CAMERINI (dit Clarence) Gustave

31/08/1907 - 25/09/2001

Grade : capitaine

Unité : 13 DBLE

 

Français Libre

Voir ses décorations

  • Commandeur de la Légion d’Honneur
  • Compagnon de la Libération
  • Grand officier de l’Ordre National du Mérite
  • Médaille Commémorative du Levant
  • Croix de Guerre (Norvège)
  • Insigne des Blessés
  • Médaille Coloniale avec agrafe "Libye"
  • Médaille Coloniale avec agrafe "Bir-Hakeim"
  • Croix de Guerre 1939-1945 avec 5 citations
  • Médaille Coloniale avec agrafe "Erythrée"
  • Ordre de Saint Olaf (Norvège)
 

À propos

Profession : militaire

Ralliement : londres (juil.-40)

Lien compagnons

Date de décès : 25/09/2001

 

Écrits

De nationalité italienne, Gustavo Camerini est né le 1e septembre 1907 à Alexandrie en Egypte. Surpris, à Paris, par la déclaration de guerre de septembre 1939, il décide immédiatement de s’engager pour la durée de la guerre et est affecté à la Légion Etrangère, avec le grade de sous-lieutenant, le 1e mars 1940. Affecté le 10 avril 1940 à la 13e DBLE, il participe à l’opération de Norvège, débarque à Brest le 10 juin puis , évacué sur l’Angleterre avec l’ensemble du Corps Expéditionnaire, il s’engage dans les Forces Françaises Libres le 18 juin 1940, sous le nom de CLARENCE.

Restant affecté à la 13e DBLE, au 1e Bataillon, Gustavo Camerini participe à l’expédition de Dakar en septembre 1940 puis à la campagne d’Erythrée au cours de laquelle il affronte ses compatriotes ; à la campagne de Syrie en juin 1941 puis en Libye et à Bir Hakeim. Il est ensuite officier de liaison auprès du général Koenig pendant la bataille d’El Alamein en octobre 1942 et rejoint ensuite le commandement de sa section au sein de la 1e Compagnie du 1e BLE et il participe en mai 43 aux combats du Djebel Garci.

Il est fait compagnon de la Libération le 3 juin 1943.

Il participe ensuite à la campagne d’Italie au cours de laquelle il sera deux fois blessé. Promu capitaine, il est détaché en juillet 1944 auprès de l’Ambassade de France à Rome, qu’il quittera pour Paris le 12 octobre 1945 pour démobilisation.

De retour en Italie, il reprend sa profession d’avocat en droit international et sera aussi avocat-conseil du Consulat Général de France à Milan . Gustavo Camerini est décédé le 26 septembre 2001 à Varese en Italie. Peu avant sa disparition, il enregistra 17 heures de souvenirs que son ami Philippe Aghion édita en 2002 sous le titre : Ce soir nous monterons tous au paradis .

Après la campagne d’Italie : Gustavo CAMERINI doit quitter la 13e DBLE et la 1e D.F.L

Voici les dernières pages du livre de Gustavo CAMERINI engagé dès le 18 juin 1940 au retour de Norvège sous le nom de Clarence.

Il y raconte dans quelles circonstances il fut contraint au retour dans son pays d’origine l’Italie où venait de s’achever après RADICOFANI la Campagne à laquelle il avait participé.

Acec lucidité et pudeur, Clarence nous raconte sa dernière soirée, seul, méditant sur la fin de cette aventure de la France libre au sein de la 13, au sein de laquelle il avait tant donné depuis NARVIK. Poignant récit....

Je reprends cette bobine sans me raccrocher directement à la précédente car voilà plusieurs jours que je n’ai pu parler,

Je vais donc reprendre cette conversation tout simplement en rappelant que celle-ci est certainement ma dernière bobine puisque je vais raconter le dernier épisode de ma vie militaire, c’est-à-dire lorsque nous rentrâmes du combat de Radicofani pour revenir à l’arrière en vue de préparer notre départ pour le débarquement en France.

