d’El Alamein à la fin de la campagne de Libye. Suite (2) des Carnets de route de Roger Ludeau (Bataillon du Pacifique)

EXTRAIT DES CARNETS DE ROUTE DE ROGER LUDEAU

Illustré de photographies de Jean TRANAPE (Voir en bas de cette page).

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14 JUILLET 42 : CAMP DE TAHAG (EGYPTE)

Nous voilà revenus à Ismaïlia ou plutôt dans ses environs immédiats. On se remet de nos émotions et surtout de la perte de nos camarades restés dans les sables de Libye. La terrible tension à laquelle nous avons été soumis ces derniers mois, nous empêche de réaliser pleinement la cruelle disparition de ceux avec qui, il n’y a pas longtemps encore, on faisait les quatre cents coups. On s’eng… copieusement, voire se bagarrer. Hélas, la guerre est passée ; pourquoi n’êtes-vous pas parmi nous, vieux copains ? Pourquoi ? Quelle question ! Cararo a été ouvert en deux par une bombe, Kallen, soufflé par une bombe également, a mis des heures à mourir dans d’atroces souffrances ; Chauttard mitraillé par l’aviation ; Charpentier déchiqueté par un obus ; les deux frères Devaux, déjà blessés et hospitalisés à l’ambulance chirurgicale, ont été volatilisés par un chapelet de bombes (Bir Hacheim) ; Victor Bernut tué à la sortie de Bir Hacheim. Voilà pourquoi ils ne sont pas là ceux qui manquent et la liste est déjà bien longue.

29 JUILLET 42 : EGYPTE

Les Forces Françaises défilent aujourd’hui devant le Général de Gaulle.

9 SEPTEMBRE 42 : EGYPTE

Le Bataillon s’approche tout doucement du Caire ; nous venons de nous installer à 10 kms d’Héliopolis,

La banlieue huppée de cette ville et, ce tout plein mignon joli coin de désert devient alors attrayant au possible ; c’est tout bigarré d’une multitude de tentes individuelles ou collectives, relevant de la plus haute fantaisie : il y en a de toutes les grandeurs, de toutes les espèces, de toutes les formes, et, de l’igloo au tipi indien, toutes les tendances y sont représentées. Les plus fainéants eux, ont simplement tendu une toile sur quatre piquets. Pour le matériel de construction, on a le choix : ça part de la soie de parachute à la bâche de camion ; le tout enjolivé de bouts de carton de récupération et de vieux sacs, en y regardant bien, donne une petite idée de la peinture abstraite ou de l’architecture d’avant-garde.

J’ai décrit avec impartialité et aussi exactement que possible la bataille de Bir Hacheim que l’on pourrait m’accuser d’avoir enjolivée . Afin de montrer que j’ai volontairement été plutôt en dessous de la réalité. Je reproduis quelques passages d’un document allemand trouvé à El Alamein lors de notre avance en novembre 1942 et, paru dans le journal allemand Berliner Illustriste Zeitung sous la signature de Lutz Koch qui a lui-même, et de l’autre côté de la barricade, assisté à la bagarre.

… Bir Hacheim est devenu depuis l’avance des Anglais en 1941 le bastion sud de la ligne de résistance qui part de Tobrouk et plus loin… Elle est devenue un pieu profondément enfoncé dans la chair du front allemand, et il faut à tout prix la détruire.

Comme un éclair Rommel se tourne vers le sud avec des éléments d’une division légère, groupes de reconnaissance, et la Trieste et encercle complètement, en peu de jours, Bir Hacheim.

… Sous les ordres du Général Kleeman, chevalier de la Croix de Fer venant de l’Est, les pionniers réussissent après un travail sans prix à ouvrir brèche dans les premières ceintures de mines : la vigueur avec laquelle toutes les armes de la défense sont concentrées sur cette brèche est si forte, que l’attaque est repoussée.

De nouveau on essaie un jour plus tard au sud et, de nouveau on approche un peu mais là, la grêle de projectile devient si forte que ce serait de la folie de continuer un pas en avant dans cette entrée qui n’offre aucun abri naturel.

… et Lutz Koch continue plus loin…. Mais c’est plus terrible pour les défenseurs de Bir Hacheim qui, jusqu’au matin du 8 juin, ou commence le 2ème acte de l’attaque, sur la forteresse du désert, ont subi 23 attaques de Stukas ; sans quartiers tombent dans les positions intérieures et dans les positions de batteries, les lourdes bombes allemandes ; des Stukas italiens viennent eux aussi toujours et toujours au-dessus de la forteresse répandant la mort.

