Dominique BRANDUCCI (RFM), le "fusilier marin au coeur tendre" : Campagne d’Italie - D’Albanova à un certain pont, sur le Garigliano (avril-mai 1944)

Nous nous faufilons sur des sentiers ou juste passe nos scout-cars avec du mal s’il fallait faire demi-tour ; quand le soir nous arrive plus nous approchions plus le bruit des obus et des fusils mitrailleurs se faisait proche ; heureusement un adjudant est là avec sa radio et qui a eu le reflex de reconnaître nos voitures ; nous pria vite de faire demi-tour car en villégiature comme nous allions, nous étions directement sur la première ligne du front, en un mot le contact avec l’ennemi était fait.

Sans que ce fut fait exprès : KERMADEC sur sa carte s’était un peu trompé de sentier, car son ordre de mission était de regagner le Pont du Garigliano et de remplacer le régiment de SPAHIS, qui étaient fatigués ; il y avait de quoi, les braves avaient pris la position la plus importante face à la ligne Gustave et le Mont Cassino. Depuis une semaine déjà, tant bien que mal, comme le soufflait l’Adjudant ; faite pas trop de bruit : nous voilà rebroussant chemin et dès que nous fumes assez écartés du bruit qui nous avait réchauffé, Kermadec nous pria de mettre le pieds a terre et monter la garde pour la nuit.. Nous étions complètement sur la gauche de notre future position.

Très cher lecteur, je vous ai promis de ne pas vous entraîner dans des batailles rangées ni dans des corps à corps, si bien dépeints par Monsieur le général René Chambe, dans son livre sur la bataille du Garigliano, ce dont je lui reproche de mettre trop la 1e DFL en réserve.

Au matin dès que ce brave JAOUEN nous eut chauffé le café, les cartes bien étudiées Kermadec nous pria de faire fissa et cette fois de veiller sur tout ce qui bouge ; nous ne sommes pas loin de notre Position ; nous longeons une pinède et soudain TADDEI s’écrit : hé ! les gars on est visé, je viens de recevoir une balle sur ma crosse ; un coup de chance provisoire, car il sera blessé à mes côtés bien plus loin et plus tard.

C’était sûrement un tireur d’élite planqué et qui comme ils avaient les ordres et l’habitude, ils décrochaient aussitôt : mais quelle chance c’est presque l’heure du repas ; un grand espace nous en réjouit l’idée d’un petit repos ; mais voici des gars du Spahis qui viennent courant : planquez-vous non d’un chien ; vous êtes en plein observatoire, heureusement que les nuages nous en protègent et puis délaissez les véhicules ici, vous ne pouvez plus avancer avec ; nous nous chargeons de les ramener pour plus tard, dès que vous en aurez besoin . C’était tout de même bien organisé n’est-ce pas cher lecteur.

Provisions de munitions en premier, provisions de repas froids, nous sommes séparés en section ; PIETRI nous fis ses adieux car il partait avec Kermadec ; ma Section sous les ordres de S/M ANTOINE a reçu l’ordre de se dépêcher de traverser un pont que nous rencontrerons sur la droite. Sacs au dos (œuvres-sac anglais) pleins à craquer, une couverture pour l’instant je revivais à part le manger, presque, le même instinct qu’à la Discipline) ; nous atteignons le pont sous le bruit des obus qui éclatent assez loin de nous et certains de nous apprendre par leurs : Vsiiiiiiiiiiiiiiiss : Plaouf, qu’ils ne nous étaient pas destinés ; on en apprend hein ! des choses à la guerre.

Pour aborder ce pont un sentier muletier, en donnait l’accès mais complètement à l’équerre de part et d’autre ; quand a le traverser il n’aurait pas fallu être côte à côte à deux ; des refuges permettaient en cas de passage d’un cheval, de s’y glisser afin de ne pas être écrasé vu qu’il doit faire un mètre de large trottoirs compris.

Une fois ce pont dépassé, (Je reviendrai sur ce pont très bientôt) nous nous installâmes dans une baraque en pierre écrasée par endroit, par quelques obus perdus ; pour remplacer les gars Spahis qui attendaient notre venue avec impatience, car nous avions un jour de retard.