Notre compagnie était vraiment très maigre maintenant, car nous étions réduits à deux officiers, le capitaine et moi-même, assez mal en point d’ailleurs. Quant aux deux sous-lieutenants, Mallet, comme je l’ai dit, était blessé très grièvement, et Mouchel-Blaisot, probablement lui aussi fatigué ou blessé, je ne me souviens pas l’avoir vu, ne faisait pas partie de notre convoi de retour.

Les hommes n’étaient pas très nombreux, nous avions perdu près de 40% de l’effectif ; les chefs de groupe et les sous-officiers qui étaient arrivés en Italie avaient laissé, je crois, 80% de leur effectif dans les plaines et dans les campagnes d’Italie.

Quoi qu’il en soit, nous revenons. Dans un patelin au bord de la mer, dont je ne me souviens pas du nom mais je le trouverai, se trouvent les restes du bataillon et également les deux autres bataillons, si je ne me trompe, avec l’officier et qui avait maintenant, tout au moins sur le papier, le commandement : le commandant Babon, fort honnête homme, sympathique, aimant les filles et le vin, tout à fait ancienne Légion, mais assez effacé en tant que chef. Il ne fit jamais parler de lui. Il avait ma sympathie car il était simple, un peu effacé, mais au moins de bonne humeur. Dès que nous arrivons à l’endroit fixé, on fait l’exercice de débarquement, assez simple, qu’on ne recommença d’ailleurs pas. La vie reprenait. On attendait du matériel, naturellement. Les compagnies se reformaient pour la énième fois, mais, cette fois, c’était beaucoup plus facile car, les choses allant fort bien, on trouvait beaucoup plus facilement des volontaires qui s’engageaient que deux ou trois ans auparavant, c’est évident. Certains disparus rentraient, nous racontant de grandes histoires. Je n’ai pas d’autre souvenir, si ce n’est des conversations avec Sairigné et Langlois. J’ai retrouvé mes bagages, ceux qui ne me suivaient pas au combat, dont ma cantine, qui contenait aussi quelques livres, toujours plus ou moins les mêmes, mais j’en parlerai plus tard.

Pour moi, il arriva une petite histoire un peu désagréable malgré la bonne volonté de mes camarades. Un jour, un de nos camarades, le capitaine Martinelli, arriva triomphalement chez moi, en me communiquant que j’étais nommé capitaine, à la grande joie, paraît-il, de Martinelli et de quelques autres aussi, et sans hésiter il sort des galons de capitaine pour me les mettre aux épaulettes, enfin, toute une histoire qui m’étonna un peu.

Elle m’étonna encore plus lorsque, terminée cette espèce de petite cérémonie, je vais directement chez mon chef de bataillon qui en était aussi informé et consterné. À mes questions, il répond :

—  Mais, écoutez, il n’apparaît pas que vous êtes nommé capitaine.

—  Tiens, je dis, ça m’est complètement égal mais ça m’ennuie quand même qu’on me fasse des cérémonies pour cette histoire.

Enfin, je n’étais nullement nommé capitaine, je restais lieutenant, seulement la question était un peu comique. Martinelli était un très brave garçon, qui avait fait ça, je suis certain, de bonne foi car, paraît-il, on parlait un peu de ce lieutenant éternel qui ne ratait jamais un combat mais qui était devenu un peu, je crois, le grand lieutenant incroyablement le plus ancien de l’armée de Gaulle ! Je répète que ceci m’était tout à fait égal. Et même ça commençait à m’amuser en voyant mes anciens camarades, comme Langlois et bien d’autres, passer capitaines, commander des compagnies, j’en étais très heureux pour eux.

On arriva même à ceci, un adjudant ou un adjudant-chef sous mes ordres qui devint capitaine. Evidemment, il était très embarrassé, il m’appelait Mon lieutenant. Moi, je disais : Maintenant, c’est moi qui dois vous appeler "Mon capitaine !" C’était un peu comique, mais cela ne me gênait pas du tout. Je répète que ma situation à la Légion me plaisait énormément ; je n’étais pas tout à fait un officier d’active, donc je n’étais pas tenu à toutes les obligations mais j’étais certainement sur place à chaque combat ! Après, évidemment, j’aimais bien me reposer un peu à l’arrière et aucun de mes supérieurs n’y objecta jamais : on ne me considérait pas, dans le fond, tout à fait un militaire à cent pour cent, je crois. Quoi qu’il en soit, j’en viens maintenant à la conclusion.

