BARBARY Marcel

21/01/1914

Grade : 2ème classe

Unité : transmission

 

Français Libre

 

À propos

Lieu de naissance : Bordeaux

Profession : ouvrier qualifié tourneur

Ralliement : Maroc (juillet 1943)

 

Écrits

Nous nous sommes rencontrés au dernier Congrès de Fréjus et avons sympathisé...alors, en juillet 2010, Marcel BARBARY m’a dédicacé et adressé son livre de mémoires "Histoire d’une évasion".

L’histoire de son évasion par l’Espagne, c’est à dire de ce très long chemin qu’il emprunta avant de pouvoir rejoindre la D.F.L, m’a beaucoup touchée, de même que les dessins qui l’accompagnent, et qui en disent plus long et avec plus d’émotion que n’importe quelle photo...c’est pourquoi je lui ai demandé si je pouvais en publier des extraits dans une page personnelle....

Marcel Barbary a aujourd’hui 96 ans, il est père de 5 enfants et a de très nombreux petits-enfants.

Florence Roumeguère


Marcel BARBARY est né en janvier 1914. En 39, après avoir fait son service militaire, il est mobilisé et rejoint la ligne MAGINOT. En mai, après une permission à Bordeaux, il rejoint son régiment en pleine débâcle et son unité se retrouve encerclée par les allemands. " Après une longue marche vers l’Est, on nous fit monter dans un train qui devait nous mener à Stuttgart ".

De là, les allemands ayant besoin d’ouvriers qualifiés (Marcel est tourneur sur métaux) , un autre train le conduit à CINGEM où se trouvait une usine Maggi dont une partie avait été réquisitionnée " par l’armée, pour la fabrication de diverses pièces destinées à l’armement ".

A sa grande surprise il y retrouve Pierre POUMIROU (Pierrot), son jeune cousin de sept ans son cadet...." Inutile de dire que nous fîmes bientôt inséparables et encore plus par la suite, puisque c’est ensemble que nous avons mis au point notre plan d’évasion..."

Ils ont en effet "remarqué qu’un train venant de Suisse apportait une cargaison de lait, destiné à l’usine Maggi. Ce lait était conditionné dans des bouteilles de verre rangées dans des casiers et le train repartait en emportant des bouteilles vides.

Ils décident de partir " un samedi matin, à la fin du service de nuit " pour se donner " deux jours entiers avant que l’usine ne s’aperçoive de notre disparition."

Un jeune espagnol aventureux décida de partir avec nous. Nous voici donc tous les trois, quittant l’usine au petit jour, prenant soin de nous mettre en queue du peloton alors que les deux gardes allaient en tête."

"Nous avions repéré un dépôt de charbon tout près du chemin que nous empruntions et c’est là dedans que dans un premier temps nous pûmes nous cacher.

Quant la colonne fut rentrée au camp, les gardiens retournés à leur poste, nous nous assurions que la voie était libre pour réussir à nous glisser dans un des wagons et nous cacher au milieu des casiers contenant les bouteilles de lait vides.(...) Il n’était pas question pour nous d’aller jusqu’en Suisse où les gares étaient surveillées et où nous aurions pu être rapidement découverts. Nous savions que nous devions sauter du train avant qu’il ne rentre en gare et cela au plus près de la frontière.(...) Une fois arrivés en vue de Samarigen, nous profitions du ralentissement du train entrant en gare pour sauter sur le ballast et aussitôt nous cacher derrière une petite haie, fort heureusement plantée à cet endroit.

Plus tard, ils décident " de suivre le tracé de la voie de chemin de fer qui devait obligatoirement nous mener vers la Suisse ". En chemin ils rencontrent de jeunes suisses français qui leur indiquent un chemin et les repères dune croix et d’un champ "au bout duquel un petit bois se trouvait être déjà en Suisse.

En trouvant la croix, nous aperçûmes la descente rapide menant au champ labouré, mais ce que ne nous avaient pas dit nos aimables guides, c’est qu’au bas de la descente, un chemin de route était gardé par deux sentinelles allemandes qui se croisaient à peu près au milieu."

A la nuit tombée, ils se faufilent chacun à leur tour entre les deux allées et venues des sentinelles. Le petit bois atteint, ils avancent au hasard dans la nuit noire lorsqu’ils sont interpellés en allemand et cernés par quatre fusils...ils comprendront plus tard qu’ils s’étaient égarés dans la forêt et que le chemin emprunté les avait ramenés en Allemagne...

