BROCHE Félix

04/04/1905

Grade : colonel

Unité : BIMP - BP

 

Français Libre

Voir ses décorations

  • Chevalier de la Légion d’Honneur
  • Compagnon de la Libération
  • Croix de Guerre 1939-1945
  • Officier du Nicham Iftikar
 

À propos

Lieu de naissance : Marseille

Profession : militaire

Ralliement : nllcaledonie (sept.-40)

Pseudonyme : Croix de Guerre 39/45, Officier du Nicham Iftikar -

Lien compagnons

Mort pour la France

Lieu de décès : Libye

 

Écrits

Félix Broche est né à Marseille le 5 avril 1905, orphelin de mère, son père, employé des Chemins de Fer, est mobilisé en 1914 et gravement gazé.

Après une enfance passée à Remoulins dans le Gard, il choisit, à 18 ans, en 1923, d’entrer à la Compagnie française de l’AOF au Dahomey.

Appelé sous les drapeaux en 1926, il refuse la dispense qui lui est proposée comme résident aux colonies et est incorporé à Aix-en-Provence au 22e Régiment d’Infanterie coloniale.

Il suit les cours d’EOR à Saint-Maixent puis sert comme sous-lieutenant au 10e Régiment sénégalais à Tunis.

Séduit par la carrière militaire, il retourne à Saint-Maixent pour préparer les cours d’EOA et est nommé lieutenant le 15 mai 1929.

Extrait de la Revue de la Fondation de la France Libre n 38

Article de François Broche

Vidéo de admin3 (Cette vidéo n’est plus disponible)

L’itinéraire de Félix Broche

Je me suis souvent demandé ce qui pouvait pousser un jeune Français, né avant la Grande Guerre mais trop jeune pour la faire, à quitter sa famille, ses amis, son pays, à refuser une voie toute tracée, pour s’en aller tenter sa chance en Afrique Noire, à 18 ans à peine - très exactement le jour de son dix-huitième anniversaire, qui, à l’époque, était encore loin de marquer la majorité légale !

Pourquoi le jeune Félix Broche, né à Marseille le 5 avril 1905, laisse-t-il derrière lui sa Provence natale le 5 avril 1923 ? Les expéditions coloniales étaient terminées, l’idée humanitaire encore dans les limbes... Restait, il est vrai, l’attrait de l’inconnu, l’esprit d’aventure, celui-là même qui, tout au long des siècles, n’a cessé de mettre en mouvement les peuples de la Méditerranée.

Né à Marseille, mon père avait passé une grande partie de sa jeunesse à Remoulins. Le cours régulier de sa vie fut interrompu à deux reprises : d’abord par la mort prématurée de sa mère, puis par la mobilisation de 1914, qui lui - enlève son père. Élevé par une tante, il poursuivit ses études au grand lycée de Marseille avant d’entrer, le 1e octobre 1918, à l’école primaire supérieure Pierre Puget. Orienté vers l’enseignement commercial, il entre à la Société Marseillaise de Crédit en août 1921.

Le voilà donc, à 16 ans à peine, employé du service des portefeuilles à la SMC ! Curieux début pour un futur chef de guerre...

L’esprit d’aventure va vite donner à sa vie une nouvelle et décisive orientation. En juin 1923, il quitte la SMC et part pour le Dahomey (aujourd’hui le Bénin), employé dans une société d’import-export. Appelé sous les drapeaux en 1924, il bénéficie d’un sursis et même, un an plus tard, d’une dispense accordée aux jeunes français travaillant outre-mer. En 1926, il renonce à cette dispense et il est incorporé comme 2e classe au 22e RIC à Aix-en-Provence. Quelques mois plus tard, il intègre le peloton des EOR à Hyères, en sort en mai 1927 et choisit le 10e Régiment de tirailleurs sénégalais (RTS) à Tunis. Sous-Lieutenant de réserve, il décide alors de rester dans l’armée. Il a alors 23 ans.

La suite de sa carrière se confond avec le cursus classique des officiers coloniaux de l’entre-deux-guerres. Admis à l’École militaire de Saint-Maixent en 1929, promu lieutenant d’activé en 1930, il est envoyé à Madagascar en 1932. Il y reste deux ans où il assume des fonctions variées : instructeur, chargé de cours de préparation au brevet, conférencier, avocat puis juge au tribunal militaire de Tananarive, animateur sportif (il anime un club de football à Majunga).

