Strasbourg, par le Général Saint Hillier

MARCHE DE LA 1e DFL- V

"Voici Lyon, seconde capitale,
le pays du Général BROSSET.

Poursuivant notre marche infernale,
Sur les Vosg’s il fallut se placer ;

Et de là vers la plaine d’Alsace,
Que le boch’ aurait voulu garder,
On fonça dans ce désert de glace
Jusqu’au Rhin...encor ça bardait !"

STRASBOURG

Au moment où les impératifs stratégiques posaient au Commandement Suprême le problème de la conservation de l’Alsace, le général de Gaulle avait déclaré L’Alsace est une terre française, l’abandonner serait pour la France un désastre national car l’Alsace lui est sacrée.

Pour garder à la France cette terre sacrée, il était demandé à la 1e Division Française Libre de défendre Strasbourg. Depuis 1940, cette mission, qu’elle devait remplir en ces jours de janvier 1945, faisait partie de ses buts de guerre. Le Colonel LECLERC exprimait une détermination semblable aux légionnaires de la 13e DBLE qui, le 10 novembre 1940 , rendaient les honneurs aux obsèques du Capitaine Despian, tué à Libreville, J’appartiens , dit-il, à la promotion Metz et Strasbourg de Saint-Cyr ; cela me fait un devoir de combattre jusqu’à ce que Metz et Strasbourg soient libres .

En arrivant en Alsace, nous avions aimé l’accueil que nous réservaient les alsaciens, et pendant les combats, apprécié l’aide qu’ils nous donnaient dans la lutte contre le froid et l’ennemi. Nous les écoutions parler de la souffrance qu’ils avaient endurée lorsque l’Allemagne les mobilisait malgré nous . Aussi estimions-nous de notre devoir de ne pas laisser les Allemands réoccuper cette belle province et se venger du patriotisme dont les alsaciens avaient prodigués les preuves .

Rassemblés à Strasbourg, invités par Madame le Maire Traumann et la municipalité, les Anciens de la 1e Division Française Libre ressentent une émotion profonde. Ils se souviennent des souffrances endurées il y a cinquante ans, souffrance que rappelle l’ordre du jour du général Garbay, commandant la division.

Depuis le 7 janvier, notre division se bat sans arrêt ;

Combat d’infanterie dans la neige et l’eau glacée, rencontres de chars, mines, écrasements d’artillerie, angoisse du lendemain, rien des misères et des cruautés de la guerre ne nous a été épargné.

Nos perte sont lourdes, très lourdes, du moins sont-elles à la mesure des résultats obtenus : sauver Strasbourg, que d’autres voulaient abandonner, libérer l’Alsace, cette double mission dont nous avions revendiqué notre part, nous l’avons remplie, intégralement remplie.

Et nos camarades qui reposent dans la terre sacrée d’Alsace ont payé pour nous, le prix d’une des victoires les plus dures mais les plus complètes de cette guerre .

Le 7 février 1945
Le général Garbay

LA DEFENSE DE STRASBOURG -7 JANVIER au 12 JANVIER 1945

Le succès remporté, à la mi-décembre, dans les Ardennes par les forces allemandes provoque le rappel immédiat de la première D.F.L du front de l’Atlantique où elle venait à peine d’arriver. Elle va participer à l’occasion d’un véritable duel en champ clos, à la défense de Strasbourg dont la Ie Armée prend la charge.

Le commandement français, conscient de l’éventualité d’une attaque allemande possède peu de renseignements sur l’ennemi ; il situe au nord de Strasbourg, des éléments importants susceptibles de l’attaquer, et localise une Division peu menaçante au sud de l’Ill. A cet effet, le Général de MONSABERT commandant le 2e Corps d’armée, renforce avec tous les moyens disponibles la 3e Division algérienne, qui s’est portée au début de l’année au secours de Strasbourg. Cette grande unité tient au nord et à l’est de la ville un front de 35 kilomètres, couvert en grande partie par le Rhin.

La 1e DFL parait, en comparaison, favorisée puisqu’elle s’étale sur un front de 50 kilomètres, calme depuis un mois et rien ne laisse présager son réveil. Cependant, la Division a du mettre en ligne toute son infanterie pour obéir à l’ordre impératif du Général de LATTRE , commandant la Ie Armée de tenir à tout prix les villages alsaciens déjà libérés quelqu’en puisse être les conséquences . N’ayant pu, comme elle le voulait, asseoir sa défense derrière l’Ill , la Division a dû s’installer en avant de cet affluent du Rhin, deux bataillons dans une sorte d’entonnoir large de 14 kilomètres que ne barre aucun obstacle antichars.

