SALVAT André

15/05/1920 - 09/02/2017

Grade : lieutenant

Unité : 1er BIM - BIMP

 

Français Libre

Voir ses décorations

  • Grand Officier de la Légion d’Honneur
  • Compagnon de la Libération
  • Croix de Guerre 1939-1945 avec 3 citations
 

À propos

Lieu de naissance : Prades (Pyrénées Orientales)

Profession : militaire

Ralliement : Palestine (juillet 1940)

Lien compagnons

Date de décès : 09/02/2017

Lieu de décès : Perpignan (Pyrénées Orientales)

 

Écrits

Éloge funèbre de André SALVAT

Prononcé par le Général Ménard, promotion de Saint-Cyr "Bir-Hakeim"

Enfant de troupe - Colonel des Troupes de Marine
Grand officier de la Légion d’Honneur
Compagnon de la Libération

(Perpignan, 14 février 2017)

Vous venez de suivre brièvement le parcours extraordinaire du colonel André Salvat, officier des Troupes de Marine, attaché à ses racines catalanes et viscéralement patriote.
Pour nous, ses camarades Enfants de troupe, les anciens des Troupes de Marine ou les Saint-cyriens de la promotion Bir-Hakeim, son départ est une perte immense. Il était notre frère ainé, enthousiaste et dynamique, exemplaire et bienveillant, un guide irremplaçable.
Au travers de quelques-uns de ses souvenirs, je vais évoquer un homme modeste, sensible, au contact chaleureux.
Lorsque nous évoquions sa jeunesse, il se souvenait avec tendresse de sa mère, lorsqu’il entra aux Enfants de Troupe, à l’école militaire de Saint-Hippolyte-du-Fort. Elle avait peu voyagé. Catalane un peu perdue mais décidée, elle avait accompagné son petit de treize ans pour ce long voyage en train et la séparation.
Ses années d’école et l’encadrement militaire le marquèrent pour la vie. Il disait qu’il en avait retenu l’amitié et la solidarité, mais aussi le sens des mots : honneur, patrie, devoir, service, ainsi que le respect de l’hymne national et du drapeau.
Son affection pour son père était immense. Le vieux soldat de la Grande Guerre était un admirateur du maréchal Pétain. Il avait très mal vécu la désertion de son fils et sa condamnation à mort par le régime de Vichy. Lorsqu’il revit André, après cinq ans de guerre, il lui dit simplement “André, tu as fait le bon choix“. Son fils en était encore très ému soixante-dix ans plus tard. En 1946, en service au Maroc, il ne pourra se rendre aux obsèques de ce père adoré et en sera meurtri.
Dans le chef, le compagnon d’armes ou l’adversaire, c’était toujours l’homme que voyait André.
Il évoquait, souvent avec humour, le “vieux“, le lieutenant Folliot qui avait entrainé sa compagnie dans la désertion. Il se souvenait aussi de l’accueil fraternel des Anglais en Palestine, du soutien familial des Français du Canal de Suez, du soulagement des prisonniers italiens, de l’acharnement des combattants Allemands, des recommandations du général Kœnig avant les départs en patrouille. Mais il restait surtout marqué par la profonde amitié qui le liait à sa section de Tahitiens, ces soldats qui le suivirent au bout du monde : en Libye, en Tunisie, en Italie, en Provence et en Alsace.
De son passage comme instructeur à Coëtquidan après la guerre, il se rappelait avec admiration et sympathie de l’enthousiasme des jeunes Saint-Cyriens qui lui étaient confiés et dont beaucoup devaient tomber en Indochine.
Même des mauvais moments, il gardait parfois un souvenir amusé. Ainsi de sa blessure à San Giorgio, sur la route de Rome ; il se plaisait à remarquer que c’était le 16 mai, jour de son anniversaire. De son séjour dans les sinistres camps de prisonniers du Vietminh, il racontait les discussions nocturnes avec le chef de camp, qui expliquait à André qu’il n’était pas communiste mais nationaliste.