Je vois arriver Langlois consterné : il y avait un ordre du jour de la brigade, de la demi-brigade, du bataillon, qui annonçait tout simplement et très correctement mon départ de la 13e demi-brigade de la Légion, ma mise à disposition du commandant en chef qui devait être, je crois, Koenig. Quand je sus la nouvelle, je ne pouvais pas y croire, je n’arrivais absolument pas à me rendre compte de la raison, et Langlois non plus, je crois. Il était évident que la décision venait de loin, ou peut-être de très haut. Le chef de bataillon, Sairigné, que je ne vis pas à cette occasion mais avec qui Langlois parla, n’avait fait que transmettre, et pour ça on peut dire que Sairigné transmettait très bien et très exactement. C’était un peu le premier de la classe, il n’émit certainement, du moins jusqu’à ce moment-là, jamais une plainte, jamais une observation désagréable envers les supérieurs.

Par la suite, Langlois me raconta qu’on avait décidé, étant donné ma nationalité, de me mettre à disposition de l’ambassade de France à Rome. Je ne crois pas que la chose ait été exactement comme ça. Peut-être, au moment de rentrer en France, après avoir été accusé par les gens de Vichy d’être des gaullistes mais pas des Gaulois, on essayait justement de gauloiser au maximum. Simple supposition que je fais.

Peut-être alors que, moi, étant italien, on me donnait une belle place en même temps que, j’oubliais de le dire, j’apprenais par Pernet, qui était assez lié avec les grands chefs et qui me l’annonça d’un air joyeux, ma nomination comme capitaine. Et cette fois, c’était sérieux, j’étais vraiment nommé capitaine.

Pour moi, l’interprétation est évidemment que ma promotion ressortait du : pro-morato ut amorato comme disaient les grands latinistes dans le temps, c’est-à-dire : Donnons-lui une ficelle de plus pour le consoler et puis qu’il s’en aille à Rome faire le zouave dans une ambassade ou un ministère , des histoires qui ne me plaisaient pas du tout car je déteste, je détestais, plutôt, les mondanités et les salons.

Quand j’étais jeune, je m’étais engagé pour me battre, c’est bien ce que je faisais, même s’il y avait quelques interruptions de temps en temps.

Il n’y avait rien à faire, rien à faire. Je devais partir. Inutile de dire que j’étais furieux.

Un ou deux jours après, nous rencontrons le grand Babon — il était lieutenant-colonel, peut-être, ou commandant, je ne sais pas — et, furieux, je marche littéralement sur lui en protestant. Le pauvre Babon n’y pouvait rien, lui n’était vraiment pour rien dans cette affaire, même s’il avait l’air de se défendre, mais lui aussi je crois était consterné et ennuyé. Mais moi, dur comme fer, je continue, tout en sachant que ça n’allait rien changer, à lui dire ce que je pense de cette histoire.

Heureusement — pour Babon, je dois dire, plus que pour moi —,une Jeep arrive à ce moment-là. Qui voyons-nous descendre ? Le général Brosset qui nous avait commandés en Italie et qui allait commander la division en France,

Hélas, il commanda la division mais mourut tristement dans cette expédition.

Brosset sort de sa Jeep, tout content comme il était toujours, sportif, élégant, très content de lui, et il se trouve devant moi. Je ne le lâche pas et je commence exactement comme j’avais fait avec Babon, sans le moindre respect pour les étoiles du général Brosset. Brosset prend un air stupéfait, étonné et, en grand diplomate, car ce n’était pas seulement un militaire mais un diplomate, il fait : Comment, vous ? vous qui, vous qui, vous qui, etc. ! Tout ça, c’était de la pommade, n’est-ce pas. Oui , je dis. Alors, furieux, ou du moins ayant l’air furieux, il se tourne vers Babon et dit : Je n’admets pas une chose pareille. À l’avenir, j’entends être toujours avisé surtout quand ce sont d’anciens officiers comme Clarence. Désormais, chaque fois qu’il y aura ou qu’on discutera une question, je veux en être informé. D’ici là, gare si un fait pareil se répète !

