Le BM 5 : Zoom sur la Campagne d’Alsace. Deuxième partie : L’Illwald et Gerstheim

L’ILLWALD, 23 au 31 Janvier 1945

La mission du BM 5 dans l’Opération COLMAR est double :

► au démarrage, il doit participer au franchissement en force de l’Ill, et en occuper la rive droite depuis la corne sud-ouest de l’ILLWALD jusqu’au Pont de l’ HAYGIESSEN, ces deux points inclus.

► Ensuite, il doit couvrir le flanc gauche de la 2e Brigade face à l’ILLWALD.

Il doit assurer la liaison à sa droite avec le 22e BMNA.

Il sera aidé en principe sur sa gauche par un Tabor marocain (Colonel DE LA TOUR qui l’a relevé le 22 à ses avant-postes mais ne doit pas franchir l’Ill, et ne sera pratiquement de ce fait d’aucun secours .

La première partie de la mission sera remplie sans difficulté majeure, mais au prix de pertes sérieuses : le Bataillon, qui a démarré à 07h20 de sa base de départ de part et d’autre du Moulin de SAINT HYPPOLITE, occupe à 10h30 son objectif, constitué par le ruisseau 173 - qui barre la corne sud-ouest de l’ILLWALD entre l’Ill et le FORTSLACH, et par les lisières est de l’HAYGIESSEN.

A part quelques tirs d’armes automatiques au passage de l’Ill, vite réduits au silence, il n’a rencontré comme opposition que des tirs d’arrêt d’artillerie et de mortiers, violents et remarquablement ajustés, qui lui ont causé des pertes sensibles, en particulier à la 3e Compagnie et à la C.A. ; le Lieutenant LE BASTARD, un des plus anciens et plus valeureux officiers du Bataillon, a été tué d’un éclat d’obus alors qu’il venait de franchir l’Ill à la tête de sa section de mitrailleuses.

La mission de couverture face à l’ILLWALD sera également remplie , mais dans des conditions difficiles et que le froid rendra extrêmement pénibles : la température oscille entre – 10 et - 20 ; le sol est gelé, et l’on ne peut s’y enterrer que difficilement ; le temps manque pour réaliser des abris en rondins comme ceux dont les Allemands sont abondamment pourvus ; pas moyen, enfin, de faire du feu, et les soupes chaudes que les femmes d’ORSCHWILLER préparent pour nous avec tant de gentillesse et de dévouement sont tout juste tièdes quand elles arrivent en lignes. Le Bataillon se battra, en somme, contre le froid et la fatigue autant que contre les Allemands ; à l’exception du premier jour, il perdra beaucoup plus d’hommes pour pieds gelés que par le feu de l’ennemi.

L’ILLWALD constitue une masse que les multiples ruisseaux tributaires de l’Ill, dépourvus de ponts, rendent difficilement pénétrable dans le sens est-ouest, et dans laquelle il n’est possible de mordre ( le BM 4 en fera la sévère expérience dans la nuit du 25 au 26 ) qu’avec des effectifs plus importants que ceux dont dispose le BM 5. Celui-ci doit se borner à verrouiller l’HAYGIESSEN, pédoncule boisé sud-ouest de l’ILLWALD, et à interdire à l’ennemi de déboucher éventuellement de ses lisières sud.

Le premier de ces deux points est réalisé le 23 à 10h30. par la 3e Compagnie ; le second le sera le même jour par la 2e Compagnie, qui sera avant minuit solidement installée à cheval sur le BENNWASSER.

Le BM 5 ne dépassera pas ces positions.

La 2e Compagnie, dont les effectifs seront alors réduits presque des deux tiers, sera relevée le 26 par une compagnie du BM 4.

Les deux autres compagnies, très affaiblies elles aussi, tiendront leurs positions jusqu’au 31 Janvier, date à laquelle l’ennemi décrochera sous les derniers coups de boutoir du BM 21 et des chars de la 2e DB. sur le Moulin d’ELSENHEIM, le jour même où le dégel commencera à transformer les chemins en fondrières et le sol en bourbiers impraticables.

Le détail des opérations et des pertes tel qu’il a pu être reconstitué ci-après est certainement incomplet, et sans doute parfois erroné.

