LETERRIER Paul

20/12/1921

Grade : QM

Unité : RFM

 

Français Libre

 

À propos

Lieu de naissance : Le Havre

Ralliement : liban (juil.-41)

 

Écrits

Paul Leterrier, ancien fusilier marin à Bir Hakeim est le seul vétéran à avoir participé au pèlerinage en Libye du 5 au 7 juin 2012. Il a adressé le 23 juin 2012, aux rédacteurs de la brochure "70e anniversaire de la bataille de Bir Hacheim", une lettre dont on trouvera l’intégralité ci après . On notera la qualité du texte de ce courrier où l’auteur évoque aussi ses souvenirs de combattant.

Tout d’abord, merci de votre gentille lettre qui m’a fait plaisir. Effectivement, nous n’avons malheureusement pas pu parler beaucoup ensemble, j’étais plutôt assez accaparé par les uns et les autres, ce qui était d’ailleurs assez logique, étant, à ma grande surprise, le seul ancien combattant de Bir Hacheim, présent.

Ce fut un grand honneur pour moi de pouvoir représenter mes camarades de combat pour le 70e anniversaire de cette bataille. D’autant plus que dans 10 ans, s’il y a un pèlerinage, je doute fort qu’il y ait encore des survivants de ces combats. Ainsi, j’aurai sans doute eu ce privilège d’avoir été le dernier combattant de Bir Hacheim à fouler ces lieux. C’est incroyable ! Aussi, lors de la visite du nouveau cimetière, c’est avec émotion que je l’ai parcouru, reconnaissant certains noms et priant silencieusement pour tous. Quant au site, de Bir Hacheim, il est toujours le même tout en étant complètement bouleversé par rapport à ce qu’il était en 1942 durant les combats ; les pièces d’artillerie, les emplacements de camions, les trous individuels, les sacs de sables entourant le tout, tout cela a disparu et le désert est redevenu ce qu’il était lors de notre arrivée en février 1942. Seuls subsistent le bir ainsi que les ruines du bordj qui, de l’endroit où le canon de Bofors de ma batterie était disposé (au nord-est), était trop loin pour que nous puissions le voir. Toutes les pièces de D.C.A. du 1e Bataillon de Fusiliers-marins avaient été disposées tout autour de nos positions, de façon à assurer une protection antiaérienne efficace de nos retranchements. Il en était de même pour toutes les pièces d’artillerie. En ce qui me concerne, j’appartenais à cette époque, à la 6e section de la 3e batterie de notre bataillon qui avait pour tâche la protection aérienne du camp retranché.

J’étais membre de la pièce du Second Maître CANARD en tant que pourvoyeur au canon Bofors. En outre, j’avais la fonction de commis aux vivres et j’assurais le ravitaillement qui consistait essentiellement en conserves, porridge et biscuits de soldat.

C’est d’ailleurs au cours de l’un de ces déplacements en camion 3 tonnes accompagné de 2 camarades afin de distribuer les vivres, comme d’habitude, qu’un chasseur-bombardier Messerschmitt 108 en rase-motte nous surprit, le 16 mars. Nous venions de faire notre tournée et, distribution faite, nous nous étions arrêtés quelques instants pour remettre un peu d’ordre dans le camion bâché. ROBIN , le chauffeur, se tenait à gauche près de la roue avant. Ce qui lui permit d’être indemne. JOURDAN et moi étions à l’intérieur et, lorsque nous l’entendîmes, il était trop tard pour nous abriter. La bâche fut transformée en écumoire et c’est miraculeux que nous nous en soyons tirés. Quoique, sur le coup, j’avais bien l’impression d’avoir eu mon compte (blessures multiples, aux 2 jambes, ventre, poitrine, etc..), quant à JOURDAN , il en avait plein les fesses. ROBIN put remettre le moteur en route et nous amena dare-dare à l’Antenne Chirurgicale Légère (ACL) où nous fûmes pansés et requinqués avec 1/2 pinte de tafia puis direction Tobruk en ambulance.

Après un séjour à l’hôpital italien occupé par la Mission HADFIELD-SPEARS au cours duquel je fis la connaissance de Lady SPEARS , nous fûmes embarqués d’un navire hôpital, sous un bombardement intense du port de Tobruk. Dès que ce fut fait, le navire fit voile sur Alexandrie. Il fut d’ailleurs coulé le voyage suivant malgré ses immenses croix rouges peintes sur sa coque blanche.

Nous fûmes, JOURDAN et moi, hospitalisés au British Hospital n°8 où le général CATROUX et son épouse Marguerite vinrent nous saluer. Puis, quelque temps plus tard, la Maison de Convalescence des Français Libres nous accueillit. Enfin, ce fut le camp de Mena, près de pyramides dans lequel je séjournai plusieurs jours avant de rejoindre mon unité. Je ne revis pas JOURDAN , moins atteint que moi, nous avions été séparés.

Comme mes blessures n’étaient pas cicatrisées et que le retour par la piste, debout dans un camion, avait rouvert mes plaies, je me pointai le lendemain auprès de notre infirmier pour qu’il me refasse mes pansements. Cela se passait quelques jours avant l’encerclement.

J’aurais d’ailleurs été vexé de ne pouvoir me trouver là au milieu de mes camarades. J’avais perdu beaucoup de force et je peinais à soulever même à deux une caisse de munitions alors qu’auparavant, je la soulevais tout seul.