Je n’aimerais pas être dans cet enfer me dit un camarade qui se trouve à côté de moi dans un abri tandis que nous voyons à la jumelle toujours, de nouvelles colonnes de fumée qui forment une ceinture flammes autour du point central de la position.

Les petits abris profonds d’un ou deux mètres des groupes occupants sont, malgré tout cet ouragan de bombes, à peine touchés ; ils sont éparpillés et seulement un coup au but peut occasionner des dégâts, mais les Stukas nettoient tous les jours de plus en plus de batteries ennemies.

Pendant la journée du 9 au 10 juin, toujours et toujours de nouvelles attaques de Stukas se concentrent sur Bir Hacheim et, le 10 au soir, plus d’une centaine de bombardiers en piqué allemands et italiens laissent tomber leurs charges de bombes sur Bir Hacheim. La terre en tremble à des kilomètres à la ronde. Et Lutz Cock termine enfin… Lorsqu’ apparaît le matin du 11 juin 42, on n’entend plus un coup de feu de l’autre côté ; pendant une tentative de décrochage pendant la nuit vers le sud, ceux qui n’ont pas été tués ou capturés se rendent maintenant sans combattre davantage.

Il n’y a qu’un petit détail que Lutz Koch a omis dans son dernier paragraphe, aussi je complète cette petite lacune.

Non content d’avoir, pendant 14 jours, tenu tête aux 32 000 hommes de l’Afrika Korps, les 3 200 Français Libres de la Brigade se sont frayés un peu brutalement un passage à travers leurs lignes ; tentative de décrochage qui n’a pas trop mal réussi puisque plus de 2 000 d’entre nous se sont regroupés dans les lignes alliées avec 75% de leur matériel. 900 morts et blessés ainsi que quelques malheureux à bout de force (c’est quelque peu fatiguant de se battre de 23 heures au lendemain à 7 heures) c’est tout ce qu’ils ont pu capturer. Quant à la position, ils n’ont pas dû faire fortune parce qu’on avait pris un soin extrême à tout démantibuler avant…. Notre tentative de décrochage.

25 OCTOBRE 42 : EL ALAMEIN

Le fantastique barrage d’artillerie vient de s’arrêter ; c’est maintenant au tour de l’aviation : vagues après vagues, passent sans interruption au-dessus de nous bombardiers et chasseurs. Le vrombissement infernal de ces centaines de moteurs fait presque autant trembler le sol que les charges de mort que toujours et toujours ils déversent sur les positions ennemies. Sur terre, l’attaque par les blindés et l’infanterie se déchaine, et dans l’immense plaine, ce n’est bientôt que flammes et explosions.

L’artillerie d’en face s’est réveillée et riposte avec rage alors que leurs anti-chars de 50 m/m terriblement précis, ne ratent pas une occasion de faire le plus de ravage possible.

3 NOVEMBRE 42 : EL ALAMEIN

L’attaque continue. Pour l’instant, nous sommes aux prises avec une unité de parachutistes italiens de la division Folgore et …. Des éléments de notre vieille connaissance, la division Ariete.

4 NOVEMBRE 42 : EL ALAMEIN

Après avoir délogé nos coriaces vis à vis, nous occupons leurs positions admirablement aménagées ; une famille taupe n’aurait pas mieux fait.

22 NOVEMBRE 42…

Nous quittons nos positions pour foncer en avant ; nos avant-gardes ne rencontrent presque plus de résistance.

23 NOVEMBRE 42 : EGYPTE

Après avoir roulé toute la journée, on s’arrête pour faire le plein, réviser les moteurs et, tout de même laisser souffler un peu le matériel… humain.

Toute la journée, nous n’avons rencontré que ruines et carcasses, en général carbonisées, de véhicules ; des colonnes entières ont été anéanties, mitraillées en pleine retraite par l’aviation ; de quelque côté que l’on se tourne, ce n’est que mort et désolation : de la ferraille inutilisable, voilà ce que sont devenus ces orgueilleux Panzers qui, il y a à peine un mois, faisaient encore trembler le Moyen-Orient.

24 NOVEMBRE 42 …

Nos avant-gardes avancent toujours et nous, on suit. Nous repassons le col d’Halfaya que nous connaissons bien pour l’avoir franchi… en sens inverse il y a quelques mois, mais qu’on avait pas eu le temps d’admirer, trop occupés qu’on avait à mettre le plus de distance possible entre nous et ces fameuses divisions blindées appelées Panzers d’une renommée universelle ; pour aller encore un peu plus vite, on était aussi poussés par l’aviation à croix noires qui ne lésinaient pas sur les munitions ; ça fait tout de même plaisir de se remémorer ça maintenant.

