Zoom - GRUSSENHEIM - Jours longs et couteux (la Légion et le Génie de la DFL dans les combats de Grussenheim) 27-29 janvier 1945

GRUSSENHEIM : "JOURS LONGS & COUTEUX"

Nous sommes FIN JANVIER 1945, il fait plus froid que jamais ; ciel bas, neige, vent glacial. Il fait moins 20 et plus, sur la neige, carcasses des chars, jeeps, half-tracks, automoteurs ennemis mais aussi les témoins des combats des jours passés.

Le 27 au matin, le 3e Bataillon de L.E. du Cdt LALANDE après avoir reculé d’environ 400 mètres afin de permettre à notre artillerie d’effectuer un tir de préparation est pris lui-même sous un tir de contre-préparation qui lui occasionne de lourdes pertes. L’attaque est reprise à 13 heures, elle n’ est plus retardée que par les difficultés du terrain, les mines et les pièges L’ennemi, s’est replié.

Le Bataillon effectue, dans la soirée, la liaison au carrefour 177 près de la lisière Sud avec le Combat Command VEZINET (2e DB), sous-groupement PUTZ arrêté par les chars lourds ennemis qui, utilisant les haies, les rangées d’arbres, se camoufle tant bien que mal. Le silence n’est troublé que par les bruits de JEBSHEIM à 3 kms au Sud ou par les moteurs qui, toutes les heures, doivent tourner pour rester apte à partir sans délai.

Le Lt-Colonel PUTZ (2e DB) a installé son PC à l’intersection de 2 haies ; Il explique aux commandants d’unités la mission qu’il a reçue : Renforcer le 1e Bataillon de Légion du Cdt de SAIRIGNE qui doit arriver à pied de BERGHSEIM distant de 10 kms vers 10h30 - en fait, ses Compagnies n’arriveront pas avant 12h. Le sous groupement doit franchir la BLIND et s’emparer de G RUSSENHEIM à 2 km 300 à l’Est.

La mission particulière de la Légion étant d’établir une tête de pont sur la Blind autour du pont détruit au Nord-Ouest du village, le Génie de la 1e DFL devant rétablir le pont qu’empruntera le Sous-Groupement pour attaquer GRUSSENHEIM , tous moyens réunis."

Arrivé au carrefour 177 très vite, le Cdt de SAIRIGNE donne à chacun sa mission. Deux détachements mixtes sont formés avec la 1e Compagnie de L.E., un peloton de chars Compagnie portée du R.M.T. la Ilème. L’autre au Sud de L.E., un peloton de chars du 50Ie R.C.G et une du R.M.T. La mission consiste, à franchir la BLIND à y établir une tête de pont, faire passer les chars, conquête du village.

Ses Compagnies se mettent en place de part et d’autre du carrefour 177 Sud, face à l’Est mais elles doivent assurer le halage de leurs bateaux pneumatiques ce qui est pénible et long. Le franchissement de la base de départ n’a lieu que vers 13h30 après un tir de préparation d’artillerie qui apporte un appui précis, puissant et efficace. Mais, dès le débouché, la 3e Compagnie est prise sous un tir d’artillerie adverse tandis que la 1e se heurte à une forte résistance de chars. Les chars de la 2e Cie du 50Ie progressent lentement, essayant d’appuyer les unités ; leur tir, combiné à celui des voltigeurs, neutralise suffisamment les résistances ennemies et permet la reprise de la progression et les premiers éléments de la Légion atteignent la BLIND, petite rivière qui coule du Sud au Nord de 3 à 4 mètres de large et de 80 cms à I mètre de profondeur et qui, malgré le froid intense n’est pas gelée.

A 16 heures, la 3e Compagnie franchit à gué le ruisseau suivie par 2 chars légers puis par un tank-Destroyer et s’installe sur l’autre berge. A sa gauche, la 1e Compagnie passe en bateaux, suivie de la 12e Compagnie du R.M.T. à sa droite. Les unités établissent une tête de pont de 300 mètres de front et le Cdt du S/Groupement apprend que la tête de pont est établie sur la Blind. Il est alors 17 heures et la nuit tombant, chacun s’installe de son mieux.