Le 23 Janvier

La 2e Compagnie est déjà sur sa base de départ au Moulin de SAINT HYPPOLITE. Le reste du BM5 quitte ORSCHWILLER vers 02h ou 03h, récupère au passage ses avant-postes, et prend son dispositif d’attaque :

► 2e Compagnie, renforcée de la SM 1 (Lieutenant LE BASTARD) au Moulin.

► 3e Compagnie, renforcée de la SM 2 (Lieutenant BAUDET), à gauche de la 2e, au nord du Moulin.

► 1e Compagnie derrière la 3e.

Deux canots pneumatiques du Génie (le détachement est commandé par l’Aspirant Vincent SEMAT) sont affectés à chacune des deux compagnies de tête ; un de ceux de la 2e Compagnie sera crevé par un éclat de mortier et ne pourra pas être utilisé pour le franchissement.

La préparation d’artillerie a lieu de 07h15 à 07h30. Elle est reportée de 07h45 à 08h. à l’est de l’objectif.

Le BM 5 démarre comme prévu à 07h20.

Jusqu’à l’Ill, il ne reçoit que des tirs d’artillerie et de mortiers, violents et précis.

L’Ill est atteint vers 09h00. (3e Compagnie) ; quelques tirs d’armes automatiques sont facilement réduits au silence, et le franchissement est mené à bien avec les trois canots disponibles. Sur la rive est, les tirs d’arrêt allemands reprennent, toujours aussi violents.

Le premier objectif est atteint vers 10h30. Il s’agit :

► du ruisseau 173 - 173 pour la 3e Compagnie.

► des lisières est de l’HAYGIESSEN, au nord de l’actuel pont sur l’Ill, pour la 2e Compagnie.

Les pertes sont sensibles, surtout à la 3e Compagnie et à la C.A.

Le Bataillon se réorganise

La 1e Compagnie met sa 3e Section à la disposition de la 3e Compagnie pour compenser les pertes subies par celle-ci. Elle fait ratisser par la Section du Lieutenant PARRA les bois à l’ouest de l’Ill, où la 3e Compagnie pense qu’il est peut-être resté des Allemands ; on n’en trouve pas…

A partir de 17h, la 2e Compagnie entreprend de se porter sur son deuxième objectif, constitué par le BENNWASSER en direction du Bois du SPECK.

Dans un premier temps, la prise de l’Ecurie par la Section à laquelle appartient le Sergent RIOU s’effectue dans de bonnes conditions : cheminement par la lisière du bois au sud de l’actuel pont jusqu’à 400 mètres de l’objectif, puis attaque avec l’appui des mortiers de 60 et des mitrailleuses. Quand elle arrive à 100 m les Allemands qui occupaient l’Ecurie, une quinzaine d’hommes, s’enfuient, laissant sur le terrain 5 tués et un blessé. La Section a perdu elle-même un tué et un blessé par l’artillerie allemande.

Le mouvement des deux autres sections bénéficie d’un magnifique clair de lune, mais n’en donne pas moins lieu, d’après DUMONT, à un certain cafouillage : une erreur de direction (imputable à quel niveau ?) est commise au départ, qui les fait progresser trop à droite, vers le NEUWALD, et y tomber sur le 22e BMNA.

Il leur faut revenir en arrière, par le bois cette fois-ci, et repartir dans la bonne direction. Elles atteignent sans encombre l’Ecurie, récupèrent au passage la section qui s’y trouve (celle de RIOU), et continuent sans opposition jusqu’au NEUGRABEN, qu’elles passent sur une passerelle de fortune (le pont a sauté), puis au BENNWASSER. Là, le pont est également détruit, et il faut attendre une heure que le Génie amène un bateau pneumatique.

Vers 23h enfin, la 2e Compagnie est solidement installée à cheval sur les deux ruisseaux, avec deux groupes de la section de RIOU sur la rive est du BENNWASSER ; elle couvre donc largement face à l’ILLWALD le 22e BMNA, qui a fait 55 prisonniers dans le NEUWALD (dit le Bois du Cactus), mais n’a pas pu en occuper la totalité.

Entre temps, la 3e Section de la 1e Compagnie (celle qui avait été donnée le matin en renfort à la 3e Compagnie ) a remplacé à l’Ecurie la section de la 2e Compagnie qui s’en était emparée.

