PIVETTE Albert

15/12/1914 - 25/06/2005

Grade : adjudant

Unité : BIMP

 

Français Libre

 

À propos

Lieu de naissance : chatillon colmont

Profession : militaire

Ralliement : palestine (juil.-40)

Date de décès : 25/06/2005

 

Écrits

Du premier au dernier jour, dans les rangs du B.I.M. et du B.I.M.P., 1940 -1945

FFL : Albert PIVETTE

DÉSERTION ET SOLDAT DE LA FRANCE LIBRE

SOLDAT de la 2e Compagnie du 24e R.I.C. stationné à Tripoli au Nord Liban, je suis les événements qui se passent en France au cours des semaines tragiques de mai - juin 1940. Un soir, j’apprends avec stupéfaction la conclusion et les conditions de ’Armistice. Ce n’est pas croyable.

Le 27 juin, le capitaine FOLLIOT de la 2e Compagnie apprend qu’à minuit l’Armistice va entrer en vigueur et va être applicable aux États du Levant (Syrie, Liban). Il déclare aux : efs de sections : Nous avons été trahis en France, et maintenant nous allons l’être ici. Je vais partir pour continuer la lutte avec les Anglais. Que ceux qui veulent partir avec moi se trouvent à 11 heures ce soir, avec armes et munitions A-t-il eu connaissance d’un certain Appel lancé de Londres le 18 juin ? Je l’ignore, tout comme moi j’ignore totalement cet Appel. Que dois-je faire ?... Où est la bonne voie ?... Elle s’impose : Moi aussi je pars.

Mais nous sommes à plus de 200 kilomètres de la frontière de la Palestine occupée par l’armée anglaise. Le capitaine a son plan et, méthodiquement, il en assure l’exécution. Il sera d’ailleurs condamné à mort comme ayant été le chef du complot.

Le jour se lève quand notre petit convoi se présente au poste tenu par les Anglais. Nous sommes dirigés vers un camp près d’Haiffa ; le 14 juillet est marqué par une cérémonie qui, par la pensée, nous relie à la Mère patrie. Le 20 juillet, nous prenons le train pour l’Egypte, débarquons à Ismaïlia. Nous recevons une tenue anglaise et, sur le côté du casque, un insigne tricolore avec croix de Lorraine, brodé par des religieuses d’Ismaïlia. À notre détachement s’ajoutent 400 hommes (1) d’un bataillon stationné dans l’île de Chypre ainsi que des civils français d’Egypte. Un Bataillon est formé, qui prendra le nom de Bataillon d’Infanterie de Marine (BIM).

Une forte colonie Française résidait à Ismaïlia. Elle fit preuve à notre égard d’un généreux dévouement en recevant ou prenant en charge presque chacun d’entre nous. Le 22 juillet 1940, je signe un engagement ainsi reconnu comme membre des Forces Militaires Britanniques ; je bénéficierai de la protection des Autorités britanniques. Le 25 août, au cours d’une prise d’armes, il nous est remis par le Président du Comité de la France Libre d’Egypte le drapeau du Bataillon brodé par les religieuses d’Ismaïlia.

Au cours des cinq années qui allaient suivre, il allait devenir l’un des plus glorieux de l’Armée française, titulaire de quatre citations et décoré de l’Ordre de la Libération 5. 

 PREMIÈRE CAMPAGNE DE LIBYE 

 

Août 1940. A la frontière de l’Efypte et de la Libye, l’armée anglaise, forte au plus de 30 000 hommes, contient une armée italienne de 150 000 nommes dont l’objectif est la conquête de l’Egypte. Il y a entre les 2 armées un très grand écart, l’armée anglaise étant motorisée et blindée ; l’armée italienne est au même point que l’armée française de 1939.

Septembre 1940. Nous prenons la route du front et sommes incorporés dans la Riffle-Brigade. Mi-septembre, l’armée italienne déclenche une offensive, le léger rideau de troupes anglaises cède en une retraite organisée sur 100 km. Le 9 décembre, le général WAWEL contre-attaque, encercle et enlève Sidi Barrani, Sollum, Derna, Tobrouck. C’est là que tombèrent, le 22 janvier 1941, nos premiers camarades : POTIN, LALOU, FLEURY, BARTHOLDI.