Le BIMP défend entre le canal du Rhône au Rhin et le méridien de Benfeld les points d’appui de Rossfeld et Herbsheim, ses avant-postes tiennent NEUNKIRCH et WITTERNHEIM .

Le BM 24 entre le Rhin et le canal défend OBENHEIM , avec des avant-postes à BOOFZHEIM. Au nord, deux commandos de la brigade Alsace-Lorraine occupent le centre de résistance de GERSTHEIM .

Pour défendre ce vaste secteur, il a été donné à la Division un renfort en artillerie de trois groupes, un RACAOF, et deux du 67e RA.

Les événements semblent, en effet, confirmer les hypothèses du Commandement Français ; le 5 janvier la situation s’aggrave subitement à quelques kilomètres au nord de Strasbourg . Plusieurs bataillons allemands franchissent le Rhin, à hauteur de BICHWILLER , bousculant les avant-postes américains. Des chars et des canons automoteurs étoffent cet échelon, d’assaut, élargissant la tête de pont, les villages d’OFFENDORF et GAMBSHEIM sont pris, une menace angoissante pèse sur Strasbourg à une quinzaine de kilomètres de la ville.

Dans la nuit du 4 au 5 janvier de la période de calme que vit la 1e DFL est terminée ; sur la journée du 5 s’achève en effet par un bombardement général qui s’abat sur tous les villages de son secteur, pas un n’est épargné. A l’aube grise et froide du 7 janvier, démarre sans préparation d’artillerie, l’opération Sonnenwende. Le 62e Corps allemand dont la mission est d’établir une tête de pont sur l’Ill, après avoir anéanti les forces françaises au sud de la rivière, fonce en direction de ERNSTEIN .

Alors s’engagent, face à la Division, les trois régiments- 305, 326, 328 RI de la 198e division et le groupement blindé Noak, formé de la 106e brigade blindée Feldhernalle, du 654e groupe de chasse Jagdpanther et de la 260e brigade de canons assaut, en tout 66 engins blindés.

Une troisième division, la 269e, se tient en réserve, prête à intervenir dans un deuxième temps.

La progression ennemie s’effectue en deux colonnes à l’ouest du canal entre le quartier du BM 24 à OBENHEIM et celui du BIMP à ROSSFELD et HERBSHEIM. En fin de journée, le groupement Noak suivi du 308e RI a atteint l’Ill mais n’a pu le franchir : à 11 heures, il est repoussé devant les ponts d’ERNSTEIN et OSTHOUSE ; à 12h45, deux de ses chars atteignent le pont du canal de décharge au sud de KRAFT . Sous le feu de leur mitrailleuses, nos sapeurs l’Ill, le BM 21 veille et verrouille le passage, ses armes automatiques dispersent l’infanterie allemande.

A l’est du canal, le BM 24 n’a pas été attaqué, il a reçu quelques obus et subi des tirs de mitrailleuses ; en réponse, les observateurs d’artillerie ont réglé, depuis le clocher d’ OBENHEIM, des tirs sur la colonne qui monte vers le nord, détruisant quelques véhicules.

Dans sa progression, la 198e division bouscule les avant-postes : NEUKIRCH et WITTERNHEIM, franchit la ZEMB que son infanterie traverse avec de l’eau jusqu’à mi-cuisse, puis se heurte aux points d’appui de ROSSFELD et HERBSHEIM, situés en travers de son axe de marche. La garnison d’HERBSHEIM reçoit le premier choc ; dès 11 heures, le contact est pris dans tout le quartier du BIMP et l’attaque démarre, précédée d’une violente préparation d’artillerie. Les maisons s’enflamment, une épaisse fumée et l’odeur de bétail brûlé dans les étables empoisonnent l’atmosphère : le combat est rude ; à ROSSFELD, l’assaillant est contenu, mais à HERBSHEIM, sur qui porte l’effort principal, les allemands parviennent aux lisières du village. Le 308e RI surprend la 3e batterie du 1e RA, Capitaine RIVIE, Lieutenant RAVIX, qui est en position sur la face sud-est du point d’appui. Tirant à vue, la batterie touche deux canons automoteurs mais trois de ses pièces sont détruites, les munitions sautent, 4 artilleurs sont tués, 17 blessés. Les marsouins de la 2e compagnie du BIMP , opiniâtres, avec les bigors du 1e RA devenus fantassins, défendent les ruines des maisons. Cet assaut est finalement repoussé ainsi qu’un autre en fin d’après-midi. A la nuit tombante, l’intervention des 3 chars légers de l’Enseigne de Vaisseau BOKANOWSKI du 1e RFM bloque une autre tentative.