Avant de nous laisser à cette nouvelle demeure, ils nous expliquèrent qu’ils se retiraient là dans la journée, sans oublier d’être vigilants par rapport à des patrouilles qui cherchaient à s’infiltrer même de jour : parce que nous étions obligés de nous planquer le jour afin de ne pas être repérés par l’observatoire d’en face ; mais que le soir il fallait reprendre place dans les trous qu’ils avaient préparé spécialement pour eux et dont ils nous les désignèrent.

Ce fameux Pont dit du Garigliano, mérite une petite attention, et un certain retour en arrière, à l’école.

Histoire de France qui était peut-être la seule chose que me plaisait, j’aimais énormément m’attarder sur : Duguesclin, Jeanne d’Arc et le Grand Chevalier sans peur et sans reproche : Bayard !

Je me souviens toujours de mon livre d’histoire du cours moyen, qui en donnait une image précise de ce fameux Pont du Garigliano ; et de mémoire je revoyais mon Chevalier Bayard, jeter par-dessus le parapet toute une armée ; je comprends fort bien de nos jours sa force, son courage, mais en voyant ce pont, je comprends qu’il n’est pas impossible que Duguesclin , avec sa hache, aurait pu en faire autant sinon plus puisqu’il est impossible de passer à deux ; avec une lance très longue et un entraînement qu’avait acquis le Chevalier Bayard, ça pouvait donc être facile, de là son renom de Chevalier sans peur.

Contentez-vous de ce dessin de mémoire des lieux que je n’ai plus eu l’occasion de revoir. Merci

Cette baraque, c’est là où le Lt Kermadec c’est en un mot le P/C à flanc de coteau plus bas le chemin par lequel nous sommes arrivés sacs au dos et qui donne accès au Pont

Ces 2 trous sur plateau perché du PC, appartiennent à PIETRI, FIESCHI, SERRA et MARIOTTI : c’est à la fois un observatoire la maison invisible d’en face ou se trouve la ligne Gustav très renforcée et qui nous domine par ses falaises très abruptes

Sur ce dessin des mémoires d’homme ; quelques anecdotes sont à dire sans devoir ennuyer votre esprit ; mais écoutez les, cher lecteur : elles ne peuvent que vous faire rire.

Dans ces trous, creusés par nos prédécesseurs les Spahis, le soir nous prenions position ; sur le dessin bien complet, vous voyez là-haut le PC tenu par Kermadec et ses hommes dont certains sont nommés.

De mon trou désigné on aperçoit la baraque a contre flanc où ils attendent le jour. Hé ! bien, figurez-vous qu’au bout de 15 jours bien que nous pouvions sommeiller dans la journée, nous y étions a deux.

C’est un soir que vers minuit environ, le Q/M Maiffredi mon chef de voiture (la jeep) se prit à faire une ronde à savoir si tout allait bien ; mais tout allait mal ; car ayant pris la garde le premier ; il me fallait tenir éveillé jusqu’à 2 heures du matin, le Q/M devait venir m’en aviser ; mais je m’étais endormi a force d’entendre le bruit de l’artillerie lourde qui tonnait a vous endormir tant on y était habitués chaque soir et même le petit ronflement du copain qui en ajoutait à mon envie de dormir : Ho ! la, la, la ; Maiffred i vint à s’approcher de notre trou sans bruit et voyant que je pionçais me fila une gifle, et voyant que je reprenais ma carabine me cria arrête, c’est moi qui t’ai giflé parce que tu dormais, vas y tire si tu as l’envie.

Mon ami, BUTTAFOCU réveillé de même, calma son esprit en lui disant que c’était depuis une heure qu’il aurait dû me remplacer ; c’est vrai en plus, car nos heures de garde étaient de six heures chacun ; soit de 19 heures le premier quart jusqu’à 1 heure du matin, l’heure à laquelle Maiffredi devait me réveiller en principe : et de 1 heure du matin à 7 heures, moment où nous devions recevoir l’ordre de nous réfugier sous les arbres où dans la maison a demi en ruine.

Ho ! la, la, ! le lendemain tous étaient déjà au courant de ce qui m’était arrivé dans la nuit, ce qui m’avait coupé le sommeil complètement.

Et le S/M Antoine de surenchérir ; il y en a qui vont être assis sur la peau de bouc ; (la peau de bouc, j’ai jamais sur ce que cela voulait dire) ce qui me faisait craindre le pire.

Tout cela pour avoir fait trois rêves dans mon enfance. Ho !là,là.