Benghazi, la capitale de la Cyrénaïque (2) , tombe à son tour. Très loin de ses bases, l’offensive britannique s’arrête à EI-Agheila, après une avancée de plus de 800 kilomètres. Nous sommes stationnés à Agebabia, assurant la défense d’un terrain d’aviation. Début avril, l’Afrika-Korps, du général ROMMEL, venu au secours de l’armée italienne, lance une offensive éclair. Talonnés, les 800 km que nous avions gagnés en deux mois, nous les faisons en huit jours, laissant encerclée à Tobrouck une garnison britannique qui tiendra héroïquement pendant huit mois avant d’être dégagée. Il arriva à l’Afrika-Korps ce qui nous était arrivé. Lignes de ravitaillement allongées, matériel fatigué et de plus, sur le flan, Tobrouck.

Après notre retraite accélérée, nous sommes dans le désert, avec comme compagnie des myriades de mouches et l’abominable vent de sable. Le 7 mai 1941, après huit mois de vie et de combats, nous prenons la direction du Caire, c’est la relève et pour de bon.

INTER-CAMPAGNE ET CAMPAGNE DE SYRIE

Gravement accidenté, Albert PIVETTE est hospitalisé jusqu’à la fin juin 1941. Les Allemands qui soutiennent une révolte en Irak acheminent du matériel et des armes et utilisent les terrains d’aviation de Syrie et du Liban contrôlés par des Vichystes.

J’apprends le 21 juin 1941 l’entrée en Russie de l’armée allemande. Ma première réaction est que les Russes prennent une bonne frottée (on garde une dent contre eux à ce moment-là en raison du Pacte Germano-Russe de 1939). Mais qu’ils en donnent encore une meilleure aux Allemands. Vers le 24 juin, je rejoins ma compagnie quelque part en Syrie, car les nouvelles que nous avons de là-bas ne sont pas bonnes... On se bat en Syrie et durement même, entre Français. On en est arrivé là...

Quand j’arrive à Damas le 26 juin 1941, il y a plus de 15 jours que les hostilités ont commencé. Alors que nous pensions trouver une armée française n’attendant que l’occasion pour se joindre à nous pour continuer la lutte, nous nous sommes heurtés à une troupe fanatisée, gonflée à bloc, commandée par le général DENTZ. Les combats sont sans pitié. Un armistice est conclu à St-Jean-d’Acre.

2E CAMPAGNE DE LIBYE

Début janvier, tout est prêt à nouveau pour le "bal". Aux différentes unités F.F.L s’est ajouté un bataillon de volontaires venus de Tahiti et de la Nouvelle Calédonie (3) . Nous rejoignons l’Egypte et relevons le 14 janvier 1942 les Sud-Africains à la Passe d’Alfaya. Nous nous dirigeons vers le front sous un véritable ouragan de sable et arrêtons à -0 km de Tobrouck puis, le 30 janvier, nous nous installons sur la défensive à Mechili. Les troupes britanniques sont en pleine retraite. Bengazi et Derna sont repris par ’Afrika Korps. Le 3 février, nous quittons nos positions. C’est un repli en masse ; nous roulons toute la nuit et subissons au matin un bombardement d’aviation ; MARCHAND, le radio, est grièvement blessé. Nous nous installons à Bir-el-Nagiar au Sud de Gambut. L’ennemi est enfin stoppé ; il a avancé de 700 km.

Le 17 février, nous arrivons à Bir-Hacheim, un point inconnu de nous. Toute la Brigade s’installe, en gros 3 600 hommes commandés par le général KOENIG. Cette position répartie partie sur un léger plateau rocailleux et dénudé formera l’extrémité sud du système de la ligne de défense que les Britanniques sont en train d’installer pour contenir l’ennemi. 27 mai, de 9h à 10h30, attaque de chars, 32 chars hors de combat, 100 prisonniers italiens dont un lieutenant-colonel. Nous sommes encerclés de loin. Magnifique début. 6 juin : quelle journée mon Dieu, quelle journée. 3 raids, 2 de 60 bombardiers et 1 de 10. L’artillerie n’a pas arrêté depuis 6h et il y a une attaque au nord-est dont j’ignore le résultat, Je ne comprends pas comment il y a encore des vivants à Bir-Hacheim.

Les Britanniques renoncent à nous délivrer. On nous demandait de tenir 8 jours, nous avons tenu 15 jours. Par radio, KOENIG s’entend avec les Britanniques pour une sortie de vive force. Le plan est établi et les ordres nous parviennent dans la soirée du 10 juin.