Revenu à Tunis (où il s’est marié en 1931), il retrouve le 10e RTS, comme adjoint du chef du 1e Bataillon. Promu capitaine en 1938, il est désigné pour le Pacifique en mai 1939. Il arrive à Papeete le 3 juillet 1939 - deux mois exactement avant la déclaration de guerre.

L’aventure continue, mais une autre vie commence car, à 20 000 km de la France, les structures administratives sont forcément plus fragiles qu’en Afrique du Nord et le jeune (il a 34 ans) commandant du détachement d’infanterie coloniale doit, en outre, assumer bien d’autres rôles qui remplissent copieusement ses journées - par exemple : inspecteur du détachement de gendarmerie, représentant le service de l’Artillerie du groupe du Pacifique, secrétaire du Conseil de défense des Établissements français de l’Océanie (nom officiel de l’actuelle Polynésie) ou encore président du Comité des sports.

Le rôle social de l’officier, selon la formule célèbre de Lyautey, était alors au moins aussi important que son rôle militaire !

C’est jour après jour que les liens se tissent et se renforcent entre un chef et les hommes qu’il a en charge et dont il s’occupe sans relâche. D’emblée, mon père acquiert la conviction que le Tahitien est d’abord un guerrier : Ce qu’il lui faut, dit-il, ce sont des chefs énergiques qui l’entraînent au combat. Programme simple et rude, qu’il appliquera sans dévier. Les Tahitiens suivent avec de plus en plus d’enthousiasme celui en qui ils n’ont d’abord vu qu’un Popaa (un européen, un étranger) comme un autre, avant de l’appeler, plus respectueusement, le Tomana - le Commandant, grade que le Général de Gaulle lui a conféré le 1e février 1941.

Apprenant le désastre militaire de juin 1940, mon père a en effet décidé de refuser l’armistice, de poursuivre le combat, de répondre à l’appel du Général de Gaulle. Il a entrepris de lever un bataillon de volontaires, constitué de 300 Tahitiens, puis de 300 Néo-Calédoniens ; les demandes sont si nombreuses, tant à Papeete qu’à Nouméa (où il arrive en novembre 1940) que l’on formera après le départ du 1e Bataillon du Pacifique, un second Bataillon -mais lui, restera sur place.

La route est longue du Pacifique au Moyen-Orient. Les Pacifiens sont peut-être des guerriers, encore faut-il en faire une troupe disciplinée, sur laquelle le Général Koenig, chef de la 1e DFL, la division d’élite de la France Libre, puisse compter en toute circonstance. Mission difficile, mais non, certes, impossible -mission en tout cas réussie au-delà de toutes les espérances, comme on va bientôt s’en assurer lors du siège meurtrier de Bir-Hakeim.

Quelques jours avant la bataille, le Tomana, devenu entre-temps le Metua - le Père -déclare qu’il est de plus en plus satisfait et fier de commander ce bataillon. Le 4 juin, au plus fort du siège, le Général de Gaulle écrit à l’Amiral Thierry d’Argenlieu, Haut-Commissaire dans le Pacifique, que les volontaires du Pacifique sont à la pointe du combat et qu’ils confirment la valeur militaire dont ils avaient fait preuve au cours des opérations qui ont précédé la bataille. Ce jugement sera ratifié par les historiens.

Quelques jours plus tard, le 9 juin, les hommes du Bataillon du Pacifique connaissent une dure épreuve : le Metua est tué par un éclat d’obus !

Vingt-cinq ans après, j’ai rencontré à Tahiti et à Nouméa les survivants de cette aventure, qui se poursuivit jusqu’aux Vosges et aux Alpes en 1945, en passant par la Tunisie, l’Italie et la Provence. J’ai alors pu mesurer que leur peine était intacte. J’en ai retrouvé plusieurs en 1972, lors d’un pèlerinage au cimetière militaire de Tobrouk. Je me suis recueilli en leur compagnie devant la tombe de mon père, qu’ils ont décorée de colliers de coquillages. Ensemble, nous avons ensuite survolé le site de Bir-Hakeim...