25 NOVEMBRE 42 : DÉSERT DE LIBYE 2E EPISODE

Nous avançons toujours avec juste quelques arrêts indispensables pour le ravitaillement et l’entretien du matériel. On vient de dépasser Tobrouk ; là aussi la bataille a fait rage, la baie est jonchée des débris de navires et autres inventions flottantes. Sur terre, on ne voit plus guère que quelques pans de murs de ce qui fut un village, les cratères de bombes et les trous d’obus ne se comptent plus tellement ça foisonne. Quant aux véhicules éventrés, on n’en fait plus cas : ils font partie du paysage. Il y a même un char s’est cassé la g…. dans l’eau. Il a l’air aussi disgracieux qu’un gros crabe en colère mais d’une espèce infiniment plus dangereuse.

28 NOVEMBRE 42 : DÉSERT DE LIBYE

L’ennemi se replie à toute vitesse et nous, on suit à la même allure, déployés en formation de combat bien entendu. Dès qu’on est perché sur un monticule, se déroule sous nos yeux, et à perte de vue, le spectacle à la fois grandiose et terrifiant d’une armée moto-mécanisée en marche ; de tous les azimuts et à perte de vue, surgissent des colonnes de chars, d’auto-mitrailleuses, de canons auto-moteurs, artillerie antichars, artillerie de campagne et lourde, infanterie portée, formations sanitaires, ravitaillement et même des unités de récupération de tout ce qu’on laisse derrière nous comme armes, ravitaillement, matériel, etc…. amis ou ennemis , rien n’est perdu, tout est ramassé, classé, étiquette. Au-dessus de nous vrombit de tous leurs moteurs, une ruée de bombardiers et chasseurs qui nous ouvrent la route à grands coups de bombes et mitraillages. C’en est hallucinant de voir tout cela avancer dans un nuage de poussière et un grondement de fin du monde, renversant tout, écrasant tout sur son passage et pulvérisant sous un déluge de fer et de feu, la moindre résistance. Voilà ce que représente une division blindée et moto-mécanisée en marche : une armée de demi-robots, ces monstres d’acier créés par l’homme et qui, avec une totale indifférence, se retournent contre lui pour l’anéantir.

La guerre de demain ? Car nous on est assez avisés pour ne plus croire à la der des ders , on en a déjà une toute petite idée en regardant inexorablement déferler ces monstrueuses machines auxquelles l’homme est déjà asservi.

30 NOVEMBRE 42 : LIBYE

Nous nous installons autour d’un aérodrome pour le défendre contre une attaque de commandos ou paras.

7 DECEMBRE 42 ….

En bons chiens de garde, nous sommes toujours à garder nos kittiwacks ; quelques chasseurs ennemis viennent nous mitrailler, ils passent en rase-motte en crachant de toutes leurs pièces et arrosent le terrain de petites bombes très meurtrières. Notre D.C.A. de 90 mm, qui vient tout juste d’arriver et de s’installer leur cause une très agréable surprise.

12 DECEMBRE 42 : LIBYE

Notre D.C.A. vient d’abattre un bombardier léger allemand qui s’écrase à quelques cent mètres de nous. L’équipage est tué sur le coup, plus rien à faire pour eux.

16 DECEMBRE 42 : LIBYE

L’ennemi a lâché Agheila. Il se balade comme ça, quelque part, dans la nature aux alentours de Tripoli et Homs.

21 DECEMBRE 42 : LIBYE

Après avoir passé Agheila hier, nous nous installons encore en Médor ou Azar autrement dit en chien de garde d’aérodrome et par-dessus le marché, ça tombe à pic : ce sont des chasseurs et des chasseurs-bombarbiers et par-dessus le marché, on vient d’être survolés, situés, repérés et localisés par les petits copains d’en face. Notre aérodrome ressemblerait plutôt en ce moment à la Place de la Concorde un soir de 14 juillet du temps de paix bien entendu (d’ailleurs dans ces cas-là, le lecteur rectifie toujours de lui-même) ; il y fait clair comme en plein jour. Les fusées éclairantes larguées par dizaines, se balancent gracieusement au bout de leurs corolles blanches. Quant à nous, c’est au fond de nos trous qu’on se balance et à toute vitesse en s’attendant à chaque seconde à entendre le sinistre sifflement des bombes. Pour cette nuit, ils s’en tiennent à leur petite démonstration lumineuse. Mais, on ne perd rien pour attendre ; les navigateurs des bombardiers doivent être en train de cercler soigneusement de rouge l’aérodrome… comme ça, rien que pour y penser.