23h, en route, c’est presque une ruée dans la direction indiquée. Partout ce n’est que rafales, explosions, voitures qui sautent sur les mines et nous fonçons en courant. A chaque fusée éclairante on se plaque au sol, attendant qu’elle s’éteigne pour repartir. Après des heures de marche à la recherche des 3 feux rouges signalant le point de -assemblement, les voici. Des camions attendent, on nous donne à boire et en voiture. les manquants, il y en aura quand même beaucoup, hélas. Sur 3 600 que nous étions, plus de 1 100 tués, blessés, disparus... C’est lourd, très lourd ; le plus fort des pertes l’ayant été à la sortie.

ENTRACTE EN EGYPTE ET EL-ALAMEIN

Puis c’est la retraite, Gambut, Sollum, Sidi-Barani où le 14 juin nous pouvons enfin goûter un peu de repos. Une messe pour nos morts est dite. En raison des pertes subies, le BIM et le Bataillon du pacifique fusionnent pour former le Bataillon d’Infanterie de Marine et du Pacifique (BIMP). L’avance de l’Afrika-korps a pu finalement être stoppée à El-Alamein, grâce aux renforts arrivés de Palestine et de Syrie. Le front est stabilisé... Provisoirement. Le 10 août, le général DE GAULLE arrive en Egypte. Au cours d’une prise d’armes, il remet la Croix de la Libération au général KOENIG et à 14 officiers, puis la Médaille Militaire à 22 sous-officiers et soldats. Mon tour vient. Après l’avoir épinglée sur ma poitrine, il me dit, de sa voix lente et grave : PIVETTE, je suis heureux de te serrer la main.  Je n’en demandais pas tant.

De nouveau, cela va être le Grand Bal. Après une marche de 20 km avec armes et bagages, nous arrivons au Sud d’El-Alamein le 18 octobre. Dominant le secteur, un piton rocheux nommé Himeimat sera à enlever par la Légion étrangère, lors de l’attaque générale qui se déclenche le 23 octobre. Nous occupons les positions en première ligne que tenait la Légion avant de partir à l’attaque. Une fois arrivée sur le plateau elle est repoussée et contrainte de revenir. Les pertes sont sévères, en particulier son chef : le Lieutenant AMILAKVARI. C’était une diversion, alors que l’attaque de rupture est déclenchée à 60 km au nord. Le 27 octobre, nous roulons vers le nord toute la nuit pour tenir les positions enlevées aux Italiens, en bordure d’un escarpement longeant une plaine de sable que nous surnommons "la vallée des cadavres", tant sont nombreuses, non enterrées, les victimes des récents affrontements. Dans les jours qui suivirent, la presque totalité des troupes ennemies non motorisées, errant dans le désert, assoiffées, sont faites prisonnières. Nous restons sur place, faute de moyen de transport jusqu’au 16 novembre. MONTGOMERY développe son offensive : Derna, Tobrouk, Cyrène... Les pertes ennemies s’élèvent à 25 000 tués et blessés, 30 000 prisonniers, un millier de canons et 320 chars. C’est un coup dont jamais ROMMEL ne se remettra.

"LA GRANDE TRAVERSÉE"

Le 21 novembre, le BIMP est la seule unité de la 1e DFL avec les Spahis marocains à partir rejoindre la 8ème Armée de MONTGOMERY qui poursuit l’Afrika-Korps en retraite. En 4 jours nous parcourons 850 km. Nous passons Barce, Benghazi et arrivons près d’Agedabia. Grâce au poste radio nous avons connaissance du débarquement américain en Afrique du Nord, de l’assassinat de DARLAN et de l’arrivée de GIRAUD.

Le lendemain d’un Noël, triste et cafardeux, il nous est remis un colis individuel provenant du Comité Français Libre d’Egypte. Cela remonte le moral. Nous cessons le 3 janvier notre mission de défense du QG de MONTGOMERY et nous rejoignons le reste du BIMP qui assure la défense d’un aérodrome (Castel-Benito). L’endroit est malsain et nous subissons trois bombardements au cours du 7 janvier. Nous logeons dans une coopérative viticole italienne dont les caves ne sont pas à sec. Plus rien du désert ici, les amandiers sont en fleurs, c’est le paradis.

Notre cantonnement va être le lieu de rencontre avec la Colonne LECLERC venue du Tchad.

