PAULET Paul-Edouard

??/??/???? / (1897-????)

Unité : RA

 

Français Libre

 

À propos

Lieu de naissance : Paris

Profession : chef d'entreprise

 

Écrits

Mesdames,
Messieurs Paulet,
Monsieur le Sénateur,
Madame le Maire,
Monsieur le Président du Conseil général,
Monsieur le Président de la communauté de communes du pays de Douarnenez,
mes chers compagnons, mes amis,

La ville de Douarnenez nous invite, aujourd’hui, à inaugurer un chemin de randonnée et de promenade consacré au souvenir de Paul-Edouard Paulet, industriel et armateur, engagé dans les Forces Françaises Libres.

Nous sommes rassemblés pour rappeler l’histoire de sa vie, une vie d’honneur et d’amour de la patrie, pour laquelle il fut conduit au plus grand sacrifice.

Paul-Edouard Paulet est né à Paris en 1897. Il poursuit des études brillantes qui seront consacrées par une licence es sciences. Il a dix-sept ans quand éclate la guerre de 1914-1918, qui a une grande répercussion dans les familles qui ont toutes l’un ou l’autre proche aux armées et où la sienne propre sera très affectée par la mort au combat de son frère aîné Charles, en 1915. Il pense à s’engager dès ce moment ; il ne pourra être mobilisé qu’en 1918. Après la fin de cette guerre, il termine d’abord ses études, il se marie en 1920. Il entreprend une carrière dans la banque et il devient directeur d’agence au Crédit Nantais. En 1932, il rachète une usine de conserves à Douarnenez, où il lance la marque Petit Navire - qui dure toujours. En même temps que ses charges de famille augmentent, dans cette période difficile de la première grande crise économique mondiale, il accroît ses affaires d’industrie : il installe une deuxième usine à l’île d’Yeu, puis, en 1937, en rachète une autre à Saint-Jean-de-Luz et arme, également, des thoniers. Il établit sa demeure à Quimper où il vivra avec sa femme et ses sept enfants.

Au moment où il dirige une entreprise de 400 salariés, le pays se trouve de nouveau entraîné dans un conflit de guerre, qui sera bientôt mondial. Mais voilà que l’Armée se replie, la population s’écoule sur les routes et le désarroi, la stupeur submergent le pays ; les troupes allemandes débouchent en Bretagne.

Paulet regarde la situation : il faut d’abord échapper de la zone envahie pour se réorganiser et retrouver des ressources de combat.

Au même moment, le Général de Gaulle appelle à la résistance depuis Londres. Le 19 juin 1940, Paulet va quitter Douarnenez avec un de ses thoniers ; c’est le dernier navire à s’éloigner du port, alors que les Allemands y arrivent.

Un diplomate, René Blanchard, élève de mathématiques spéciales dans la classe repliée à Quimper depuis le début de l’année scolaire, raconte son embarquement puis le départ de ce bateau à 16 heures, par un soleil radieux. Le thonier emporte aussi une quinzaine de jeunes, la plupart déjà militaires, de l’École d’Hydrographie de Paimpol - parmi lesquels un autre futur officier de la Légion Étrangère, Lionel Beneyton, qu’il retrouvera à Bir-Hakeim.

Débarqué à Newlin (au Pays de Galles), Blanchard va se rendre au sud de Londres, à Delville Camp, où se trouvent réunis d’autres préparationnaires des Grandes Écoles, repliés de Bordeaux, de Bayonne, Clermont-Ferrand, venus par Saint-Jean-de-Luz et qui vont être regroupés dans ce qui sera la 1e Section d’Artillerie ; il y retrouvera, également, Paulet.

La partie de cette section, qui quitte le 31 août Liverpool, avec de Gaulle, vers l’Afrique, s’installe, après l’affaire de Dakar, à Bonabéri, c’est-à-dire Douala, au Cameroun - territoire rallié aux Français Libres - et où, dit Monsieur Georges Varin, autre combattant de cette section, Paulet est déjà affairé, pour ne pas rester inoccupé, à faire apprendre le Morse ou d’autres acquisitions utiles avec le matériel de transmissions disponible. Le futur commandant Guy Lapouyade parle des jeunes sous-officiers qu’ils étaient alors, loin de leurs familles, désorientés, qui allaient trouver Monsieur ou Monsieur Paulet - on l’appelait ainsi - le trouver pour soumettre leurs problèmes à cet ancien d’accueil si paternel. Monsieur Emile Lamouche ajoute que sa position militaire semblait incongrue chez ce chef d’entreprise - il n’était pas officier - et rapporte que c’est lui qui souda l’équipe des transmissions qui fit merveille tant en Erythrée qu’en Syrie.