Le Génie vient faire des reconnaissances. Il n’y a, jusqu’alors que de faibles réactions de l’ennemi. Les pertes ont été minimes quant à l’infanterie allemande, ses éléments légers qui surveillaient la rivière se sont volatilisés.

Vers 19 heures arrivent les camions BAILEY (pont genre "mécano" dont le montage est long) et déchargent le matériel. Le pont sera mis en place à l’emplacement même du pont détruit. Le secteur est absolument calme. Le Génie (DFL) commence à travailler et, brutalement, à 22h30 un déluge de feu et de feu s’abat sur leur chantier. Les tirs d’automoteurs, de mortiers et d’une batterie d’obusiers ainsi que ceux des mitrailleuses lourdes convergent vers le pont.

Dès les premières rafales, la section du Génie est anéantie. 10 tués dont le Lieutenant ARNAUD mort dans les bras du "toubib" le Dr LEVY-LEROY, l’adjudant-chef LELONG et le Sergent BRUT, 30 blessés, 2 sapeurs indemnes dont notre camarade et ami Louis GIRAUD de 13960 SAUSSET.

La contre-attaque allemande est déclenchée. Notre artillerie entre dans la danse par des tirs denses, à cadence rapide.

Le Xle groupe du 64e (2e DB) prend à sa charge les tirs à l’Ouest du village, notre 1er R.A. la zone Sud de la rive Est de la BLIND et c’est alors une véritable ceinture de feu qui interdit toute action de l’ennemi qui ne passera pas.

L’équipe d’observation de la 32ème Batterie du XI/64 qui assure la liaison auprès du 1er B.L.E est décimée leur half-track est détruit et, de ses occupants, il y aura 4 morts dont le Lt ROUX officier observateur et 3 blessés qu’une ambulance de la 1ère D.F.L. évacuera. A la 2ème Section de chars (50Ième) un char est touché, le pilote et l’aide pilote sont tués, le Sherman, immobilisé, continue à tirer jusqu’à épuisement des munitions. Dans le 2ème chars, c’est l’Aspirant RICHARDEAU qui est blessé.

Les Compagnies (Légion et RMT) subissent les assauts répétés des fantassins allemands qui approchent très facilement grâce à des capes blanches et les harcèlent de tirs d’armes légères, de grenades et de bazookas qu’elles réussissent à repousser par un feu presque constant de mitrailleuses et le lancement des grenades. Mais, mal protégés par leur parapet de neige, nos fantassins sont durement touchés et, pour mettre un comble à la confusion, des Allemands restés terrés, dissimulés dans les buissons le long de la" berge, se relèvent et tirant dans le dos des hommes de la Légion et du Tchad en poussant des hurlements pouvant faire croire à un assaut, créent un début de panique enrayée à peine née.

Pendant près d’une heure le tir allemand continue causant aux Compagnies de lourdes pertes en hommes et en matériel. L’antenne médicale est en effervescence, les médecins du I3ème Bataillon médical (2ème DB) et ceux de la 1ère D.F.L. se multiplient sans le moindre souci du danger et nos ambulances vont, toute la nuit, rouler pour évacuer les blessés. Puis, le silence revient.

Le 28, le jour se lève, une autre section du Génie de notre D.F.L. assure le lancement d’un pont TREADWAY au cours d’une manœuvre rapide qui a lieu dans les meilleures conditions, sans aucune réaction de l’ennemi.

Vers 10 heures le Lt-Colonel PUTZ donne ses ordres. L’attaque de GRUSSSENHEIM se fera par l’Ouest. La C.A 3 (Capitaine DUAULT) du III/RMT renforcée de 2 chars de la 1ère Section du 501 fera, sur l’axe JEBSHEIM-GRUSSENHEIM, une attaque de diversion. L’action principale sera commandée par le Cdt DEBRAY qui disposera de deux colonnes.

Au nord, aux ordres du Cdt de SAIRIGNE, la 1ère Compagnie de Légion (Capitaine FOURCADE) renforcée d’une section de mitrailleuses lourdes de la Légion la Ilème Compagnie du RMT (Lt BACHY) et la 3ème Section (3 chars du 501)

Au sud, aux ordres du Capitaine de VITASSE, la 2ème Compagnie de Légion (Capitaine LANGLOIS), la I2ème Compagnie du RMT (Capitaine de CASTELLANE) et la 2ème Section (2 chars) du 50Ième RCC

La 3ème Compagnie de Légion (Capitaine MATTEI) gardera le pont. Les TD du 2ème peloton du 2ème Escadron du RBFM de l’Aspirant MAYMIL qui sera mortellement blessé peu après, appuieront l’opération principale.

