ROCCHI Paul

02/03/1921 - 31/12/2002

Grade : sergent

Unité : BM 4-Chambarand - BM 4 2e section 3e Cie

 

Français Libre

 

À propos

Lieu de naissance : Marseille

Ralliement : (oct.-44)

Date de décès : 31/12/2002

 

Écrits

PAUL ROCCHI, du BM 4 nous a quittés le 5 janvier 2004 et ses obsèques ont été célébrées le 8 à Altkirch où il résidait.

Paul Rocchi avait 19 ans quand, quittant sa famille à Hirsingue, il s’évada fin 1940 d’Alsace annexée, refusant la main-mise de l’Allemagne sur sa province Gagnant la zone non-occupée, il s’engageait à Toulon en mars 1941 dans l’Infanterie Coloniale pour pouvoir rejoindre l’Afrique dans l’espoir d’une reprise des combats.

Affecté au 21e RIC, embarqué à Marseille en juillet 1941, il effectue différents séjours au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Soudan, au Maroc, passé successivement du Régiment porté de Tirailleurs sénégalais, puis au 16 RTS, avant d’être affecté enfin le 28 avril 1944 au BM 4 de la 1e DFL et au corps expéditionnaire français en Italie. Il y gagne la Croix de Guerre avec citation à l’ordre de la Brigade et nomination au grade de caporal à titre exceptionnel en juin 1944.

Après l’Italie, c’est le débarquement à Cavalaire le 16 août, Hyères et les combats pour la prise de Toulon, Lyon, Lyoffans. Pendant la campagne des Vosges, Paul Rocchi suit le peloton de sous-officiers, est nommé sergent le 1er janvier 1945 et retrouve ses camarades de Chambarand et de la 2e Compagnie du BM 4 pour les combats d’Alsace, de l’Illwald et de l’Authion.

Le 10 avril 1945, à la tête de son groupe, au cours de l’assaut sur le fort du Col de Brouis, le sergent Paul Rocchi est grièvement blessé à la jambe gauche et laissé pour mort sur le terrain après l’échec de l’attaque. Il restera quatre jours exposé à la soif et au soleil à dix mètres du fort sous le feu des mitrailleuses françaises, avant d’être hissé le 13 par les Allemands dans le fort, transféré par eux en charrette à bras à Breil, transfusé d’homme à homme avec un jeune soldat allemand, amputé, prisonnier à l’hôpital de Milan en Italie et finalement à Innsbriick en Autriche.

Disparu lors de la reprise du Fort de Brouis, Paul est déclaré mort et sa mère reçoit, via la mairie d’Hirsingue, l’avis officiel du décès de son fils.

Lorsque Paul, après sa libération de l’hôpital d’Innsbruck retrouvera son unité à Vincennes à l’automne 1945, il ne pourra toucher sa solde puisque considéré comme mort. Depuis, avec humour, il conservait précieusement son avis de décès.

Démobilisé en 1948, Paul Rocchi a passé quatorze ans en région parisienne où il a connu son épouse Solange qui l’a solidement épaulé pendant cinquante-cinq ans de vie commune et lui a donné quatre enfants.

La famille était établie à Altkirch depuis 1963 et Paul participait fidèlement aux rencontres régulières de ses camarades de combat anciens de Chambarand du BM 4.

Paul Rocchi était titulaire de la Croix de Guerre avec deux citations dont une avec palme, de la Médaille Militaire et il était Officier de la Légion d’Honneur.

Tous ses amis partagent la peine de son épouse (...), de ses enfants et petits-enfants et tiennent à leur dire toute l’estime qu’ils portaient à leur frère de combat, homme de cœur, courageux, qu’ils n’oublieront pas.

Emile GAUTHIER
Bir Hakim l’Authion 193, avril 2004

UN REVENANT... LE RÉCIT DE PAUL ROCCHI

Le 9 Avril 45  la 2e Brigade se trouve engagée sur la route de Sospel à Breil. Au petit matin, le BM 4, s’empare de la cime du Bosc. Dans la nuit du 9 au 10 avril 1945, l’ordre arrive a la 2e Compagnie du BM 4 de prendre le fort de Brouis par surprise. Dès l’attaque en direction du col de Brouis, la compagnie se heurte de front à un ouvrage fortifié qui commande le passage. Au bout de trois heures de combat l’unité n’a pu le réduire. Mais si vous le voulez bien, nous laissons décrire le combat par le sergent ROCCHI de la 2e Cie, un des témoins de l’action engagée.

A l’aube du 10 avril, notre détachement parti du Mont Grosso commandé par le capitaine MOREL venant des FFI de Chambarand et par le Capitaine CHAREYRE un ancien du Cameroun, se dirige vers le fort à l’effet de s’emparer de l’ouvrage fortifié. Chef de groupe, j’avais pour mission de pénétrer avec mes hommes à l’intérieur du Fort de Brouis et de faire le nettoyage avec nos lance-flamnes.

