La prise du Golf Hôtel de Hyères le 21 août 1944 racontée par le général Edmond MAGENDIE (BIMP)

Rompus de fatigue, effondrés au creux des rochers, les fusiliers voltigeurs des trois compagnies du Bataillon d’Infanterie de marine et du pacifique occupent les crêtes des Maurettes qui dominent Hyères.

En bas, les toits rouges de la ville éclatants de soleil : une mer Intensément bleue. Au large des îles briques chargées de verdure.

Quelquepart des coups de feu. Les canons se sont tus momentanément.

Harassés par les escalades, les assauts de la nuit, la dernière attaque menée ce matin après une deuxième nuit sans sommeil, grisés de soleil, repus des stocks de porc au riz trouvés en abondance dans l’ouvrage de la côte 186,3, les hommes, la figure couverte de cette serviette que les sueurs des journées précédentes ont imprégnée d’une odeur aigre, s’enforment pour la première fois depuis 60 heures, sans inquiétude.

De l’observatoire on aperçoit, sur la droite, des colonnes de Sénégalais - les Kakalas de la 2e Brigade - qui se rabattent vers nous et vont couper l’axe de marche du bataillon. Sans pudeur, la fatigue les faisant renoncer à tout amour propre, ceux qui ne dorment pas pensent secrètement : Tant mieux on va pouvoir dormir tranquilles".

Quelques amateurs de souvenirs persistent, avec une ténacité de chiffonnier, à visiter tous les recoins de l’ouvrage 186, magnifique observatoire allemand dont la Première s’est emparée à 10 heures.

Tunnel à double entrée et deux étages de galeries aux embranchements multiples qui abritaient à une dizaine de mètres sous terre les logements de repos de la garnison, les magasins, PC et centraux. L’observatoire installé au bout d’une cheminée de 6 à 8 mètres, avec accès par les galeries souterraines, a des vues extraordinairement étendues sur la rade de du Cap Bénat au Mont des Oiseaux et sur les contreforts des Maures.

Ceinturée de barbelés, la position était défendue par de nombreuses armes automatiques installées dans les roches et 85 hommes qui ont été surpris dans le souterrain où Ils avaient cherché refuge pendant la préparation d’artillerie.

Pour se maintenir éveillés et passer le temps, les guetteurs postés sur le versant qui surplombe Hyères et la zone côtière, font au fusil des cartons sur les isolés allemands qui cherchent à rejoindre le Golf Hôtel.

Le Lieutenant HERVE, esprit curieux, le modèle des Officiers de liaison, ne cesse d’interroger le cornmandant de Bataillon :

—  Quelles sont vos intentions maintenant ?

—  Laisser dormir les hommes quand ils auront mangé. Par chance nous avons trouvé sur place de quoi nourrir les trois compagnies de F.V, sans quoi il nous aurait fallu attendre l’atterrissage en plaine pour recevoir des vivres.

—  Mais pour la suite de la progression, vous comptez...

—  Quelle progression ? Nous occupons nos objectifs, que vous faut-il de plus ? Les patrouilles n’ont rien trouvé jusqu’au signal de la vieille tour. Le BM 4 se rabat devant nous ; que voulez-vous que je fasse ? Il faut maintenant que l’Hôtel du Golf tombe, et ça, ce n’est pas mon affaire.

—  Sonnerie du téléphone : "Mon Capitaine, on vous demande du PC arrière.

—  Oui c’est moi... Quoi ? Attaquer l’Hôtel du Golf...terminé pour 17h30. Mais ils sont cinglés... L’Hôtel n’est pas à nous...et le commando spécial qu’a-t-il fait...Dis au Colonel que les hommes sont crevés.

Derrière ses lunettes, HERVE Oeil de Lézard" pour les tahitiens, n’est pas autrement surpris de cette conversation et son attitude, ses questions précédentes laissent supposer que, depuis sa dernière liaison au PC de la Brigade, il se doutait pour le moins que l’affaire du Golf Hôtel nous reviendrait par la bande .