Lorsqu’en 1978 il se retira à Perpignan il participa activement à la vie des associations patriotiques. Il présida bien sûr la section des Anciens Enfants de Troupe. Et, tant que ses forces le lui permirent, il fut assidu aux cérémonies en mémoire de ses amis tombés sur le long chemin au service de la Patrie.

Lorsque cette Patrie était au fond du gouffre, André fut de ceux qui ont dit non, se sont battu et lui ont redonné espoir.

Nous perdons avec lui un ami très cher, un frère et un exemple, exemple d’ardeur, de droiture, de fidélité, de modestie et de bienveillance.

Solange, vous étiez aux côtés d’André et le souteniez depuis plus de soixante dix ans. Vous vous être dépensée sans compter, en particulier ces dernières années. Aussi mesurons-nous la profondeur de votre peine. Avec vos enfants et petits-enfants, soyez assurés que nous ressentons un grand vide et partageons votre immense chagrin.

Les Anciens enfants de troupe, les Anciens des Troupes de Marine, les saint-cyriens de la promotion Bir-Hakeim, auxquels se joignent les membres de la Légion d’honneur et toutes les associations patriotiques, vous présentent leurs condoléances affectueuses et attristées.

Adieu André et merci…


ANDRE SALVAT - SH33, BI34, AU 37-38

  • Grand officier de la Légion d’honneur
  • Compagnon de la Libération

André Salvat est né le 16 mai 1920 à Prades dans les Pyrénées orientales.

Son père, grand mutilé de la guerre de 14-18, et sa mère tenaient un petit commerce d’épicerie à Perpignan. Il effectue sa scolarité du second degré dans les écoles militaires préparatoires de Saint-Hyppolite-du-Fort où il entre en 1933, de Billom puis d’Autun d’où il sort pour s’engager le jour de ses dix huit ans, en mai 1938. Le sergent Salvat est affecté en juillet 1939 au 24e Régiment d’Infanterie coloniale à Tripoli au Liban.

Le 27 juin 1940,  il refuse l’armistice et passe en Palestine à l’aide de faux ordres de mission. Le 1e Bataillon d’Infanterie de Marine est alors créé, le sergent Salvat est affecté à la 1e compagnie.

Cette unité qui est la toute première de la France Libre à reprendre le combat, participe à la première campagne de Libye contre les Italiens (Sidi-Barrani, Sollum, Bardia, Tobrouk, Benghazi, El Agueila).

C’est après la prise de Bardia que le sergent André Salvat sera décoré parmi les premiers de la Croix de la Libération.

Il participe à la campagne de Syrie avant de suivre en septembre et octobre 1941 à Damas au camp Colonna d’Ornano les cours d’aspirant . C’est avec ce grade qu’il est affecté au Bataillon du Pacifique.

Comme chef de section, il prend part à la deuxième campagne de Lybie et à la bataille de Bir-Hakeim où il est blessé le 11 juin 1942.

Promu sous-lieutenant fin juin 1942, affecté au Bataillon d’Infanterie de Marine du Pacifique, il combat à El Alamein en octobre de la même année.

Lieutenant en 1943  , il combat à Girofano (Italie) les 11 et 12 mai 1944. Il y sera de nouveau blessé par balle le 16. Refusant d’être évacué avant d’avoir accompli sa mission il est cité à l’ordre de l’armée.

Le 17 août 1944  , le lieutenant Salvat débarque en Provence. A Hyères, il résiste à six contre-attaques ennemies. Il est à nouveau blessé par balle lors de la prise de Toulon le 25 août 1944.

Evacué vers l’Italie, il rejoindra son unité deux mois plus tard dans les Vosges. Après avoir participé à la campagne d’Alsace, il termine la guerre dans le sud des Alpes en avril 1945.

Après un passage comme instructeur à l’école de Coëtquidan, il a diverses affectations au Maroc, au Sénégal, et au Congo-Brazzaville.

En octobre 1953, le capitaine Salvat débarque à Saïgon. Deux fois cité, il est pour la quatrième fois blessé en juin 1954 au Centre Vietnam ; fait prisonnier, il reste interné trois mois.

En 1955, il rejoint l’Algérie où il prendra en 1957 le commandement du 2e Bataillon du 9e RIC en Kabylie.