Ce n’était pas tout, quelques jours plus tard ; avec un saco du nom de RUELLAND ; nous décidâmes un après midi, d’aller faire un tour en amont pour essayer d’attraper quelques truites, sans trop nous éloigner, nous débouchons sur un terrain cultivé, et a une cinquante de mètres une maison comme beaucoup de celles que nous rencontrons en Italie sur les bords des fleuves toutes en pierres rondes et chalbées de terre d’argile.

Nous nous en approchons par curiosité d’y trouver une femme où une âme qui vive, puisqu’il y a bien une ânesse qui rode avec son ânon. Et en entrant on découvre, trois petites truites fraîches sur la huche, un léger bruit attire l’attention de Ruelland ; il pense qu’il y a âme qui vive au-dessus, bien que la maison soit percée dans tous les sens par des obus ; il grimpe en vitesse et personne. On pense que c’est un chat ; nous redescendons et les petites truites ont disparues, que faire, on réfléchit un moment ; ; et si c’était des Frizz planqués pour nous surprendre le soir, où des tireurs d’élites ; comment faire s’ils nous attendent dehors ; je suggère de sortir le premier et aussitôt à l’abri je le couvre, vite dehors je me mets à l’abri et lui dis d’en sortir prêt à foncer vers notre groupe, tous deux hors de danger en route nous nous rions de peur ; on aurait pu être prisonniers sans pouvoir avertir les copains.

Je ne sais où je me procuré des noisettes ; mais j’en ai mis plein ma poche pour ce soir ; ainsi en mangeant je ne m’endormirai pas.

Pourquoi avais-je choisi moi-même le premier Quart de veille ; parce que mon ami de trou préférait le second sans malice, et je lui ai laissé le choix par gentillesse (Le Fusilier au Cœur tendre).

Ce soir, l’envie prend à kermadec de faire une patrouille et vint à passer sur le Pont juste en dessous ma position. Si vous vous reportez à mon dessin vous apercevez des arbres qui forment un rideau qui nous protège d’être plus près du bord, du plateau à une hauteur de 5 mètres environ au-dessus du Pont ; Eh ! bien malgré que mon trou se trouve a surplomb de ce pont que j’admire certain soir de clarté ; ce soir malheureusement je n’ai rien vu ; ni la patrouille, ni même entendu le moindre bruit de pas. Et le lendemain j’ai reçu les ordres du S/M Antoine , d’aller au PC de kermadec pour y être puni.

Arrivé devant Kermadec, le brave homme s’écria encore Toi ! mon Lieutenant je ne me suis pas endormi cette fois, le S/M Antoine m’en veux toujours de ma discipline et la moindre petite erreur il en fait une montagne et me parle d’être assis sur la peau de bouc ; Ho ! la, la.

Hé ! cher lecteur, vous avez vu comme je réponds à kermadec : et ce brave homme de reprendre ; c’est moi même qui ai porté le pet ; car au-dessus du pont je ne sais si c’était toi, mais pendant 10 minutes que nous sommes restés sur le pont on entendait un maniement de culasse.

Ce qui laisserait à penser que tu voulais attirer l’attention de l’ennemi ; je remarque que c’est encore Toi, que vais-je faire ; te renvoyer à l’arrière ; et comme je lui ai demandé d’aller voir dans le trou, qu’il y trouverait plein de noisettes cassées que j’avais mangé pour ne pas m’endormir ; le Q/M Maiffredi après avoir reçu l’ordre d’aller constater mes dires, inscrivit sur le rapport la justification du motif et rendit compte à Kermadec qui s’écria : je suis content pour toi, allez va ce n’est rien.

Excusez-moi cher lecteur ; si vous trouver trop d’intimité d’avec nos supérieurs, mais 1 c’est pour éviter d’avoir à écrire quelques mots mais aussi pour vous faire remarque, qu’il y a quand même une amitié dans notre escadron ce qui me réconforte personnellement : vachement : Car je ne tenais pas à être accusé : d’Intelligence avec l’ennemi, tiens ! Du coup je me souviens que ce S/M alsacien s’appelait par : deux prénoms ( Antoine Nicolas) il me prenait pour une tête de pipe.

Dieu, me protège et heureusement que Kermadec est là pour me raisonner. Il le faut pour que je puisse continuer avec vous, afin de toujours prouver qu’il faut que mes rêves se réalisent et que la prière que je vais recevoir, Tue ou Sauve ; (c’est la prière du St Sépulcre).

