La sortie de vive force de Bir Hakeim, par John Martin (Bataillon du Pacifique/Bimp)

Dessin et récit de Monsieur John Martin extraits du tome 3 "les tahitiens dans la guerre - la seconde guerre mondiale- " à paraître. Jean- Christophe Teva SHIGETOMI Graphiste : Jean- Louis Saquet

"La sortie de vive force"

John Martin : de nuit par la chicane nord tenue par le bataillon à partir de 20h00 …jusqu’au matin nettoyé de ses mines. On est sorti au pas. Jusqu’à la moitié de la chicane, l’ennemi n’a pas réagi. Ils ne pensaient pas que l’on tente de sortir. On est sorti avec mon groupe. Il y en a un qui avait embarqué une boite de saucisses, on va casser la croute tout en marchant, je me souviens on a balancé la boite Ting ! ça été le signal du déclenchement des tirs.

Ce fut le sauve-qui-peut et le chacun-pour-soi décidés par le Commandement.

Après quelques minutes de flottement et une accalmie nous nous sommes retrouvés à 5 ou 6 un peu à l’écart des tirs.

Une nuit noire très opaque nous donnait l’avantage. L’objectif était de sortir à tout prix et de se regrouper à l’azimut 213 où nous attendaient les Anglais.

Après concertation, quelques-uns ont préféré suivre un gradé de la Légion Etrangère qui préconisait une route à suivre.

Nous avons préféré obliquer par notre gauche, où nous avions remarqué qu’aucun tir n’avait lieu, quitte à nous rabattre par la suite sur la droite. Après quelques minutes de marche dans un silence rassurant, nous avons fait une petite halte pour reprendre notre souffle.

A peine affalés sur le sable, des tirs d’armes automatiques sont partis du sol à quelques mètres devant nous. Nous avons eu la chance d’opérer cette petite halte à ce moment-là, sinon nous serions tombés droit dans “leur” tranchée !

Ils devaient avoir très peur car grâce aux balles traçantes, nous pouvions remarquer qu’ils tiraient en l’air du fond de leur trou. Quelques grenades bien ciblées ont résolu le problème.

Le reste du chemin a été parsemé de situations imprévisibles : saut dans la benne d’un camion de fusiliers-marins pour aller plus vite, abandon de ce moyen de transport à cause d’un blocage dû à un obus ennemi de 25 qui a traversé la cabine du chauffeur...sans blesser personne, cris insupportables des blessés dans le désert sur lesquels les camions roulaient dans l’obscurité...le vacarme, les allemands qui lançaient des ordres, ou des sentinelles italiennes qui semblaient ignorer ce qui se passait.

Au petit matin nous étions arrivés chez les Anglais en compagnie de Tchadiens et de Légionnaires Nous nous sommes retrouvés à 14 sur 47. André Salvat, notre chef de section a été blessé par éclats de balles.

Je me souviens avoir croisé dans ma fuite à la “sortie” de Bir Hacheim, une ambulance qui flambait et sur laquelle des “ombres” (que je suppose être des soldats ennemis) venaient déverser des bidons d’essence pour que le feu éclaire le terrain.

C’est plus tard, en causant avec nos rescapés que j’ai appris que Thomas ( Bambridge) avait été gravement blessé aux yeux dans un bombardement de “stukas” la veille et que le soir de la “sortie” on l’a embarqué dans une ambulance ... On n’a jamais retrouvé son corps, ni dans le désert, ni plus tard dans les divers camps de blessés, tant alliés qu’ennemis."

John Martin

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