Conduits à un poste de police, ils sont interrogés et tentent de faire croire qu’ils sont des travailleurs ayant profité de leur dimanche pour se promener... L’intervention de la Gestapo et un coup de fil au directeur de l’usine Maggi...et nos trois évadés sont réembarqués en train vers Cinaen...

" Malgré les quolibets de nos camarades, notre détermination demeurait intacte et très peu de temps après, nous reprîmes le même scenario." ...Par contre lorsque nous nous retrouvâmes dans le bois de sapins, nous pûmes nous repérer pour emprunter la bonne voie qui menait en Suisse."

En sortant du bois, ils virent une maison éclairée "ce qui nous fit tout de suite comprendre que nous étions en zone neutre où le black-out n’avait pas cours."

Ils frappent à la porte et sont reçus par un homme qui en appelle un autre, ce dernier les invitant à le suivre. Peu rassurés, ils rencontrent de jeunes gens qui leur expliquent en français qu’ils vont être emmenés au poste de police le plus proche, simple formalité qui ne doit pas les inquiéter.

Effectivement, pris en charge par des gardiens différents, ils seront emmenés, canton après canton, jusqu’à Genève.

Arrivés à Genève qui devait être la fin de notre périple en Suisse, les américains et les anglais nous interrogèrent longuement , désireux d’avoir des renseignements sur l’usine où nous avions travaillé en Allemagne". 

Les anglais leur expliquent ensuite la difficulté insurmontable de traverser la France en zone occupée pour rejoindre la Bretagne d’où ils auraient aimé partir pour rejoindre l’Angleterre où ils savent que se trouve le Général de Gaulle.

Ils leur conseillent de passer par le Sud et de couper par l’Espagne et ils sont conduits à la frontière où ils seront réceptionnés par "des amis", des gendarmes français qui leur expliqueront comment procéder pour monter dans le train qui se dirigeait sur Lyon.

Mais pour éviter la dangerosité de la zone de Lyon " occupée par de nombreux allemands qui procédaient à des contrôles sévères",  ils descendent au premier arrêt dans une première gare de campagne, et commence alors une " longue aventure pédestre ".

Nous avons longuement marché, ne perdant jamais de vue la voie ferrée qui devait forcément nous mener vers le Sud. Au petit jour et avec beaucoup de prudence pour ne pas nous faire remarquer, nous avons trouvé refuge dans un bois, derrière un grand buisson où nous pûmes dormir quelques heures adossés à un tronc d’arbre.

...Après ce repos, nous sommes repartis, marchant toute la nuit et en nous guidant toujours par rapport à la voie ferrée. A partir de ce moment là nous arrivions dans des régions plus peuplées, où il nous était possible de traverser ville ou village de jour, en nous confondant avec la population. (...) Sur les routes de campagnes, balisées par des écriteaux qui nous indiquaient la direction à suivre, nous trouvions souvent des fermes dans lesquelles nous demandions en premier lieu de l’eau, ce qui nous manquait le plus".

Enfin, il arrivent près de la Garonne, à Langoiran, tout près de la ligne de démarcation de la zone occupée. Ils traversent le pont de Langoiran dans le but de se rendre à Saint Selve où le père de Marcel a une maison...

"Quelle joie de retrouver ma famille qui s’était regroupée dans cette maison de campagne après l’occupation de Bordeaux. Quelques jours après un bon repos nous reprenions donc notre route, ayant expliqué que notre but était d’arriver jusqu’aux Pyrénées pour traverser la frontière et nous rendre en Espagne ..."

Les petits poucets passent en zone libre et , en attendant le passage de la frontière, sont hébergés à Rebenacq : " je me rendais régulièrement dans la propriété voisine pour aider aux travaux agricoles, c’est là que je fois la connaissance de la fille du propriétaire. Une idylle se noua entre nous, pour se terminer par un mariage quelques années plus tard, après de multiples péripéties. Mais ceci est une autre histoire."

Il leur faut absolument passer par Luchon qui est en zone interdite...le chauffeur d’une bétaillère accepte de les amener aux limites de la ville et leur indique un chemin permettant de passer dans la ville en évitant le poste de contrôle. " Suivant les indications de notre convoyeur, nous commençâmes à grimper sur le coteau par un petit sentier à chèvres, arrivés presque au somment nous nous aperçûmes que le chemin s’arrêtait là et qu’il n’y avait pas d’autre issue. Nous nous trouvions alors juste au dessus de la cabane de contrôle, il ne nous restait plus qu’à redescendre par le même seniter en éviant le plus possible de faire rouler les cailloux sous nos pieds, dont la chute aurait pu alerter les gardes ."

