La Libération de Vandenesse et de Commarin (Côte d’Or) vécue par Paul Leterrier (RFM)

Le 10 septembre 1944 au matin, un détachement de la première armée française qui venait de libérer Autun la veille, le 2e bataillon du 1e régiment de fusiliers-marins, entre à SOMBERNON . Il s’agit d’un escadron commandé par le lieutenant de vaisseau Savary écrit Paul Leterrier, ce Normand, chauffeur du scout-car n°213 et membre de l’équipage du 1e véhicule qui pénétra dans Arnay-le-Duc, Vandenesse, Commarin, Sombernon et Saint-Seine-l’Abbaye. Paul Leterrier, ancien fusilier-marin, sera présent aujourd’hui pour la commémoration de la libération de Sombernon.

Un comte pour guide

Paul Leterrier se souvient : Le 9 septembre 1944 au début de l’après midi, le 2e escadron du 1e régiment de fusiliers-marins reçoit l’ordre de poursuivre l’ennemi. Dans les parages d’Arnay-le-Duc, la route est barrée par des abattis d’arbres. Un quidam nous accoste et se présente : ’ je suis le Comte de Champeaux et je connais bien la région. Si vous le voulez bien, je me ferai un plaisir de vous servir de guide’. Après un bref conciliabule avec notre chef d’escadron adjoint Constant COLMAY , le comte monte dans mon scout-car. TRIPODI (chef de voiture) le coiffe d’un casque anglais et nous partons. Par des chemins détournés en pleine nature, notre guide nous fait rejoindre notre axe de progression.

Vers 17 heures, nous arrivons à VANDENESSE où au passage du pont, un vieillard nous signale qu’une colonne ennemie vient tout juste de passer, il y a moins de cinq minutes. Nous remercions le Comte de Champeaux pour sa précieuse collaboration et lui proposons de descendre car nous allons entrer en action. Celui-ci refuse et revendique l’honneur de participer avec nous à l’escarmouche qui va suivre. Constant Colmay est d’accord et le laisse avec nous .

Dans les sous-bois, le massacre

Nous repartons et, à peine sortis du village, c’est l’accrochage avec les éléments retardateurs. Des rafales de mitrailleuses crépitent de part et d’autre et aussitôt notre tireur à la 12,7, le matelot BONNIERES s’écroule dans un flot de sang. Au même instant, je suis touché par des éclats de balles au cou, à la main droite et au mollet gauche. Je stoppe aussitôt et descends pour débarquer notre pauvre BONNIERES et avec TRIPODI , nous le déposons sur l’herbe, sur le bas-côté de la route. Au même endroit, une croix commémorative fut érigée après la guerre. BONNIERES était bourguignon et se réjouissait d’être presque arrivé chez lui. Nous repartons aussitôt.

Le tir reprend de plus belle. Je progresse inexorablement et poursuis ma route dans le vacarme des tirs. Des corps gisent sur la route parmi les bicyclettes et dans le sous-bois, c’est un massacre. J’écrase tout ce qui est devant moi. Les survivants se rendent, nous les faisons garder sur place et nous continuons notre progression .

Cette fois tout est silencieux et tous nos sens sont en éveil. J’avance à une allure raisonnable, environ 40 à 50 km à l’heure. A notre droite, un léger bruit et un frémissement de branches ; une rafale de 7,6 tirée de mon véhicule dans cette direction nous dévoile un malheureux cheval qui secoue la tête ensanglantée. Un peu plus loin, la route tourne vers la gauche et, mon sens du danger me dit qu’il y a quelque chose. Nos trois mitrailleuses sont parées à intervenir. Je suis sur le point de déboucher dans le tournant lorsqu’un petit canon antichar à tir rapide nous allume. Trois obus nous manquent de peu mais aussitôt nos trois mitrailleuses crépitent et éliminent les servants. Je ne m’arrête pas et continue suivi de tout le 1er peloton.

Danger dans Commarin

Après une longue ligne droite sans incident, nous arrivons au village de COMMARIN . Là mon pifomètre me signale un danger imminent. Instinctivement je stoppe. Au même instant, un obus antichar me passe sous le nez au ras de mon pare-brise blindé et je ne vois que du vert. Sans perdre une seconde, j’amorce une marche arrière rapide. Bien m’en prend, le pointeur a rectifié son tir et m’ajuste à nouveau ; encore manqué, j’ai été plus rapide que lui. Je recule encore et heurte sans dommage l’avant du scout-car qui me suit. Un troisième obus arrive mais je suis à présent caché par un vieux mur d’enceinte du château de Commarin, dans le parc duquel le canon antichar 88 mm est camouflé au milieu d’un bosquet. Je suis hors d’atteinte et nos mitrailleuses s’efforcent de calmer le jeu mais nous ne sommes pas en état de tenir tête, notre blindage (1cm) étant trop mince. Constant COLMAY donne l’ordre de repli pour la soirée.

Accuellis en libérateurs

Monsieur de Champeaux rayonne, satisfait de sa participation à cette action.

De retour à Arnay-le-Duc, nous en profitons pour remettre nos véhicules en état, faire le plein de munitions, d’essence.

Le lendemain matin le 10 septembre, nous refaisons le chemin parcouru la veille, traversons COMMARIN sans encombre et reconnaissons le terrain jusqu’à Sombernon pour bivouaquer, nous stationnons, en ce qui nous concerne devant une boulangerie dans le haut du village. Nous sommes accueillis en libérateurs et fêtés en conséquence. La boulangère, Lucie Chaudier, en profite pour désinfecter mes plaies et me donner les premiers soins. Je n’en aurai pas d’autres .

Propos recueillis par Daniel LANET

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