L’Artillerie doit de 12h30 à 13h. effectuer un tir de 155 sur objectif et préparer l’attaque. L’heure du débouché est fixée à 13 heures.

Dans l’attente, les unités engagées sont soumises à des tirs quasi permanents d’artillerie et d’armes automatiques. Le Lt de la BOURDONNAYE est tué par un éclat en pleine poitrine ; deux hommes au bord de la dépression nerveuse en raison de l’intensité des tirs ennemis, sont évacués. Un tank-destroyer du RBFM qui se trouve sur l’autre rive de la BLIND tente une manœuvre, un coup de plein fouet le met en flammes au milieu du pont et son équipage est mis hors de combat (2 tués - 3 blessés). Un char se met en mesure de le remorquer vers l’arrière, lui aussi est touché. Toutes les autres tentatives de dépannage seront vaines, le pont, qu’on a eu tant de peine à construire, restera inutilisable et un seul char se retrouvera sur la rive Est de la BLIND.

Vers 12h45, le Chef d’E.M. du Groupement, le Cdt PUIG, confirme l’ordre donné : GRUSSENHEIM doit-être prise le jour même et le Lt-Colonel PUTZ maintient l’ordre déjà donné.

Chacun va rejoindre sa place convaincus que l’attaque, telle qu’elle leur est imposée, ne peut entraîner qu’une catastrophe.

A ce moment arrive au P.C. le Capitaine PERRIQUET du 8ème R.C.A précédant son Escadron le 3ème de tank-destroyers à la disposition de la 13e DBLE depuis le 22 Janvier.

Depuis cette date, le peloton LAROCHE appuie le 1er BLE du Cdt de SAIRIGNE qui enlève ILLHAEUSERN le 23 ; un autre peloton celui de DUPRAT est en soutien du 2ème Bataillon du Cdt SIMON qui parvient au Moulin de RIED le 24 et d’où une patrouille de 2 jeeps et 2 TD essaye de déboucher. Un char allemand arrête la progression I TD et les deux jeeps sont détruits (4 Morts et 6 blessés).

Le 26, c’est le TD "PORC-EPIC" -aujourd’hui érigé en monument du souvenir, là où il a été touché, sur le bord de la route- qui dans sa progression est touché et brûle (3 morts) alors que l’Hornisse qui l’avait atteint flambe à son tour et, au Carrefour 177 Sud, avec le sous-groupement SARAZAC (2ème DB) c’est le peloton LAROCHE qui appuie le mouvement et dans cette action le peloton aura un char détruit et 2 morts - 3 blessés.

Relevé le 27 l’Escadron du Capitaine PERRIQUET aura payé la progression de la 13ème D.B.L.E par la perte de 3 TD, 2 jeeps, 9 morts et 13 blessés.

Il est 12h55, un obus tombe au centre du groupe formé par le Lt-Colonel PUTZ, le Cdt PUIG, le Capitaine PERRIQUET les tuant tous les trois. L’ordre est maintenu, l’attaque de GRUSSENHEIM est déclenchée de 2 cotés à la fois.

Le Groupement blindé formé par la CA 3 du III/RMT et la 2ème Compagnie de chars du 501 RCC traverseront la BLIND au Moulin de JEBSHEIM et aborderont le village par le Sud tandis que les 1ère et 2ème Compagnies de Légion (1e BLE) progresseront par l’Ouest.

Dès le débouché, les Compagnies sont bloquées par de violents tirs ennemis, reprennent l’avance par de petits groupes et s’infiltrent jusqu’à l’abattoir. Les blindés de la CA 3 progressent sans peine et pénètrent dans le village par le Sud mais ne peuvent s’y maintenir faute d’Infanterie.

