Récit de la conquête de Millefourches dans l’Authion, par le Lieutenant-colonel André LICHTWITZ (13 DBLE)

11 avril 1945 : conquête de Mille-Fourches

Je rassemble quatre sections du groupe d’assaut … Le 11 avril 1945 vers 1 heure du matin, pour éviter les vues de l’ennemi, DELANGE (il s’agit du colonel Commandant la 4e Brigade) joint pour notre protection, deux sections du BM XI.

La route qui conduit à notre base de départ, au pied de Mille Fourches est dominée par les Forts et nous sommes à la merci d’une cigarette allumée. Nous montons en silence ; soudain, une fusée éclairante… tout le monde se plaque à la route… encore deux fusées ; l’ennemi est-il alerté ? Impression désagréable d’incertitude.

A quatre heures du matin, nous commençons à gravir la montagne, au sommet de laquelle se trouve Milles Fourches. Plusieurs éclatements de mines anti-personnel… des blessés… Il faut attendre les premières lueurs du jour pour déminer.

A cinq heures du matin, nous reprenons notre progression. Je fais porter le matériel, bazookas, lance-flammes et échelles par les voltigeurs qui n’attaqueront pas, pour que les gars des sections d’assaut ménagent leurs forces… Après une demi-heure d’ascension, je demande par radio la préparation d’artillerie prévue…

Le tir des 155 entame une partie de la montagne, des blocs de rocher dévalent sur nous .. Chacun essaie d’éviter l’avalanche de pierres…Je fais envoyer une fusée rouge pour interrompre le tir d’artillerie, nous nous contenterons des mortiers à fumigènes qui coiffent maintenant le sommet de Milles Fourches.

Cependant que l’artillerie et les mortiers lourds aveuglent les autres Forts pendant notre progression, l’escalade est dure… Pas de trace de l’ennemi.

Nous approchons du sommet, nos mortiers claquent à cinquante mètres… Au moment précis où nous commençons à distinguer la redoutable silhouette du Fort, le feu semble jaillir de toutes les pierres en même temps, nous avons l’impression que l’on nous tire dans le dos ; c’est la garnison de la Forca vient de nous apercevoir.

Tout le dispositif est immédiatement désarticulé, car chacun choisit le creux ou la pierre qu’il estime capable de l’abriter…

Le Fort, illuminé par le feu qui sort de toutes les embrasures, a un aspect terrifiant… Les pertes se multiplient, impression de flottement…

Nous rampons dans la boue pour nous rapprocher de nos objectifs. Un obus de l’artillerie a fait une énorme brèche dans la grille, mais à quatre-vingt mètres, la caponnière est intacte…

Il faut la détruire si nous voulons descendre dans le fossé qui entoure Fort, du moins de ce côté… un premier porteur de bazooka vient de se coller près de moi… son bazooka est rempli de boue… Il tire trop vite et rate son objectif… Pendant ce temps, un autre bazooka nous rejoint… Bientôt, cinq lance-flammes sont également prêts à entrer en action…

Après avoir pris tout leur temps, les deux bazookas tirent les deux rockets, atteignent la caponnière, immédiatement les lance-flammes font un bond de 20 mètres qui met le Fort à portée de leurs feux… Les flammes jaillissent et convergent vers la caponnière qui flambe… Un bond nous porte au contact du fossé qui entoure Mille Fourches…

Bientôt, les bazookas et les lance-flammes des autres sections entrent également en action… Nous en profitons pour installer nos quatre échelles et nous précipiter dans le fossé. Nous grimpons sur le toit du Fort… jetant nos grenades à phosphore dans toutes les bouches d’aération. L’air est bientôt irrespirable, la fumée nous aveugle, nous sommes obligés de mettre nos masques… dans le brouillard de l’arrière du Fort, deux bras levés et presque immédiatement deux autres…

Bientôt toute la garnison avec ses officiers, en toussant, s’aligne d’une manière impeccable seulement gênés dans leur garde à vous par des quintes de toux…

Extrait de l’article du Colonel Jean PERRIN, ancien de la DFL : Les combats de la 1e DMI dans les Alpes en 1945 : le Massif de l’Authion paru sur le site Résistance Azur

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