Tout ça est beau. Désormais, à l’avenir, jamais plus, etc. , oui, mais le présent ne changeait pas, je m’en rendais très bien compte, c’était là aussi un peu de pommade. Il voulait dire : Moi, mon pauvre ami, je n’y peux rien. Ce qui était vrai d’ailleurs, il n’y pouvait rien, il devait avoir le sentiment que cette décision était bien arrêtée. Je crois effectivement avoir trouvé dans un volume des écrits et discours du général de Gaulle, aux éditions Plon, je crois, une lettre où il recommandait que la Légion essaie, à l’occasion de son débarquement en France, d’avoir le plus de Français possible. Je comprends d’ailleurs. Si c’est ça, je ne sais pas, peut-être pas.

Quoi qu’il en soit, je me suis retrouvé seul à la veille de mon départ. C’était quand même triste, et pour moi c’était très triste parce que je savais bien qu’au fond aucun emploi, grade ou autre chose ne me rendrait jamais mes hommes, mes légionnaires que j’aimais tant porter en avant, à l’attaque. Et tous ceux qui étaient morts aussi, il faut penser à eux.

Après m’être promené tout seul en parlant à moi-même — c’est un de mes défauts, je parle parfois tout seul — je rentre dans ma piaule, pour faire mes valises et je sors ma cantine... cette cantine que nous avions toujours dans un coin et qu’on ouvrait deux ou trois fois par an pour nos grands déplacements : d’Angleterre en Centre Afrique, de Centre Afrique à l’Erythrée, Erythrée, Abyssinie, et encore une autre fois pour l’Egypte.

L’Egypte, on y est passé, on est passé en Syrie, au Liban, on a fait à peu près le mouvement de nos cantines, qui suivaient évidemment leur maître, et puis du Liban en Egypte encore, où je les ai laissées un certain temps, et puis départ pour la Tunisie. Je les avais surtout laissées au Mena House où elles se trouvaient très bien. Je les ai reprises après, quand, de Tunisie, nous avons traversé le désert et nous nous sommes trouvés en Tripolitaine. Enfin, on les a abandonnées au moment des opérations d’Algérie et de Tunisie, et puis je les ai retrouvées, je ne sais pas par quel hasard, exactement là où se réunissait la 13e demi-brigade en vue de l’embarquement pour la France. Sur ce plan-là, on m’a fait retrouver tout ce que j’avais.

Voilà donc ma cantine, mon lit de camp, tout un tas de bricoles dont j’ai déjà parlé à l’occasion de mon transport d’argent vers le Liban.

J’ouvre ma cantine et je retrouve mon bon vieux livre, et même, j’en ai déjà parlé, il y avait mon Montherlant, Pitié pour les femmes, je me souviens de ça, et puis il y avait Saint-Exupéry, bien entendu, Vol de nuit, et puis, qu’est-ce que j’avais encore ? Ah ! je revois encore cet écrivain catholique, qui a écrit beaucoup de livres, Bernanos, Le Journal d’un curé de campagne... Tiens, tout ça, ça sortait, et puis, bon dernier, mais certainement le premier dans mon intérêt, c’était À l’Ouest rien de nouveau, le livre dans lequel j’avais appris à connaître la guerre avant de la faire.

J’avais une dette, comment le dire, disons-le avec bonne humeur, j’avais une dette de bonne éducation envers Remarque, l’auteur du livre, parce que quand les shrapnells, en Tunisie, au djebel Garci, ont commencé à éclater sur notre tête, j’avais lancé l’imprécation Imbécile ! , je crois, ou Crétin ! à l’adresse de l’écrivain. Ah bien, je lui dois quand même des excuses, car j’eus beau chercher cette phrase sur le casque comme antishrapnell, si je peux dire, c’est faux, il n’a jamais dit ça ! Alors, qui l’a dit ? Qui l’a écrit ? J’avais déjà lu des livres de guerre, presque tous français : peut-être Barbusse, peut-être même Bernanos ?