Entre celles que la Guerre laisse derrière nous, vous trouverez que mon destin est semé de beaucoup de croix ; nous venons malheureusement de perdre notre ami et compatriote Fieschi, qui surpris par des tireurs a succombé à ses blessures ; paix à son âme.

Entre le départ de Bone (Tunisie) le stationnement dans l’attente de notre matériel a Albanova, et la prise de contact avec l’ennemi, il s’est écoulé au moins trente jours, quant à nous du 3e Escadron cela fait aussi trente jours que nous avons hérité de cette position.

Ce n’est pas le repos, ce n’est pas non plus la Guerre, à part quelques batterie fort éloignées, nous rappelle le moment ; et tenez-vous bien ces allemands, ces Fritz comme on les appelle ; il y a deux jours ils ont essayé de faire une percée au confluant de la rivière qui passe en dessous notre pont et l’embouchure du Garigliano ; le sol ayant été par endroit miné, un des leurs a sauté, après une accalmie, ils ont eu le courage et le culot de revenir chercher leurs blessés durant la nuit. C’est vous dire que l’on n’est jamais à l’abri exactement.

Tiens ! Que se passe-t-il ; il n’y a plus de secret pour personne, pour moi non plus ? Le bruit court que le 10 mai sera la Grande Offensive et qu’il nous faudra passer de l’autre côté à la nage malgré le Garigliano en crue ; ce soir il faudra doubler de vigilance me signala le Q/M Maiffredi, j’ai compris l’allusion, son regard disait long.

Mais au lieu de reprendre notre position habituelle à la monotonie persistante, ce même soir avons l’ordre de rester à la baraque (maison) de ramasser notre bardas, et d’attendre le passage de kermadec. (deux mots en passant sur l’ânesse et son ânon) la pauvre ânesse qui venait chaque soir par habitude du temps de son maître, depuis trois jours elle rôde autour de nous comme pour nous demander, si par hasard on aurait pas vu son petit : csucciu : hélas par manque de viande autre que les rations américaines, il avait fini dans les marmites de Jaouen et paraît-il que kermadec, s’en est léché les babines.

Pas de croix pour ce petit ânon qui a servi quand même à la Patrie. La guerre étant la guerre, il nous faut donc nous tenir prêts à tout. A en croire l’arrivée de kermadec en tête de son équipe, je crois que ce soir nous sommes le 10 mai ; car depuis deux jours les canons de chez nous non pas arrêtés une seconde ; c’est un roulement de tonnerre infini.

Nous rejoignons son effectif sacs au dos et nous empruntons le petit chemin que vous apercevez sur mon dessin à droite et qui nous mène en contre bas de notre position vers le Ct BARBEROT ; salut les gars ; un peu de patience, faite bien attention, tenez-vous fort car il y a un peu de remous ; il nous tendit la main pour nous aider à embarquer sur un radeau pneumatique relié par un câble à l’autre rive ; la nuit est assez claire et l’on voit d’autres radeaux un peu plus loin qui retournent à sens inverse avec rapidité.

Nous avons atteint l’autre rive sans mal ; les gars du génie ont choisi l’endroit pour débarquer.

On est prié de ne pas rester là et de se faufiler à travers les futaies des champs ; et bien que tout ce passe en silence et discrétion le petit Ruelland , reçoit une balle perdue sur son sac sans aucun bobo. Mais quelle coïncidence, il aurait pu la recevoir au visage.

L’escadron est là au grand complet ; tiens ! Mes deux camarades ANTONINI et GIANMARCHI, quel plaisir de se retrouver ; pas pour longtemps car nous sommes tenus d’inspecter nos carabines, voir si les chargeurs sont pleins et si nos grenades sont bien à la ceinture.

Si par hasard les allemands avaient su que nous avions traversé le Garigliano à cet endroit ils auraient fait un massacre.

Alors en attendant le retrouver nos véhicules, il faut vite nous déployer par groupe ; tiens et le Lt SALIOU, qui donne des ordres à Buttafocu d’avancer en lui soufflant chair à canon ; était-ce pour rire, mais notre compatriote ; Buttafocu lui a jeté un regard en murmurant ( da chui a pocu ada vèra quai adda essa a cari a canonu ) chut : secret militaire.

Dominique BRANDUCCI

 
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