Enfin, à 18h30, les compagnies donnent l’assaut et de violents corps à corps ont lieu dans les rues du village où l’ennemi se défend avec acharnement maison par maison. L’adversaire submergé est enfin réduit et les Légionnaires appuyés par les blindés, deviennent maître du village y faisant de nombreux prisonniers. La 3ème Compagnie a profité de l’attaque pour remettre le pont en état et assure maintenant, le passage de la BLIND.

Le nettoyage de GRUSSENHEIM est à peine terminé qu’une violente contre-attaque débouche d’ELSENHEIM, elle est brisée grâce à l’appui de l’artillerie et l’ennemi se retire en laissant sur le terrain de nombreux chars lourds.

Le Colonel DELANGE Commandant la brigade a été blessé au cours de la journée ; le capitaine DUCHAINE et le Lieutenant EON ainsi que le Capitaine MATTEI ont été tués.

La DBLE a fait une centaine de prisonniers, mais l’artillerie adversaire lui a causé de lourdes pertes.

Le 29 à 7h30 l’ennemi lance une nouvelle contre-attaque sur GRUSSENHEIM, elle est repoussée et il se retire en laissant une centaine d’autres prisonniers outre les nombreuses pertes qui lui ont été infligées.

Le S/Groupement PUTZ qui a perdu 12 officiers, 4 sous-officiers et hommes est relevé par le S/Groupement ROBELIN.

Le gros du 1er Bataillon de Légion s’installe dans le village laissant sur la BLIND une section d’anti-chars, une de mitrailleuses et un groupe de mortiers.

Le 31, le G.T.V. et la 1ère Brigade s’emparent d’ELSENHEIM. 

La 2ème Brigade occupe OHNENHEIM et HEIDOLSHEIM puis, fraternellement mêlés, les éléments des deux divisions prennent d’assaut MARCKOLSHEIM (1er RPM/BM 21) que l’ennemi tentait encore de défendre et ARTZENHEIM est capturé après de durs combats.

Dans les combats d’Alsace la I3ème D.B.L.E. a eu :

Soit au total : 1036 - près de la moitié de son effectif.

COMMENTAIRE sur cette mission

La mission principale de la Brigade consistait en l’établissement sur l’ILL d’une tête de pont, permettant le passage des blindés. Ce but était atteint dès le Janvier, second jour de l’offensive. Après ce succès et l’ennemi n’ayant pas encore eu le temps de se renforcer, un rabattement immédiat des blindés vers l’Est puis vers le Nord, en direction du carrefour 177, aurait pu réduire la résistance du bois d’ELSENHEIM. 

Les éléments du CC6 de la 5ème DB. qui auraient dû mener cette action, s’étant récusés — pour se réserver à des missions plus spectaculaires - il fallut attendre le 26 Janvier pour obtenir l’intervention du S/Groupement SARRAZAC de la 2 DB qui, par le même itinéraire, s’empara du carrefour et contribua de façon prépondérante au nettoyage du bois.

Du 24 au 26, les éléments d’infanterie, réduits pratiquement à leurs seuls moyens, bloqués au sol par des feux ajustés, hachés par des tirs d’artillerie et de mortiers et souffrant de toutes les misères engendrées par le froid et l’humidité subirent de lourdes pertes qui nécessitèrent 48 heures après son engagement, la relève du 2ème BLE par le 3ème. Celui-ci, prématurément engagé, aurait pu être économisé pour une autre mission. De toute façon, l’action immédiate des chars aurait évité un grand nombre de pertes,

En outre, il semble qu’une étonnante infériorité des matériels, ou des équipages aient interdit aux blindés amis ce que pratiquaient couramment ceux de l’ennemi : le Combat de nuit. Par deux reprises, le 23 au moulin de RIED et le 27 au pont de GRUSSENHEIM, les légionnaires ont subi des contre-attaques de nuit, appuyé par des chars et des auto-moteurs, qui furent extrêmement payantes pour l’ennemi. Les blindés amis, par contre, opposèrent un refus formel aux demandes qui leu furent faîtes, de rester, la nuit, dans les points d’appui d’infanterie et ce sous le prétexte qu’ils étaient trop vulnérables. Il y aurait là, du point de du moral des fantassins, une sérieuse remise au point à opérer sur l’emploi des blindés.

Texte non signé – Le Combattant de la DFL- N°96- Avril 1991

 
Navigation