Finalement, le BIMP s’est rétabli et tient solidement Rossfeld et Herbsheim , mais le 305e RI a réussi à occuper le bois de BENFELD situé entre l’III et les deux villages, rendant ainsi précaire la liaison entre le bataillon et ses arrières.

La Ie armée peut donc confirmer son ordre de résister sur place ; le Général GARBAY, ne disposant pas de réserve, n’a d’autre solution pour renforcer les garnisons très éprouvées et très menacées que d’envoyer au BIMP un peloton de Tank-destroyers du 8e RCA, une section d’antillais des FTA transformés en fantassins et une section du 22e BMNA.

Au cours de la journée du 8 janvier, les allemands progressent peu, essayant, mais en vain, de forcer le passage de l’III à OSTHOUSE .

Quant à la 1e DFL, elle lance une première contre-attaque qui échoue, la liaison avec le BM 24 ne peut être établie, alors elle donne l’ordre au bataillon de profiter de la nuit pour se replier sur Gerstheim, plus facile à défendre.

Mais un message du Général de MONSABERT interdit ce mouvement, le BM 24 doit rester dans l’Obenheim où il résistera sans esprit de recul.

La troisième journée de l’attaque allemande est déterminante pour l’avenir des points d’appui situés au sud de l’III. Le Haut Commandement français par ses instructions va décider de leur sort.

La 198e division allemande enserre étroitement les centres de résistance du BIMP et menace celui du BM 24 qu’elle prend à revers. Dès minuit, par une nuit noire, ROSSFELD reçoit le choc du 326e RI appuyé par des chars. Le froid est alors si vif que les mitrailleuses à eau des défenseurs sont gelées ; ceux-ci cèdent le cimetière qui, par un fol assaut de la section Jouanny avec 2 TD du 8e RCA, est repris à 8 heures. A HERBSHEIM, que les obus écrasent, l’ennemi est cloué au sol par nos feux d’artillerie et d’infanterie.

Au lever du jour, la Division lance une contre-attaque pour dégager le BM 24 ; elle dispose, en effet, depuis la veille du BM 11 que les américains ont relevé et d’une partie du Combat-Commando n°5 qui lui a été donné en renfort. Mais cette contre-attaque se heurte en début d’après-midi au groupement Noak.

Pour rompre le cercle ennemi, une compagnie et une section du BM 24 se portent vers le canal ; elles combattent au corps à corps toute la journée mais la jonction s’avérant impossible ; elles reviendront à Obenheim ayant perdu un quart de leurs effectifs ; elles ont détruit deux chars Jagdpanther.

Or, cet échec a lieu au moment où l’intention de l’ennemi d’en finir avec le BM 24 se précise : des tracts, incitant le bataillon à la reddition, sont lancés sur Obenheim et un violent bombardement commence. Deux compagnies du 308e RI et trois Jagdpanther attaquent GERSTHEIM venant du nord. Les deux commandos de la brigade Alsace-Lorraine contiennent l’assaut, puis les FFI, profitant de l’obscurité se replient, derrière l’III.

Une opération de décrochage est prévue également pour sauver le BM 24 complètement isolé, mais la Ie Armée maintient ses ordres, son télégramme n°65/OPS du 9 janvier retransmis par TO 709-OP du 2e CA prescrit même de reprendre le terrain perdu .

Rien ne peut plus être fait par la Division au profit de ce bataillon qui se trouve dans une situation tragique, isolé et encerclé, et il est urgent de soulager le BIMP qui résiste depuis trois jours aux assauts d’un ennemi supérieur en nombre et en moyens. L’Aspirant VASSEUR du 1e RFM à la tête d’une colonne de chars et de scout-cars force le cercle ennemi apportant au bataillon épuisé des vivres et des munitions, puis il quitte HERBSHEIM emmenant les blessés.