Dans les ordres initiaux, l’hôtel devait être attaqué, pendant l’action du BIMP sur 186, par la compagnie anti-chars de la Brigade, transformée en Commando Spécial, avec l’appui de T.D. et de chars légers. L’attaque de ce commando a été stoppée dans la plaine du Gapeau ; les chars seuls ont pu, à distance, canonner l’hôtel ; piqûres de lilliputiens contre ce Gulliver de béton.

Pendant la nuit du 20 au 21, notre 1ère Compagnie, arrivée de nuit sur le Gapeau, a cerné l’hôtel sur deux faces et tâté les défenses pour s’en emparer. A 4 heures du matin, impressionné par l’importance de ce mastodonte de béton auquel l’obscurité donne des proportions démesurées, le Chef de Bataillon n’a pas voulu lancer au hasard, dans le labyrinthe des couloirs, une centaine d’hommes qui se fussent mitraillés entre eux sans parvenir à découvrir l’ennemi.

"Le Golf Hôtel ? On voit bien qu’ils ne l’ont pas vu de près...", "ils ce sont toujours ceux qui vous donnent des ordres.

Allarla, un jeune Italien de 17 ans - Pierret déjà pour tout le Bataillon, nous a servi de guide et a fait de l’hôtel une description très détaillée ; sept étages au bâtiment principal, un escalier double de part et d’autre de l’ascenseur, des caves immenses. Les Allemands ont fait creuser par le S.T.O, un tunnel qui débouche derrière l’hôtel et prend au fond du jardin contre la montagne.

Ce matin, après l’échec du commando, le Sous-Lieutenant MORAND, chef de la section de pionniers, a voulu avec deux groupes essayer de s’emparer de l’hôtel en l’abordant par le Nord et les jardins.

Arrivée à 20 mètres des barbelés, la reconnaissance s’est fait fusiller, perdant un tué et un disparu et ramenant trois blessés.

Téléphone... Le Capitaine ROUDAUT n’a évidemment aucun succès auprès du Colonel.

—  Il est d’une importance capitale que le Golf soit pris à 17h30.

—  Ce n’est pas possible, mon vieux. L’hôtel, moi, je le vois d’ici pendant que je te parle. C’est un gratte-ciel de sept étages, entouré de jardins clôturés par des grillages renforcés de barbelés, flanqué de dépendances et de villas réparties dans les jardins. C’est un coup de main très important qu’il faut monter là dessus et ce n’est pas en 90 minutes que j’aurai rassemblé du personnel - flappi d’ailleurs -, expliqué à chaque groupe sa mission, combiné les tirs d’artillerie et mis tout en place... - C’est un ordre ? - C’est pas plus malin pour ça... Pourquoi ne pas me l’avoir dit à midi ?... Mais de toute façon, 17h30 Impossible- Je veux bien essayer à 19 heures...

L’importance capitale c’est que le Général a poussé un coup de gueule. Le BM 21, après avoir occupé les casernes de Hyères s’infiltre en effet dans Hyères au Sud de la route. Le BIMP occupe les Maurettes que la 2e Brigade déborde par le Nord. La première ligne de défense couvrant Toulon est percée. Seul l’Hôtel du Golf résiste, interdisant le passage du Gapeau, l’utilisation et l’exploitation de la route vers Toulon.

Coûte que coûte, les Fusiliers Marins ont essayé de passer. Sur la route entre le Gapeau et les premières maisons de Hyères, on peut, de 186 à la Jumelle, compter neuf voitures qui ont été mouchées par les tireurs du Golf. De temps à autre, une jeep mitrailleuse, un half-track, salués par les salves de l’hôtel, renouvellent la tentative, crachant à pleines bandes de mitrailleuse, au hasard, vers l’hôtel. Si la voiture atteint le déblai de la route, elle est sauvée. Quelques unes y parviennent, d’autres piquent par parfois dans le fossé ; l’équipage jaillit et disparaît. De 186 on assiste au spectacle avec des "Hurrah pour les gagnants.