24 DECEMBRE 42 : LIBYE

Depuis la visite de courtoisie du 21, on entretient des relations suivies avec la Luftwaffe. Pour ce soir, après avoir tourné en rond un bon moment, malgré le déchainement de notre D.C.A., ces messieurs se décident. 18 sifflements bien connus nous invitent à prendre immédiatement une position très parallèle avec le sol. 14 formidables explosions nous donnent tout de suite raison.

Tiens ! Tiens ! Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond et on a vite compris parce qu’on ne dirait pas à voir comme ça mais nous sommes très intelligents, à la vitesse d’une machine électronique, on a fait de tête le petit calcul suivant : 14 ôté de 18 reste 4, il y a quatre bombes qu’ils n’ont pas explosé et qui traînent quelques parts aux alentours. En général, ça porte un nom ces saloperies là : ça s’appelle bombes à retardement. Sagement aplatis, très aplatis, au fond de nos trous on attend que ces respectables dames (deux tonnes en général) veuillent bien se décider. De sept heures à onze heures elles se mettent enfin et dans un vacarme de tous les diables à exploser les unes après les autres.

Ce jour-là aussi on a dit des gros mots, beaucoup de gros et de vilains mots en guise de prières car ce petit Noël nous ne sommes pas prêts de le digérer.

27 DECEMBRE 42 : LIBYE

Encore eux mais cette fois, notre D.C.A. est comme enragée. C’est par milliers et par milliers que montent vers le ciel les traits de feux multicolores des balles et obus traçants qui, en éclatant, se développent en immense corolles de feu. S’il n’était destiné à donner la mort, ce feu d’artifice, d’un nouveau genre, serait une merveille. En attendant, ça donne les résultats escomptés ; les bombardiers s’en retournent plutôt rapidement en gardant dans leurs soutes leur quincaillerie explosive pour une meilleure occasion ; cette fois-là, on n’a pas dit trop de vilains mots.

30 DECEMBRE 42 : LIBYE

Pas à dire, ils ont de la suite dans les idées ces gens-là ! Qui ? Mais nos inséparables oiseaux d’Outre-Rhin tiens donc ! Malgré un formidable barrage de D.C.A. cette fois, ils ont le culot d’insister. Le ciel est constellé de soleils artificiels sous formes de fusées éclairantes larguées à trois mille mètres par parachute. On se croirait en plein jour, ça devient très vite intenable ; de terre montent des myriades de balles et obus alors que du haut des airs eux nous criblent de bombes et de torpilles à grenades, encore une invention de génie, ce truc là : ça s’ouvre en deux à l’arrivée au sol et, vingt-cinq grenades s’éparpillent dans tous les azimuts ; il pleut cinq torpilles à quelques mètres de notre pièce, ça éclate de partout, ça explose dans tous les sens, ça saute de tous les bords, notre 75 m/m est criblé d’éclats, notre trou est à moitié effondré ; des grenades viennent encore éclater sur l’extrême bord de notre abri ; quelques centimètres de plus et une douzaine de franzosen auraient eu l’insigne honneur de figurer en belles lettres dorées sur le monument aux morts de leur patelin respectif. Les jours de cérémonie, on aurait eu droit à une belle gerbe et peut-être même au défilé suivant les circonstances ; les enfants des écoles bien alignés en rang d’oignon, auraient écouté nos faits d’armes déclamés avec des trémolos où il faut, par une personne d’autant mieux informée qu’elle n’aurait jamais f….. les pieds où on aurait laissé nos peaux. D’attendrissement, j’en ai la larme à l’œil ; en attendant cette charmante perspective, ça claque toujours. Abdallah qui, en plus d’innombrables défauts, a, par-dessus le marché, celui d’être trop curieux, a voulu se rendre compte par lui-même de ce qui se passe à la surface. Il sort la tête, la rentre encore plus vite…. Ça fait bing sur son casque, heureusement, l’éclat ne l’a pas traversé ; pas besoin de preuve par neuf, avec seulement un temps de retard sur nous, il a compris que dans pareil cas la position idéale est celle du tireur couché avec l’épaisseur se rapprochant le plus, d’une lame de rasoir posée bien à plat.