Par télégramme n°69/OPS du 9 janvier, le Général DE LATTRE confirme ses ordres prendre fermement et sans délai toutes mesures utiles en vue d’exécuter les instructions de mon télégramme n°65/OPS

En exécution des ordres de la 1ére Armée, ROSSFELD et HERBSHEIM ne doivent pas être abandonnés ; le Général GARBAY monte alors une opération pour relever le BIMP par le 1e bataillon de la 13e demi-brigade de la légion étrangère que les américains viennent enfin de remplacer au sud de SELESTAT.

En ce jour, le Général LECLERC envoie le message suivant à GARBAY Bravo, mon vieux. En somme, la 1e DFL aura probablement sauvé Strasbourg après que la 2e DB l’a prise. J’espère que cela ne t’a pas coûté trop cher. Félicite tout le monde de notre part et n’hésite pas à faire connaître toute la vérité .

Le janvier, les forces allemandes qui n’arrivent pas à traverser l’III, vont réduire le centre de résistance d’OBEINHEIM, mais elles ne pourront empêcher la relève du BIMP.

Dès 7h30, l’artillerie allemande augmente la densité de ses tirs sur OBENHEIM et, à 9 heures, de nouveaux tracts tombent sur la position. Vers 10 heures, deux maraudeurs alliés larguent, malgré le mauvais temps, 72 containers remplis de vivres et de munitions, mais une grande partie de ce ravitaillement est perdu. L’intervention de quelques appareils du corps aérien français procure un instant de répit aux assiégés. L’ennemi veut en finir au plus tôt ; vers 14 heures, il lance trois attaques concentriques sur la position : du nord, le 1e bataillon du 308 RI et trois Jagdpanther, du sud-est, une compagnie SS et un bataillon de territoriaux, du sud, un bataillon SS et deux canons d’assaut, foncent sur le point d’appui mais cette attaque acharnée vient mourir sur l’objectif. L’artillerie française fait tout ce qu’elle peut pour soutenir les assiégés.

A la tombée de la nuit, les fantassins du 308e RI réussissent à s’infiltrer dans le nord du village après avoir détruit les deux canons de 57 antichars ; ils arrivent jusqu’à la place centrale. La garnison n’a plus de munitions, les blessés sont nombreux.

Le BM 24, enfermé dans l’étau de fer et de feu du corps de bataille allemand, va être écrasé sans recours. Vers 19h30, l’assaut est relancé et les défenses cèdent, le périmètre défensif se réduit.

L’ordre de cesser le feu est donné à 21h30 ; quelques îlots de résistance tiendront jusqu’au lendemain. La radio allemande annonce la capture de 300 hommes, mais en fait 569 prisonniers seront recensés, dont 17 officiers, 80 blessés, et 28 tués. Deux officiers dont l’Aspirant CAILLEAU, neveu du Général de Gaulle, et 2 marsouins rejoignent les lignes françaises pendant la nuit. Cinq sous-officiers demeurent au village cachés et nourris par la population. Les allemands sont épuisés par ces combats meurtriers, une compagnie SS a perdu les 2/3 des ses effectifs.

Tandis que la destruction du BM 24 s’accomplit, la Division prépare la relève du BIMP. Treize avions français bombardent les emplacements ennemis puis un groupement formé de blindés du CC5, du 1e RFM et du 8e RCA, d’un bataillon de chasseurs-parachutistes bouscule les assaillants et ouvre la route au 1/13.

Un très violent combat se déroule alors ; c’est l’élite des deux camps qui s’affronte, qui se fusille. A 5 heures, tout est terminé, les garnisons de ROSSFELD et HERBSHEIM ont laissé la place aux légionnaires. Un élément de la 6e batterie du 1e RA a relevé les survivants de la 3e batterie.

Le succès français est très net, des pertes sévères ont été infligées au 305 RI, un chef de bataillon et 80 prisonniers sont capturés par les parachutistes, une cinquantaine de cadavres sont recouverts par la neige qui tombe.

Durant ces journées, l’artillerie a tiré huit fois plus d’obus que celle de nos adversaires, aussi, les réserves de munitions s’épuisant, faut-il réduire la consommation journalière.

Le général GARBAY se sent de plus en plus seul, il a espéré en vain la visite du général de Monsabert en charge de la bataille et le QG de l’armée qui impose sa conception de la défense est à 134 kilomètres de là. La situation est alarmante, il fait donc appel à son camarade de promotion, le général LECLERC, qui, faisant partie de la VIIe armée, ne peut rien faire.

