STARCKY Jean (Aumônier)

02/02/1909

Grade : capitaine

Unité : BIMP/BM XI

 

Français Libre

 

À propos

Lieu de naissance : Mulhouse

Profession : liberal

Ralliement : syrie (août-41)

 

Écrits

Parce qu’ils ont le plus souffert, parce qu’ils ont été pour la France à la pointe des combats, les Alsaciens et les Lorrains n’ont jamais été plus près du ceur de la Nation.

Charles de Gaulle (1940)


Le sous-lieutenant Maurice Gilles, chef de la 3e section de la 1e Cie du génie de la 1e, DFL, commandée par le général Brosset relate dans ses souvenirs :

...chacun de nous connaît, du père Starcky, sa silhouette longiligne et fluette son regard clair et profond, sa douceur angélique. C’est pour - chaque soldat (noir de peau ou blanc..) qui le rencontre, la certitude d’un apaisement immédiat : ses inquiétudes du moment et, pour le chrétien, le calme de son âme à l’écoute des douces paroles de l’aumônier.

Il était alors, ce 15 juin 1944, 14 heures 30 environ. Les derniers parachutistes allemands s’accrochaient encore avec mes sapeurs, dans les fossés, le long de la route s’étirant vers Torre Alfina. A ma droite, il y avait un immense champ de blé aux épis déjà mûrissants sous le soleil intense, prometteur de la pureté toute proche du ciel. La Toscane... Dans ce champ, un mitrailleur parachutiste allemand, à l’immense stature, ses cheveux blonds débordant légèrement de son casque rond, s’en allait majestueux et calme vers une autre position objective. Ce soldat se présentait à rnoi, de profil. Déjà la ligne de mire de ma carabine américaine se stabilisait sur cet objectif qui n’était qu’à quelques mètres... je voyais distinctement cette cible et lui ne pouvait me voir. A cet instant, le Père Starcky, venu je ne sais comment à mes côtés, s’approche de mon épaule et me dit : Ami Gilles, ne tire pas . Depuis quelques jours, je n’ignore pas la présence au sein des unités ennemies qui nous sont opposées, de jeunes Alsaciens (les malgré nous) récemment incorporés de force. Fais grâce à ce soldat, peut-être Alsacien comme moi. Ce sera une si belle action mon ami. Merci.

Aussitôt la carabine s’abaisse, en même temps le parachutiste tourne sa tête, ses yeux clairs s’écarquillent, il nous regarde et se met à sourire. Le Père et moi sourions aussi largement je lève la main en signe d’adieu, le soldat allemand fait de même en s’éloignant. Chacun de nous repart vers son destin. La guerre, un instant, s’est arrêtée.

Je me souviens toujours de cette journée et de la prière silencieuse du Père Starcky pour ce soldat blond au milieu des épis dorés d’un champ de blé en Italie."

C’est le 29 août 1941, à Beyrouth où il enseignait à l’université Saint-Joseph, que le Père Starcky s’était engagé dans les Forces Françaises Libres (FFL). Cette date n’est pas n’importe laquelle. Depuis le 8 juin précédent, une résistance sévère opposait en Syrie et au Liban les troupes du général Dentz sous les ordres de Vichy aux unités anglaises et gaullistes. Ce fut entre Français un affrontement acharné, une guerre civile effrénée et sanglante. Beyrouth avait été prise le 7 juillet. La victoire fut amère. Elle créait parmi tous nos compatriotes une sorte de solitude autour des vainqueurs eux-mêmes. Dans le même temps, la France Libre se trouvait contrecarrée diplomatiquement et humiliée politiquement par ses alliés comme elle ne l’avait jamais été.

Ce fut le moment et ce fut le lieu où, en dépit des événements, malgré la défaveur et même l’ironie de son entourage, le Père Starcky a décidé de répondre à l’appel du général de Gaulle. Ce don de lui-même et l’adhésion d’un homme de 32 ans à l’appel du 18 juin, dans de telles circonstances, ne pouvaient que le marquer pour toute sa vie. Réaction d’Alsacien assurément, impatient de soustraire sa province natale et sa propre famille à un joug odieux, Conviction longuement réfléchie qu’en effet 1940 n’avait été qu’une bataille perdue. Mais avant tout révolte d’un chrétien et d’un prêtre, comme l’a’ déclaré, l’Évêque Daniel Pezeril le jour de ses obsèques, contre l’emprise monstrueuse et l’hégémonie menaçante du paganisme nazi.

C’est j’en suis persuadé, cet esprit de foi et cette vigueur évangélique qui ont donné ses traits si remarquables au ministère du Père Starcky pendant la guerre .

Monseigneur Pezeril poursuit :

Une aumônerie manifestement plus spirituelle que militaire, m’a dit une voix des plus autorisées.

Ce qui est une définition admirable. Om m’a confié que la circonstance où il a davantage risqué sa vie fut, au Mont Cassino, quand il s’imposa d’aller sous un bombardement intense, en rampant, assister vaille que vaille un soldat allemand qui se mourait, à quelque distance, entre les lignes.