La 3e Compagnie, elle, doit, pour assurer sa mission de flanc-garde dans un bois extrêmement touffu, s’étirer en une mince ligne de petits postes. Impossible de s’enterrer dans la terre gelée, ni de confectionner en quelques heures des abris en rondins.

Les pertes du 23 n’ont pu être reconstituées avec précision que pour la 3e Compagnie, partiellement seulement pour les autres unités :

Tués :

Nom Unité
Lieut. LE BASTARD G.A. S.M. 1
Sgt JAVANAUD
Sgt Hubert LEBRUN 1e Cie
Capor. .André DUPIN G.A. S.M. 2 (balle dans la gorge en arrivant sur l’Ill, alors qu’il se portait au secours du Soldat GILLES, blessé)
Soldats
Fernand GUILLOUX 3e Cie (éclats)
Marcel GRENETTE C.A. S.M. 2 (obus de plein fouet)
Lucien Ernest BROYON C.A. S.M. 2 (OBUS DE PLEIN FOUET)
Laurent CHARTRAIN 3e Cie (mortier)
Raymond TOUITOU 3e Cie (éclats)
Soldats Robert Hubert LHOIR
Roger HERBELIN 3e Cie
Raymond MAILLY
Louis LECOMTE 3e Cie
Guy MATHIEU
Jacques LEBACLE 2e Cie

Blessés :

Nom Unité
Lieutenant André QUELEN C.C. (éclat d’obus dans la jambe)
Sgt AUCLAIR 1e Cie
Sgt TAFFANEL 3e Cie (à la tête)
Sgt BARBIER 3e Cie (éclat de mortier à la face ;
il mourra un peu plus d’un mois plus tard à l’Hôpital 415 à BESANCON)
Sgt Ch. MORTEL C.A. (éclat dans le pied)
Sgt-Ch. LETUVEE C.A. (balle dans le bras)
Sgt LAVIGNE C.A. (éclats multiples)
Sgt MORUT C.A. (éclats multiples)
Cap-ch. VIGNAT 3e Cie
Capor. FOURNIER C.A. S.M. 2 (éclats dans le dos)
Sldt GILLES C.A. S.M. 2 (balle dans la cuisse
en arrivant à l’Ill)
Sldt PORTELETTE 3e Cie (éclats à la
cuisse gauche et à la tête)
BONNET 3e Cie (éclats de mortier
à la jambe)
ROGIER 3e Cie (éclats de mortier
à la cuisse)
RUTON 3e Cie (éclats de mortier
au visage)
GUILLEUX 3e Cie (éclats dans le dos)
DISCLOS 1e Cie
Soldats
DETOC 3e Cie
CHIMEUX 3e Cie
FAGOT 3e Cie
MATHIEU 3e Cie
BOULANGER 3e Cie
CHATEL 3e Cie

Le 24 Janvier

Dans la nuit, vers 01h, les Allemands lancent un coup demain brutal sur un petit poste situé à l’extrême gauche de la 3e Compagnie ; ce poste comprend un groupe de F.Y. commandé par le Sergent MADRASSI, et un groupe de mitrailleuses de la SM 2, aux ordres du Sergent LEGALL et qui a été sévèrement éprouvé dans le courant de la journée (il a perdu la totalité des servants d’une de ses deux pièces) ; le poste se défend énergiquement et cause des pertes à l’ennemi ; mais le Groupe MADRASSI finit par succomber : il est fait prisonnier à l’exception du Soldat BRASSIER qui, bien que blessé, parvient à s’échapper et à donner l’alerte à la Compagnie.

Le groupe de mitrailleuses tient, mais le Sergent LEGALL est blessé, et doit être évacué ; le Sergent TANGUY, adjoint au chef de la SM 2, prend le commandement de ce qui reste du groupe.

Le Capitaine THIRIOT bouche le trou avec sa section de réserve et un groupe mis à sa disposition par la 1e Compagnie.

Dans la journée, une patrouille de la 3e Compagnie descend le KRUMLACH sur 300 m se heurte à une forte résistance, et doit faire demi-tour.