Le 11 janvier, les événements prennent un tour plus défavorable pour les français. La 269e division est engagée, le groupement blindé Noak fonce sur Benfeld que son artillerie pilonne, il repousse la compagnie du BIMP qui défend un pont sur la LUTTER , s’empare de l’ouvrage intact ; et franchit la rivière ; mais il est arrêté devant le pont sur l’ III que le génie de la DFL fait sauter devant lui ; BENFELD n’est plus qu’à 500 mètres.

La réduction des possibilités d’intervention de l’artillerie, l’impossibilité manifeste de rompre l’encerclement des centres de résistance, à l’abri duquel l’ennemi vient déjà de mettre à mort un bataillon finissent par alerter l’E.M. de la Ie Armée qui donne l’ordre d’évacuer ROSSFELD et HERBSHEIM.

L’opération de décrochage est montée avec les mêmes moyens qui ont servi la veille à la mise en place du 1/13.

Malheureusement, la surprise ne joue plus et l’ennemi s’est renforcé entre-temps, aussi notre colonne de blindés ne peut pas déboucher. Le bataillon de légion devra exécuter une sortie de vive force. La garnison de Rossfeld démarra à 3 heures du matin et réussit à atteindre l ’III qu’elle traverse sans dommage. Celle d’ HERBSHEIM prévenue trop tard décroche à 5 heures : elle est aussitôt prise à partie. Les légionnaires réussissent à faire sauter le verrou qui les enferme, traversent l’III, baignant dans l’eau glacée jusqu’à la ceinture.

Les pertes sont sensibles- 27 disparus au BM 11 et à la CAC 13, 4 tués, 17 blessés, 49 disparus au 1/13 ; la plupart des hommes sont passés mais ils n’ont plus en main que des armes individuelles et quelques mitrailleuses.

La 1e DFL est maintenant entièrement regroupée derrière l’Ill : elle a déjà perdu près de 1 500 hommes, ses moyens sont diminués, son approvisionnement en obus largement entamé. Les avions allemands la survolent lançant des tracts invitants ses soldats à choisir entre mourir pour les américains ou vivre avec les allemands . La division met en ligne sa compagnie de QG, les PC des brigades, la prévôté, les équipages des blindés étuits, les canonniers des FTA... la plus ancienne des divisions en est réduite à faire du bricolage.

Dans la nuit du 11 au 12 janvier, les allemands déploient encore une certaine activité au nord de notre secteur, contre le pont d’OSTHOUSE , puis au sud de SELESTAT, mais ses dernières vagues d’assaut viennent mourir contre la ligne de résistance.

Les allemands renoncent, le 13 janvier, à tout projet offensif d’une certaine ampleur devant la 1e DFL, les premiers éléments de la 269e division partent aussitôt pour la Silésie car les russes attaquent.

Tandis que nos artilleurs ripostent aux violents bombardements qui nivellent KRAFT, SAND, BENFELD, ERSTEIN , le général de LATTRE rend à la division l’hommage d’une visite.

C’est sa première sortie depuis le début des combats que nous menons pour sauver Strasbourg. A 14h30, il arrive au PC, les honneurs sont réduits au son du canon puisque tous les hommes disponibles sont en ligne.

Il félicite la division pour sa ténacité héroïque dans la défense de Strasbourg . De son côté, le général VALLUY, son chef d’état Major se reproche de n’avoir pas su apprécier la situation au moment du drame d’Obenheim .

Une nouvelle couche de neige recouvre les petits postes de guetteurs, la vie est dure pour la division qui a déjà planté près de 300 croix de bois rien que sur cette rive de l’III où elle s’accroche maintenant.

Durant tout le combat, les Français Libres de la division ont bénéficié de l’aide fraternelle et courageuse des Alsaciens habitant les villages attaqués.

Les populations d’OBENHEIM et GERSTHEIM ont même caché jusqu’au retour de la 2ème DB après l’offensive sur COLMAR, plusieurs soldats qui les défendaient leur épargnant ainsi la captivité.

Général de CA Bernard Saint Hillier

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ZOOM sur la Bataille d’Obenheim : présentation de l’ouvrage de la Fondation BM 24 -Obenheim et film documentaire en préparation sur la Bataille d’Obenheim (Réalisateur : Jérémie Cécillion)

 
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