GUFFLET René

29/01/1911

Grade : capitaine

Unité : RA

 

Français Libre

 

À propos

Lieu de naissance : versailles

Profession : liberal

Ralliement : palestine (juil.-40)

Lien compagnons

Mort pour la France

Lieu de décès : Libye

Sépulture : Libye

 

Écrits

QUI ETAIT RENE GUFFLET ?

La belle cérémonie militaire, à Monthléry, le 28 juin dernier, me donne l’occasion d’évoquer la mémoire d’un des artilleurs qui a donné, ce jour-là, son nom de baptême à l’un des véhicules de commandement : René GUFFLET.

Né à Versailles le 30 janvier 1911, Gufflet était le onzième d’une famille de quatorze enfants. Parents admirables qui accueillaient chaque enfant comme un don de Dieu. Enfance limpide d’un garçon gai, joyeux, disant toujours la vie est belle . Louveteau puis scout, il avait fait sienne leur devise Servir mieux et être prêt.

Scolarité facile, entrée à Polytechnique, sotie dans l’Artillerie. Deux ans à l’école d’application de Fontainebleau. Lieutenant, il est affecté, le 1e octobre 1935, au 12e régiment d’artillerie, à Haguenau.

Une proposition du Directeur du Canal de Suez, alors qu’il était fiancé, l’amène à démissionner de l’armée pour partir au début de 1937 à Ismaïlia comme ingénieur. La vie de rêve pour un jeune ménage !

Arrive la mobilisation. Et le Lieutenant de réserve Gufflet est rappelé et envoyé à Damas. Le rejoignant avec nos deux enfants, je fus témoin de ce qui se passa en juin 40, lorsque nous apprîmes, dans le salon de l’Orient Palace, parmi une quarantaine d’officiers de la garnison, la triste nouvelle de l’armistice. Des larmes coulaient sur beaucoup de visages.

René se tourna vers moi et me fit partager sa décision. Puis, rompant le silence, il déclara à l’assemblée : Puisque nous ne sommes pas en France, nous pouvons continuer la guerre . Un seul autre officier fut de cet avis. Tous deux partirent quelques jours après rejoindre les troupes anglaises en Palestine. René est arrêté à la frontière, renvoyé à son unité puis démobilisé. Il retourne à Ismaïlia.

Le directeur du Canal de Suez en Egypte, le baron de Benoist, rallié de la première heure au Général de Gaulle, promet à Gufflet qu’il pourra repartir à la première occasion qui se présentera de continuer la guerre, et lui confie, en attendant, la tâche du déminage du canal, en l’envoyant à Port Fouad, dans les ateliers généraux.

Gufflet fait là, aux côtés des anglais, un travail qui le passionne.

Survient la dramatique campagne de Syrie. C’est l’occasion pour le lieutenant Gufflet de repartir, il arrive à Beyrouth à la fin de la campagne. On l’envoie au parc d’artillerie. Refusant cette planque, il apprend qu’un jeune commandant crée à Damas un régiment d’artillerie et décide de le rejoindre.

Sa rencontre avec Laurent-Champrosay le convainc que c’est là qu’il doit être. Au récit de ce que Gufflet avait fait depuis l’armistice, Laurent-Champrosay comprend qu’il peut lui confier une batterie. Très vite, Gufflet est nommé capitaine, commandant la 3e Batterie. Une profonde amitié naissait entre ces deux hommes, si proches par leur même certitude de la victoire, leur même élan pour sauter les obstacles et leur profonde Foi chrétienne.

Le 1e Régiment d’Artillerie est affecté à la 1e Brigade Française Libre commandée par le valeureux Général Kœnig. Il leur faut encore cinq mois pour récupérer sur place et remettre en état le matériel nécessaire à l’équipement de la brigade. Enfin, le 30 décembre, la Brigade, flambant neuve, prend la route du Caire pour rejoindre la VIIIe Armée Britannique à Tobrouk. Elle y reçoit l’ordre de s’installer à Bir Hakeim.

Gufflet m’écrit alors : Pense à toute l’espérance que notre seule présence sur le front de Lybie peut apporter à tant de femmes et d’enfants dont les maris ou les frères sont prisonniers en Allemagne ! Ne serait-ce que pour cette raison, et il y en a tant d’autres, cela vaut la peine d’accepter la séparation, les vents de sable, l’inconfort, la solitude... J’attaque cette semaine d’un pied ferme, sûr que notre division a choisi la bonne voie et sera récompensée par l’espérance que la France souffrante met en notre poignée de soldats qui la représentent puisqu’ils n’ont jamais cessé la lutte .

Le 10 juin 1942 arrive l’ordre du Général Kœnig de sortir de Bir Hakeim dans la nuit. Gufflet se dresse hors de son véhicule blindé pour s’assurer que sa batterie suit.

Les tirs allemands deviennent serrés. Au Lieutenant Gorlin qui conseille à son capitaine de se rasseoir, Gufflet répond : Toutes les balles ne tuent pas. Et du reste ma petite-fille du ciel me protégera . Il meurt aussitôt, frappé d’une balle en plein cœur. C’était le 11 juin 1942.

René Gufflet mourut comme un héros de légende.

En plein bonheur du devoir accompli, tout à la joie de regagner bientôt le Canal de Suez pour revoir Philippe, son fils aîné et accueillir d’un jour à l’autre son troisième enfant. Ce sera un garçon, François Xavier, qui aura Laurent-Champrosay comme parrain.

