FRUCHAUD (Med Col) Henri

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Grade : colonel

Unité : SANTE - Spears

 

Français Libre

Voir ses décorations

  • Commandeur de la Légion d’Honneur
  • Compagnon de la Libération
  • Médaille Militaire
  • Croix de Guerre 1939-1945 avec 2 citations
  • Croix de Guerre 1914-1918 avec 4 citations
  • Médaille Coloniale avec agrafe "Libye"
  • Médaille Coloniale avec agrafe "Erythrée"
  • Médaille de Saint-Georges (Russie)
 

À propos

Lieu de naissance : Angers

Profession : liberal

Ralliement : londres (juil.-40)

Lien compagnons

 

Écrits

Le docteur Henri Fruchaud, ancien professeur de clinique chirurgicale à Ecole de médecine d’Angers, médecin-colonel du cadre de réserve, Commandeur de la Légion d’honneur, Compagnon de la Libération, Médaillé militaire.

Tous les Français Libres du Levant conaissaient le médecin-colonel Fruchaud, l’un des premiers qui rallièrent le général de Gaulle dès juin 1940.

Né à Angers le 16 juillet 1894, issu d’une famille de médecins, il avait fait de brillantes études à la Faculté de médecine de Paris, avait été interne des hôpitaux de Paris, chef de clinique et professeur de clinique chirurgicale à l’École de médecine d’Angers.

Nombreux sont ses travaux publiés ; et d’autres, en d’autres lieux, sauront rendre hommage à son oeuvre scientifique. Il était membre de l’académie de chirurgie.

Mobilisé comme chirurgien en 1939-40, Fruchaud avait déjà fait ses preuves pendant la Première Guerre.

Parti comme infirmier avec un régiment d’infanterie en 1914, il avait servi dans la troupe pendant toute la guerre en franchissant tous les échelons.

Sa conduite courageuse lui avait valu plusieurs citations élogieuses et la médaille militaire.

Notre première rencontre date de mai 1941, lorsque j’allai à Suez accueillir les camarades du Service de Santé F.F.L., revenant de la campagne d’Erythrée où il dirigeait le groupe sanitaire de la brigade française d’Orient.

Souffrant encore d’une fracture du calcanéum qu’il s’était faite pendant cette campagne, passionné par le travail de chirurgien aux armées, brûlant du désir de servir, il se met immédiatement en route pour rejoindre la formation Hadfield-Spears qui a été dirigée dès son débarquement au camp de Sarafand, en Palestine.

C’est à Sarafand qu’il prend contact avec la formation dirigée par Mme Spears et aussitôt son esprit d’organisation et son tempérament chirurgical commencent à se manifester, sans éviter les heurts avec la directrice qui, elle aussi, possédait une forte personnalité. J’ai dû intervenir plus d’une fois pour aplanir les difficultés.

Au moment des opérations de Syrie, il installe son service de chirurgie à Deraa, dans cet ancien poste frontière de la Syrie et de la Palestine et, après l’occupation de Damas, il part pour y déployer sa formation, prenant soin en même temps des blessés de l’hôpital militaire de Verbizier.

Beyrouth est l’étape suivante où, à l’hôpital Saint-Charles Borromée , il commence à former et à rôder son équipe destinée aux futures cam-pagnes de Libye, de Tunisie et d’Italie.

Travaillant sans arrêt, enseignant aux jeunes sa vaste expérience chirurgicale, Fruchaud fait construire les premiers camions chirurgicaux où le maximum de confort et d’espace est réservé aux futurs blessés. Une fois déployés, ces deux camions juxtaposés constituaient une cible trop voyante pour l’aviation ennemie, notamment en terrain désertique.

Nos aviateurs l’appelaient La Chapelle tellement elle était un point de repère pour eux.

Lors du siège de Bir-Hakeim ils furent du reste détruits pendant un bombardement aérien.

Il fallait voir Fruchaud à Bir-Hakeim, assis dans une tranchée individuelle, un véritable trou plein de cette poussière fine du désert de Libye, rédigeant sur ses genoux son tome I de Chirurgie de guerre, publié ultérieurement avec beaucoup de difficultés en 1943, à Beyrouth.

Ce fut le premier traité de chirurgie de guerre de la Seconde Guerre mondiale.

Ce n’est pas l’endroit d’analyser cet ouvrage, mais il révélait son don d’observation et sa vaste culture chirurgicale et surtout son expérience de la chirurgie de guerre et de traumatologie. Anatomiste distingué, opérateur adroit de grande classe, ayant des vues très justes sur la biologie des plaies de guerre, très au courant de l’anesthésiologie moderne et de la transfusion, ce grand chirurgien obtenait le maximum de guérisons après ses interventions conservatrices. Enseignant et se perfectionnant lui-même sans cesse, il ne partageait pas toujours les points de vue des chirurgiens de l’armée britannique.