Descente pénible et périlleuse mais heureusement sous la pluie, permettant à nos marcheurs de suivre le bas de la falaise et se glisser derrière la baraque sans être vus. De là, ils rejoignent leur passeur qui est bien au rendez-vous...

Le passeur les confie à deux de ses amis faisant habituellement passer les clandestins...

Il les accompagne jusqu’à la rive droite de la rivière et leur désigne la maison des passeurs située à flanc de coteau de l’autre côté de l’eau.

En compagnie d’un couple de juifs espagnols avec leur bébé, ils emprunteront une route , " celle d’une cascade dont nous suivions le lit, les pieds dans l’eau évidemment et sur une pente très raide. Après tous ces efforts nous arrivâmes enfin au sommet, c’est là que notre guide nous quitta, nous signalant que dans la descente, nous trouverions une bergeir pour y faire du feu et nous reposer en toute tranquillité, puisque nous serions en Espagne (...) Nous savions fort bien que nous serions arrêtés en arrivant en Espagne, mais généralement les clandestins comme nous étaient relâchés au bout de quelques jours ; il n’était donc pas utile de se cacher ".

Ainsi, escortés par des carabiniers, enfermés dans une prison à Viella, ils sont ensuite amenés à Lerida puis au camp de MIRANDA où ils resteront six mois "dans ce camp immense qui regroupait une grande majorité de français arrêtés après leur passage clandestin de la frontière.

C’est alors que les américains proposèrent de nous expulser sur la tere d’asile du Portugal qui accepterait de nous recevoir. C’est donc ainsi que profitant de cet arrangement et échangés contre quelques sacs de farine, nous fûmes nombreux à être embarqués dans un train spécial qui nous mena de Barcelone à Madrid, puis jusqu’à Lisbonne ."

Le passeur les confie à deux de ses amis faisant habituellement passer les clandestins...

Il les accompagne jusqu’à le rive droite de la rivière et leur désigne la maison des passeurs située à flanc de coteau de l’autre côté de l’eau.

En compagnie d’un couple de juifs espagnols avec leur bébé, ils emprunteront une route , " celle d’une cascade dont nous suivions le lit, les pieds dans l’eau évidemment et sur une pente très raide. Après tous ces efforts nous arrivâmes enfin au sommet, c’est là que notre guide nous quitta, nous signalant que dans la descente, nous trouverions une bergerie pour y faire du feu et nous reposer en toute tranquillité, puisque nous serions en Espagne (...) Nous savions fort bien que nous serions arrêtés en arrivant en Espagne, mais généralement les clandestins comme nous étaient relâchés au bout de quelques jours ; il n’était donc pas utile de se cacher".

Ainsi, escortés par des carabiniers, enfermés dans une prison à Viella, ils sont ensuite amenés à Lerida puis au camp de MIRANDA où ils resteront six mois " dans ce camp immense qui regroupait une grande majorité de français arrêtés après leur passage clandestin de la frontière.

C’est alors que les américains proposèrent de nous expulser sur la tere d’asile du Portugal qui accepterait de nous recevoir. C’est donc ainsi que profitant de cet arrangement et échangés contre quelques sacs de farine, nous fûmes nombreux à être embarqués dans un train spécial qui nous mena de Barcelone à Madrid, puis jusqu’à Lisbonne ."

"Nous reprenions espoir en sentant que nous approchions du but que nous nous étions fixé. Encore fallait-il trouver le moyen de traverser jusqu’au continent africain."

Ils s’embarquent à bord d’un vieux rafiot qui les engage, tous feux éteints, dans cette traversée vers l’Afrique alors que dans "cette partie proche du détroit de Gibralatar, pullulaient mines et sous-marins. Au petit jour, nous pûmes accoster dans une crique au Sud de Tanger ".

Un camion anglais conduit par des Français les embarquent pour une longue route qui les mènera en Tunisie.

Enfin, après avoir traversé l’Algérie par le Sud , à la limite du désert du Sahara, ils arrivèrent en Tunisie dans un village où ils retrouvèrent " quelques évadés venant d’Espagne comme nous. Parmi eux, deux officiers qui étaient en contact avec la Première Division Française Libre.

