"Dans les Bois de la Nanue le 30 septembre 1944" et " "Drôle de réveillon" par René PETITOT (22 BMNA)

"René PETITOT, 91 ans (novembre 2011), un des libérateurs d’Éboulet"
Cliché Françoise Bobenrieth - Source : http://www.lepays.fr


Noms cités dans cet article :

DROLE DE REVEILLON - Histoire et histoires - 22e BMNA

Le 31 décembre 1944, nous voici donc de retour en Alsace, trois semaines après l’avoir quittée pour un court voyage à Royan, à la pointe de Grave particulièrement, afin d’y reprendre les ports encore aux mains des Allemands, Mais le Haut Commandement vient d’apprendre l’imminence d’une contre-attaque sur Strasbourg pour reprendre l’Alsace. Les Tirailleurs du 22e BMNA se retrouvent dans les wagons à bestiaux d’un train de marchandises et ce, sans même un brin de paille ! Il fait -10°C et mes camarades, encore en tenue d’été sous une capote de fortune, sont transis.

Nous arrivons à DAMBACH la Ville , le 31 dans l’après-midi. La 1e D.F.L. doit tenir 50km de front, ce qui est énorme pour une formation gravement diminuée par les combats antérieurs ! De plus, le mot d’ordre est simple : " Résister sans esprit de recul" ... En face de nous, une des meilleures divisions allemandes comportant plusieurs unités de SS, tous équipés d’une tenue blanche (pour la neige) et réversible. Quel contraste avec nous ! Et quel drôle de réveillon que celui de cette première nuit de 1945 !

Le 6 janvier, c’est l’attaque générale sur tout le front, à l’issue d’une grosse préparation d’artillerie. Nous sommes à l’extérieur de Dambach, couchés, le nez dans 30cm de neige.

Le 8 au matin, les tirs de l’artillerie s’étant calmés, le Lieutenant DANAUD désigne le groupe SAÏDOUN (toujours lui...) pour une patrouille destinée à repérer la position des soldats allemands les plus proches. Je suis le seul "Francaoui" ! Nous avançons en direction de Scherviller , les uns derrière les autres, à un ou deux mètres de distance.

Après vingt minutes de marche, nous arrivons à proximité d’un bois - 150 mètres environ - lorsqu’une volée d’obus de mortiers, tirés de ce même bois, s’abat sur nous (comme camouflage dans la neige, il y avait certainement mieux que nos capotes kaki et nos casques anglais !)

Nous plongeons dans un fossé : je suis touché au pied gauche (le talon de ma chaussure a disparu...) en même temps que je ressens une vive douleur au genou droit (ménisque brisé). Tous les tirailleurs se relèvent et SAÏDOUN me dit " Li Toto, t’y encore blessé. T’y reviens vite, hein ? ".

Je rentre en clopinant et suis dirigé sur "l’hôpital léger" de Sainte Marie aux Mines avant de rejoindre Dijon où je suis opéré du talon et du genou blessés.

Que dire ? Rien, sinon que je laisse mes camarades tirailleurs dans la neige et le froid... " Mektoub" ! comme ils disaient souvent...

René PETITOT
Caporal de voltige - 2e section - 4e Cie - 22e BMNA- 1e DFL

VAR MATIN 19 septembre 2012 - Interview de René Petitot "René Petitot veut rendre hommage à ses compagnons d’armes"

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