L’ennemi tient les crêtes d’une montagne à 10 km de nos positions. Le 1e mars, il déclenche un tir d’artillerie à longue portée, les gros obus passent au-dessus de nous et vont éclater sur l’aérodrome. Un sur trois n’éclate pas. On a confirmation des bruits qui circulent sur le sabotage et la Résistance en France ou dans les usines d’armement de l’ennemi. La VIIIe Armée enlève la ligne Mareth où ROMMEL s’était retranché. La route de Tunis est ouverte et Gabes est libérée le 29 mars. Le 13 mai, la radio annonce que la campagne d’Afrique du Nord est terminée. Aussitôt de toutes parts, l’ennemi se rend. Les Italiens isolément ou par petits groupes, une véritable pagaille. S’amène une compagnie allemande, commandée par un lieutenant. Il fait mettre sa Compagnie en ligne de sections, l’arrête et se présente au garde-à-vous. Devant cette discipline, nous sommes stupéfaits. La "grande traversée du désert" des rives du Canal de Suez jusqu’à Tunis, 3 000 km en 6 mois, est terminée.

STATIONNEMENT EN TUNISIE ET CAMPAGNE D’ITALIE

La guerre n’est pas terminée pour autant. Comme cela semble bizarre, ce calme après tant de bagarre. Un fort vent de désertion souffle sur les troupes de GIRAUD ; nombreux sont ceux qui viennent demander de continuer la guerre avec nous. Ils sont accueillis à bras ouverts... Au grand désespoir des "attentistes" d’Alger. Ces volontaires-déserteurs comblent les vides chez nous et permettront à LECLERC de former sa 2e DB. Nous sommes équipés de la tête aux pieds avec tenues, armement et matériel américains.

Exercices et grandes manœuvres pour toute la DFL que commande à présent le général BROSSET, Revues en tenues de départ... Cela sent quelque chose....

Nous quittons Bizerte dans un convoi de 80 bateaux et arrivons à Naples le 25 avril 1944.

Le 30 avril, le Père STARKY, aumônier du BIMP, organise une visite des ruines de Pompéi et l’ascension du Vésuve. C’est très intéressant et spectaculaire. Dans la nuit du 7 au 8 mai nous quittons nos positions puis franchissons le fleuve Garigliano. De l’autre côté, la tête de pont et une région montagneuse, sans route, les mulets remplacent les autos pour le ravitaillement et les blessés. Plus loin, la ligne de défense ennemie : "Gustave", devant laquelle les alliés piétinent depuis 6 mois. Une offensive générale est déclenchée dans la nuit du 11 au 12 mai à 23h, avec une préparation d’artillerie. Je n’ai encore jamais vu l’intensité d’un tel tir. Dans la nuit, c’est un scintillement indescriptible qui va durer une heure. A 24h, dès que celui-ci cesse, chacun se dirige vers son objectif. Cela va mal. Les objectifs ne seront pas tous atteints, l’ennemi s’est ressaisi et contre-attaque. L’ordre de revenir à la base de départ est donné. En quelques heures, le BIMP a perdu 41 tués et 84 blessés. Puis notre progression, lente mais continue, reprend mais nous fondons comme neige au soleil. Les pertes de la 1e DFL s’élèvent au tiers de ses effectifs. On parle beaucoup de nos victoires, mais à quel prix ont-elles été payées !...

Nous sommes engagés à nouveau le 5 juin, Capronica est pris. Les nouvelles sont bonnes : Rome est tombée le 4 juin et le 6 juin c’est la nouvelle d’un débarquement Allié en Normandie. Le repli de l’ennemi est général. Nous prenons Montefiascone le 23 juin. Toute la DFL est relevée, la campagne d’Italie est terminée pour nous, la France nous attend ! Je goûte le bonheur du repos : bien manger, mais surtout dormir, dormir ; je suis complètement épuisé. Nous débarquons le 27 à Naples puis par train arrivons à Tarente. rends le 6 août la libération de Laval et de Mayenne. Ma famille est maintenant libérée, mais que sont-ils devenus ? Je n’en ai plus de nouvelles depuis plus de 4 ans !

Ce même jour le général BROSSET me remet la Croix de Guerre.

LIBÉRATION : DÉBARQUEMENT ET POURSUITE

Le 14 août, nous quittons le port de Tarente. Au large de l’Afrique du Nord, nous apprenons que les premières troupes parachutistes ont été larguées au dessus du sud de la France. Le 16 août au soir, les côtes de Provence sont en vue. L’Empire-Pride jette l’ancre au milieu d’une véritable armada de navires, devant la plage de Cavalaire.

Nous filons vers la plage sur des péniches de transbordement. Nous en descendons, avons de l’eau jusqu’aux aisselles et nous voilà sur la terre de France. Il n’y a pas de combat. Le jour venu, le regroupement terminé, nous progressons, à pied naturellement, vers notre objectif : Toulon. La libération dans ce secteur ne me laisse pas le souvenir d’un accueil tellement chaleureux.