Tués :

Nom Unité
Soldat GUIOT 2e Cie (soufflé par un obus,
sans blessure appar.)
Caporal DELFOSSE 2e Cie (tête arrachée
par le même obus)

Blessés :

Nom Unité
Sgt Alexis LEGALL C.A. S.M. 2 ( balle dans le bras)
Soldat BRASSIEH 3e Cie

Prisonniers :

Nom Unité
Sergent MADRASSI 3e Cie
(une main arrachée)
Soldat CHARVET 3e Cie
THORAL 3e Cie
VINCENT 3e Cie
BOUDET 3e Cie
(gravement blessé, mourra en captivité)
CLERC 3e Cie

Sur notre droite, dans la soirée, le 22e BMNA, appuyé par quelques T.D. qui ont passé l’Ill sur un pont Bayley posé par le Génie, nettoie le NEUWALD et la Ferme de GEMEINMARK et fait 70 prisonniers, dont un Commandant.

Le 25 Janvier

Les patrouilles de la 3e Compagnie dans l’ILLWALD se heurtent toujours aux mêmes résistances.

Devant l’impossibilité d’y pénétrer à partir de l’ HAYGIESSEN, la Brigade décide une tentative par le terrain découvert.

C’est la 2e Compagnie du BM 4 (ex-Maquis du CHAMBARAND, Capitaine MOREL) qui en est chargée. En début de journée, elle franchit l’Ill (le Génie a établi une passerelle et doit construire deux ponts pour les chars dans la zone d’action de la Brigade ; il neige toute la journée), dépasse la 2e Compagnie par le terrain découvert, pénètre dans l’ILLWALD a sa corne sud-est sans rencontrer d’opposition, et s’y installe.

Mais au début de la nuit, elle est surprise par une violente attaque allemande, et doit se replier une heure plus tard après avoir perdu 20 à 30% de son effectif et une bonne partie de son matériel.

Sur notre droite, en début de journée, le 22e BMNA tente d’occuper le SPECK à partir du NEUWALD ; il avance de 1 500 m. mais se heurte à des armes automatiques sous rondins qu’il ne peut réduire au silence faute d’appui de chars, et à des feux violents d’artillerie et de mortiers. Une tentative de débordement par la droite échoue, et il doit, en fin de matinée, se replier avec de lourdes pertes.

Le 26 Janvier

Il continue de neiger.

D’après RIOU, les ponts sur l’Ill sont minés en prévision d’une éventuelle contre-attaque allemande (?). Vers 07h. puissants tirs d’artillerie amie sur les positions en avant de la 2e Brigade.

Les effectifs fondent : c’est ainsi qu’à la 2e Compagnie, les deux groupes placés en sonnette à l’est de la BENNWASSER ne comptent plus que six hommes sur les quinze arrivés le 23.

Aussi la 2e Compagnie est-elle relevée au début de la nuit par une compagnie du BM 4, et va-t-elle s’installer en deuxième ligne dans les bois de la rive gauche de l’Ill.

Blessés :

Nom Unité
Soldats
BORNICHE 1eCie
(éclats de mortier)
FLORENTIN 2eCie (main arrachée
par un éclat de 88)

Le 27 Janvier

Le pont lancé sur l’Ill par le Génie facilite grandement le ravitaillement du BM 5.

Les effectifs des compagnies sont tombés à 82 pour la 1e, 55 pour la 2e, et 81 pour la 3e.

L’Aspirant de la 2e Compagnie, qui avait été hospitalisé en Novembre à la suite d’un accident de jeep, rejoint son unité.

Le 29 Janvier

Une patrouille de la 3e Compagnie, avec le Capitaine CHRETIEN et le Sergent BRUNET, accroche une patrouille allemande dans l’ILLVALD et lui blesse deux ou trois hommes.

Le 30 Janvier

Nouvelle tentative du 22e BMNA sur le Bois d’OHNENHEIM à partir du Bois d’ELSENHEIM (ERLEN) ; appuyée par quelques chars des Fusiliers-Marins, elle atteint la lisière du bois, mais ne peut y pénétrer.

Ce sont finalement le BM 21 et les chars de la 2e DB (Sous-Groupement SARRAZAC) qui, dans la journée, venant du Sud, donnent sur le Moulin d’ELSENHEIM le coup de boutoir qui forcera l’ennemi à décrocher.

