BEAUGE Henri

05/09/1920 - 16/01/2015

Grade : lieutenant

Unité : BM 4

 

Français Libre

Voir ses décorations

  • Commandeur de la Légion d’Honneur
  • Compagnon de la Libération
  • Croix du Combattant Volontaire
  • Médaille de la Résistance
  • Médaille Coloniale
  • Chevalier du Mérite Agricole
  • Croix de Guerre 1939-1945 avec palme
  • Chevalier des Arts et Lettres
  • Chevalier de l’Ordre d’Orange Nassau (Pays-Bas)
 

À propos

Lieu de naissance : Brest

Profession : etudiant

Ralliement : londres (juil.-40)

Lien compagnons

Date de décès : 16/01/2015

 

Écrits

Les deux points les plus marquants de cette exceptionnelle aventure de la France Libre sont la découverte de ces hommes de l’Empire à qui nous devons notre liberté, et puis ce devoir de déboséissance et les limites de la discipline :

une solide conviction civique et une espérance démesurée nous ont montré la route à suivre.

Tout cela s’apprend dans la jeunesse, en famille comme à l’école.

Encore faut-il oser en parler sans complexe."

Message de Henri Beaugé paru dans le Bulletin de l’Association des Familles de Compagnon de la libération du 15 juin 2011.


Henri Beauge-Berubé est né le 6 septembre 1920 à Brest. Son père était officier de marine et océanographe.

Il poursuit ses études à l’Ecole nationale des Arts et Métiers lorsque la guerre éclate.

A 19 ans, à l’annonce de l’armistice, il quitte la France en bateau depuis Le Conquet avec son frère cadet et arrive en Angleterre le 19 juin 1940. Il souhaite s’engager dans l’armée canadienne, mais, ayant appris à Londres l’Appel du général de Gaulle, il rejoint les Forces françaises libres le 1e juillet 1940.

Henri Beauge entre alors à l’Ecole des élèves-officiers de la France Libre à Camberley puis, affecté au Bataillon de marche n°3 au Moyen-Orient en janvier 1942, en tant qu’aspirant, il prend part à la campagne de Libye (1942-1943).

Affecté au BM 4 comme chef de section antichars, il participe avec brio aux campagnes de Tunisie, et d’Italie. Il est blessé par balle au bras, près du lac de Bolsena, le 12 juin 1944 alors qu’il effectue une reconnaissance sous un violent bombardement.

Promu lieutenant, il débarque à Cavalaire, en Provence, le 16 août 1944. Il se distingue ensuite le 23 septembre 1944 devant Lomontot où il détruit des nids de mitrailleuses après une manœuvre audacieuse de ses canons.

Le lieutenant Beauge s’illustre encore le 10 avril 1945 au Fort de Brouis où il exécute des tirs extrêmement précis sur les tourelles et dans les embrasures, aidant de façon continuelle les éléments d’assaut. Il est fait Compagnon de la Libération par décret du 7 août 1945.

Aide de camp du général Koenig en Allemagne de 1947 à 1949, il sera ensuite pendant 10 ans officier des Affaires indigènes au Maroc puis détaché auprès du gouvernement marocain pour l’administration provinciale.

De 1960 à 1963, Henri Beaugé est directeur du Centre pétrolier d’Hassimessaoud.

Il est ensuite en poste à la Délégation à l’aménagement du territoire (DATAR) pour la création des parcs naturels régionaux (1963-1971). Il a entre-temps quitté l’armée en 1965 avec le grade de lieutenant-colonel de réserve.

Directeur du Centre culturel d’Arc et Sénans (Doubs) de 1971 à 1975, il dirige ensuite, à partir de 1976, le Centre culturel de l’ancienne Abbaye de Fontevraud (Maine et Loire).

Membre du Conseil de l’Ordre de la Libération depuis septembre 2005, Henri Beaugé est décédé le 16 janvier 2015 à Paris.

  • Commandeur de la Légion d’Honneur
  • Compagnon de la Libération - décret du 7 août 1945
  • Croix de Guerre 39-45 avec palme
  • Médaille de la Résistance
  • Médaille Coloniale
  • Croix du Combattant Volontaire
  • Chevalier des Arts et Lettres
  • Chevalier du Mérite Agricole
  • Chevalier de l’Ordre d’Orange Nassau (Pays-Bas)

Lire la biographie complète sur le site de l’Ordre de la Libération

Quelques extraits de "20 ans en 1940. Chroniques de guerre d’un Français Libre. 18 juin 1940-8 mai 1945 " par Henri Beaugé.