31 DECEMBRE 42 : LIBYE

Il y a certaines cités du cinéma où tout le monde voudrait être acteur. Ici, c’est tout le contraire, on aurait plutôt une préférence très marquée pour l’état de spectateur . Pour une fois, notre vœu le plus cher est en partie réalisé : on assiste de loin, si on peut dire, au formidable bombardement aérien qui fait rage sur l’unité voisine. Nous sommes éclairés jusqu’ici par les fusées d’aviation et la terre tremble sous nos petits petons tellement ça pleut et ça grêle de bombes. Tout le monde est au balcon pour y admirer en connaisseur les coups au but (pas ceux sur qui ça pleut parce que ceux-là font le gros dos).

Quand c’est une citerne d’essence de chez nous ou un dépôt d’explosifs qui sautent, on s’en étrangle tellement on dit de gros mots mais par contre si c’est un de leurs bombardiers qui s’abat en flammes ou explose en l’air, on se congratule à qui mieux- mieux ; pourtant il y a des hommes là-dedans, tout comme dans les dépôts qui sautent, des hommes sont en train de mourir. Il faudrait peut-être sortir hypocritement un grand mouchoir à carreaux et faire semblant de renifler dedans ; non, ici, c’est la guerre et nous on la fait, risques et souffrances sont notre lot de tous les jours. Demain peut-être, ce sera notre tour de mourir, à notre tour d’être broyés sans pitié par une avalanche de fer et de feu ; alors, un des rescapés du bombardement de ce soir dira d’un air faussement apitoyé : Qu’est-ce qu’y prennent sur la g… les pov’mecs et un autre lui répondra d’un air faussement apitoyé : Qu’est-ce que tu veux que ça nous f…., t’ y peux rien, ni moi non plus alors … laisse tomber et conclura à haute voix ce que chacun pense tout bas : On aura toujours ça de moins sur la g…

4 JANVIER 43 : LIBYE

Nous arrivons dans les environs de Syrte, le gros du Bataillon reste garder l’aérodrome et nous, les anti-chars, chenillettes et mortiers, on est invité très cordialement par les autorités supérieures à nous promener dans la nature pour tâcher de … prendre contact avec l’ennemi qui, comme par inadvertance, se trimbale aussi par là.

9 JANVIER 43 : LIBYE

Le Bataillon au grand complet (déduit les morts et les blessés) s’en retourne garder un aérodrome de chasseurs. Ce n’est pas un métier de tout repos et c’est encore plus em… que d’être carrément en 1ère ligne. La journée on a droit à de copieux mitraillages et bombardements d’aviation ; pour ça ils ne sont pas regardants, c’est par vagues de 6 ou 8 qu’ils nous piquent dessus à chaque instant en se délestant de tout ce qui peut nous découper en menus morceaux. Entre temps, histoire de tenir ses servants en bonne forme, l’artillerie d’en face nous balance sur la g…. tout ce qu’elle a de disponible sur le terrain et ses alentours… et aux alentours c’est nous. Ça c’est pour les jours creux parce qu’autrement, on a droit à un petit supplément.

20 JANVIER 43 : LIBYE

Tripoli est sous le feu des canons alliés. Nos formations aériennes qui ont maintenant la complète maîtrise de l’air, passent par escadres de plus en plus denses au-dessus de nous et foncent en direction de la Sicile et l’Europe.

24 JANVIER 43 : LIBYE

L’aérodrome de Castel Benito est entre nos mains. Nous installons tout autour nos canons toujours enterrés jusqu’à la gueule. Des dizaines d’avions de toutes sortes gisent çà et là mitraillés au sol, les immenses magasins d’approvisionnement en pièces détachées sont intacts ainsi que nombre de dépôts de munitions ou majestueuses et redoutables, s’alignent les grosses bombes qui nous donnent chaque fois qu’on passe devant et malgré nous une dé.sa.gré.a.ble impression de déjà vu. Ici, les blockhaus commencent à pousser comme des champignons, le pourtour de l’aérodrome en est truffé. Pour nous, ces machins là, ça ne nous dit rien ; crever pour crever, on préfère que ce soit à l’air libre et non aplati comme des rats dans leurs trous sous des tonnes et des tonnes de béton et c’est d’un cœur plus léger cette fois qu’on se met à creuser nos tranchées anti-chars.

15 FEVRIER 43 : LIBYE

Nous avons quitté sans regrets éternels Castel Benito mais par contre avec les plus vifs sentiments de désolation la ville de Tripoli en général et certains endroits très fréquentés par la gent marsouine en particulier tout ça pour remonter en ligne.

En route pour la Tunisie……

Transcription Yvette Quélen-Buttin

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