Mais il est indubitable que cette situation doit cesser si l’on veut arriver à Toulon et le BIMP est fort bien placé pour régler la question. Ce serait assez simple d’ailleurs, si le bataillon était frais, mais depuis le 18, les hommes sont sur la brèche : marche forcée de 46 km de Cavalaire au Gapeau, deux attaques de nuit dont seule la dernière, menée sur un large front où les trois Compagnies de F.V, ont été engagées, ne réussit qu’au matin.

La 2e Compagnie qui a le moins souffert, se trouve hors de portée à l’extrême Nord du dispositif. Encore une fois, les deux compagnies d’anciens ont l’affaire, mais dans l’état où elles se trouvent, on ne peut guère compter que sur des volontaires pour avoir des chances de succès.

Ordre est donné à la Un et à la Trois de préparer chacune une section de 30 volontaires, avec trois officiers pour la première. Les anti-chars et les pourvoyeurs de mortiers de la C.A, formeront une section de 30 voltigeurs. La Section de pionniers de la C.C.auxquels la reconnaissance malheureuse du matin confère une compétence particulière subite, participera à l’action.

L’action principale se fera de 186 par 156.4 et le ravin du réservoir de façon à aborder l’hôtel par l’Ouest ; en action secondaire, la section de pionniers partant de Décugis, agira par le Nord en utilisant les bols des pentes Est des Maurettes.

Téléphone...

—  18h30. c’est un ordre Impératif ? Dans ces conditions, je pars avec les groupes d’attaque de façon à pouvoir prendre Immédiatement les décisions suivant la tournure des événements... Ne discutons plus ; voilà les ordres : Ici, la Trois et la Un forment chacune une section de 30 volontaires. En bas, les anti-chars et mortiers formeront une section de 30 volontaires, armée de 4 FM servis par deux hommes chacun. Cette section avec Malfettes me rejoindra Ici à 186, La mettre en route tout de suite.

—  Les pionniers avec Morand, en voltigeurs, participent au coup en venant de Décugis par les pentes boisées. Leur mission nettoyage des jardins ; n’Intervenir qu’après le tir d’artillerie et ne tirer qu’à bout portant sur du personnel nettement identifié. Après le nettoyage des jardins, protection face à Hyères.

Je donnerai la mission des autres éléments ici.

Comme appui d’artillerie, je demande, condition sine qua non, trois minutes de 155 en double massue pour démolir le maximum de défenses et de salopards avec - 2 minutes d’arrêt pour nous permettre de serrer - 3 minutes de 105, cadence massue, pour entretenir l’effet de 155 - 3 minutes d’arrêt pour serrer - 3 minutes de 105 dont les deux dernières fumigènes pour nous aider à passer les barbelés et pénétrer dans les jardins de l’hôtel.

Tenue pour tous ; la plus légère possible. Pas de casque, pas de sac, pas de vivres. Cartouches et grenades en pagaille. Mitraillettes, carabines et pistolets pour tous sauf FM. Ceux-ci largement approvisionnés.

Début de la préparation 18h15 - Assaut 18h30,

Je voudrais voir le bigor qui doit nous appuyer, li est déjà parti pour venir ici ? Tant mieux. J’attends Malfettes,. terminé pour moi."

A 18h, les volontaires avec des grognements unanimes se rassemblent. Rouspétances de principe, chacun le sait bien et ne cherche qu’à se tromper lui-même. Les plus sérieusement mécontents sont les commandants de compagnie qui se fâchent tout rouge, mais la terre de France infuse à tous une ardeur enthousiaste. Oui, on est fatigué, mais il faut que ça ronfle ; on ne peut tout de même pas rester quarante-huit heures devant chaque position. Il faut que le Golf soit pris pour que la route de Toulon soit ouverte aux Fusiliers Marins et à leurs engins. On ira donc, mais on eut préféré que l’affaire soit confiée à un Bataillon frais.

Pendant que les hommes se préparent, le commandant du coup de main donne à chaque officier une mission très précise. Quant aux hommes, il leur suffira de suivre aveuglément leur chef de file et d’exécuter Immédiatement les ordres qu’ils recevront de ces derniers.