Nous nous présentâmes en leur demandant la marche à suivre pour se faire engager. Après divers renseignements, ils nous demandèrent de monter dans un camion pour nous amener à la D.F.L. qui était déjà engagée dans un combat dans le Djebel Garci pour chasser les allemands de Takrouna. Conduits au bataillon des transmissions, nous attendons notre affectation définitive."

Le parrain d’une toute jeune unité de l’Armée de Terre au CFIM de Dieuze

SUD-OUEST DU 2 DECEMBRE 2011

Moi, un héros ? Je suis très fier de ce que j’ai fait en temps de guerre mais je ne me considère pas comme un surhomme. J’ai combattu sans chercher à gagner des médailles. Lorsqu’on est dans l’action, on fonce et bien qu’ayant le même courage, on n’a pas tous la même chance.

Marcel Barbary, 97 ans (98 en janvier), n’en revient pas encore. Lui, l’un des derniers survivants de la 1e division française libre de Gironde, le plus vieux porte-drapeau d’Aquitaine (et probablement de France) toujours en exercice a été accueilli et fêté en héros au centre de formation initiale des militaires du rang (CIFM) de Dieuze en Moselle.

Rien que pour lui, 700 soldats se sont mis au garde-à-vous et lui ont présenté les armes. Le calot vissé sur la tête, ses récompenses collées au revers du veston, Marcel Barbary a également passé les troupes en revue au côté du général.

Parrain de 60 soldats

J’avais même un garde du corps, un gars bâti comme une armoire , dit-il en éclatant de rire. J’avais beau lui dire que je pouvais marcher tout seul et que je n’avais pas de problème de santé, il me tenait sur le côté de peur que je tombe. Il m’a même soulevé comme un paquet pour m’aider à monter dans la jeep. Difficile à croire en effet qu’à 97 ans, on a toujours bon pied bon œil.

Les militaires de Dieuze ne lui ont pas seulement rendu les honneurs, ils ont aussi donné son nom à la première promotion de jeunes soldats engagés du CIFM. Une promo qui compte 60 militaires.

Être parrain d’une promotion de son vivant, c’est excessivement rare. Encore plus lorsqu’on n’a été que première classe ! glisse l’intéressé. Marcel Barbary a été retenu après une rencontre lors du congrès des anciens de la division à Strasbourg en mai. J’ai déjeuné aux côtés d’une femme capitaine, Virginie Meynard. La coïncidence a voulu qu’elle soit de Bordeaux. Je lui ai raconté mon histoire. Elle en a parlé autour d’elle, j’ai été contacté peu de temps après.

Il est vrai que le parcours de Marcel Barbary est exemplaire pour de jeunes militaires. C’est l’illustration parfaite de l’abnégation, de la vaillance et du courage.

Mobilisé en 1939, Marcel Barbary a été très vite envoyé sur la ligne Maginot. Fait prisonnier peu avant l’amnistie, il a été conduit en Allemagne. Là-bas, ma seule joie a été de retrouver mon cousin Pierrot Poumirou , dit-il. Les deux hommes sont devenus le duo invincible. Ils se sont évadés. Repris, ils ont remis ça et après avoir traversé la Suisse et la France, ils ont retrouvé le Sud-Ouest. Là, ils auraient pu rejoindre les maquisards. Leur choix a été tout autre : ils voulaient combattre au sein d’une vraie armée.

Ce qu’ils ont fait après avoir traversé l’Espagne (où ils ont été arrêtés et connu l’horreur du camp Miranda), le Portugal puis l’océan pour rejoindre la 1e division française libre en Tunisie.

Les deux Bordelais ont ainsi participé à tous les coups de force de la division : les ultimes combats en Tunisie, la libération de plusieurs villes italiennes (dont Rome), le débarquement à Fréjus, la remontée de toute la vallée du Rhône jusqu’au front de l’Est… et bien d’autres rudes batailles.

Jusqu’aux 101e coups de canon de la victoire tirés sur la place Masséna à Nice et le défilé triomphal qui a suivi à Paris.

30 000 Français figuraient au sein de la 1e DFL. 15 000 sont revenus vivants. À ce jour, Marcel Barbary est l’un des survivants les plus âgés. Malgré ses 97 ans, il porte encore le drapeau de la division. Partout en France. De peur de perdre la mémoire, il a même écrit un livre. Pour le distribuer à ses amis et ses proches.