Après un séjour outre-mer, il sert de 1962 à 1966 en Allemagne à Baden Baden puis à Berlin. S’ensuit une courte période en France, comme commandant en second jusqu’en 1967 du 1e Rima à Grandville avant d’être désigné attaché de défense à Kinshasa au Zaïre jusqu’en 1971. Officier de liaison de l’armée de terre auprès de l’amiral commandant en chef en Méditerranée, le colonel André Salvat fait valoir ses droits à la retraite et se retire à Perpignan.

Le colonel André Salvat est titulaire des distinctions et décorations ci-après.

  • Grand officier de la Légion d’honneur,
  • Compagnon de la Libération (décret du 7 mars 1941),
  • Croix de guerre 39-45,
  • Croix de guerre des TOE (2 citations)
  • Croix de la Valeur militaire (une citation),
  • Médaille coloniale avec agrafes Lybie 42 , Bir Hakeim , E-O ,
  • Médaille commémorative du Levant,
  • Médaille commémorative de la campagne d’Italie,
  • Médaille commémorative de la campagne d’Indochine,
  • Médaille commémorative des opérations de sécurité et du maintien de l’ordre en AFN,
  • Croix de la Vaillance vietnamienne,
  • Croix militaire de première classe (Zaïre).

Source

André Salvat, colonel à la retraite (à Perpignan), Compagnon de la Libération

C’était il y a 70 ans et le message était clair, malgré le crépitement sur les ondes de la BBC : Moi, général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique […] à se mettre en rapport avec moi. Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.

Ce 18 juin 1940 le Général lance l’épopée de la Résistance. Au début de l’aventure peu le rejoindront et pour remercier ces Français d’exception, le chef de la France libre créera l’Ordre de la Libération. Seul un millier de médailles sera distribué entre 1940 et 1946, et aujourd’hui il ne reste que 41 Compagnons vivants. Parmi eux, le Perpignanais André Salvat. Sa vie se lit comme un roman. Enfant de troupe, il a 19 ans en juin 40 ; il est à Tropli, au Liban, incorporé dans la Coloniale. De Gaulle, on ne connaissait pas, se souvient-il. Fin juin, moi je voulais me battre. Alors avec ma compagnie nous avons rejoint les Britanniques en Palestine.

C’est ensuite que nous avons entendu parler de ce général. Lui avait dit "non" à Pétain : il devenait donc notre patron. Equipés entièrement par les Britanniques, cette petite centaine d’hommes fera partie de la 1e Compagnie des Free French et reprendra le combat en Libye contre les Italiens en septembre 1940.

On se battait pour le drapeau, pour l’honneur de la France. Je n’ai rien fait d’autre que mon devoir. Les états de service d’André Salvat donnent quand même le vertige : deux campagnes en Libye, le siège puis la percée de Bir-Hakeim, la défaite infligée à Rommel à El-Alamein, la campagne d’Italie, le débarquement en Provence, etc. Des premiers pas prestigieux dans la carrière militaire, qui s’achèvera en 1973 quand le colonel Salvat retournera à Perpignan.

Retour à l’an 40. Le Catalan se distingue en Libye et de Gaulle cherche des héros pour sa France libre, des exemples à suivre. Le sergent Salvat se verra donc remettre l’une des premières Croix de la Libération.

La cérémonie se déroule à Qastina le 26 mai 1941 ; dans le sable du Levant, en short et casque colonial, ils sont une dizaine à être épinglés du ruban vert par de Gaulle. Pourquoi moi ?, s’amuse-t-il. Eh bien parce que je ne savais jamais dire "non"… Je ne comprenais pas tout à fait la symbolique. Nous étions alignés face au grand bonhomme et je me disais : enfin, il est là, je le vois. Et puis nous avons ensuite repris le combat, en Syrie contre mon ancien régiment, aux ordres des vichystes. C’est après la guerre, puis avec le temps, que cette médaille a pris toute sa valeur.