Le 20 août aux environs de Hyères, le BIMP livre son premier combat de la Libération sur le sol de France : premiers morts et premiers blessés. Après la prise du "Golf-Hôtel" qui est un exploit magnifique, nous remettons ça avec le village de La Garde puis celui de Vauranne.

La population, contente d’être libérée, sort des caves et nous assistons à une bien curieuse opération. Sur la place du village, une estrade est installée. Un coiffeur coupe à double zéro les cheveux des dames qui ont, paraît-il, fraternisé d’un peu trop près avec l’Occupant. Ce n’est pas très édifiant, la justice populaire ! Ce genre d’épuration, avec sa suite de vengeance et d’erreurs, nous suivra jusqu’en Alsace. Nous apprenons la Libération de Paris, C’est maintenant la déroute totale de l’ennemi. Après Aix-en-Provence, Beaucaire, Nîmes où nous recevons un accueil très chaleureux. Puis St-Etienne et Lyon, libérées sans combat. Tantôt en camion tantôt à pied, nous remontons vers le Nord. Le 13 septembre, se fait la jonction entre les troupes ayant débarqué en Normandie et celles de Provence. Nous arrivons à Villargent ; l’ennemi est à une vingtaine de km.

LIBÉRATION : CAMPAGNE D’HIVER

Le 25 septembre, nous sommes à Monffans. Finie l’euphorie du Débarquement et de la Libération. L’ennemi a, comme on dit, repris du poil de la bête. Nous avançons dans la région du Doubs en subissant des pertes continuelles. 2 octobre, depuis 12 jours, il pleut presque tous les jours et couchons presque toutes les nuits dehors. Réorganisation de la 1e DFL. Tous les Africains, les Tahitiens et les Calédoniens sont remplacés, ils ne tiendraient pas le coup sous le froid. Ces bons camarades de combat ont donné un exemple de fidélité à la France rarement égalé. Ils sont remplacés par des engagés provenant d’unités FFI dissoutes. Une dizaine est affectée à ma Compagnie. C’est curieux, tous sont gradés ! Le capitaine n’y va pas par quatre chemins. Tous, sans exception, acceptent de se retrouver simples soldats.

Fin octobre, nous sommes dans le secteur de la Trouée de Belfort, dans les bois et sous la pluie. 29 octobre 1944, première carte écrite par mon frère Henri. Tout le monde va bien, seul un frère est encore prisonnier. La Libération s’est faite sans casse à Chatillon, quel bonheur !... Le 10 novembre, sommes toujours dans les bois mais cette fois-ci dans la neige. Le 20 novembre, le général BROSSET s’est renversé avec sa jeep et a été emporté par le courant d’un torrent. Perte immense pour la 1e DFL. Plus au nord, le général LECLERC libère Strasbourg. L’offensive continue, nous voici maintenant dans les marécages au Nord de Belfort, dans le froid et la pluie.

Le 1e décembre, permission de 9 jours. J’arrive le 4 décembre, de nuit, à Mayenne. J’ai du mal à me retrouver dans le quartier de la gare, suite au bombardement massif du 9 juin. Le lendemain j’arrive à Chatillon... que j’ai quitté il y a 4 ans et 10 mois. Je retrouve ma compagnie le 20 décembre à St-lzan de Soudiac en Gironde. Pendant ma permission, toute la 1e DFL a été relevée et dirigée dans le sud-ouest, où les Allemands occupent la Poche de Royan.

Nous sommes bien accueillis par la population et, à l’occasion de Noël, nous sommes chacun reçu dans une famille. Triste Noël, les nouvelles du Front ne sont pas bonnes. VON RUNSTEADT a lancé l’offensive des Ardennes. 36h plus tard nous débarquons à Lunéville et, par un froid de -15 , nous nous installons en position défensive à Benfeld à 20 km de Strasbourg que les Allemands vont tenter de reprendre. Leur offensive se déclenche le 7 janvier 1945. Le 11 janvier une attaque appuyée par des chars "Tigres " nous déloge de la ferme "Zoll" qui servait de poste de commandement à la compagnie. Mais les ponts sautés interdisent le passage des chars ennemis et l’attaque est stoppée.

Dans les secteurs voisins, la bataille est acharnée, mais grâce à une défense qui a été bien cher payée (un Bataillon de la 1DFL, le BM 24, sera anéanti à Obenheim), la capitale de l’Alsace est sauvée.