Jacques Petitjean, autre diplomate, officier adjoint à cette époque, qui avait combattu en France en 1940, fait état de son souvenir du Sage , auquel on s’adressait pour résoudre une difficulté, et de l’aide fort précieuse pour les jeunes cadres pour conduire les hommes ; avec ses qualités humaines exceptionnelles et son expérience professionnelle, dit-il, c’était un Seigneur , simple et modeste mais noble et respecté.

Quelques-uns de ceux qui appartenaient à cette section, qui quittèrent l’artillerie pour suivre des formations d’officier - dont l’un d’eux est un futur général - ou pour y revenir ensuite, ou qui encore reçurent cette formation dans le régiment même, apportent d’autres témoignages sur l’influence que sa présence suscite à l’époque et il faut en citer.

  • Jacques Augendre parle de conseiller avisé, de sa gentillesse sans égale comme de ses convictions de chrétien.
  • Jacques Roumeguere, analysant pourquoi Paulet a marqué si fortement ses souvenirs, c’est que, s’il croît que le geste de son ralliement d’homme mûr, chargé de responsabilités familiales et sociales, n’a pu être que la conclusion d’une réflexion cruciale, il pense éprouver le sentiment de se trouver en face de quelqu’un dont le sens du devoir de haute élévation spirituelle commande la conduite et développe une force morale qui transcende.
  • Laurent Ravix, qui le voyait tout le temps à l’œuvre avec ses équipes à Bir-Hakeim encore, illustrant ces moments note : Comme nous tous, j’appréciais ses profondes qualités de cœur et d’intelligence .
  • Jacques Pigneaux de Laroche décrit des épisodes. Quand, sur mer, le Pennland voguer vers l’Afrique, il voit Paulet indulgent et amusé, assistant aux manifestations, un peu potache, qui rompaient le voyage. Le retrouvant à Bir-Hakeim, après la destruction de tous ses canons de 25 pounders, amenés par lui dans la position, récupérés auprès d’une brigade hindoue défaite quelques jours avant, Jacques Pigneaux est envoyé, pour l’assister, auprès du Bataillon du Pacifique dont le chef vient d’être tué à côté de lui, et se trouvant au milieu de véritables déluges de 88, il se souvient avec une certaine émotion, alors qu’il ne portait jamais de casque, que Paulet lui a proposé le sien.

Résumons son parcours : la Première Division Française Libre (1e DFL) a accompli de 1940 à 1945 un périple qui s’inscrit comme un long chemin aussi étendu que ceux des armées de - . Napoléon et d’Alexandre-le-Grand réunis. Paul-Edouard Paulet a participé à presque toutes les campagnes de 1940 à 1942. Il fait partie du premier convoi vers l’Afrique et participe à l’expédition de Dakar, commandée par le Général de Gaulle lui-même, entreprise où, profitant du ralliement de l’Afrique Équatoriale Française (Tchad, Oubangui-Chari, Congo et — territoire sous mandat du Cameroun - seul le Gabon n’a pas suivi, malgré une première ouverture le 30 août) - ces ralliements avaient été connus le jour même de l’embarquement à Liverpool - le chef de la France Libre, dans cette lancée, espérait effectuer un débarquement pacifique et après l’Afrique Occidentale, par contre-coup, dans la foulée, amener toute l’Afrique du Nord Française à la France Libre.

L’équipée échoue, la 1e section d’artillerie gagne le Cameroun, s’installe à Douala (Bonabéri exactement) et son nouveau chef, créateur et organisateur du régiment, le futur colonel Jean-Claude Laurent-Champrosay la prend en main. Cet officier va d’abord participer, avec des éléments d’artillerie africains, à la campagne du Gabon, et revient à Bonabéri en novembre. La 1esection repart à Noël pour la mer Rouge, en contournant l’Afrique par la mer, tandis que son chef la retrouve à Port-Soudan, point de départ de la campagne d’Erythrée. À ce moment, l’équipe de transmissions de Paulet est déjà bien structurée et bien organisée pour le combat. Ce sont alors les dures batailles de Keren et de Massaoua, le port sur la mer Rouge, aux côtés des britanniques. Puis, passant par l’Egypte, les unités entreprennent la campagne de Syrie, si pénible moralement et psychologiquement, qui sera également aussi dure ; les troupes s’accrochant au terrain par des journées torrides et des nuits glaciales, avant d’avancer au-delà de Damas et terminent ce conflit après un mois et demi de combats.

