ROGNON Robert

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Grade : sergent

Unité : BIM

 

Français Libre

 

À propos

Profession : liberal

Ralliement : egypte (sept.-40)

 

Écrits

Le 12 mars, en l’église Saint-Jacques du Haut-Pas, les anciens du BIM s’étaient joints à la famille et aux amis de Robert Rognon pour un dernier adieu. Il s’était endormi dans le Seigneur aux premières heures du jeudi précédent. En tant qu’ancien aumônier, je célébrai cette messe de requiem avec un vicaire de la paroisse, ami de la famille. Le colonel Lorotte qui, avec le regretté colonel Folliot avait créé en Egypte, en 1940, le BIM, présidait notre nombreuse assemblée.

Rappelons que ce glorieux bataillon, issu du 24e RIC (stationné au moment de l’armistice à Tripoli du Liban et à Chypre), avait repris le combat en Libye dès l’automne 1940, aux côtés de nos Alliés britanniques. Dès l’été 1940, Robert Rognon, alors rédacteur à la compagnie du canal de Suez, à Ismaïla, avait rejoint le BIM, bien qu’ancien de la guerre de 1914-1918, où son courage lui valut la croix de guerre. Vu ses connaissances, on lui proposa un poste de capitaine interprète, mais il préféra rester sergent et participer aux combats. Malgré les heures de détresse que vivait alors la France, nos compatriotes du Caire, d’Alexandrie, du Canal ne désespéraient pas et réservaient un accueil chaleureux aux combattants de la France Libre, quand ils revenaient pour quelques jours du désert. Ainsi les sœurs de Saint-Vincent-de-Paul qui avaient ouvert un foyer pour eux à Ismaïla, et les anciens du BIM ont gardé un souvenir ému de sœur Morin. Ainsi également de la famille de Robert Rognon, et en particulier de son épouse, à qui sa santé n’a pas permis d’assister aux obsèques. Mais plusieurs d’entre nous sont allés la saluer après la cérémonie, et elle a été très sensible à toutes ces marques d’amitié.

Après la Libye, ce fut pour Robert Rognon la douloureuse campagne de Syrie, puis de nouveau la Libye. Au début de ’affaire de Bir-Hakeim, il était en permission, et lorsqu’il voulut rejoindre ses camarades du BIM, l’encerclement de la position l’en empêcha : il regretta toujours d’avoir été ainsi tenu à l’écart de ce haut-fait si marquant pour la participation française aux combats de la Libération.

Mais quelques mois après, il prenait part à la bataille d’EI Alamein. Le groupe dont il faisait partie fut durement atteint : le caporal Mourgues est tué, il repose au Mont Valérien. Le sergent Rognon relève un blessé, qu’il transporte lorsqu’il est assailli par des parachutistes qui le font prisonnier (1e novembre 1942).

Il est transféré en Italie, mais durant l’été 1944, alors que la 1e DFL progresse en Italie, il s’échappe du camp de prisonniers d’Ancône et finit par nous rejoindre. Il fera encore avec nous la bataille de France, mais, en raison de son état de santé, il devra nous quitter lors de la campagne d’Alsace du début de 1945. Sa participation aux combats de la Libération lui a valu deux nouvelles citations. Il reprit encore quelques années son service au canal de Suez, et lorsqu’en 1956 Nasser le nationalisa, il rentra en France et prit bientôt sa retraite, rue Claude-Bernard, où sa famille possède une maison. C’est là que j’ai eu maintes fois le plaisir de le revoir et d’apprécier ses qualités humaines : bonté, attention aux autres, désintéressement et sens de la patrie, mais aussi humour, qui apparaissait dans ses croquis de guerre, malheureusement perdus, à quelques exceptions près, reproduits dans le précieux ouvrage du colonel Folliot sur les premières campagnes du BIM en Libye.

Ces qualités de notre ami Robert Rognon s’enracinaient dans une foi profonde ; comme je l’ai rappelé dans mon homélie, « cette foi en une vie renouvelée, quel que soit le mystère qui nous cache la réalité de notre future résurrection, cette foi est notre consolation devant la disparition d’un des nôtres. » Qu’elle soit le réconfort de son épouse, qui a partagé sa vie durant plus d’un demi-siècle, le réconfort de ses enfants et petits-enfants auxquels les anciens du BIM ont tenu à manifester toute leur sympathie.

R.R Jean STARKY

Revue de la France Libre n°250, 1e trimestre 1985

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