Pour toute commande, rendez-vous dans la BOUTIQUE de notre site

Avoir 20 ans en 40 signifie se trouver devant les grands choix de l’existence au moment même où ils sont particulièrement cruciaux et où l’on est devenu capable de les affronter. (…)

Cette coïncidence ouvre la curiosité du lecteur : derrière le titre de ce journal, dans ces 250 pages soigneusement référencées à une date précise, y aurait-il quelque chose à apprendre, pas de l’ordre de l’information, ni de l’histoire seule, mais quelque chose d’utile pour la vie, qui vous porte plus loin, qui élargit votre champ de vision ?

Ce journal (…) montre la soif de comprendre le pourquoi et le comment de cette guerre, la guerre…avec ses lois et ses limites (…). Il révèle l’aptitude à assumer le risque de la désapprobation paternelle, tout en acceptant l’héritage des valeurs familiales…Il dit la dimension spirituelle de l’homme, la fraternité envers un frère blessé, il ne cache pas la nostalgie de ces Noëls loin des siens…Il rit enfin, des mille et une aventures de la vie de troupe…

Il y a dans ce journal quelque chose qui franchit les générations, une part du bien commun des hommes. Et ce bien commun, cette façon de devenir un homme, de faire des choix et de les assumer, est précisément ce que le monde moderne peine à transmettre. Pourquoi ? Peut-être précisément parce qu’il oublie trop volontiers que les vraies décisions, celles qui engagent vraiment, ne se prennent que si l’on a été éduqué depuis la toute petite enfance à faire sa place à la conscience morale.(…)

Anne Soupa

Extraits de la préface d’Anne Soupa, fille de Henri Beaugé

L’HOMMAGE DE HENRI BEAUGE AUX SOLDATS DE L’EMPIRE

Quand les derniers témoins, à leur tour, disparaîtront, qui se souviendra de la bataille de Kub-Kub, qui parlera des Canaques de Bir Hakeim, des Sarahs et des Cambodgiens de Lybie, des infirmiers de Pondichéry, des goumiers et des tirailleurs marocains du Garigliano, des Mossis, des Bambaras, des Camerounais aux pieds gelés dans les Vosges ?

Des milliers d’hommes de notre empire colonial sont morts pour notre liberté.

Dans soixante ans, qui se souviendra de cette énorme dette de la France ?

A toi Dioff, qui nous as tant fait rire et qui dors dans la vallée du Liri ;

A toi Leroy, qui assurais que la vie avait un sens au delà des morts inutiles, et qui savais le dire aux copains, si simplement ;

A toi, mon vieux Bolbaye, fidèle parmi les fidèles, brave type à tous les sens du terme, à mesure que je relis ces pages, je dédie ces histoires qui sont depuis longtemps les vôtres."


AU FIL DE L’ALBUM D’HENRI BEAUGE, QUELQUES IMAGES DES "COPAINS"


4 juillet 1942

L’action sans la contemplation, c’est un peu comme un moteur sans essence ; c’est la matière sans la vie. La contemplation vivifie l’action, lui donne un sens, la spiritualise. Elle est nécessaire à l’équilibre de chacun de nous.

La contemplation donne une âme à l’action. C’est elle qui conduit à l’esprit ."

EXTRAIT : Avec son ordonnance BOLBAYE A ROME

7 juin 1944, Rome . Nous sommes passés à Rome hier ! En dépit des interdictions. Mais quel commandant peut sérieusement interdire une brève visite à Rome en de telles circonstances ?

Avec le sergent Paquier, Bolbaye et ma jeep, j’ai fait à vive allure les quelques kilomètres qui nous séparent de la cité de Saint Pierre.

En ville, c’est la paix. Mieux encore, la fête de la Libération . Les filles sont belles et sourient volontiers…

Des Italiens nous offrent à boire à la terrasse d’un café et nous racontent, avec gestes et volubilités, leurs exploits.

Incontestablement, Rome leur doit la liberté retrouvée…

—  Mais des Américains, des Anglais, des Français…il n’y en avait pas quelques-uns par ci par là ?

—  Oh si, si, il y en avait bien sur, monsieur le Français, il y en avait aussi, oh là là. Mais lui, monsieur le lieutenant, c’est un héros !...

Admiratifs, nous observons le héros…il porte un chapeau de bersaglier, un battle-dress anglais, un baudrier, deux ceintures de cuir de chasseur et un étui à révolver…vide.