Retour en Egypte après six mois d’entraînement intensif - un camp au pied des Pyramides - et, quelques jours encore, c’est l’entrée dans le désert, le pays de la soif, des tempêtes de sable et des scorpions. Chacun va connaître cette nouvelle vie, aussi rude que les pays tropicaux, humides et épuisants, aussi secs que la Syrie, avec les chaleurs du jour (jusqu’à 70 ) et la fraîcheur de la nuit, parfois moins 10 . L’artillerie fait partie de la 1e Brigade Française Libre commandée par le Général Kœnig. À la suite de la Ve Armée, qui se replie de Tripolitaine, elle va occuper le site de Bir-Hakeim, sur la ligne, depuis Gazala sur la mer jusqu’à 100 km au Sud, où s’est stabilisé le front. Depuis février jusqu’en fin mai, on organise le terrain, on pose des mines, on établit des circulaires de canon et on creuse des abris et des tranchées pour les engins et matériels et des trous individuels pour les hommes.

Pendant ce temps également, les combattants vont se structurer en colonnes pour conduire des sorties lointaines, toutes les unités y participant successivement, accompagnées chaque fois d’une batterie d’artillerie. Ces patrouilles (dites Jock Columns ) - qui harcèlent l’adversaire dans une guerre de course d’un type rappelant la guerre navale - seront un appoint majeur dans le perfectionnement de l’apprentissage du combat, même pour les soldats aguerris que sont alors ces éléments constituant la Brigade.

Paulet donna la pleine mesure de son efficacité pendant cette période, alors qu’il avait été en fait un des artisans de notre préparation aux durs engagements que le régiment allait connaître tout au long des années au sein de la DFL. Remarquable technicien, excellent instructeur, il mit en œuvre les stages successifs, développés encore quand on disposa du matériel radio. Le commandant du régiment, avec son sens tactique et ses talents d’organisateur, avait pressenti, comme pour tant d’autres choses d’ailleurs, le rôle important qu’allaient jouer les transmissions et avait insisté sur cet aspect de l’entraînement. Mais Paulet se surpassa au moment des opérations de cette bataille acharnée : nos communications radio ne furent jamais interrompues, d’autant plus que les multiples lignes téléphoniques, qui reliaient les observatoires et les unités et celles-ci entre elles, furent hachées sans arrêt, parfois plusieurs fois dans l’heure, et les équipes de Paulet assurèrent les liaisons et réparèrent inlassablement, suppléant même les batteries qu’ils réparaient sans discontinuer.

Je devais mieux connaître Paulet lors de ma dernière formation de radio qui se déroulait sur le champ de bataille même, pendant cette époque consacrée à la construction du bastion (la plus sérieuse fortification de l’Afrique du Nord, dira notre adversaire, le Maréchal Rommel), mais ce fut surtout à l’hôpital avant l’entrée en Syrie que je le vis tous les jours, où il me prit en affection ; je connus ses préoccupations, il parlait toujours de sa famille, ce qu’il s’abstenait de faire dans la vie du régiment, tout ce qu’on connaissais de lui l’était par d’autres.

Ce qui m’impressionna, en dehors de ses connaissances techniques et professionnelles, fut le registre de sa réflexion sur les facteurs psychologiques, dont il tirait la plus grande partie de sa participation à la guerre de 1914-1918, expliquant le sentiment de nos insuffisances, de la faiblesse de nos moyens et du manque de cadres ; aussi, qu’il fallait s’endurcir et former des caractères. Cela se termina par notre retour au régiment, déjà pratiquement parti vers la Syrie. Il estima que je ne pouvais aller supporter la nouvelle campagne et en fit part au chef du convoi qui partait en dernier. Je ne l’ai pas oublié. Néanmoins, le lendemain, le capitaine accepta de m’emmener.

Je retiens que cette figure attachante, remplie d’insignes qualités : altruiste, délicate, discrète dans son comportement, de grande expérience, restera pour moi un homme qu’on se trouve honoré d’avoir connu et admiré. Il est toujours présent dans la mémoire des survivants.

Constant ENGELS, Compagnon de la Libération