Cependant, je pus quand même approvisionner le Bofors qui tirait 120 coups minute et il ne fallait pas perdre de temps lorsque les bombardiers allemands piquaient sur nous, profitant toujours du soleil pour nous attaquer, ce qui était très gênant pour effectuer un tir précis.

Naturellement, lors de ces bombardements d’aviation, l’artillerie adverse en profitait pour nous arroser de tirs de les calibres auxquels notre artillerie ne pouvait riposter. En plus, l’infanterie ennemie essayait de s’infiltrer dans nos lignes, le tout faisant un vacarme épouvantable. La plupart de nos troupes pouvaient se mettre à l’abri dans les trous individuels mais, en ces moments-là, nous étions en pleine action et il n’était pas question de s’abriter.

En dehors des bombardements par l’aviation, l’artillerie ennemie continuait quand même son harcèlement. Malgré tout c’était pour nous un moment d’accalmie et nous nous réunissions alors dans notre abri collectif recouvert d’une bâche. Le moral était au beau-fixe et le quartier-maître TURBET, originaire de l’île d’Yeu, plaisantait à chaque dégelée d’artillerie et s’écriait : Envoyez plus gros ! .

Le 9 juin, profitant d’une accalmie, nous nous étions réunis comme d’habitude dans notre abri d’un mètre de fondeur et protégé par des sacs de sable. Nous y prenions habituellement nos repas ensemble. A un moment donné, un obus d’artillerie explosa tout près. Je fus heureusement le seul à être blessé. Je gueulai un bon coup et, dès que la fumée fut dissipée, j’aperçus un bel éclat chauffé à blanc qui grésillait dans ma cuisse gauche. C’était ma cuisse qui sillait et il me fallait l’extraire au plus vite car il continuait à s’enfoncer et la douleur était intolérable. En me brûlant les doigts, je réussis avec bien du mal à l’extirper. Le matelot VALLUN me versa aussitôt de l’alcool à 90 sur la blessure et me posa un pansement individuel. Et je restai à mon poste.

Lors de la sortie de vive force, notre camion tractant notre canon sauta sur une mine et, après concertation rapide avec TURBET et MIREMONT, nous décidâmes de poursuivre à pied. Nous réussîmes à nous faufiler entre les lignes ce à un brouillard providentiel et les tirs de barrages lumineux ennemis. Quant aux autres membres de ma pièce, le Second Maître CANARD, DESSINE et VALLUN, que je n’ai pas revus après l’explosion, ils furent faits prisonniers et périrent à bord du Nino Bixio qui fut torpillé par un sous-marin anglais.

Ayant rejoint le point de ralliement au pifomètre après plusieurs heures de marche, je fus embarqué dans une relance qui m’évacua vers l’arrière. Quelques jours plus tard, je me trouvais au 15th Scottish hospital à HELOUAN où je fus très bien soigné et choyé (étant le seul free French) notamment par Miss Wawell, fille du général, pour ma blessure ainsi que pour la dysenterie amibienne que j’avais contractée en buvant de l’eau saine.

Peu après, je regagnai mon unité qui nous emmena à Broumana, dans la montagne libanaise afin de nous remettre en forme puis ce fut le retour en Egypte, à Héliopolis. Ma blessure à la cuisse suppurait toujours et les chairs n’étaient encore repoussées. Je réussis à me soigner en prenant des bains dans le lac Timsah (eau saumâtre) où nous allions nous baigner de temps en temps. C’était assez désagréable mais j’avais constaté que cela me nettoyait ma plaie dans laquelle on aurait pu mettre un œuf. C’est à ce moment-là que les chairs ont commencé à se refaire.

Quelque temps plus tard, le bataillon de fusiliers-marins reçut l’ordre de prendre position au sud d’El Alamein, à El Himeimat près de la dépression de Kattara. Nous participâmes aux combats puis ce fut la poursuite de l’ennemi pour certains.

En ce qui me concerne, je me souviens qu’au moment des fêtes de Noël 1942 notre bataillon était cantonné à proximité de l’aérodrome de Tobruk.

Le soir de Noël, BIRMAN (l’un des 3) et moi avions fait quelques kilomètres pour participer à la messe de minuit célébrée par notre aumônier, le R.P. LACOIN et au retour, nous avons réveillonné tous les 3 sous ma tente avec les quelques rares provisions que nous possédions dont un colis de ma marraine de guerre, d’Alexandrie, que j’avais connue lors de ma première blessure.

Le lendemain, c’est le British Major, revêtu d’un tablier, qui nous servit le déjeuner dans une ambiance fort sympathique, pour s’achever par des chansons.

Bien sûr, j’ai été enchanté de pouvoir faire ce pèlerinage à Bir Hacheim au cours duquel j’ai été particulièrement choyé par les uns et les autres et notamment par le maire de Tobruk. J’avais participé au premier voyage en 1955, en Libye. Quant au second, nous avons failli le faire mais KHADAFI mit son veto in extremis alors que nous étions à la compagnie Air France des Invalides sur le point d’embarquer dans les cars vers l’aérodrome ....

Paul Leterrier

En savoir plus

Citations

La mort du maître Lucien BERNIER, par Constant COLMAY