Section de la 1e Compagnie : 3 groupes (d’un officier et 9 ou 12 hommes chacun)

Section anti-chars et mortiers

Section de la 3e Compagnie : 30 hommes avec le Sous-Lieutenant DELSOL.
Mission : nettoyer les bâtiments et dépendances appuyés à la hauteur du réservoir (entre l’hôtel et la montagne) où elle restera en réserve et recevra les prisonniers.

Section de pionniers : opère du Nord au Sud en bas de la pente, en venant de la passerelle de Décugis. Attention de ne pas les prendre pour des Fritz,

Ordre de marche : chaque groupement en colonne par un derrière son chef dans l’ordre 6,5,1,2,3,4, Section de la 3.

Itinéraire : 156,4 rebord Est du ravin du réservoir, le réservoir, l’hôtel.

Déploiement au réservoir où on attendra le tir fumigène pour foncer. Dès le début de la 3ème reprise au tir d’artillerie, serrer au maximum sur le tir jusqu’à ce qu’on entende siffler les éclats. Dès ta fin des fumigènes, vers 18h30, passer le barbelés et foncer. Pour réussir il faut surprendre les Fritz dans les abris. Pendant toute l’opération les groupements de l’hôtel restent aux fenêtres et font la chasse aux fuyards.

A 18h15, l’Artillerie déclenche sa préparation déjà mise en place. Toute l’A.D. y participe et nos bigors habituellement généreux se surpassent : 800 coups de canon en trois reprises. L’hôtel "pète des flammes dans tous les azimuts" ; des débris de toute sorte sont projetés en l’air jusqu’au moment où la fumée des éclatements, la poussière des décombres, enveloppent entièrement l’hôtel et tous ses étages jusqu’à ses deux pignons de tourelles. Le ravin du réservoir lui-même, par où descendent les groupes, est plongé dans un nuage de fumée et les détachements tournoient un moment, hésitant sur leur direction. Pendant les arrêts de 2 minutes, heureusement, les clochetons émergent, attirant les groupes d’assaut. Puis, étage par étage, l’hôtel apparait semblant sortir chaque fois intact de ce bombardement. Pas une brèche dans ces murs de béton.

Sur la rive Est du Gapeau, tous les camarades, jumelles aux yeux, assistent à l’affaire, jusqu’à l’inquiétude et la défiance.

Mais l’horizon gronde à nouveau ; les sifflements annoncent l’arrivée de la massue suivante ; elle explose dans un grondement monstrueux répercuté par la montagne. Les groupes serrent près du tir, les éclats sifflent au-dessus des têtes qui s’enfoncent dans les épaules et les dos se voûtent. Au réservoir du château d’eau les hommes aperçoivent les clôtures et les barbelés.

Dès les fumigènes, les groupes s’élancent, passent les barbelés, puis marchent prudemment jusqu’au moment où un premier bâtiment sort bruquement de la fumée. Une levée de terrain surplombe le terre-plein de l’hôtel. Un feldgrau, courbé, court vers une carrière, une grenade éclate sur ses talons, le plaque au sol en tas.

Là-bas, à quelques mètres, c’est la verrière bleue. Par les portes, par les fenêtres, par les brèches, les groupes courent à leur mission. Les loges du concierge et de la direction sont vides. Aux étages, quelques rafales de mitraillettes abattent sans préambule deux ou trois Fritz qui n’ont pas le temps d’être surpris. Dans les jardins, une dizaine de prisonniers sont cueillis, hâves, abrutis, brusquement affolés. Des râles et des appels s’élèvent des tranchées effondrées.

Ici, un demi-buste, coupé par une poutre d’abri écrasé, s’accroche de ses deux mains bleues au revers du déblai. La tête violette aux yeux rouges exorbités souffle par saccades "Kamarad... Kamarad". Deux tahitiens émus s’apprêtent à le dégager ; une bourrade les lace à la recherche du souterrain ; "Cherchez le tunnel nom de Dieu, on s’en occupera après... "Kamarad, Kamarad, pas tant que tu le crois, mais... comment dit-on ça en boche "Wo sind die anderen ? comprends pas - "Wo ist Tunnel ?" - malgré le braqué sur elle, la face violacée, tordue de douleur de ne fait que haleter ; "Kamarad..."