Enfin, je les remets dans ma cantine, mais pas tous, À l’Ouest rien de nouveau me reste entre les mains. Et le soir, dans ma solitude, car je ne voulais plus voir personne, je n’en avais plus envie, dans ma solitude, je vais me promener au bord de la mer, où nous étions cantonnés. Tout en marchant, je lis la fin... la fin du livre. Au fait, pour moi-même... n’était-ce pas... aussi la fin... de ma vie militaire, de ma vie de combattant ? Remarque fait... mais il va mourir son héros, moi dans mon cas, évidemment, je ne mourais pas. Tant mieux ! C’est toujours ça de gagné !

Alors le fait est... et puis... et puis... voilà ce que je lis dans le passage de À l’Ouest rien de nouveau :

Je suis très calme. Les mois et les années peuvent venir. Ils ne me prendront plus rien. Ils ne peuvent plus rien me prendre. Je suis si seul et si dénué d’espérance que je peux les accueillir sans crainte. La vie qui m’a porté à travers ces années est encore présente dans mes mains et dans mes yeux. En étais-je le maître ? Je l’ignore. Mais tant qu’elle est là, elle cherchera sa route, avec ou sans le consentement de cette force qui est en moi et qui dit "Je".

Terminée la lecture.

Alors terminons donc ces quelques souvenirs.

Adieu, ma vieille demi-brigade de Norvège... et puis adieu au Nord... et puis rien du tout... Je sais seulement que je m’en vais.

Et puis... Et puis !... Qu’importe, cette nuit ou une autre nuit, nous savons bien, nous monterons tous au paradis. Terminé.

Non, pas tout à fait terminé. Encore un petit épisode amusant à raconter, toujours après la sortie de Bir Hakeim. Je parle d’un brave vieux camarade russe, dont j’ai d’ailleurs déjà parlé une fois, qui s’appelait Svatovski. Il était lieutenant dans la compagnie de Lamaze, et il s’était fort bien battu au moment de la sortie. Je crois même que, son commandant de compagnie éliminé, frappé à mort, Svatovski avait pris le commandement et c’est lui qui avait foncé avec ses hommes, qu’il avait très bien sortis de la bagarre et ramenés au point de rendez-vous. Donc Svatovski était certainement un homme de premier ordre, quoique, comme je l’ai déjà dit, un peu curieux dans ses sentiments. Or, après la sortie de Bir Hakeim, il vint me parler comme il le faisait avant, lorsqu’il déplorait de ne pas être passé avec son ami von Bismarck, mais cette fois il déplorait une autre chose.

Il aurait voulu que tous les grands chefs de Bir Hakeim tombent à la tête de leurs hommes. Enfin, un final très romantique, et il le disait dans son jargon, un français approximatif. Il répétait : Le chef doit mourir joli, doit mourir joli. Je ne sais pas ce qu’il voulait dire, comment fait-on pour mourir joli ? Il aurait voulu, peut-être, que nos grands chefs se suicident devant l’ennemi, je l’ignore. Ce qui est certain, c’est qu’il a continué pendant des jours entiers à me répéter : Le chef doit mourir joli. Bon, j’ai terminé mais je dirais qu’il m’a toujours amusé et, je l’ai raconté avant, vous vous souviendrez qu’au djebel Garci, il y a eu un brave garçon espagnol qui, me voyant seul, resté le dernier à abandonner la position, conformément, d’ailleurs, à ce que prescrit le règlement, vint se battre avec moi. Lui aussi, ce brave Espagnol pensait que je voulais mourir joli , comme aurait dit Svatovski.

Terminé.

Sur une dernière cassette, Gustavo Camerini a dicté l’aide-mémoire suivant pour d’autres souvenirs qu’il souhaitait ajouter à ce recueil :

Je veux rappeler quelques noms d’aspirants qui se sont bravement battus :

Aspirants Martin, Lavouenant, Mallet, Mouchel-Blaisot, Jullian, Éon. Je les rappellerai tous en temps voulu.

À rappeler encore :

Sous-lieutenant Supervielle, sous-lieutenant médecin Le Poivre.

Je voudrais aussi ne pas oublier le document italien que je possède sur El Himeimat..

Pour mémoire voici les noms dont je veux me rappeler pour demain :

Amyot d’Inville... Laurent Champrosay... Etellino Perez... Barberot...

Bon, pour le moment, je m’arrête...

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​​Bibliographie

Gustavo CAMERINI : Ce soir nous monterons tous au Paradis, Ed. A. Barthélémy 2002