—  C’est un héros, il a libéré toute sa rue. Fallait voir les Tedeschi !

Bolbaye qui l’observait avec un sourire discrètement rigolard, éclate de rire…

—  Escapato, s’écrie-t-il, escapato les Tedeschi…

Cet éclat de rire qui dégage une rangée de dents blanches limées en pointe, comme une denture de requin paraît terroriser nos combattants italiens.

—  Et les fascistes, Où sont-ils les fascistes ?

—  Les fascistes ? qu’est ce que ça, les fascistes ?

—  Ti t’ fous de nous ? dit Bolbaye qui a cessé de rire…et lui colle son gros nez plat sur le front..

Il était de temps de remercier nos hôtes et de couper court à ces civilités guerrières.

EXTRAIT : LA MORT DU SOLDAT LEROY

10 juin 1944. Le bataillon doit forcer le passage par Montefiascone, chemin obligé de la brigade vers le nord.

La ville, dont on aperçoit quelques vieilles maisons, près du grand dôme de son église, est bâtie sur un escarpement que longe un profond ravin.

La compagnie Daniel doit attaquer par le sud, soutenue à sa gauche par les deux autres compagnies d’infanterie et notre compagnie lourde. J’ai l’ordre d’établir mes canons anti-chars sur la rive ouest du ravin, à 1 500 m des vieux remparts de la ville.

La mise en place est délicate. Le terrain, très en pente, ne permet pas la traction des pièces hors des chemins. Je les dispose sous des arbres, près d’une ancienne chapelle, en bordure d’une route d’où l’on peut battre toutes les pentes qui remontent du ravin vers la ville.

La section est rapidement prise sous le feu d’un anti-chars allemand dont un premier obus frôle la 2e pièce, perce le mur de la chapelle et explose à l’intérieur...

J’indique aux chefs de pièces la localisation précise de l’arme, à droite de l’église, au pied d’un grand porche, et commande : "feu à volonté !"

Nos trois canons tirent... Un bref duel s’engage. De Mareschal, à droite en contrebas commande de même à ses mortiers.

Un second projectile allemand éclate cette fois près de la 3e pièce au moment même où une énorme explosion fait définitivement taire le canon d’en face ! Notre tir a dû toucher son dépôt de munitions...

Nos gars débordent de joie !... C’est à qui lancera son casque le plus haut en signe de victoire.

Qui l’a eu, les anti-chars ou les mortiers ?... Qu’importe, l’objectif est atteint, la voie est libre...

Mais le chef de la 3e pièce m’appelle

—  " Leroy est blessé ! .. "

Il est étendu sur l’herbe, en bordure de la route, et saigne de blessures muliples.

—  " On a gagné ! mon lieutenant, on a gagné ! "

—  " Oui, mon vieux Leroy, on a gagné... "

—  " Mais je crois que je vais payer ça cher !... Vous pensez que je vais m’en tirer ? ’

—  " Le toubib du bataillon fait des miracles... il va te réparer ça. "

Les servants de la pièce l’étendent sur un brancard, et le placent dans ma Jeep. Le spectacle est atroce... Véritable pantin brisé, disloqué, démantibulé ! Il pleure et murmure des mots incompréhensibles. Son sang coule en abondance du brancard au plancher de ma Jeep.

Nous n’avons pas fait 500 m "ensemble".

À toi la paix, maintenant, mon vieux Leroy. Tu laisses à tes copains le souvenir d’un brave type, bon, généreux au point d’accepter sciemment qu’on en abuse... Et Dieu sait qu’ils en ont abusé !

Mais le plus grand service que tu leur as rendu, par ton extrême sensibilité, presque candide parfois, c’est bien celui de les avoir protégés contre le durcissement des coeurs que provoque cette besogne qu’il faut bien faire.

Au fond, ils étaient tous aussi sensibles que toi ; ce qu’il fallait, c’est que quelqu’un ait le courage de le manifester, dût-il jouer les têtes de turc... Et moi, je sais que tu n’étais pas dupe !


21 juin 1944. Blessé le 12 près du Lac de Bolsena, Henri Beaugé écrit un long poème à l’hôpital de Bagnoli, Naples "Notre-Dame-de-Recouvrance".


Au Mont Valérien , Henri BEAUGE (extrême droite) puis André QUELEN
(décédé en aout 2010) , Fred MOORE, Daniel CORDIER...

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