Mais où est donc le tunnel ? Ce ne sont tout de même pas ces 20 prisonniers et cadavres qui ont arrêté ce matin l’attaque de la compagnie antichars...

Un de nos pionniers, essoufflé et livide, arrive : Mon Capitaine... la section de pionniers est par terre...un coup de 155, le premier, en plein dans la Section... Le Lieutenant MULLER et 2 hommes sont morts... Le Sous-Lieutenant MORAND, l’Adjudant-Chef PETRE et 7 hommes blessés, le Sergent PIE et 3 hommes qui restent ramassent les blessés..."

—  Malech (c’est la fatalité...)... Va dire à la section Delsol de couvrir l’hôtel face à la ville. Tu trouveras le lieutenant dans les maisons au pied de la montagne. Cours".

Voici PERRAUD, furieux, son pistolet dans les reins d’un prisonnier. Il le pousse en criant : " Tunnel... Tunnel". Brave Perraud, Dieu sait s’il a pu rouspéter tout à l’heure parce que, encore une fois, c’était la "Un" qui marchait dans le coup, il avait bien juré que lui ne marchait pas, et le voilà, si calme d’habitude, prêt à abattre un prisonnier... Le Fritz le conduit à un éboulis au fond du hall : poutres, pierres, platras, voici l’une des entrées du souterrain.

Inspiré par cet exemple, le Sergent MAHEUX se fait de la même manière conduire à une deuxième. C’est, au fond du Jardin, ce qui paraissait être une carrière ; une claie de planches ferme l’issue.

Vite , Maheux, 2 FM ici ; on va tirer dans le noir.

Abrités par les troncs d’arbres, 6 voltigeurs, grenade en main, ou mitraillette armée, surveillent la sortie. Voici les fusils mitrailleurs... En batterie ; à peine sont-ils installés que les voltigeurs, comme s’ils voulaient éviter une crise de nerfs et avec un accent d’imitation parfaite, se mettent à hurler : "Heraus ! Heraus ! "... Rien ne bouge et le silence qui s’établit paraît créer un vide absolu. Tous les yeux sont rivés sur l’ouverture. Lentement un mouchoir blanc se dessine dans le noir, passe au travers des planches de la claie et provoque une nouvelle explosion : Heraus !". Mains en l’air, sans casques et sans équipements, quatre allemands avancent prudemment, méfiants.., six autres les suivent... Nerveusement, PECRO et ses voltigeurs persistent à hurler comme si à un de leurs cris devait succéder une série d’apparitions. Et d’ailleurs la chose se produit... Une trentaine maintenant.

Nous allons être débordés.

Va chercher le Lieutenant SALVAT avec ses hommes, dans le hall, et le 3e groupe de Delsol derrière l’hôtel. Amène les ici. Vite .

Par série de 20, les prisonniers sont alignés contre un talus du terrain de golf ; un FM en batterie pour les prendre d’écharpe. Quelques allemands angoissés par ces dispositions échangent un regard inquiet, Certains trouvent prudent de renier le Grand Reich Polisch...en... Autriche", Fouille consciencieuse... subtile confiscation de cigarettes... "A droite... droite", Comprennent pas ces clients-là. "Recht... recht... Marche..." - "Aux suivants. Delsol, rassemblez les visités sur le plateau du golf .

Soudain, quelques éclatements de gros calibre, à l’Ouest du Golf, rappellent à tous qu’il faut encore compter avec d’autres ennemis. "Un de ces salopards aura eu l’idée de prévenir qu’ils se rendaient, et les grosses pièces de Toulon vont nous envoyer une cuvée... - DUCHENE, portez-vous de l’autre côté du bâtiment et attention à une contre-attaque...

—  DELSOL, filez avec ceux que vous avez déjà ; on sortira leurs blessés ensuite... Dépêchons, dépêchons...

—  T’as pas encore ramassé assez de tabac, toi ? ... et toi, veux-tu laisser cette bague... et ces photos, ça te ferait plaisir qu’on te fauche les tiennes ? Rends-les",

—  ’C’est des photos de poules françaises, mon Capitaine. Y a même l’adresse derrière. Ça me servira de bon gratuit".