En arrivant à proximité du fort, nous avons rencontré un tas de difficultés : champs de mines posés par l’ennemi ; nous avancions avec précaution en direction des fortifications, quand tout à coup, nous avons été pris à partie par le feu d’armes automatiques provenant du fort. Au cours de l’action, à mes côtés cinq de mes camarades sont tombés, fauchés par les rafales et ont été tués.

Quant à moi, sans pousser un cri, je tombais lourdement sur le sol, blessé par le tir d’une mitrailleuse située dans un blockhaus. J’étais en mauvaise posture, blessé au genou et à la cheville, je sentais s’écouler le sang de mes plaies.

Après trois heures de combat, notre compagnie a décroché sous la protection d’un rideau de fumée. Je souffrais énormément de mes blessures, néanmoins je réussissais à me taire un garrot au-dessus du genou afin d’éviter l’hémorragie. C’est dans cet état, près de la position ennemie que j’attendais du secours. J’étais à quelques mètres de l’ennemi. A la tombée de la nuit, une patrouille de chez nous est revenue sur le terrain pour ramasser les blessés. Inconscient, incapable d’appeler, sans mouvement, je n’ai pu attirer l’attention des hommes de la patrouille qui m’ont laissé pour ainsi dire mort sur terrain. Je me rappelle avoir entendu que l’un des hommes de la patrouille disait, en montrant mon corps à ses camarades : celui-là a son compte.

Pendant quatre jours, je suis resté ainsi, étendu entre l’ennemi et nos postes avancés. J’avais terriblement soif et je n’ai pu résister qu’en buvant mon urine recueillie dans le fond d’une boîte de Beans vide. Quelques temps après, une patrouille allemande m’a ramassé. Elle s’était rendu compte de mon état, me voyant bouger à son approche. Les Allemands m’ont évacué vers le fort, en faisant remonter mon corps par un créneau de l’ouvrage fortifié. Pendant mon évacuation, les Français ont ouvert le feu sur notre groupe qui se repliait.

J’ai reçu aussitôt les premiers soins à l’intérieur du fort. Mon état de santé n’était guère brillant. D’autre part les Allemands étaient préoccupés par l’évacuation du fort et avaient reçu l’ordre de se replier. Quelques jours après, couché sur une litière de paille, dans une voiture à bras, poussée par les Allemands, j’étais transporté vers BREIL. Mon évacuation du blockhaus avait été périlleuse. Les Allemands m’avaient mis dans un grand sac, d’où seule ma tête émergeait. A l’aide d’une poulie accrochée à la partie supérieure du blockhaus, je fus remonté dans cette position, vers l’extérieur de l’ouvrage fortifié.

Sur cette voiture à bras, j’effectuais le repli avec les Allemands à l’intérieur de l’Italie. Nous sommes arrivés à l’antenne chirurgicale où je fus amputé de la jambe gauche par un major allemand. Je me souviens qu’à mes côtés, donnant son sang, était allongé un jeune soldat allemand.

Par la suite, nous avons traversé des villes : TURIN, MILAN, des villages et j’arrivais à MERANO, sur les bords de l’Adige, près de la frontière Autrichienne.

A la suite de mon amputation, j’avais traversé le Nord de l’Italie, d’Ouest en Est, toujours véhiculé par les Allemands.

A MERANO, j’étais hospitalisé à l’hôpital allemand comme prisonnier de guerre où je retrouvais des soldats américaine, anglais, hindous, allemands, blessés comme moi.

Le 8 Mai 1945, nous avons appris, la cessation des hostilités de la bouche de l’ennemi. Aussitôt nous avons été installés dans les salles communes où nous n’étions plus considérés comme prisonniers de guerre. Pour fêter la Victoire et la fin de la guerre, les Allemands nous ont distribué une bouteille de Champagne pour deux et nous avons trinqué ensemble, heureux de la fin de la guerre.

J’étais impatient de retrouver les Français et je me débrouillais par mes propres moyens, marchant à l’aide de béquilles pour rejoindre les troupes françaises à INNSBRUCK je rejoignais à la 1e Armée Française et je fus hospitalisé à nouveau. En octobre 1945, j’étais transporté à COLMAR dans un hôpital. Dans cette ville, j’apprenais que la 1e Division Française Libre et mon bataillon, le BM 4 étaient cantonnés dans les environs de PARIS.

La suite de mon odyssée se déroula sans encombre et à VINCENNES, je retrouvais mes camarades, après des mois d’absence.

Je me présentais au capitaine RICCIO, Commandant de ma compagnie, puis devant le Général GARBAY, Commandant la Division, qui furent tous étonnés par ma soudaine apparition. Il faut vous dire que j’étais rave des contrôles et porté disparu au combat. L’avis de mon décès avait été adressé à ma mère.

Telle fût pour moi : sergent ROCCHI, l’histoire de ma disparition et l’annonce de mon décès, lors de l’attaque du Fort de BROUIS, en Avril 1945.

ROCCHI Paul, ALTKIRCH
Bir Hakim L’Authion n°119, janvier 1986