Lieutenant CUNIN n’a plus qu’une bande de mitrailleuse et un obus de bazooka.

Avec JARICOT et son tireur de bazooka, il grimpe au premier étage du presbytère ; devant : un char progresse protégeant ses voltigeurs. Aux deux fenêtres, ils l’attendent, Ils voient dépasser le canon qui pointe dans leur direction, la tourelle étant encore masquée. A peine la chenille apparaît-elle qu’elle saute par le bazooka et que le mitrailleur égrène sa dernière bande. Le char recule à peine, envoie dans la première fenêtre un obus qui arrache la mitrailleuse des mains de JARICOT , dans la deuxième, un autre obus.

Les deux obus éclatent : nos hommes aussi vite couchés n’ont pas la moindre égratignure. Ils dégringolent l’escalier et gagnent la cave où le Lieutenant POCHAT ses hommes sans munitions s’apprêtent à sortir, rendus impuissants.

A ce moment, le char envoie un obus qui éclate dans la cave. Ceux qui sont valides n’ont pas le temps de se ressaisir qu’un deuxième obus explose. La porte s’ouvre. Les Allemands avec leurs mitraillettes sont là. Dans la cave, dix-sept tués. Des râles, des gémissements. Ceux qui peuvent marcher suivent et sortent encadrés.

Un char dépasse celui qui est immobilisé.

D’une fenêtre, une grenade vient éclater au milieu des Allemands, en blessant et les rendant furieux. La petite colonne est disposée devant le char immobilisé, les deux offiers en tête, CUNIN, un éclat dans le bras, un autre à l’épaule ramassé la veille soutient le Lieutenant POCHAT sérieusement blessé.

Le canon du char s’abaisse lentement et s’arrête à la gueule à cinq centimètres des têtes de CUNIN et POCHAT .

Les hommes s’affolent, sont calmés d’un geste. Le canon est relevé. Un feldwebel offre des bonbons américains à POCHAT , un lieutenant prend son sac dorsal et promet de s’occuper des blessés dans la cave. La colonne, une trentaine, remonte au Nord, le Sud résistante encore.

Au bout d’une heure, un officier vient chercher les officiers, les mène au P.C. Plus tard, les officiers seront groupés à BOOFZHEIM .

Pendant ce temps, les hommes sont groupés au Sud du cimetière. Les mitrailleurs de la 2e Cie se consolent en voyant les dégâts qu’ils ont faits : dans le sous-sol d’un vaste entrepôt, c’est un alignement de cadavres et de blessés. Deux équipes sont désignées pour sortir les cadavres et faire place aux blessés qui arrivent sur brancards. Les équipages des chars sont reconnaissables à leur tunique noire en grand nombre.

Le cessez le feu avait été donné à 21h30. A 23 heures, des ilots de résistance subsistent et ce ne sera qu’à 11 heures, le 11, que les derniers éclatements cesseront.

Le Commandant COFFINIER a estimé que le bataillon avait perdu plus de 80% de son effectif en tués, blessés, et disparus. Il avait épuisé toutes ses munitions. On peut penser que s’il en restait, elles furent utilisées jusqu’à 11 heures.

Au total, devant les Allemands très surpris, les prisonniers valides ne sont pas 250. Les effectifs du bataillon peuvent être estimés à 550 environ, avec des sections de 24 au lieu de 43 en arrivant en Alsace.

Les Commandants de Compagnies estiment à une centaine le nombre des tués ; cinquante ont été identifiés et inhumés par les Allemands.

L’attaque allemande fut menée le 10 janvier par le groupe du Commandant Meschede et des S.S appuyés par 9 chars Panther dont quatre auraient été mis hors de combat. Les pertes allemandes auraient été très élevées : d’une compagnie de S.S. de deux cents hommes, il n’en serait revenu que trente. Les unités d’élite des Panzers auraient perdu 50% de leurs effectifs. Tout ceci aux dires des Allemands eux-mêmes conversant avec leurs prisonniers.

Les Aspirants CAILLIAU et VILAIN avec UGINET, son agent de transmissions , purent regagner les lignes amies.

Une douzaine de français parviendront à s’échapper - le reste de l’unité (772 hommes) est anéanti ou capturé.

5 sous-officiers ou soldats resteront cachés à OBENHEIM par la population qui sait les risques encourus.

Un bon nombre de prisonniers se consolera en réussissant l’évasion et rejoindront la D.F.L. dans les Alpes.

Le fanion du Bataillon percé à Ronchamp, fut confié à un habitant d’ OBENHEIM par le sous-lieutenant GRANIER et récupéré le 31 janvier.


Ainsi naquit, vécut, mourut le Bataillon de Marche n°24 de la 1e Division Française Libre.

Le 27 novembre 1942, il tint la porte de Djibouti pour mieux l’ouvrir le 28 décembre 1942 à la France Libre.

LE 10 janvier 1945, il mourut pour tenir fermée la porte de STRASBOURG.

A OBENHEIM, aux bords du Rhin, un monument à la gloire de la 1e D.F.L conserve sa mémoire.

Les allemands peuvent maintenant se retourner contre les autres positions françaises sur l’ILL, mais ils ont perdu quatre jours.

Pendant ce temps en effet, la défense du secteur a pu être renforcée et lorsque, dès le 13 janvier, les Allemands tenteront de percer la barrière de l’ILL, ils seront brutalement repoussés. Aucune autre tentative n’aura lie.

"STRASBOURG, cette fois, écrira le Général GARBAY, commandant de la 1e DFL, sera définitivement sauvée". Le sacrifice des hommes du BM 24 n’aura pas été vain.

Liste des hommes du BM 24

Télécharger
liste_bm24-19304.doc

 

EN SAVOIR PLUS

BIBLIOGRAPHIE
Titre Auteur Édition Année
Les soldats oubliés de la 1e D.F.L. Pierre Granier Les presses du midi 2004
La bataille d’Obenheim 4-11 janvier 1945 Collectif Fondation BM24 - Obenheim 2004
Paddy-Sous-lieutenant Paul Tripier, 1921-1944 Nicole Tripier Compte d’auteur
J’ai aimé deux femmes à la fois André Cayon AMD
 
Navigation