—  "Allez, allez, pas d’histoire ; et puis t’es pas dégoûté toi au moins".

137 prisonniers, officiers en tête, colonne par trois, croisent sur la route le Général Brosset qui, au passage, fait un signe de satisfaction.

Tandis que les infirmiers allemands sortent 15 à 20 blessés de l’infirmerie souterraine et les disposent à terre en attendant l’arrivée de l’ambulance, le général Brosset arrive, exécute une volte courte avec sa jeep radio et fait un "à terre" plein de souplesse.

Avec l’extinction de voix la mieux réussie de toutes ses campagnes, le Général, toujours très sport, félicite... les Allemands pour leur belle défense. ’ Mais Il y a plus fort que vous, conclut-il, ce sont les Français..." ; et puis, pour les autres, interloqués, le Général ajoute : "C’est bien, le BIM".

Et sur ces mots le Général pirouette, en voltige s’installe au volant et démarre sans douceur, la jeep piaffant de tous ses pneus, au grand dam du radio et du chauffeur qui, comme ils le peuvent, s’accrochent quelquepart à bord.

—  "Mon Capitaine, si vous voulez prendre une coupe de Champagne, c’est au fond du tunnel, à l’infirmerie, mais faites vite",

—  Cré nom, c’est maintenant que vous me le dites ? Merci quand même SALVAT .

Gaillardement, les gars ont déjà tout sifflé. Ils affectent un air désolé en clignant de l’oeil vers leur voisin qui retient à peine un hoquet. Détaché des contingences de cet ordre, Ie Capitaine, aussi peu sincère que les hommes, déclare que "ça ne fait rien et se retire dignement en soulevant au passage quelques couvercles de bahuts depuis longtemps visités jusqu’au fond.

Sur la route qui traverse Hyères, Fusiliers Marins et Chasseurs d’Afrique, à grand fracas de chenilles, foncent vers Toulon, à plein moteur, sous les vivats des gens d’ Hyères à la voix chantante.

Dans les jardins de l’Hôtel du Golf, les resquilleurs arrivent déjà, mais trop tard. "Ralliement par Section. La Section LOAEC occupera l’hôtel et assurera la garde du matériel. Les autres groupements rejoindront leur compagnie. Terminé pour aujourd’hui, le bataillon passe en réserve".

Par le sentier de chèvre, les groupes d’assaut, alourdis, grimpent au flanc des Maurettes. Les hommes continuent à commenter leurs exploits qui prendront bientôt des proportions extravagantes.

—  "Manque de pot pour les pionniers,., avec ce fichu 155 : 3 tués, 9 blessés, d’un seul coup d’un seul. C’est pas aux Fritz que ça arriverait. T’as vu 20 blessés et puis, quoi, autant de macabs pour la dégelée de pélots qu’on leur a envoyés. C’est pas payé..."

—  "Question de pot. Mais tu vois au fond, faut serrer quand même sur le tir d’artillerie. Y a que ça, mon vieux Casimir, sans quoi jamais on aurait jamais passé les barbelés"

—  "Moi, au début, j’ai cru qu’il y avait plus personne dans Ie coin et qu’on avait déclenché tout le tremblement pour des prunes ; mais après, je croyais que ça finirait plus de voir sortir les Fritz de ce sacré tunnel".

Et, ramenant ainsi à des soucis bassement matériels et immédiats les grandes entreprises qu’ils mènent depuis quatre ans, au service d’un idéal d’intransigeante pureté, les gars du Bataillon d’Infanterie de Marine et du Pacifique s’abandonnent aux délices anticipés de modestes agapes et d’un sommeil sans mesure.

Car ils ont admis une fois pour toutes que l’amour de la patrie se manifeste par les actes et que les discours sont à l’usage de ceux qui n’ont rien compris. Entre hommes qui vivent et meurent pour reconquérir leur patrie, on y pense toujours et on n’en parle jamais.

Edmond MAGENDIE

La prise du Golf Hôtel de Hyères le 21 août 1944 - E.MAGENDIE

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