Le 14 avril dernier, le camp militaire d’Arue, près de Papeete, occupé par le Régiment d’Infanterie de Marine du Pacifique, héritier du légendaire Bataillon du Pacifique, a été baptisé Camp Lieutenant-Colonel Broche . Je ne peux naturellement que me réjouir que le nom de mon père continue d’être associé à une terre à laquelle il était ardemment attaché, comme je me réjouis aujourd’hui que son nom continue de vivre, grâce à la stèle de Remoulins, érigée par les anciens de la 1e DFL, au cœur de cette terre provençale où il avait ses racines et d’où il était parti pour - selon les paroles d’un vieux chant de guerre tahitien - disparaître dans l’horizon du monde .

Allocution prononcée à Remoulins le 5 juin 1999 par François Broche, fils du Lieutenant-Colonel Félix Broche.

Lettre de Félix Broche, commandant le Bataillon du Pacifique, à ses parents.

Félix Broche sera tué à la fin du siège de Bir Hakeim, le 9 juin 1942.

Cet extrait a été publié sur le site Itinéraires de citoyenneté 

Damas, 1e septembre 1941

Bien chers Parents,

J’ai une occasion, enfin, pour vous écrire. Un de mes camarades de Tunisie, un capitaine, quitte Damas demain matin (dans quelques heures, car il est déjà 3 heures du matin…) […]

J’ai pris cette décision de me rallier à la France Libre en toute connaissance de cause, malgré tous les dangers, tous les ennuis que cela présentait pour moi, pour mon avenir et ma carrière. Là est la seule voie. Vous êtes si mal renseignés en France que vous pouvez peut-être croire que ce mouvement n’avait pas de raison d’être. Là est l’erreur. Grâce à nous, grâce à nos morts, à nos volontaires, la honte de l’armistice d’il y a 14 mois s’atténue. La guerre n’est pas finie pour nous et la France n’est pas vaincue. Une défaite, si lourde soit-elle, ne peut être définitive pour notre Pays. De cela, nous sommes convaincus.

J’ai vécu, vous le devinez aisément, des heures terribles, couru pas mal de dangers. Jusqu’à présent, tout ce que j’ai désiré, voulu, s’est réalisé et ma confiance dans ma chance reste aussi grande. Je vis en soldat et non en résigné, comme on vous le prêche en France. Il m’a fallu beaucoup de volonté pour ne pas m’abandonner au désespoir de vivre séparé des miens, de vous. Et pourtant, réfléchissez… Que peut-on condamner de nos sentiments, nous qui voulons nous battre contre l’ennemi, le seul qui occupe notre Patrie, qui retient prisonniers près de 2 millions de jeunes Français ? Mon Père doit me comprendre, lui qui a vécu les heures tragiques de la dernière guerre. Chez nous se retrouvent des hommes de tous âges, de toutes origines, de toutes confessions politiques et religieuses. J’ai dans mon Bataillon un volontaire de 67 ans, ancien combattant, des familles composées de plusieurs frères ou cousins, du père de ses fils. J’ai des soldats et gradés licenciés, magistrats, professeurs, ouvriers, patrons, colons, employés, riches, pauvres. Il y a de tout, absolument de tout et tous n’ont qu’un rêve, un espoir : se battre pour libérer la Patrie que pas un sur cent ne connaît. Aussi, soyez sans crainte aucune pour moi, malgré ma peine d’être encore loin de vous, d’être séparé de ma femme, de Michel, de François, qui a deux ans aujourd’hui et que je ne connais pas, je préfère mon sort à celui de mes camarades non ralliés, pour qui l’idée de se battre reste bien lointaine – malgré l’héroïsme dont presque tous ont donné la preuve avant juin 1940.

Je vous écris tout cela qu’un ami sûr vous portera lui-même pour que, si je ne devais pas revenir, vous n’ayez pas à avoir honte de moi, et au contraire pour que vous soyez fiers de ce que j’ai fait. Je m’arrête car il est tard. Vous trouverez avec cette lettre quelques photos et souvenirs de Jérusalem où je suis allé en août quand j’étais en Palestine. Vous vous les partagerez. Tâchez de m’écrire à cette adresse, mais renseignez-vous auparavant, car la correspondance avec les traîtres et rebelles que nous sommes est soumise à des règles très strictes : Chef de bataillon Broche, Bataillon du Pacifique, Damas, Syrie.

Je vous quitte. Ayez foi en mon étoile, soyez courageux. Soignez-vous bien. Embrassez pour moi tous les parents et recevez mes plus affectueuses caresses.

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