C’est pourquoi il n’y a pas lieu de s’étonner des citations dont il a été l’objet.

Aumônier militaire de grande classe, unissant sur un plan très supérieur la sérénité de sa foi évangélique à un courage tranquille et à une abnégation sans bornes. A porté au plus haut degré l’ascendant moral qu’il exerçait sur la troupe et l’estime que lui accordait déjà le commandement". ... et encore " s’est constamment dépensé pour le bien-être des hommes et au feu leur a porté courageusement aide et réconfort, gagnant l’estime et la vénération des soldats de toute, confession "...

Celle-ci enfin : " Aumônier légendaire par sa bravoure, son dévouement infatigable, sa bonté."

Doué de dons exceptionnels pour les langues actuelles et anciennes, il s’orienta dès ses premières années d’apprentissage à l’institut Catholique de Paris vers l’enseignement de l’Écriture Sainte. Non qu’il fût dépourvu d’un esprit de synthèse qui l’avait d’abord incliné vers la philosophie, mais dont il vint à se méfier. L’itinéraire de sa formation passe par Rome, Jérusalem, la cure de Palmyre, l’Institut d’Archéologie de Beyrouth.

Il est nommé en 1946 à la chaire du Nouveau Testament et d’araméen à l’Institut Catholique de Paris. Monseigneur Pezeril, son ami, déclare :... d’emblée il choisit de commenter le 4e évangile, celui de Saint Jean, qui donnait lieu alors à de catégoriques et minutieuses contestations. Il proposa une méthode toute personnelle et sans doute inhabituelle à ses étudiants, dont le futur cardinal Lustiger.

En 1952, invité à participer au déchiffrement des manuscrits de la Mer Morte, il donna sa démission de l’Institut Catholique.

Un savant

Archéologue, épigraphiste, historien et exégète, le Révérend Père jean Starcky fut un savant dont la grande érudition, soutenue par une rigueur scientifique irréprochable, permit la réalisation de travaux de valeur.

Son activité de chercheur le conduisit, comme archéologue et comme épi graphiste, sur de nombreux chantiers de fouilles au Liban, en Syrie et en Jordanie. Spécialiste mondial de Palmyre et de Pétra, Jean Starcky écrit en 1954 un ouvrage Palmyre qui retrace l’histoire, la religion et l’art de la ville en utilisant les découvertes faites sur le terrain.

II collabora d’une manière suivie à des revues : Syria, Mélanges de l’université de Saint-Joseph de Beyrouth, Sémitica, Annales archéologiques de Syrie, Bibliothèques Historiques et Archéo-logiques de l’Institut Français de Beyrouth, Bulletin du Musée de Beyrouth.

Sur Pétra et les Nabatéens, il écrivit de nombreux articles scientifiques dans la revue Biblique, dans Biblical Archaelogist, dans Annual of lite Deparhnent of Antiquities of jordan. Pour l’ensemble des questions palmyréniennes et nabatéennes, les publications de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres et le Dictionnaire de la Bible réclamèrent et obtinrent sa collaboration.

L’historien et l’exégète que fut le R.P. Jean Starcky non seulement éclaira, d’après Madeleine Petit, chercheur au CNRS, certains points délicats de l’Ancien et du Nouveau testament mais participa pour le Livre des Maccabées à l’édition de la Bible de Jérusalem et à celle de la traduction œcuménique de la Bible (TOB) dont il fut l’un des promoteurs.

Enfin, depuis 1952, il fut parmi les premiers de ceux qui, travaillant simultanément à Qoumran et à Jérusalem fouillèrent le site, déchiffrèrent et interprétèrent les manuscrits-dits de la Mer Morte, utilisant ainsi sa quadruple compétence d’archéologue, d’épigra phiste, d’historien et d’exégète.

Dés 1946, il entreprit des séries de conférences bibliques dites de vulgarisation, mais toujours magistrales. Elles se multiplièrent par la suite. Elles l’amenèrent à participer aux débuts de Bible et Terre Sainte, revue lancée par le chanoine Lecomte et devenue depuis lors Le monde de la Bible, qui en raison de sa qualité atteint une large diffusion.

Il célébrait l’Eucharistie à Colombey-les-deux-églises, aux Invalides, dans cette église qui lui était familière, à Saint-Germain l’Auxerrois à l’intention de ses compagnons de la 1e DFL, de ses amis et des chrétiens.

Le sous-lieutenant Maurice Gilles de la 1e DFL : ...le R.P. Jean Starcky débordait de gentillesse et savait - parfois en des moments cruciaux - donner un peu de paix, à des soldats ennemis certes, mais aussi à des hommes devant l’éternel. Qu’il en soit remercié profondément. Il a été et restera à jamais un des plus grands aumôniers de la France Libre dont il était aussi un des plus purs.

Henry BERTRAND, Commandeur de la Légion d’Honneur,
Président du comité de Montparnasse