Le 31 Janvier

Le dégel s’amorce, transformant la neige en boue et gonflant les ruisseaux.

Les premières patrouilles envoyées dans l’ILLWALD au petit matin constatent que l’ennemi l’a évacué, après l’avoir abondamment piégé.

La patrouille de la 1e Compagnie (Adjudant GUELTAS ) s’en sort sans casse ; il n’en est pas de même de celle de la 3e Compagnie, commandée par le Capitaine CHRETIEN, dont l’adjoint, le Sergent BRUNET, fait sauter une grenade en donnant un coup de pied dans un calot "abandonné", et reçoit un éclat dans l’œil.

La 2e Compagnie repasse sur la rive droite de l’Ill et procède à partir de 12h au nettoyage de la bande centrale de l’ILLWALD jusqu’à la Chapelle du CHENE ; le Soldat ROUSSEAU est blessé en pénétrant dans un blockhaus piégé. Le soir, la Compagnie bivouaque à l’orée de la forêt.

La 1e Compagnie, toujours renforcée de la SM 1 (à la tête de laquelle l’Adjudant-chef GUILLAUME a succédé au Lieutenant LE BASTARD), se porte dans l’après-midi à la corne sud-est de l’ILLWALD, là où la 2e Compagnie du BM 4 s’est fait attaquer dans la nuit du 25 au 26 ; elle y arrive vers 17h ; le spectacle est dantesque.

Elle entreprend aussitôt le regroupement et l’identification des cadavres, la récupération de l’armement et du matériel.

Le 1e Février

Dans la journée, regroupement du Bataillon à HEIDOLSHEIM. Le mouvement se fait à pieds ; il est rendu difficile par le dégel.

La 3e Compagnie dépasse la 1e au coin sud-est de l’ILLWALD vers 09h.

La 2e démarre à 08h, passe par ONHENEIM, et arrive vers 11h.

La 1e Compagnie arrive la dernière vers 12h.

GERSTHEIM, du 3 au 18 Février 1945

Le BM 5 se porte à GERSTHEIM. 

Le village avait été, le 9 Janvier, évacué par la Brigade ALSACE-LORRAINE et réoccupé par les Allemands. Il a été à nouveau libéré le 31 Janvier. Pendant ces 22 jours, il avait caché 19 soldats français.

Le mouvement se fait à partir de 08h30 ou 09h, en camions du Train jusqu’à OSTHOUSE (via ELSENHEIM, ILLHAEUSERN, SELESTAT, BENFELD), puis à pieds.

La 1e Compagnie (précurseur : Lieutenant MEROT) et le 2e embarquent à HEIDOLSHEIM. 

La 3e Compagnie n’embarque qu’à RATHSAMHAUSEN après avoir ratissé du Sud au Nord les lisières est de l’ILLWALD et salué une dernière fois les morts de la 2e Compagnie du BM 4.

Le Bataillon arrive à GERSTHEIM vers 14 ou 15h ; il doit y relever le lendemain un bataillon du 7e RTA sur les bords du Rhin, mais l’opération donne lieu à plusieurs ordres et contre-ordres, et se fait finalement en partie le jour-même.

A noter qu’il est impossible d’identifier aujourd’hui autrement que sur la carte certaines des positions qu’il occupera, le terrain ayant été bouleversé par la construction du barrage sur le Rhin.

► La 1e Compagnie relève immédiatement une compagnie du 7e RTA en avant-postes sur le Rhin. Opération terminée à 19h. Elle a son P.C. à la MAISON JAUNE (plein Est du village ?).

► La 2e Compagnie prend des cantonnements confortables près de l’Eglise.

► La 3e Compagnie reçoit d’abord l’ordre de s’installer en position défensive aux lisières nord du village ; à 18h, un contre-ordre l’envoie à la Sucrerie d’ERSTEIN pour y relever des Nord-Africains ; un second contrordre la maintient finalement pour la nuit à GERSHTEIM. 

4 Février

Dans le courant de la matinée, la 2e Compagnie relève une compagnie de F.F.I. (Brigade ALSACE-LORRAINE ?) qui assurait la protection rapprochée de GERSHTEIM. 