Le 23 janvier, offensive Alliée pour liquider la Poche de Colmar que les Allemands tiennent toujours. Toutes les Unités sont engagées et, début février, toute l’Alsace est libérée. Nous quittons le Rhin début mars pour Juan-les-Pins. Nous ne prenons donc pas le chemin de l’Allemagne, cette satisfaction ne nous sera pas accordée.

LIBÉRATION : LES ALPES

La guerre n’est pas terminée, un tiers du département des Alpes-Maritimes étant occupé ennemi. Après la guerre du Désert, celle de la neige et de la boue dans le froid de l’hiver, il manque celle des montagnes et ça ne va pas être du gâteau ! Le 10 avril, nous commençons l’escalade du massif de l’Authion. Deux assauts sont donnés sans résultat. Les pertes sont sensibles. Nous passons la nuit à près de 2 000 m d’altitude, en grelottant.

Le 11 avril, nous remettons ça et notre objectif est enlevé. Mais toutes les fortifications ne le sont pas. L’intervention des chars des fusiliers-marins, celle de l’artillerie tirant des obus au phosphore et l’utilisation des lance-flammes en auront raison. 273 tués et 644 blessés, tel est le total des pertes de la 1e DFL au cours de ces derniers combats.

Ainsi PECRO, venu de l’assistance publique et qui, pointeur à un canon de 75 à Bir-Hacheim, avait détruit 5 chars. Lors de la remise de la Croix de la Libération au BIM, celui-ci n’ayant plus droit à son drapeau d’origine qui lui avait été remis à Ismaïlia en 1940, ce sera sur le calot de PECRO que le général DE GAULLE épinglera l’illustre médaille.

Nous passons la frontière à 2 300 m d’altitude. Le lendemain matin, 29 avril, surprise, alors que le côté français est sans neige, le versant italien en est recouvert d’une épaisseur impressionnante. Nous atteignons la vallée de la Stura, affluent du Pô. Il était prévu d’atteindre l’Allemagne du Sud. Par un message lancé d’un avion, le Haut Commandement donne l’ordre d’arrêter.

Rien à faire, l’Allemagne nous reste interdite. Pour la Compagnie, l’avance se termine à Démonte, bourgade située dans la vallée de la Stura que nous avons suivie et que nous atteignons le 1e mai. Ce sera notre lieu de cantonnement le plus avancé. Nous allons y rester un mois et occupons une école.

Enfin, le 8 mai, c’est officiel ; LA GUERRE EST FINIE. Lors de la remise du Drapeau, le 25 août 1940 à Ismaïlia, le bataillon comptait environ 600 hommes (officiers, sous-officiers et soldats) : nous comptons ce qui reste à présent, en ce jour mémorable : 42.

Le 18 juin 1945, sous les yeux et les applaudissements de dizaines, de centaines, de de milliers de spectateurs, nous défilons et passons sous l’Arc de Triomphe de l’Étoile.

Trompant le service d’ordre, une petite fille vient me remettre un bouquet de fleurs...

Geste touchant ... Je pense à tous les absents qui devraient être avec nous...


Notes

(1) Albert PIVETTE compte les 350 venus de Chypre et 50 ralliés d’Egypte.

(2) Ordre créé par DE GAULLE en novembre 1940 et clos en janvier 1946. Décoration décernée par la France aux militaires ou aux civils pour de hauts faits, lors et pour la libération de la France.

(3) La Libye se compose traditionnellement de 3 provinces : la Cyrénaïque à la frontière de l’Egypte, suivie par la Tripolitaine bordée par la mer jusqu’à la Tunisie et, au Sud, le Fezzan frontalier du Tchad, du Niger et de l’Algérie.

Le texte qui précède est la contraction des mémoires rédigées par Albert PIVETTE.

Albert PIVETTE les a dactylographiées en 1971-1972-1973 et révisées en 1984, sous le titre : Avec la 1  e  Division Française Libre, du premier au dernier jour, dans les rang du 1e BIM et du 1940-1945.

Un exemplaire dédicacé, À mon Compagnon des premiers combats du BIM :  Pierre HUPIN, en témoignage d’amitié , retrouvé dans les archives de Pierre HUPIN, a permis cette synthèse.

Mise en forme :  Marcel HUPIN, Délégué (53) de la Fondation de la France Libre. Relecture Bernard son fils. Février 2012.

Source :  L’épopée de la France Libre - Paroles de Français Libres de la Mayenne, 2013

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