René Gufflet reçut la Croix de Guerre avec la citation suivante :

Par ses feux constants rapides et ajustés, par la violence de ses tirs de contre batteries et par les lourdes pertes infligées à l’adversaire, a largement contribué à la résistance de Bir Hakeim .

Sa croix de guerre me fut remise par le Général Kœnig en octobre 1942. Je reçus plus tard, au Caire, Sa Légion d’Honneur et sa Croix de la Libération.

Au terme de ce bref récit de la vie trop courte de René Gufflet me revient comme l’un des moments les plus beaux et les plus émouvants de cette période de guerre, lors d’un survol en rase motte, à petite vitesse, dans un avion militaire piloté par le Colonel Lionel de Marmier, héros de l’aviation FFL, la vision de la 1e Brigade Française Libre, si belle’, si fière dans ses habits neufs !

La marraine du 1e R.A., ex Madame Gufflet.

L’artilleur de la .F.L n°19 novembre 1989

Jean Mathieu BORIS, témoigne de la sortie de Bir Hakeim...

Et nous voici au soir de la sortie ; on sort silencieusement dans la nuit… Tout va bien d’abord. Mais peut-on avoir l’espoir de traverser l’encerclement ennemi sans être signalé ? Une fusée monte… Rien de grave ! Puis une petite rafale de mitrailleuse. Rien de grave encore ! Mais soudain, vingt rafales la suivent,cent fusées montent au ciel et mille balles traçantes déchirent la nuit dont on ne peut s’empêcher de les trouver jolies.

Le capitaine Bricogne décide d’aller neutraliser une mitrailleuse qui fait beaucoup de dégâts ; il part avec une musette de grenades ; on ne devait plus le revoir. Pendant la sor tie, je suis à plat ventre sur l’arrière de l’automitrailleuse sans tourelle qui servait d’observatoire pendant les Jock columns . Le capitaine Gufflet, commandant de la 3e batterie, est debout dans l’AM devant ma tête, il y a un type accroché sur mon dos et un légionnaire à ma droite, également à plat ventre. Nous fonçons à travers des tirs de mitrailleuses. Et puis d’un coup, je reste seul : le capitaine a reçu une balle dans le cœur et mes deux voisins sont tombés, une rafale les a fauchés tous les trois et je suis indemne. Un peu plus tard, j’attrape et hisse à côté de moi un homme qui court, le visage en sang, méconnaissable. Je lui dis : " T’es blessé mon vieux ? avant de reconnaître que c’est le colonel Masson, l’adjoint de Koenig, dont la voiture brûle un peu en arrière.

Extrait des mémoires de Jean-Mathieu BORIS (RA)

REMERCIEMENTS, par François Xavier GUFFLET

Ce texte est extrait d’une lettre adressée par l’auteur au général Robert Bresse.

Sa publication a reçu l’accord des deux parties

Bravo et merci pour la parfaite organisation de ce pèlerinage à Tobrouk. 
J’ai particulièrement apprécié la journée sur le site de Bir Hacheim.

Soixante-dix ans après, le paysage que nous avons découvert était exactement le même que celui que découvrirent les soldats de la Brigade Française Libre, quand ils arrivèrent sur la position, le 15 février 1942, et que le général Koenig décrit ainsi :

Pas un arbre, pas un palmier, rien, que de la pierraille parsemée de touffes desséchées… Le paysage était désolé et sévère.

Et dans tous les azimuts à la ronde, pas une butte, pas un monticule, rien que la ligne parfaite, ininterrompue de l’horizon.

Ah ! si seulement nous avions pu arriver en pleine nuit ! Un pareil site, totalement dégagé, doit être un observatoire sans égal de la plus complète voûte étoilée. Tous les combattants devaient en être émerveillés. La nuit n’est-elle pas le plus beau cadeau du désert, avec son silence, sa fraîcheur et ce milliard d‘étincelles, comme un feu d’artifice très doux qui ne finirait jamais. Papa, fusillé debout en pleine nuit, a contemplé, à son dernier instant, ce plus beau des spectacles, et son coeur simple a dû être rempli de joie par ce reflet d’éternité.

Il est juste qu’ils fussent ainsi comblés, eux qui ont tout donné.

Un grand merci à vous, les anciens de la France Libre, et, à travers vous, à tous ceux qui sont morts au combat, à ceux qui ont une tombe et leur nom de gloire inscrit sur la petite croix blanche, à ceux qui ont une tombe sans nom de gloire, ces inconnus, mais avec une adresse, à ceux enfin, les plus discrets, qui n’ont ni tombe, ni nom de gloire, ni adresse nulle part ou venir les honorer, mais dont un coeur éveillé peut entendre la voix portée jusqu’à nos villes par le vent du désert qui se lève à nouveau.

Car c’est bien lui, le vent, qui les a, le premier, enseveli dans son manteau de sable, lui qui a recueilli leur dernière parole enveloppée dans leur dernier souffle, lui qui sait bien que le mort vit, puisqu’il expire, lui donc qui reste le fidèle messager de leur vie qui ne cesse jamais.

Ô mon ami le vent ! Ô toi le plus fidèle et qui sait tout cela ! Va dire à nos parents, là-bas dans le désert, quand ta brise à nouveau caressera leurs tombes, que ton souffle est le nôtre et le leur à la fois et demeure toujours le souffle de la vie.

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Citations

L’itinéraire d’un Français Libre, par Jean-Mathieu BORIS