Dans le même temps, la 3e Compagnie relève une compagnie du 7e RTA entre le Rhin et le Canal, à 3 km au nord de GERSHTEIM. Elle installe son P.C. à la Maison forestière à l’Est de la Sucrerie. Elle est en liaison avec des F.F.I. (Brigade ALSACE-LORRAINE du Colonel MALRAUX ? ) à 800 m. au Nord, avec la 1e Compagnie à 1 500 m au Sud. Sur ce front de plus de deux kilomètres, elle tient toute une série de petits postes adossés au canal d’alimentation de l’Ill.

La seconde ligne est constituée de casemates plus importantes ; une partie de la Section GUYONNET tient une de ces casemates dissimulée dans un bois sur un bras mort du Rhin, à côté duquel se trouve un mirador bien camouflé dans un arbre.

Le 5 Février

D’après son journal de marche, le dispositif de la 1e Compagnie est le suivant (les points indiqués ne sont plus identifiables) :

Il n’est pas question de la 3e Section, sans doute supprimée faute d’effectifs.

N.B. Ces données sont très vagues ; on peut supposer que la 1e Compagnie tenait :

La 2e Compagnie occupe vers 14h une position qui s’étire sur 2 km au Sud-Est de GERSTHEIM. Le P.C. est installé dans un pavillon de chasse mis à sa disposition par " deux vieilles baronnes ".

Le dispositif comporte :

Chaque section passe à tour de rôle deux jours sur chacune de ces deux positions, puis deux jours à la protection rapprochée du village (en fait au semi-repos).

Le 7 Février

D’après le Capitaine COQUIL, le Rhin inonde les positions ; les hommes (des avant-postes ?), transis, doivent se réfugier tant bien que mal sur la digue.

Le 9 Février

D’après le Capitaine COQUIL encore, c’est la décrue ; la boue camoufle les mines ; avec le Capitaine FAURE, adjoint au Chef de Corps, il arrive à trouver un emplacement relativement sec permettant de surveiller le fleuve, et y installe un poste.

Le 10 Février

Vers 04h, un coup de main ennemi sur un petit poste de la 1e Compagnie entre Rhin et Petit Rhin provoque une alerte générale.

Le poste est évacué sans perte pour nous, et occupé par les Allemands, qui se replient au petit jour. Mais on se demande s’ils n’ont pas laissé deux hommes sur notre rive ; deux compagnies ratissent donc l’après-midi la bande de terrain située entre Rhin et Petit Rhin (500 à 800 m de large) ; elles ne trouvent rien.

Le 12 Février

D’après RIOU, vers 21h45, le Rhin commence à monter ; à 22h30, il a monté de 30 cm ; les sonnettes de la 2e Compagnie doivent se replier sur la digue.

On apprendra le lendemain que l’inondation est provoquée par les Allemands, qui ont ouvert les vannes du Barrage de KEMBS pour ralentir l’offensive alliée en Hollande.

N.B. On peut se demander si cette inondation signalée par RIOU n’est pas la même que celle rapportée par COQUIL pour la période du 7 au 9 Février .... Ou bien y a-t-il eu deux crues à quelques jours de distance ? .

Le 18 Février

Le BM 5 est relevé en lignes.

(D’après le Capitaine THIRIOT, le bataillon qui prend sa place appartient à la Brigade ALSACE - LORRAINE ; d’après le Général GRAS, il s’agit d’un régiment de la 9e DIC : pour le Sergent RIOU, enfin, c’est un Bataillon F.F.I. formé dans la région de RODEZ et qui compte dans ses rangs pas mal d’étrangers et de Nord-Africains).

THANNENKIRCH, 19 Février au 10 Mars

Le 19 Février

A partir de 12h30, le BM 5 fait mouvement en camions du Train sur THANNENKIRCH (par la N.8J puis la D.42).

Installation en cantonnements très confortables :

Le séjour à THANNENKIRCH sera marqué principalement par :

Le 20 Février

Le Médecin-auxiliaire de SAINT HILLIER est affecté au Bataillon, venant de l’Ambulance SPEARS.

Se retrouvant tous ensemble, pour la première fois depuis le débarquement, pour l’inauguration de leur popote, les Sous-Officiers de la 2e Compagnie constatent qu’ils ne sont plus que quatre anciens d’Italie, deux Anciens de Tunisie.