Opérer le blessé le plus tôt possible, le plus près des lignes, lui éviter les longs transports si meurtriers à cette époque, dans ce théâtre d’opérations aux lignes de communication très longues et pénibles dans un climat peu clément , telle était sa doctrine, alors quelque peu révolutionnaire.

D’un caractère entier, peu enclin à la bienveillance envers ceux qui ne connaissaient pas leur profession, Fruchaud refusait d’admettre la fatigue malgré des crises d’asthme qui ne faisaient qu’empirer dans ce désert sans pitié. Il fut obligé de retourner au Liban peu de temps avant la bataille de Bir-Hakeim.

Il revient en Algérie en 1943, où il pré-pare à nouveau la formation chirurgicale avancée mise à la disposition du corps expéditionnaire par M. Catroux et il part pour la campagne d’Italie. Deux nouvelles citations seront ajoutées à celles déjà obtenues en 1914-1918.

Après un passage à Londres, où il se met au courant des méthodes récentes d’anesthésie et de réanimation, il retourne en Syrie pour prendre la chefferie de l’hôpital français Saint-Louis, à Alep.

Professeur de clinique chirurgicale à l’École de médecine d’Angers avant les hostilités, Fruchaud ne reste pas en France après la guerre. Séduit par l’Orient et aussi par le travail à y faire, il se fixe à Alep où il dirige l’hôpital français, opérant tout le Proche-Orient, faisant connaître la chirurgie française et maintenant très haut le prestige de la France et de la France Libre.

Très estimé, il est un des rares Français à pouvoir circuler librement après le changement de régime en Syrie.

Cependant, il a de nouveau des difficultés et maintes fois, lors de ses derniers passages en France, il vient me faire ses confidences.

Il ne veut plus rester en Syrie et finalement il quitte Alep.

Il a 65 ans et doit se créer une nouvelle situation, soit en Algérie, soit en France. Les difficultés de s’imposer après cette longue absence, les difficultés matérielles pour réaliser un centre de chirurgie ne l’effraient pas. Il frappe à beaucoup de portes mais, en dehors de quelques anciens F.F.L., il trouve peu d’appui pour une oeuvre d’envergure dans le Sahara et doit abandonner ce projet.

Invité par le gouvernement iranien, il part à nouveau et revient sans pouvoir envisager de prendre le service de chirurgie à Schiraz. Il remplace un de ses parents qui dirigeait une clinique de chirurgie à Poitiers.

Une seule chose l’intéressait, la chirurgie. Sa distraction : les beaux livres qu’il possédait, la littérature et la musique classiques. Son dernier livre écrit à Alep, Anatomie chirurgicale des hernies de l’aine, Doin 1956, est autant un chef-d’œuvre de chirurgie que d’art.

Il n’écoutait pas les conseils de ses amis et il n’a pas su se ménager. Les voyages fatigants, ses préoccupations quant à sa situation ont ruiné sa santé, sans jamais atteindre son moral et son courage.

Une hémorragie cérébrale le frappe en plein travail et, après un séjour de plusieurs semaines dans un hôpital parisien, il retourne dans sa propriété à Brunoy où je l’ai revu hémiplégique et amaigri, le sourire aux lèvres, quelques semaines avant qu’il ne nous quitte. Le dévouement des siens a adouci ses derniers moments et son départ s’est fait sans qu’il en fut conscient.

Un grand seigneur de la chirurgie n’est plus, un Compagnon de la Libération nous a quittés, un Français Libre, qui a fait beaucoup pour les combattants dont beaucoup lui doivent et leur reconnaissance et leur vie. Un ami fidèle pour ceux qui le connaissaient et savaient apprécier sa vaste culture, sa finesse et sa personnalité pleine de charme et très entière.

Dès qu’il fut averti du décès survenu le 11 août, le général de Gaulle a fait parvenir, de Colombey, une lettre à M. Fruchaud, lui exprimant toute son émotion pour la disparition d’un de ses premiers compagnons.

Aucun hommage n’eut pu être plus sesible à notre ami.

Il fut enterré à Trémentines (Maine-et-Loire), le 13 août 1960, à côté de son père, le docteur Henri Fruchaud, natif de ce pays de Vendée.

Il ne reste plus qu’à nous incline devant la grande douleur de sa femmi et de ses enfants et de garder intact le souvenir de celui qui fut l’un de nous, et l’un des meilleurs.

Médecin général inspecteur REILINGER

Revue de la France Libre n°128 septembre-octobre 1960

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