Vendredi, André Salvat se rendra au Mont-Valérien, comme chaque année depuis 1946. Dans la crypte du Mémorial de la France combattante, le caveau n°9 reste vide : il attend le dernier des Compagnons. André Salvat n’y pense pas. Mais - fidèle au devoir - si l’Histoire vient le chercher, il lui obéira.

Article Publié le 13/06/2010 sur le site ladepeche.fr - Sébastien Bouchereau

TÉMOIGNAGE SUR BIR HAKEIM EN 2012 RECUEILLI PAR BARBARA GORRAND POUR L’INDÉPENDANT

C’était il y a soixante-dix ans exactement.

La peau tannée par le soleil libyen, la bouche asséchée par la poussière, un jeune homme de 22 ans dirige une section de soldats tahitiens, dans le fracas incessant des bombardements ennemis. Il ne le sait pas encore, ce jeune homme, mais il est en train de changer le cours de la guerre. Ce n’est pas sa première bataille, pourtant. Ce sera loin d’être sa dernière.

Mais Bir Hakeim restera dans les livres comme la première victoire des forces françaises libres…

Soixante-dix ans plus tard, les yeux d’André Salvat pétillent malicieusement lorsqu’on l’interroge sur son parcours de héros. " C’est plutôt casse-pieds ", s’amuse-t-il. Même si cette victoire, il en est fier, ce n’est pas la gloire qu’il était allé chercher en Libye.

Né à Prades, fils de modestes commerçants, André Salvat s’est engagé très tôt avec les enfants de troupe. "Quand je suis parti, ma mère m’a dit : ’Tu n’es pas bien avec nous ?’ . J’étais très bien à Prades ! Mais j’avais cela en moi" .

André Salvat poursuit son engagement à Perpignan, avant d’être affecté au Liban. "Lorsqu’on nous a annoncé l’armistice, en 1940, j’étais au 24e Régiment d’infanterie coloniale, à Tripoli. Et au moment de l’armistice, je me suis dit : ’ Un enfant de troupe doit se battre ! ’. L’appel du général De Gaulle ? Je n’en avais jamais entendu parler ! ".

Avec de faux ordres de mission, André Salvat et une centaine d’hommes dirigés par le capitaine Folliot s’engagent donc dans la première campagne de Libye.

Nous étions une bonne petite équipe, avec le lieutenant BARBEROT, ce marin qui avait refusé de rester sous les ordres de Pétain. Il avait la réputation d’un fou mais je vais vous dire : j’étais aussi fou que lui ! ".

C’est à l’issue de cette première campagne qu’André Salvat, alors sous-officier sera parmi les premiers à être fait Compagnon de la Libération…

Puis, en tant qu’aspirant sous-lieutenant, il est déployé à Bir Hakeim. " Avec mes hommes, ces Tahitiens dont on n’a pas assez vanté le courage, on était enterrés dans des trous individuels, selon les conseils du général De Larminat. Quand on sortait pour faire des ’Jock column’ - incursions rapides de petites colonnes de véhicules dans les lignes ennemies, destinées à le destabiliser,- on n’oubliait pas de saluer Miss Travers, qui était le chauffeur du général Koenig, lequel nous demandait de ramener des prisonniers… .

Derrière ce récit de camp scout se cache pourtant une toute autre réalité. André Salvat et sa section sont chargés de ’tenir’ l’une des trois entrées de Bir-Hakeim, dessinées au milieu d’un champ de 130 000 mines, sous les bombardements des troupes germano-italiennes de Rommel. Il y a parfois jusqu’à cent avions dans le ciel, lâchant leurs bombes de 500 kg sur les troupes françaises. Et il fait soif, grand soif dans le désert libyen. " Tellement qu’à la fin, on buvait l’eau des réservoirs des véhicules ! Toute la brigade est passée par là ! Quand le siège a commencé, les Anglais nous ont dit : ’Tenez au moins 4 jours’. On a tenu 10 jours … .

Quand, finalement, le général Koenig décidé l’évacuation, c’est toute la 1e Brigade française libre qui passe par la chicane d’André Salvat. " Quand j’ai vu que tous mes Tahitiens avaient pu partir, alors seulement, je suis parti à mon tour"  .

Source