Le 21 Février

Départ des stagiaires du Bataillon (Officiers, Ss-Officiers, Troupe) pour l’Ecole des Cadres crée par le Général DE LATTRE à ROUFFACH (dans un ancien Asile d’aliénés).

La plupart en reviendront quatre ou cinq jours plus tard, complètement écœurés par le régime auquel on prétend les y soumettre.

Le 22 Février

Le Capitaine LESCAN DU PLESSIX passe le commandement de la 2e Compagnie au Capitaine COQUIL, et part en permission, avec affectation ultérieure probable au Ministère des Colonies.

A peu près à la même date, le Capitaine THIRIOT passe le commandement de la 3e Compagnie au Capitaine CHRETIEN, et est hospitalisé à SPEARS, au HOHWALD (il s’y retrouve dans la même chambre que le Lieutenant LE PORS). Il revient au BM 5 quelques jours plus tard pour formalités administratives, et le quitte définitivement deux jours plus tard.

Le 27 Février

Un sous-officier de la 2e Compagnie est arrêté par la Prévôté comme ayant appartenu à la Milice de DARNAND.

Le 28 Février

Les Sous-Officiers de la C.A. offrent, le soir, une grande réception à tous leurs camarades du Bataillon ; RIOU constate que, sur 70 à 75 présents, il n’en connaît pas la moitié.

Le 2 Mars

Le BM 5 reçoit un renfort du Bataillon F.T.P. La Marseillaise ".

Dans les premiers jours de Mars, tous les détachés du Bataillon (stagiaires et instructeurs divers) rejoignent en vue d’un proche départ.

Le 5 Mars

Pot d’adieu offert à tous les Officiers et Sous-Officiers du Bataillon par le Capitaine FAURE, qui quitte le BM 5 pour aller prendre le commandement d’un bataillon de la 36e D.I. dans le Sud-Ouest.

Le 6 Mars

Préparation au départ. Les distributions de matériel, en particulier d’habillement, sont insuffisantes cependant pour combler les déficits ; les chaussures surtout font défaut.

Le 7 Mars

Départ du Détachement précurseur pour le Midi.

A 14h prise d’armes, au cours de laquelle sont remises 43 Croix de Guerre.

Le Fanion du Bataillon est porté par THIRIAT ; sa garde est composée de RIOU, BRUNET, " Pierrot le Dur ", " La Tonne de la C.A. ", et...

Le 8 Mars

Le matin, départ du convoi-auto pour le Midi.

Le 10 Mars

Départ du Détachement V.F. (initialement prévu pour le 9, il a été reporté d’un jour) . Embarquement à la gare d’ALTKIRCH, au Sud-Ouest de MULHOUSE.

Le déplacement THANNENKIRCH - ALTKIKRCH est effectué en camions (pour la 2e Compagnie, 7 camions de 1 tonne, qui doivent effectuer deux rotations).

Embarquement à 14h. Départ à 14h30.

Arrêt à BELFORT de 18h30 à 19h30.

Le 11 Mars

Passages à DIJON (06 à 07h), BEAUNE, MACON ( 12 à 13h) , ROMANE-CHE ( vers 15h) .

Le 12 Mars

Passages à MARSEILLE (env. 05h30 à 06h30), TOULON (vers 07h30), ANTIBES, CANNES (11h).

A chaque arrêt, quelques retardataires ratent le train ; à MARSEILLE, c’est volontairement que trois Marseillais " de la Section lourde de la 2e Compagnie quittent le convoi avec armes et bagages.

Arrêt à NICE de 12h à 15h ; le train est coupé en deux ; le P.C. de la 2e Brigade et le BM 4 continuent vers le Nord ; le BM 5 pousse Jusqu’à MONTE CARLO, où il débarque vers 1 600m.

Montée de MONTE CARLO à la TURBIE à pieds. Installation dans les cantonnements préparés par le précurseur, qui est arrivé la veille 11 Mars, tard dans la soirée.

Le convoi auto arrive à son tour vers 20h, apportant le ravitaillement.

Dans la soirée, les hommes font la tournée des cafés ; le vin est cher ; les " Marseillais " chantent l’Internationale et la Jeune Garde dans les rues....

 
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