SERROR Roland

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Unité : GENIE

 

Français Libre

 

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Notes

Chastanet

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GENIE PRIORITE

Vous avez pu, au cours de la guerre, remarquer sur certains véhicules génie priorité . Certains esprits chagrins, qui, par ailleurs, nous appellent le génie malfaisant ont pensé : c’est du snobisme. Il leur fallut bien quand même se rendre à ’évidence : certains itinéraires empruntés par la division ne se révélaient praticables que lorsque le génie les avait d’abord déminés, améliorés, rendus jeepables , accessibles aux G.M.C. et enfin utilisables pour tous véhicules. Et pour cette tâche, la petite Jeep de l’officier devait pouvoir doubler en priorité une colonne et croiser, bien souvent plusieurs fois et à toute allure, cette même colonne pour mettre en route le chantier : recherche du matériel, des bulldozer, des ponts bateaux, etc.

La devise de notre compagnie de combat était on passe . Nous faisions l’impossible pour tenir notre promesse.

Voici deux récits authentiques ; l’un est une histoire drôle, l’autre une relation de quatre jours de campagne dramatique en Alsace et, dans tous les cas, on pourra constater que les sapeurs avaient la priorité, même pour mourir.

MANQUE DE POT (ITALIE, JUIN 1944)

L’histoire se passe sur l’itinéraire Aquapendante-Radicofani.

Toute la colonne de véhicules est arrêtée sur la route devant un pont que les Allemands ont fait sauter il y a quelque temps.

Ce qui vient à l’esprit immédiatement c’est de traverser la rivière alors à sec en quittant la route, descendre par une petite piste existante, traverser le lit de la rivière et remonter de l’autre côté.

Malheureusement, les Allemands ont prévu le coup et ont soigneusement truffé de mines antipersonnels et antichar cet itinéraire tentant.

Une première Jeep est passée par miracle, mais une deuxième a sauté (sans blessés graves, heureusement). On fait donc appel au génie pour déminer.

Le groupe de démineurs, commandé par le caporal LEMOIGNE , arrive en half-track et toute l’équipe se met au travail.

Les mines antipersonnels sont neutralisées rapidement et enlevées. Il n’en est pas de même pour les mines antichars : les sacrés sapeurs Allemands ont enterré leurs tellermines par piles de trois ou quatre, les unes sur les autres et à plus de 0,80 mètre de profondeur dans le sol ; c’est sans doute la raison pour laquelle la première Jeep, faiblement chargée, a pu passer sans sauter.

Les détecteurs ne sont plus sensibles lorsque les mines sont trop fortement enterrées mais finalement, après une heure d’efforts la piste est nettoyée malgré quelques tirs de mortiers ennemis qui venaient nous arroser périodiquement.

Va-t-on pouvoir passer ?

Le capitaine BERNARD du génie, et moi-même, décidons d’inaugurer dans la Jeep du génie priorité la piste, et invitons avec des ronds de jambe le caporal LEMOIGNE à nous faire l’honneur de nous accompagner.

Nous passons tranquillement en bons petits cobayes et remontons de l’autre côté sur la route.

Ouf ! Voilà une affaire terminée, pensons-nous.

Toute la colonne suit ; il est laissé suffisamment d’espace entre les véhicules pour éviter de sauter... en groupe.

Cinq véhicules passent à la queue-leu-leu, la sixième, un superbe half-track génie priorité saute au milieu de la rivière sur une mine non détectée. C’est évidemment celui du caporal LEMOIGNE qui, lui, comme un grand chef, a utilisé la Jeep de son lieutenant en tête de colonne.

Pas un blessé ! Dégâts matériels insignifiants, mais le caporal LEMOIGNE n’est pas content, mais pas content du tout.

—  Manque de pot ! répète-t-il sans arrêter, manque de pot !

On le console comme on peut, en lui disant que les mines étaient difficiles à détecter, qu’il n’y a pas de blessés, que son half-track n’a pas grand-chose et qu’il sera vite réparé.

—  Manque de pot ! répète-t-il, manque de pot !

Et il avoue : tout ça n’est rien, le coup dur c’est que la dernière bonbonne de vrai pinard de précision qui lui restait depuis Montefiascone a fait étincelle dans le half-track sur la mine.

MANQUE DE POT ! (ALSACE)

Malheureusement, le sort n’a pas toujours été aussi favorable pour les sapeurs de la compagnie et nos pertes sévères tout au long de la campagne et surtout en Alsace le prouvent abondamment.

Je vais essayer de vous relater, comme on peut l’imaginer, vu à l’échelon chef de section, un épisode de la percée vers le Rhin en janvier 1945, percée au cours de laquelle mon camarade de combat, le lieutenant Arnaud, chef de la section, a trouvé la mort lors du franchissement de la Blind, le 28 janvier 1945.

Lien vers le second récit

Citations